Auteur Sujet: Nq 73 - Projeter une Lueur Froide  (Lu 220 fois)

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Nq 73 - Projeter une Lueur Froide
« le: 29 juillet 2019 à 21:14:59 »
PROJETER UNE LUEUR FROIDE

par Michael G. Ryan

Il y a peine un jour, le tireur embusqué était couché à côté d’Artem sur une crête gelée et ombragée, la neige les frappant de vents inattendus, leurs fusils sur la neige entre eux, comme des reliques à découvrir lors d’un futur dégel. La barbe et les sourcils d’Artem s’étaient cristallisés. Ses joues avaient le même rouge vif que son armure et son nez était plus sombre et ensanglanté. Ses yeux étaient fixes, éteints, puis sa vision est revenue, mais plus faible. Elle devait prendre une décision. Elle avait déjà perdu Lev et Oksana à cause de cette mission, mais Artem était le plus important. Pour elle, au moins.

La caravane militaire du sud ne venait pas, elle en était certaine. Ça ne se pouvait pas. De la à appeler ce passage un col. Rien ne risque de passer avec les congères bloquant le sentier du canyon. Même à travers la lunette de son fusil, elle ne pouvait voir l’endroit où les soldats allaient pénétrer dans sa zone d’avantage tactique. Au lieu de cela, le soudain et intense blizzard, qui avait déjà fait des ravages dans son équipé en les faisant mourir de froid, l’avait aveuglé.

Alors, elle a fait le choix pour les deux. C’était facile ; Artem n’avait plus assez de bon sens pour le reconnaître comme un manquement au devoir ou pour reconnaître qu’elle avait l’intention de faire le pas vers une véritable désertion. « Ce n’est pas de la lâcheté », lui assurait-elle, bien qu’il ne soit ni plaint ni l’ait critiqué. Il lui avait simplement permis de la traîner sur l’étroite plate-forme le long du précipice, loin du poste de tir rocheux. Quand ils ont été à l’abri du vent et dans les arbres sous les Montagnes Llaelaises, elle a enfin pu remarquer qu’il frissonnait.

« En plus, ils ne s’attendent pas à ce qu’on revienne. » Elle lui portait son fusil. C’était tellement lourd, ou elle était si faible. « On s’attend à ce que nous mourrions au cours de cette mission. Donc, on peut tracer. Il leur faudra au moins un jour avant qu’ils sachent qu’on est partis. »

Artem a gémit. C’était suffisant pour elle. Elle avait toujours fait confiance au jugement d’Artem. Et elle avait déjà quitté le champ de bataille avec bien moins d’encouragement.

À un endroit où les arbres étaient assez épais pour les cacher, elle l’a encouragé à dormir, et quand il l’a fait, elle lui a parlé. Elle a expliqué à voix haute pourquoi elle avait été l’unique survivante d’une patrouille l’été dernier. — cela n’avait pas grand-chose à voir avec sa fuite de l’embuscade, lui dit-elle. C’était juste du bon sens – La Garde des Glaces qu’elle soutenait était condamnée. Ils étaient morts avant de reconnaître qu’ils avaient été débordés. Les résistants étaient partout ; ils ne faisaient pas de prisonniers. Elle avait eu la chance d’avoir trouvé un moyen de leur échapper. Artem était agréablement silencieux. Elle était reconnaissante. Elle ne lui avait jamais dit avant.

À l’aube, sans petit-déjeuner, elle l’a à nouveau fait bouger. Le jour était à peine plus lumineux que la nuit ; le soleil avait peu d’occasions de percer le féroce blizzard. Elle a remercié Morrow pour ces rares moments, mais elle a maudit le dieu à chaque fois qu’Artem trébuchait ou au quand elle était désorientée par la tempête.

Elle était agenouillée à côté de lui pour forcer Artem à boire à sa gourde, la frappant contre un rocher pour briser la glace à l’intérieur, quand elle remarqua entre les arbres s’approcher. Il semblait flotter sur le bout d’un bâton de marche ou peut-être d’une canne. Alors qu’elle épaulait son fusil, elle doutait que cela puisse être leur unité – ils ne pouvaient pas savoir à quel point la mission s’était mal passée et ils n’avaient donc aucune raison de les rechercher. Ensuite, elle pouvait distinguer une forme solitaire : un soldat – mais pas l’un des leurs. L’armure n’était pas la bonne. Comme il s’approchait d’eux avec une détermination qu’elle trouvait déconcertante, Artem retrouva la parole pour la première fois depuis qu’ils avaient abandonné la crête.

« C’est quoi ce truc ? » Chuchota-t-il.

Elle ne pouvait détourner le regard de la lueur de la lanterne qui s’approchait sans faille à travers la poudrerie, mais sa vision périphérique était emplie par la créature. Sa peau était desséchée et tendue, ses traits inexpressifs ; elle ne pouvait être vivante. Ses orbites étaient aussi vides que celles d’un crâne. Sa bouche un trou béant édentée. Pourtant, cela dégageait une aura à la fois d’effroi et de sérénité, une combinaison dont elle avait du mal à comprendre, et cela la perturbait plus que le vent glacial. Son regard aveugle la faisait se sentir comme une souris traquée par un chat affamé. Il s’est mis à trembler, comme s’il venait de découvrir ses membres et n’était pas encore sûr de la façon dont ils fonctionnaient ensemble, mais le ne doutait pas qu’il pourrait se déplacer rapidement une fois que sa proie était vulnérable.

Il émit un bruit et éleva sa lanterne plus haut. C’était le bruit du vent dans un tunnel.

Nous devons bouger », chuchota-t-elle à Artem en lui attrapant le bras.

Artem n’a pas bougé. Il ne regardait que la lueur froide de la lanterne, la tête baissée. Un sourire étrange se glissa sur son visage.

« Oui », dit-il à personne, son regard lointain. « J’adore cet endroit. »

Elle l’a traîné, mais il était maintenant un poids mort, apparemment figé par la lueur. Alors, pour la troisième et dernière fois de sa vie, elle a fui le champ de bataille. Ce n’est qu’après qu’elle a trébuché en descendant la colline derrière l’endroit où ils avaient campé, les larmes coulant de ses yeux pour réchauffer ses joues glacées, qu’elle se rendit compte qu’elle aurait pu tirer sur l’horreur. Mais elle se dit que la balle n’aurait servi à rien. Cela aurait simplement accordé plus de temps à la chose pour les piéger.

Elle a trébuché plusieurs fois, mais s’est toujours relevée. La première fois, elle a regardé en arrière, et il y avait la lueur. Il n’était pas pressé, il empruntait son chemin, la suivant avec une ténacité sans passion. Elle a couru. La tempête l’a frappée mais l’a aussi protégée, elle en était certaine. Avec le temps, quand elle n’a plus rien vu derrière elle, elle a senti que la tempête empêchait la chose avec la lanterne de la poursuivre.

« Nous avons été débordés », se chuchota-t-elle à elle-même. « L’embuscade était parfaite. J’aurais juste été un autre soldat mort. J’étais la seule intelligente. J’ai trouvé un chemin à travers leurs lignes. C’est pour ça que j’ai survécu, non ? »

La fois suivant où elle a trébuché, elle s’est cognée la tête contre un tronc d’arbre. Du sang a coulé dans un de ses yeux, ceux qu’Artem avait appelés les plus beaux qu’il ait jamais vu. Elle a gémi et a lutté pour se relever et bouger à nouveau.

« Les cygnaréens n’étaient pas entrés dans ce col, je le jure. » Elle a lâché le fusil d’Artem dans la neige ; impossible de porter les deux, c’était trop lourd. « Nous aurions gelé à mort sur cette crête, comme des statues, Pour quoi ? Pour la gloire de l’armée ? Non, on n’aurait jamais pu tirer. Ce n’était pas de la lâcheté. »

« Le jour était passé, mais elle ne se souvenait plus comment. Elle a cligné des yeux et c’était fini. De longues ombres ont volé la couleur du monde, ne laissant que dur noir et du blanc. La pente du terrain confirmait qu’elle se dirigeait toujours vers le sud, mais la grille qu’elle pouvait normalement imaginer pour déterminer où elle se trouvait avait été perdue depuis hier. Ses bras et ses jambes étaient engourdis, mais sa poitrine était chaude. Elle s’est surprise à s’endormir, s’affaissant dans la neige.

Ensuite, il y a eut des lueurs dans les arbres en bas de la colline. Des formes sont apparues. Des personnes. Elle distinguait les chevaux. Un drapeau. Son unité. Le vent souffla un mur de neige entre eux, et ils ont disparu à nouveau.

« Merci Morrow », souffla-t-elle, les lèvres douloureuses. Elle s’est remise debout. Elle devrait leur expliquer pour elle s’était enfuie de la crête. Pourquoi elle -

Le vent s’est calmé un instant. La couche de neige a cédé et Artem s’est placée devant elle comme s’il était resté là tout le temps.

Elle n’avait pas de souffle pour crier ni de larmes pour pleurer. Son visage était corrompu, la chair tendue sur son crâne. Ses globes oculaires s’étaient estompés en petites sphères séchées flottant dans les cavités de leurs orbites. La plupart de ses dents avaient disparu – celles qui restaient ressemblaient à des pierres tombales dispersées au sein d’un cimetière oublié. Alors qu’il relevait la tête, l’une d’elles se libéra de sa bouche et tomba dans la neige à ses pieds. Ses lèvres étaient des vers séchés qui entouraient sa bouche.

« Ça allait nous tuer tous les deux », lui murmura-t-elle. « Tu ne voulais pas que je m’enfuie ? »

Elle n’a pas attendu sa réponse. Alors qu’elle se tournait pour fuir, les lueurs en bas commencèrent à se déplacer vers le haut de la colline. Son unité arrivait. Elle a fait trois pas dans l’épaisse neige avant de s’effondrer une fois de plus, s’affaissant sur ses genoux. Elle ne pouvait plus du tout sentir ses jambes.

Le regard vague, elle a vu une seule lanterne approcher du haut de la colline. La silhouette qui la tenait traînait des pieds en s’approchant d’elle.

Ce n’était pas de la lâcheté, voulait-elle plaider, mais sa gorge était serrée. Elle pouvait à peine respirer l’air glacial qui lui faisait mal aux poumons. Je voulais juste vivre.

l’homme à la lanterne se tenait au-dessus d’elle maintenant. Elle pouvait entendre des voix crier en khadoréen – ses gens étaient proches. Elle pensait pouvoir entendre leurs mots – son nom, des appels au soutien, un cri de ralliement. Elle pensait avoir entendu le mot déserteur, mais la voix qui le criait paraissait lointaine – et trop semblable à la sienne. Elle aurait protesté qu’elle s’était retirée, pas abandonné, mais la lueur de la lanterne a rempli sa vision, et elle s’en est souvenue.

Petit matin, nulle part, nulle promesse à tenir. Loin de la base, encore plus loin du champ. L’aube après leur première nuit ensemble. Le soleil brille par la fenêtre de la chambre à coucher avec la chaleur d’un foyer un matin d’hiver. Elle adore la lumière. Et elle se sent belle. Artem s’éveille à ses côtés. Puis il pose soigneusement son oreille sur sa poitrine. « J’entends ton cœur battre », chuchota-t-il. Elle passe ses doigts dans ses cheveux. Il dit : « J’entends ta vie dans tes battements de cœur. « Elle reconnaît que ce qu’elle ressent pour lui, c’est en réalité de l’amour. »

Le visage derrière la lanterne, une coquille d’humain, un visage sans compassion, s’est penché plus près d’elle. Elle pouvait ressentir l’envie de pleurer des larmes de honte et de culpabilité sur ses joues, mais elle n’avait rien à donner. L’homme à la lanterne est devenu flou dans sa vision.

La peau gelée de son visage a commencé à se resserrer. L’agonie était atroce, comme si quelqu’un lui arrachait la chair avec une lame. Mais alors, comme si une lumière avait été éteinte, il n’y a plus eu de douleur, juste un espace vide et creux où il avait été présent. Et cela aussi s’est évanoui quand sa peur s’est transformée en souvenir.

« Artem ne parle pas de la guerre ou de la courte durée de leur amour. Il relève l’oreille de sa poitrine, la regarde et sourit quand elle lui demande s’il est heureux ici avec elle. Il répond : « Oui, j’adore cet endroit. Et j’espère que tu sais- »

Je suis désolé, pense-t-elle avant qu’il ne prononce son nom au sein de ce souvenir qui commence déjà à disparaître.

Elle s’attend à entendre des coups de feu, mais ça ne vient pas. Au lieu de cela, la lueur froide disparaît comme si elle n’avait jamais été. Elle aussi.

« Modifié: 05 août 2019 à 19:04:13 par elric »
Citation de: Maître Yoda
Trop gentil tu seras, dans le côté obscur tu l'auras.

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Re : Nq 73 - Projeter une Lueur Froide
« Réponse #1 le: 05 août 2019 à 19:04:55 »
Texte en entier
Bonne lecture  :)
Citation de: Maître Yoda
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Re : Nq 73 - Projeter une Lueur Froide
« Réponse #2 le: 05 août 2019 à 19:25:40 »
Simplement, merci!  c'est toujours tellement interessant de pouvoir s'approprier un peu le monde d'un jeu qu'on aime!  :)

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Re : Re : Nq 73 - Projeter une Lueur Froide
« Réponse #3 le: 05 août 2019 à 20:25:38 »
Simplement, merci!  c'est toujours tellement interessant de pouvoir s'approprier un peu le monde d'un jeu qu'on aime!  :)

De rien  ;)
Citation de: Maître Yoda
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