Auteur Sujet: Nq 71 - Quand les Serpents Négocient  (Lu 392 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne elric

  • Brave
  • *******
  • Messages: 1260
    • Voir le profil
Nq 71 - Quand les Serpents Négocient
« le: 12 août 2019 à 16:52:00 »
Quand les Serpents Négocient

par Douglas Seacat

Konesta, fin 610 AR

Le Bosco [Bosun] Balasar Grogspar a mâchonné sa pipe et regardé, d’un air morose, à travers la balustrade et le long des quais, la profusion de couleurs et d’activité qu’était Konesta, le port marchand de Zu. Ses mains surdimensionnées serraient si fort le tuyau qu’il semblait pouvoir se briser comme une brindille sous ses doigts. Le Capitaine Shae s’est approché de lui, a croisé les bras et a attendu silencieusement, sachant que tout ce qui dérangeait le trollkin remonterait ou non, indépendamment de ce qu’on lui dirait.

Le bosco a sorti sa pipe en épis de maïs de sa bouche et a pointé l’embout vers la ville. « J’aurais dû envoyer quelques chiens de mer [seadogs] avec lui », dit-il. « Où y aller moi-même. »

« Tu es inquiet pour Rockbottom ? » A demandé Shae. « Il sait s’occuper de lui-même. Cette ville est son genre d’endroit. Partout où tu vas, quelque essaie de prendre ton or et de te donner quelque chose que tu ne voulais pas. »

« Pourtant », a grogné Grogspar, « cette terre est remplie de sauvages. Qui sait ce qui lui arrive ? Il est probablement en train de cuire vivant dans une marmite ou un truc du genre. »

***

Le Seigneur Joln Rockbottom était perché précairement sur un tabouret surélevé, à une petite table à l’extérieur d’un bâtiment circulaire en terre cuite avec un bas dôme. Ils étaient sur la Place Torozon [Torozon Square], où les marchands les plus riches concluaient leurs affaires. Avec deux doigts, il a soigneusement saisi la petite poignée d’une délicate tasse en porcelaine et a porté le fumant liquide noir à la bouche. Il a cherché à contrôler son expression en l’avalant. Il l’a bu comme s’il était le moins cher et le plus âpre des uiske de Cinq-Doigts, lui brûlant l’arrière-gorge.

« Délicieux », dit-il en s’étranglant. La saveur amère grandissait en lui et il en était venu à apprécier l’agréable picotement qu’il provoquait par la suite sur le bout de ses doigts et au cuir chevelu. Ils préparaient du café intense ici à Konesta, en le concentrant en un liquide huileux qui ressemblait peu à la façon dont la boisson importée était préparée chez lui, y compris comment elle était préparée dans la cambuse du Talion. Ils utilisaient beaucoup plus d’eau, d’abord. Il avait récemment décidé que la seule bonne façon de boire du café était d’ajouter une bonne rasade de rhum. Bien sûr, le rhum aidait dans tout. « Ça provient du lot de fèves torréfiées que vous me vendez ? »

Le zuais face à lui était un maître négociant nommé Hamidi. Il préférait clairement siroter sa boisson. Il a répondu : « Oh, non Seigneur Rockbottom. Les fèves que j’ai mis de côté pour notre arrangement proviennent de la meilleure récolte des dernières années. Elles proviennent de trop loin au sud, amenées ici à grands frais. Il y a eu trois morts pour les transporter jusqu’ici. Nous réservons uniquement ces fèves pour l’exportation. Ce que nous buvons provient d’une tribu proche. Il est . . . adéquat. Cela dit, je ne crois pas que nous soyons parvenus à un accord pour vous vendre des fèves, de haute qualité ou non. » Rockbottom a grogné. « D’accord. » Il s’est souvenu d’une chose et a sortit une montre de poche en argent de sa ceinture, la plaçant sur la table entre eux. « Un présent pour vous, Nokarr Hamidi : un dispositif qui marque l’heure, pour honorer ce négoce. » Il l’a glissé et Hamidi a incliné la tête en remerciement. Rockbottom enchaîné. « Les conditions sont plus que justes. J’offre l’opportunité de surpasser vos concurrents. Je vous propose une méthode alternative pour vous procurer des bien khadoréens ou ordiques, qui autrement, seraient bien plus cher.

Hamidi était un homme grand et large. Son tour de taille suggère une vie confortable, bien qu’il portait son poids d’une manière qui suggérait plus de la force que de la douceur, avec une robuste poitrine et d’épais bras. Tout le reste de son comportement donnait l’impression d’une personne douce et innocente. Sous visage était angélique dans rondeur et son expression par défaut était un sourire innocent mais connaisseur. Ses vêtements étaient tous des pastels colorés, une robe ample apparemment assemblée de longueurs d’étoffes nouées dans un complexe arrangement. Sa peau était d’un brun plus foncé que la majorité des gens de Konesta, étant généralement peau d’olive, bien qu’il y ait une surprenante variété d’humanité ici. C’était l’une des raisons pour lesquelles des hommes comme Hamidi étaient si importants. Ce sont eux qui négociait les accords entre tous les marchands zuais et les étrangers comme Rockbottom.

Hamidi a gardé le silence pendant un certain temps, fixant placidement le nain. Puis il a dit : « Je trouve étrange que les khadoréens et les ordiques risquent d’autres accords en exportant leurs biens par votre intermédiaire. Ou bien est-ce-que vous me proposez – comment dit-on – des caisses ‘tombée d’un bateau’ avant d’atterrir dans votre soute ? »

Rockbottom lui a jeté un regard offensé. « Vous me blessez », a-t-il répondu. L’expression sereine d’Hamidi n’a pas changé. Le nain a ajouté : « J’admets que notre capacité à acquérir des cargaisons inhabituelles et non réclamées de diverses origines est l’un des avantages de travailler avec le Talion. Cependant, dans ce cas, la transaction est totalement honnête. Officiel. » A-t-il ajouté en dernier, car il avait appris que tous les idiomes ne fonctionnaient pas avec le zuais. De plus, Hamidi semblaient maîtriser un nombre impressionnant de langues et les parlaient plus couramment que la plupart des autres.

Le grand homme s’est versé une autre petite tasse de café huileux. « Donc, je ne trouverai pas d’individus hostiles portants des armes étrangères inhabituelles à la porte de ma maison, cherchant une richesse volée ? Parce que je vous le dis, cela mettrait à rude épreuve notre amitié, qui est d’une grande valeur à mes yeux. »

Il a fait un signe de la main dédaigneux. « Non, rien de pareil. » Rockbottom a accepté une repasse, bien qu’il s’est demandé s’il y avait un danger pour sa santé à continuer de le boire. Il a déclaré : « C’est un échange mutuellement bénéfique. Je veux que vous considériez cela comme une première étape en vue d’un arrangement plus vaste. J’ai des amis à Rhul, ma patrie, ayant hâte de commercer avec Zu et qui n’ont pas encore établi de présence ici. Il y a des marchés encore inexploités que vous et moi pourrions ouvrir.

Les sourcils de Hamidi se sont haussés sensiblement pour la première fois alors qu’il réfléchissait à cela. Rockbottom a gardé sa réserve cependant qu’il commençait à discuter des détails ce qu’il offrait et espérait gagner, Il espérait que la sueur sur son front serait prise comme une sincère gêne dû à la chaleur et l’humidité à Konesta et non comme une crise de nerfs.

***

Il se souvenait très bien de sa rencontre moins amicale qu’il avait eue quelques jours auparavant à la Maison de Commerce Mateu. Son contact là-bas avait fait des suggestions menaçantes sur ce qui pourrait lui arriver si ses affaires échouaient. Rockbottom a pu leur assurer en toute honnêteté qu’il irait au bout de Caen pour éviter cela. De la Maison Mateu, il avait négocié un envoi de substances alchimiques simples créées par l’Ordre du Creuset d’Or [Order of the Golden Crucible], très appréciées ici, même si techniquement leur commerce tait interdit. Il faisait également l’acquisition de munitions spécialisées, qu’il prétendait utiliser pour son propre usage. En vérité, celles-ci étaient destinées aux khadoréens.

Ensuite, il a eu une conversation encore moins agréable avec un laquais kossite des kayazy Négoce Kontinental Oligovich & Kovář [Oligovich & Kovář Kontinental Trade]. Les gardes du corps bratya de l’homme n’avaient pas pris la peine de cacher leurs menaces, promettant de faire des choses créatives avec ses entrailles s’il le trahissait. La relation de Rockbottom avec ce groupe était ténue et nouvelle, et pour une raison déconcertante, ils n’avaient pas confiance en sa réputation. Des khadoréens, il convoitait une cargaison mixte de fourrures rares et d’ambre gris.

Durant un instant, il avait cru que le kossite ressemblant à une belette, le retiendrait captif au lieu d’accepter ses conditions. Ses contacts avec ordiques et khadoréens avaient pris plaisir à lui rappeler l’énorme récompense sur sa tête et comment leurs gouvernements respectifs s’attendaient à ce qu’il soit arrêté. En fin de compte, la promesse de gains plus importants l’avait emporté. Rockbottom savait qu’il creusait un profond trou, d’autant plus qu’il n’avait pas encore informé le Capitaine Shae de ce qu’il faisait.

***

Pour sa part, Hamidi avait été impliqué dans ses propres délicats arrangements avant la réunion dans le District Central [Central District] de Konesta. Le commerce entre les immoréens et le peuple de Zu exigeait de la patience et du temps. C’était à des personnes comme Hamidi de s’assurer que les pièces du puzzle s’assemblent. En dehors de quelques contrats stables pour des produits de première nécessité, toute nouvelle transaction exigeait une danse complexe, car les acheteurs formulaient leurs demandes et les fournisseurs étaient courtisés et persuadés. Cette danse était l’œuvre de toute une vie pour Hamidi.

Il y a une semaine, Hamidi avait été escorté en bonne et due forme par des gardes de Konesta lors d’une marche de deux jours au sud à travers les collines de la jungle. Les collines étaient pleines de dangers, mais la fortune était avec lui, et il est arrivé sans encombre à son rendez-vous avec une femme ratatinée de la tribu des Klaymaru nommée Yuisa. Lui et Yuisa avaient été transportés en divan à porteurs. Ils se sont installés confortablement dans leurs moyens de transport respectifs, assis sur des coussins, les ouvertures recouvertes de soies colorées afin de pouvoir être proche et parler sans contact visuel direct, comme le voulait la coutume de Klaymaru.

Après les salutations officielles en memaloose, Yuisa a dit : « Si je comprends que vous avez affaire à un nain difforme ? » À son bruit d’assentiment, elle a ajouté : « Je suis étonné que vous soyez prêt à supporter la compagnie d’un tel être. Est-il vrai qu’il lui manque une jambe ? » Sa voix exprimait son dégoût.

« C’est vrai », a-t-il confirmé. « Je ne sais pas s’il est né difforme ou s’il a perdu sa jambe à l’âge adulte. Peu importe. Unijambiste et rabougris, je sais qu’il paiera bien. » Il était également dégoûté à l’idée de la déficience de Rockbottom. À Konesta, des personnes ainsi mutilées seraient reléguées à la mendicité et dans d’autres parties de Zu auraient pu être tuées ou exilées de leurs tribus. Il y avait quelques tribus, comme les Lovani de l’est, qui s’occupaient de ces personnes. Même eux n’auraient jamais mis un tel homme, à l’indignité publique, de négocier à Konesta. « Les étrangers sont bizarres », dit-il, un aphorisme commun.

« Eh bien, tu as de la chance », répondit Yuisa. « Nous avons une mauvaise année. La récolte a été lamentable ; nous avons perdu un tiers de nos plants à causes de maladies. Ceux qui restent sont en difficultés et nous avons dû torréfiés les fèves noires. Nous nous en débarrasserions si ce n’était l’appétit de vos étrangers, qui ne peuvent pas goûter la différence.

« Tous ne sont pas des incapables, mais je crois que celui-ci n’en saura rien. Le café n’est pas son métier habituel. Son ignorance est notre avantage. » Un autre de ses dictons favoris.

« Ainsi soit-il. Nous commercerons », a-t-elle déclaré.

Hamidi a levé son voile et s’est prosterné, la laissant le voir, mais lui laissant la courtoisie d’éviter son regard. Elle a tendu sa main, paume vers le haut, à travers l’ouverture dans le sien. Un serment.

Sur le chemin de retour vers Konesta, Hamidi a pensé au nain, l’étrange créature se faisant appeler Joln Rockbottom. Il avait au moins honoré leurs coutumes et suivi appropriées pour faire du commerce. Hamidi avait travaillé avec lui plusieurs reprises auparavant et l’avait trouvé être un étranger rusé et fiable. Il était également un pirate – un voleur et un meurtrier sur les mers, un homme méprisé par son propre peuple. Traiter avec de telles personnes comportait des risques. Mais pour Hamidi, ce n’était pas un problème. Les immoréens n’étaient pas dignes de confiance. Tous étaient des criminels d’un genre ou d’un autre – voleurs, menteurs, tueurs. Ils étaient condamnables, mais ils avaient des biens de valeur.

Il était inévitable que des stipulations supplémentaires surviennent lors de leur réunion Les immoréens se sentaient obligés d’hésiter, même si cela nuisait à leur profit. Ils étaient un nid de vipères venimeuses. Traiter avec de tels serpents avait rendu Hamidi riche. Il avait entendu que les nains étaient les plus honorables des immoréens, ce qui semblait incroyable, si Rockbottom était leur modèle.

Hamidi était actuellement le plus élevé parmi les nokarr de la dynastie Upalar, ces maîtres marchands honorés et redoutés qui avaient fait preuve de respect envers les ancêtres par le biais de judicieuses négociations. C’est à lui et à ses homologues des cinq autres dynasties Komoran survivantes de s’exposer aux périls des coutumes immoréennes pour la prospérité de Zu. Hamidi assumait plus de risques que la plupart des autres – il avait atteint sa position en acceptant de prendre des risques.

Il lui incombait de protéger la vie privée des peuples de l’intérieur de Zu, en particulier les aînés et les prophètes des alliances tribales Yonar et Xyrgu, refusant avec acharnement le contact avec des étrangers. Ces groupes insulaires ont eu besoins de multiples intermédiaires, considérant même les Upalar et les autres komarans et konestans comme irrémédiablement compromis. Pour eux, le peuple d’Hamidi était entaché de lortoxis – littéralement des « mots impensables », des idées et des pensées qui mettaient l’âme en péril. Par ces croyances, quiconquee qui a été souillé et qui est mort sans d’importants rites de purification pourrait redevenir une chose maudite qui chasse les vivants. Les gens d’Hamidi ne partageaient pas ces croyances, mais ils faisaient plaisir à leurs clients et procédaient périodiquement aux rites de purifications, heureux de servir de visage à leurs terres et à leurs peuples. Parmi les Upalar, le commerce était un aspect vital de la foi et chaque accord était un sacrement avec Jolhuna, la mère de l’eau. Plus le profit est grand, plus la déesse leur sourit.

***

Ainsi, Hamidi était assis en face de Rockbottom et chacun buvait son café. En dépit des paroles contraires d’Hamidi, le liquide raffiné qu’ils buvaient maintenant était de loin supérieur à ce que le nain achetait. Hamidi a frissonné en imaginant la saveur l’infusion pâteuse qu’il leur donnait. Les immoréens l’avaleraient, comme tout le reste.

Hamidi a baissé les yeux vers l’étrange objet en argent qu’on lui avait offert en échange. Il l’a touché et sentit quelque chose bouger en rythme à l’intérieur. Il a dû retenir l’impulsion de dégager sa main. Les immoréens étaient d’habiles métallurgiste, et il ne doutait pas que cet article était un splendide produit de leur artisanat. Un cadeau digne d’intérêt, mais aussi profondément profane, une machine tourmenteuse. Il serait difficile de trouver un marché pour cela, bien qu’il existe une petite tribu au sud connu pour son goût pour les articles exotiques et un respect particulier pour l’argent finement travaillé. Il y avait aussi les Sy-quetra, « les compteurs [the counting ones] », un mystérieux culte qui vivait sous terre et passait son temps à résoudre des énigmes mathématiques et à créer leurs complexes calendriers. Ils ne craignaient pas les machines, même si Hamidi les trouvait déroutants.

Il regardait Rockbottom, réprimant son aversion. Le nain était habillé de façon ridicule, portant de lourdes d’épaisses couches de vêtements étouffants à travers lesquels il transpirait déjà. Les taches étaient évidentes sous ses bras et son visage était humide. Au moins, sa jambe de bois n’était pas visible, cachées par la table. Hamidi a demandé : « Quoi d’autres ? À part le café et ces produits artisanaux, que désirez-vous d’autre ? Allez, il doit bien y avoir quelque chose ? »

Le nain a froncé les sourcils et incliné la tête, comme s’il essayait de se rappeler s’il avait oublié quelque chose. Il a répondu lentement : « Cela couvre l’essentiel, bien que je m’attende à ce que le lingot d’or que vous exigez m’occasionne une perte. Le marché du café est actuellement faible. Une petite disparité, mais que je ne peux pas me permettre si je veux atteindre mes marges. Il devait être futile pour corriger la balance. Pouvez-vous me fournir une tonne de plomb usagé et de quartz défectueux provenant de vos mines ? Je me souviens que vous aviez dit que vous avez cela en abondance. »

Hamidi n’a pas permis à son expression de changer, mais a sentit un début de surprise. Le nain demandait essentiellement des déchets lourds et inutiles, un inévitable sous-produit de l’exploitation du cuivre. Il avait pris un échantillon la dernière fois, l’expliquant comme une « curiosité scientifique ». Les utilisations du plomb étaient limitées, bien qu’il soit difficile et dangereux à affiner. Son instinct lui a crié que quelque chose de plus grand était en jeu. « Pourquoi les immoréens en veulent-ils ? » Il ne s’attendait pas à une réponse honnête, mais même des mensonges pourraient être utiles. S’il y avait un marché pour ces minéraux, il devait le savoir.

Le nain a haussé les épaules et dit : « Vous vous souviendrez que j’en ai ramené lors de ma dernière visite. Une alchimiste de Mercir voulait tester les propriétés de l’échantillon. Elle en a demandé plus. Ces scientifiques vous parfois payer pour ce que d’autres jugeraient déchet. Je pense que je peux faire un modeste bénéfice. Cela se traduira également par des gains pour vous ».

« Cela pourrait-il devenir un échange permanent, à un volume plus élevé ? » a demandé Hamidi. « Je peux assurer un meilleur approvisionnement. Je peux vous en donner deux tonnes au lieu de celles que vous avez demandée aujourd’hui, sans frais supplémentaires ». Il a fait miroiter cette dernière offre en guise de test.

Le pirate unijambiste a froncé les sourcils et a ajusté son couvre-chef à larges bords. Il a répondu : « C’est plus que ce dont j’ai besoin, mais je peux peut-être en trouver un usage. Je vais vérifier avec mon alchimiste. C’est peut-être un marché de niche que vous et moi pouvons exploiter. Il y a d’autres alchimistes, dans d’autres villes. Le rendement de ce commerce est probablement très limité. Ne vous faites pas trop d’illusions. »

***

Le cœur de Rockbottom battait la chamade, et il espérait que son visage ne soit pas rouge, mais si c’était le cas, la chaleur pourrait le couvrir. Il aurait dû refuser la tonne supplémentaire, mais il s’était trouvé dans l’impossibilité d’exprimer les mots. Espérons que sa réticence a couvert son empressement. Les yeux d’Hamidi semblaient indiquer que Rockbottom minimisait ses besoins. Le zuais, placide, a déclaré : « Même un rendement limité peut-être un profit. Il serait peut-être bon pour moi de sécuriser l’accès à ces déchets, juste au cas où ».

Rockbottom a soupiré et haussé les épaules. « Si vous le souhaitez, je ne peux pas vous promettre que cela vaudra votre temps. Je suppose qu’il n’y a rien à perdre en agissant de la sorte, au cas où un intérêt plus général se manifesterait ». Il a mentalement réfléchi à la question de savoir s’il devait exprimer quoi que ce soit d’autre qui trahirait son intérêt, en pesant les risques par rapport à la récompense.

La notion d’obtenir un quasi-monopole l’excitait, et il savait que Hamidi vivait aussi pour de telles opportunités. Il estimait qu’il était vital qu’il ne révèle pas à quel pou ces minéraux étaient vraiment importants. Il y aurait beaucoup d’acheteurs qui pourraient surenchérir sur lui. Il ne se faisait aucune illusion de pouvoir conserver le contrôle longtemps. Les marchands ordiques le découvriraient probablement en premier, mais les khadoréens ne seraient pas loin derrière. En fait, les mines dont Konesta tirait son abondant cuivre étaient également riches en minéraux rares nécessaires à la manufacture de cortex de steamjack. Il semble que ces minéraux et cristaux ne semblaient pas avoir d’usage autochtone, si ce n’est comme accessoires décoratifs sans grande valeur. C’était une découverte pour laquelle les khadoréens tueraient certainement. Même un monopole temporaire pourrait dégager d’énormes profits avant qu’ils ne perdent le contrôle du marché. Le fait était que Rockbottom avait des dettes assez énormes à rembourser. Il avait mis en branle de nombreuses choses, toutes sur le point de s’écraser.

« Je ferai le nécessaire pour sécuriser l’approvisionnement, juste au cas où », a déclaré Hamidi avec son sourire habituel.

Rockbottom devait prendre le risque. Il a déclaré : « La marge sur ce commerce, s’il en existe, sera très étroite. Il sera vital de contrôler le prix. À cette fin, puis-je obtenir un droit de premier refus ? Pas que je pense que quelqu’un d’autre sera même intéressé, mais juste au cas où. Si vous et moi servons de seul point de contact, je peux faire en sorte que cela reste rentable. »

« Peut-être », a dit Hamidi, son sourire disparaissant. Un de ses doigts épais a tracé un motif sur al table. Il a levé les yeux et dit : « Il y a autre une autre chose pour laquelle vous pouvez m’aider en échange. Une simple demande. »

« Oh ? » A exprimé Rockbottom. Il avait probablement révélé sa main trop tôt.

« Il y a une personne, un vieil ami de la famille, qui désire voir l’Immoren. Je lui ai dit que je pourrais probablement réaliser ce rêve. Il est au crépuscule de sa vie et a un déplaisant intérêt pour les expériences exotiques. Je ne juge pas, comme les autres pourraient le faire. Mais comme vous le savez, cette demande est inhabituelle. Il faudrait la traiter discrètement. Sa famille aurait honte si elles avaient connaissance de ses plans. Une excuse a été trouvée pour une longue absence, et je peux faire en sorte qu’il atteigne votre navire sans être vu. »

« Et où est-ce que je l’emmènerais ? Je ne suis pas guide. Notre navire ne peut pas se permettre de faire le tour de la côte en faisant du tourisme. »

« Rien de tel. Il a une destination spécifique en tête. Il a l’intention d’être amené à … quelle est cette ville, dont le nom sonne comme une main ? »

« Cinq-Doigts [Five Fingers] ? » A demandé Rockbottom, provoquant une signe de tête joyeux. « Qui est ce passager ? »

Hamidi s’est penché plus près et a dit : « Il s’appelle Golosh Torozon. Je vous dis cela par courtoisie, car nous sommes de vieux amis. Si vous acceptez de la faire, notre accord est conclu. Je me ferai un plaisir d’inclure le droit de premier refus sur l’approvisionnement en déchets miniers. Je ne traiterai qu’avec vous pour l’instant. Nous pouvons déterminer un délai après votre prochaine visite. La famille Torozon est importante, comme vous le savez sans doute, tout comme la sécurité de Golosh. Il est vital qu’il atteigne sa destination et que rien de ceci n’atteigne d’autres oreilles, surtout des agents de la Ligue Mercarienne [Mercarian League] ou de la Maison Mateu [Mateu House].

C’était une demande sans précédent. Il n’y avait aucune raison de suspecter que quiconque en Immoren s’opposerait à l’arrivée de quelqu’un de Zu. En effet, il deviendrait probablement une célébrité, étant donné la grande curiosité générale pour le continent méridional. Mais Rockbottom savait que les zuais ne supportaient pas l’idée de quitter leurs terres, et il n’avait jamais entendu personne exprimer son intérêt à aller en Immoren. Son nom de famille était en effet connu – cette place même a été nommée d’après le clan Torozon. Rockbottom en savait peu sur eux, sauf qu’ils étaient importants et riches. De tels noms de famille n’ont été adoptés que par la lignée directe d’une famille dirigeante. S’il lui avait été demandé de prédire ce que tout cela voulait dire, il aurait misé une sorte d’arrangement secret entre les dirigeants de Konesta et le Roi Baird Cathor II d’Ord.

L’introduction clandestine de Golosh Torozon était donc très dangereuse. Rockbottom s’est senti exposé et a regardé autour de lui les visages les plus proches, se demandant s’il n’y avait pas des espions. Un immoréens comme lui serait remarqué, mais cela ne voulait pas dire que la Maison Mateu ou la Ligue Mercarienne pourraient ne pas avoir d’agents locaux. Il devait faire confiance à Hamidi, qui devait avoir pris des mesures pour assurer leur rencontre.

Il a réalisé qu’il mordillait son ongle de pouce et s’est arrêté. Regardant le large visage d’Hamidi. Il a hoché la tête une fois. « D’accord. Le contrat est scellé ». Il a tendu la main, tout en se demandant comment il expliquerait tout cela au Capitaine Shae. Il a mis sa foi dans l’espoir que si la Ligue Mercarienne ne voulait pas que cela se produise, cela pourrait en valoir la peine, en ce qui le concerne.

Hamidi a légèrement serré la sienne. Ce n’était pas une coutume zuaise, mais une coutume qu’il avait apprise à imiter. Il a dit : « Un plaisir de faire des affaires avec vous, comme toujours. « Son sourire n’a pas touché ses yeux. À ce moment-là, Rockbottom n’avait aucune idée duquel d’entre eux avait obtenu le meilleur parti de cet accord. Il ne pouvait échapper au sentiment qu’il venait de passer sa tête dans un nœud coulant.

« Modifié: 26 août 2019 à 11:08:53 par elric »
Citation de: Maître Yoda
Trop gentil tu seras, dans le côté obscur tu l'auras.

Si vous constatez des fautes d'orthographe et/ou de conjugaison, des phrases à remanier pour une meilleur compréhension.
Hop, -> Mp  ;)

Hors ligne elric

  • Brave
  • *******
  • Messages: 1260
    • Voir le profil
Re : Nq 71 - Quand les Serpents Négocient
« Réponse #1 le: 26 août 2019 à 11:09:28 »
Texte en entier.

Bonne lecture
Citation de: Maître Yoda
Trop gentil tu seras, dans le côté obscur tu l'auras.

Si vous constatez des fautes d'orthographe et/ou de conjugaison, des phrases à remanier pour une meilleur compréhension.
Hop, -> Mp  ;)