Auteur Sujet: Vilcornu  (Lu 195 fois)

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Vilcornu
« le: 17 novembre 2020 à 22:26:00 »
Vilcornu

Par William Shick

Rorsh lança un regard noir au ciel brûlant de midi, concentrant chaque parcelle de méchanceté sur la lueur éblouissante cinglante. Face à un tel air renfrogné, n’importe quelle autre créature de Caen se serait repliée dans l’ombre, mais confiant que même Rorsh ne pouvait pas mettre sa menace à exécution, le soleil brillait d’autant plus.

Le farrow céda finalement avec un grognement mécontent et haussa les épaules, gêné sous son lourd manteau de cuir. Comme d’autres de son espèce, Rorsh n’avait jamais pensé que quelque chose d’aussi simple que le soleil pouvait lui causer un malaise, mais cette chaleur était bien au-delà de tout ce qu’il avait jamais connu. Il grogna en essayant de trouver une position qui ne frottait pas à vif son corps couvert de sueur.

Il maudit à nouveau d’avoir accepté cette mission pour l’autoproclamé « Seigneur Carver ». Dans les Marces Sanglantes, parcourant des lieues à travers un désert brûlant avec comme destination finale, un rocher géant dont aucun être vivant ne se souciait. Rorsh recentra son regard sur le puissant Vilcorné au lion, sa surface escarpée se terminant par un imposant sommet qui dominait le paysage environnant tel un tyran.

Il jugea que lui et ses bêtes de guerre étaient encore au mieux à trois jours de leur destination, même si l’intérêt que l’endroit avait pour son employeur actuel dépassait largement l’entendement de Rorsh. Il se souvenait du farrow infatué de lui-même jasant à propos d’os, d’augures et de signes. Quelque chose à propos d’un pouvoir antique et de sombres présages avait fait briller les yeux du Seigneur Carver comme ceux d’un voleur en présence d’une grande salle aux trésors.

Peut-être que s’il ne s’était pas enivré de l’alcool de grain ayant coulé librement cette nuit-là, il se souviendrait de quoi ce sanglant Urcaen Carver avait rabâché. Plus importnat encore, il aurait peut-être eu assez de bon sens pour rire au nez du Porteur de la Destruction la Plus Massive lorsqu’il lui avait proposé ce job – bien que cela se serait sans doute terminé par l’introduction de la puissante lame du roi des farrow, Main de Dieu, dans son crâne.

Au lieu de cela, il avait accepté de se rendre dans ce misérable désert et de repérer la région avant Carver et son équipe. Ce qu’il était censé trouver, eh bien, c’était juste une autre information ayant disparu avec l’arrivée de la gueule de bois.

Il se maudit alors et gratta un sabot désespérément dans le sable chaud. À ce stade, l’air frais du Bois d’Épines lui semblait bon, ou même le climat glacial du nord du Khador. Tout sauf cette intolérable chaleur, dans cet interminable désert, au service de l’insupportable autoproclamé roi des farrow.

Un cri de panique le ramena de sa torpeur de la scène de chaos devant lui. Le bruit du bois qui se fendille et se brise alors que ses deux sangliers fouillaient le butin de leur dernière embuscade céda la place à des lourds grognements et ébrouements. Il est clair qu’ils avaient trouvé quelque chose à leur goût. Rorsh pouvait sentir leur satisfaction grâce à son lien avec eux, le doux arôme de fruit frais faisant saliver sa bouche même s’il était loin du chariot qu’ils avaient défoncés. Sa puissante bête de guerre Brine avait déjà revendiqué le meilleur repas.

Rorsh était encore en train de s’habituer à ses nouvelles bêtes après n’avoir été lié à Brine si longtemps. Parfois, il trouvait leur esprit frustrant et difficile à lier ; à d’autres moments, comme maintenant, il se trouvait assailli par leurs pensées et leurs émotions. Jusqu’à présents, elles s’étaient montrés assez loyales et il l’avait eu aucun mal à les contrôler quand cela comptait le plus. Il devait admettre que leur présence avait été extrêmement utile au cours des dernières semaines de voyage, car elles lui avaient fourni d’énormes réserves de vitalité dans les quelques escarmouches que son groupe avait menées en chemin.

Il eut un sourire de contentement, testant la connexion qu’il avait avec elles. Elles étaient un cadeau de Carver. Merci, supposa-t-il, d’avoir accepté de participer à cette mission inutile. Les canons géants sur leur dos avaient été modifiés pour tirer des projectiles d’un potentiel explosif encore plus grand que ceux des sangliers canonniers standard, si répandus aujourd’hui dans les armées de Carver. Bien sûr, cette puissance avait un prix, comme toujours. Les charges de poudres plus lourdes utilisées dans les munitions spécialisées surchauffaient rapidement les canons et pouvaient infliger de graves brûlures aux bêtes. Et puis il y avait la question des obus eux-mêmes. Rorsh préférait voyager léger et Carver n’avait pas été disposé à fournir des chariots de ravitaillement, de sorte qu’il n’avait encore autorisé les sangliers artilleurs à employer leurs nouvelles armes.

Pas besoin de gaspiller une bonne carte jusqu’à ce que vous en ayez réellement besoin.

Tandis que les deux sangliers artilleurs se contentaient des caisses de produits, Rorsh se tourna vers le survivant humain dont les cris de panique l’avaient arraché à son combat contre le soleil brûlant. La jambe de l’homme avait été cassée là où ma charrette était tombée sur lui après que Brine l’ait percuté, et il se débattait maintenant, piégé et impuissant, tandis que la puissante bête de guerre farrow se nourrissait de la chair des autres marchands. Du sang s’accumulait autour du museau et des défenses de Brine, donnant une apparence encore plus effrayante à l’énorme bête. Bien qu’ayant déjà consommé près de quatre hommes, la faim brûlait toujours dans les yeux de Brine – des yeux qui fixaient maintenant le marchand survivant.

« S’il vous plaît ! Aie pitié ! » Les mains s’accorchèrent au manteau de Rorsh, ce qui frotta le cuir épais sur sa chair douloureuse. « Ne laissez pas cette chose me manger, je vous en supplie ! »

Il y eut un craquement bruyant alors que Brine engloutissait la dernière jambe de son repas actuel, suivi d’un claquement de lèvres humide, et d’une déglutition presque comique. Comique, supposait Rorsh, pour tout le monde sauf l’humain piégé.

Une fois les caisses de fruits et de légumes terminées, les deux sangliers artilleurs se déplacèrent, un jus collant s’écoulant de leur museau. Chacun d’eux avait la même apparence que Brine. Rorsh savait qu’un porc ne se nourrissait pas uniquement de fruits. C’était, après tour, une espèce complexe.

Brine baissa la tête et fixa les deux bêtes de guerre légères avec un regard glacial, un grognement guttural émanant de sa gorge. Les deux sangliers s’arrêtèrent mais ne reculèrent pas.

Un ordre mental rapide et décisif de Rorsh mit fin au défi de Brine. Vous partagez celui-ci. Rappelez-vous, nous sommes une grande et heureuse famille maintenant.

Il sentit Brine commencer à résister, mais quand Rorch augmenta la pression de son ordre mental, la bête de guerre recula à contrecœur, levant son museau ensanglanté et laissant échapper une bouffée chargée de viande pourrie alors que ses épaules s’affaissaient comme celle d’un enfant irritable qui sait qu’il n’arriverait pas à ses fins.

Les yeux de l’homme s’écarquillèrent frénétiquement entre Brine et les deux petites guerres. « S’il vous plaît, ne faites pas ça ! » Il se mit à sangloter de terreur.

Rorsh le regarda fixement et lui fit un sourire malicieux en allumant un cigare provenant de la poche intérieure de son manteau. Il tira une bouffée savourant le goût amer du tabac. Il secoua la tête vers les bêtes salivantes et dit simplement : « Des bouches à nourir. Tu comprends. »

Alors que les bêtes de guerre entamèrent leur repas hurlant, Rorsh fixa les sommets escarpés du Vilcornu, tirant profondément sur son cigare. Bientôt, pensa-t-il, envisageant déjà d’être de retour dans la fraîcheur du Bois d’Épines. Bientôt.

Alors qu’ils s’approchaient de la base de l’imposant Vilcornu, Rorsh mâchouillait le cigare dans bouche. Il pouvait sentir l’agitation de Brine à la vue de ce qui se passait en face. Devant la base de la montagne se dressait un camp en entier. Les grandes étendues de tissu rouge, doré et noir suspendues au-dessus du sol par de longs piquets marquaient sans équivoque le camp comme étant skorne.

Rorsh maudit sa chance en déplaçant sa peau à vif sous son lourd manteau. Rien n’est jamais aussi simple qu’il n’y paraît. Mais on ne fait fortune simplement.

Resserrant sa prise mentale sur ses bêtes de guerre, Rorsh s’avança vers le camp, agitant un foulard blanc qu’il avait tiré d’une des nombreuses poches de son manteau. Il se renfrogna en voyant que le tissu était tellement maculé de crasse et de sang qu’il aurait tout aussi bien pu agiter un membre ensanglanté.

Il s’avança en essayant de paraître aussi peu menaçant que possible alors qu’il était entouré de trois énormes sangliers tiré d’un conte grymkin cauchemardesque. Il ne fallut pas longtemps à un guetteur pour remarquer la joyeuse bande et donner l’alarme. Rorsh dû admettre que les orientaux étaient efficaces lorsqu’ils se rassemblèrent pour défendre leur camp. Il s’arrêta juste hors de portée des écorcheurs et cria au skorne agité : « Parlez au chef. Bonne affaire pour lui ! »

Rorsh retint son souffle alors qu’il regardait son message se propager le long de la ligne skorne. Il espérait que sa compréhension imparfaite de la langue ne terminerait pas avec la décomposition de son corps sous ce soleil brûlant. Les skorne n’avaient pas l’habitude de converser avec des étrangers.

Il continua à calmer l’agitation de Brine, mais il était à deux doigts de déclencher la pleine puissance des canons de ses sangliers artilleurs si les choses tournaient mal. Il poussa un soupir alors qu’un guerrier skorne perçait les rangs, son énorme armure cataphractaire montée de puissantes cornes, une hallebarde de méchante apparence tenue lâchement en main. Légèrement derrière le cataphracte, un skorne agile, le visage caché derrière un masque déformé de doloriste. Contrairement aux doloristes que Rorsh avait déjà vu, celui-ci portait une étrange arme d’hast avec une sorte de griffe à une extrémité. Dans son autre main, il tenait une chaîne en fer attachée à une misérable créature que Rorsh reconnut comme étant un bébé titan.

Le tyran skorne regarda les intrus avec désinvolture : « Vous avez mon attention. »

Rorsh étira son coup comme s’il n’avait aucun souci à se faire, prenant son temps avant de répondre : « Vous payez. Moi et les miens tuons pour vous. » Il fixa le skorne dans les yeux, les dents légèrement dénudées.

Le doloriste avec son étrange arme d’hast cria quelque chose d’incompréhensible, mais la menace était suffisamment claire. Les skorne n’étaient pas connus pour louer des choses qu’ils pouvaient simplement asservir. Les paroles du doloriste avaient presque certainement réitéré ce fait.

Rorsh détourna le regard du tyran et se tourna vers le doloriste. Parlant en farrow, il dit : « Vous pourriez essayer. » Il haussa les épaules à ses bêtes de guerre et eut un large sourire malveillant. « Mais mes amis sont plus grands que les vôtres. »

Le farrow sentit une morsure d’acier froid dans sa chair lorsque l’étrange arme d’hast se referma autour de son coup. Apparemment, ce skorne pouvait se déplacer beaucoup plus vite que ce que Rorsh croyait. De toute évidence, son importance était passée même si les paroles du farrow ne l’avaient pas été. Le visage masqué du doloriste était si proche du sien qu’il pouvait sentir la douce haleine maladive du skorne. « Un coup de poignet et tu es de la viande pour tes porcs ! » Il fut surpris d’entendre les mots parfaitement grogner en farrow, mais il ne laissa jamais le sourire quitter son visage.

Sentant Brine proche du point de rupture, Rorsh imposa sa volonté sur son compagnon. Une crise maintenant serait très malheureuse pour tous.

Rorsh ne dit rien. Il fit simplement un geste avec ses yeux d’acier au doloriste de regarder e bas pour remarquer que dans sa main il tenait un bâton de dynamite, la mèche brûlant déjà. « Me voici, tout amical, et vous allez tout gâcher », grogna-t-il dans sa barbe.

« Assez ! » La voix du tyran faisant retentir le mot skorne à travers les sables stériles fit que même Brine sursauta. Peut-être n’était-il pas content d’être exclu de la conversation. Il regarda les puissantes bêtes de guerre de Rorsh de haut en bas avant de prononcer en skorne : « Quel est ton prix, farrow ? »

Rorsh lécha ses lèvres desséchées. « Mille, monnaie jaune. Et de la nourriture pour moi et mes bêtes. »

« Trois cents », répondit le tyran en le regardant froidement.

« Huit. »

« Quatre. »

Rorsh baissa les yeux sur la mèche. Il ne leur restait que quelques secondes avant qu’il ne doive passer au plan B – un plan qui impliquait une très désagréable explosion.

« Cinq cents », grogna le farrow.

Le tyran fit une longue pause avant de répondre. « Accepté. »

Rorsh sourit en éteignant la mèche brûlante avec ses doigts calleux. Deux jours de paie pour un emploi. Put-être que le désert n’était pas si mal après tout.

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« Modifié: 29 novembre 2020 à 17:09:09 par elric »
Citation de: Maître Yoda
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Re : Vilcornu
« Réponse #1 le: 29 novembre 2020 à 17:09:37 »
MàJ

Chapitre 2
Citation de: Maître Yoda
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