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Messages - elric

Pages: [1] 2 3 ... 48
1
Texte en entier.
Bonne lecture  :)

2
MàJ

Chapitre 2

Cool ! Des iosiens  8)
En voici encore plus pour ton plaisir  :)

3
MàJ

Chapitre 1

4
Mon ressentit.
J'ai plus aimée cette histoire. Les moments de tension et bravoures sont bien dosés.
Nous n'avons pas trop de WTF et de deus ex machina.
Et le dernier chapitre parvient à m'arracher ma petite larme  :'(

En conclusion, c'est Magnus qui a le meilleur narratif. J'espère qu'il aura une nouvelle version  8)

5
PICS DES FALAISES DU TONNERRE

Par Aeryn Rudel

MERCENAIRES

Depuis les décombres à l’extrémité ouest du ravin, des douzaines de cordes d’arbalètes ont cogné contre leurs arcs avec un claquement sourd et projetèrent un nuage bourdonnant de carreaux rouges. Murgan souleva son bouclier et s’accroupit alors que les carreaux tombaient, protégeant avec peine son corps de deux mètres sous sa surface protectrice. Les projectiles cognèrent contre le bronze martelé mais n’emportèrent personnes.

« Tenaces les bâtards, n’est-ce pas ? » Au genou de Murgan, le Capitaine Vornek Blackheel tapa contre un carreau elfique planté dans la terre à moins de deux centimètres de son pied. « Précis, aussi. » Le capitaine du Haut Bouclier sourit, ses yeux sombres brillent dans l’ombre sous le bouclier de l’ogrun.

Murgan baissa les yeux et grogna d’assentiment. « Oui, ils sont certainement motivés. Mais par Dhunia, que font les iosiens ici ? »

Vornak renifla. « D’après mon expérience, les elfes n’ont pas besoin de beaucoup motivation pour assassiner un non-elfe. Mais nous ne gardons aucune position stratégique. Fort Baram, c’est le trou du cul du monde. »

Vornek avait raison. Fort Baram avait acquis sa réputation auprès du Cartel Seafoge. Les ivrognes, les voleurs et les mécontents qui voulaient éviter l’exil ou l’exécution à Rhul se retrouvaient expédiés à Baram pour exécuter le reste de leurs peines. Ils demeuraient si loin des sentiers battus et n’avait si peu de conséquences pour Rhul et Khador et que le Searforge pensaient que les habitants du fort ne pouvaient pas nuire à la réputation du Cartel.

La forteresse trapue se tenait derrière la ligne naine, au plus profond du côté khadoréen des Pics des Falaises du Tonnerre. Le laissez-passer négociable signifiant que les marchands voyageant de Khador à Fort-Horgen passaient souvent par Fort Baram, qui étaient tenus par trois escouades du Corps des Carabiniers du Haut Bouclier et un guerrier ogrun vieillissant. Les nains étaient chargés de s’assurer que les caravanes du Cartel Searforge passent sans encombre et avaient rarement affaire à quelque chose de plus agressif qu’un marchand grincheux se chamaillant pour le péage de la cargaison. Au moins, cela permettait de passer le temps entre le jeu, les combats et la consommation d’alcool jusqu’au coma éthylique.

Bien que la majeure partie de la garnison de Baram ait été obligée de servir sous les ordres de Vornek Blackheel, un homme capable et bourru, quelques personnes avaient choisi la garnison éloignée. C’était l’endroit où se rendre pour être oublié. Pour Murgan, cependant, c’était aussi un endroit où il pouvait se permettre d’oublier.

Un ogrun vétéran sans korune avait peu de place dans la société naine ou ogrun. Le korune de Murgan avait été tué au combat il y a plus de dix ans. Bien que les événements qui aient conduit à la mort de son maître aient échappé à son contrôle, la survie de Murgan avait été considéré comme un échec monumental de sa part. Il avait peu d’option. On s’attendait à ce qu’il prenne sa retraite, touche une maigre pension et vive le reste de ses jours en méditant sur son échec. Murgan avait plutôt demandé la permission de rester et de servir le Cartel Seaforge. La demande avait été rejetée, mais Murgan avait persisté et le Cartel avait fini par céder – à condition qu’il occupe de son choix. Il avait été affecté (certains diraient « condamné ») à Fort Baram, où il servait le Capitaine Blackheel depuis des années.

Alors qu’il aidait Vornek à lutter contre les nombreux inadaptés à Fort Baram, Murgan avait lentement récupéré une certaine confiance et une certaine estime de soi. Son association avec Vornek ne ressemblait en rien à ce qu’il avait partagé avec son korune, mais il avait développé une relation avec l’imprévisible capitaine du Haut Bouclier qui oscillait entre « ami » et « compagnon de cellule ».

« Je suppose que nous devrions riposter », déclara Vornek. « Non pas que les cinq dernières volées aient fait beaucoup plus que démonter à quel point nous sommes de pauvres tireurs. » Il jeta un coup d’oeil sur les lignes de guerrier nains à sa gauche et à sa droite et se renfrogna à travers sa barbe. « Vous entendez ça, misérable fils de pute ? » Cria-t-il. « Vous ne pourriez pas toucher la partie large du derche de Toruk s’il s’asseyait sur vous ! » Les insultes de Vornek provoquèrent quelques imprécations sans enthousiasme et ce qui ressembla à un épisode de vomissement vigoureux.

« Kurn ? » Demanda Murgan au capitaine. Kurn était l’ivrogne le plus notoire de Fort Baram.

Vornek hocha la tête. « Toujours. Je pense qu’il buvait ce truc qu’on emploie pour nettoyer les résidus de poudres des canons des carabines.

Murgan regarda la ligne de guerriers nains. Chacun était en possession de l’équipement standard du Corps des Carabiniers du Haut Bouclier : plastrons en acier, grèves, gantelets et le solide bouclier rectangulaire qui couvrait son propriétaire de son cou à ses chevilles. L’armement principal du corps consistait en une carabine de guerre lourde à double canon, assez légère pour être maniée à une seule main mais avec suffisamment de puissance pour pénétrer le blindage. Chaque membre du corps des carabiniers portait également une hache de guerre à manche court pour le combat au corps à corps.

Ce n’était des carabiniers ordinaires, cependant, et l’état de délabrement des guerriers du Fort Baram aurait horrifié n’importe quel autre officier supérieur du Haut Bouclier. En fait, plusieurs officiers supérieurs du Haut Bouclier avait demandé au Seaforge de faire expulser toute la garnison de Fort Baram du corps. Ces tentatives avaient échoué – chaque ordre avait besoin d’un endroit pour stocker ses déchets. Pourtant, l’état des guerriers de Baram et de leur équipement était tout simplement déplorable. Des taches de rouille, certaines aussi grandes que le poing de Murgan piquaient l’armure de presque tous les nains, et la plupart des carabines n’avaient pas été correctement nettoyées depuis des mois. Murgan aurait surpris si une seule hache de guerre dans toute la garnison possédait un tranchant assez aiguisé pour couper le pain, sans parler de fendre l’acier. Il sentait la sueur et le vomi âcre des nains les plus proches de lui, et beaucoup d’entre eux vacillaient sous le poids de leur équipement, habitués à un mode de vie sédentaire axé sur les beuveries plutôt que sur la préparation au combat.

Murgan se tenait au centre de la ligne de nain, à côté de Vornek. Deux fois plus grand qu’un guerrier nain, il se détachait de son entourage telle une épée parmi des poignards. Son énorme bouclier rond était aussi large qu’un nain était grand, et son glaive cranté au bout d’une hampe en fer de trois mètres soixante. Son équipement était en bon étant, son bouclier robuste, le tranchant de son glaive affûté comme un fil de rasoir.

« Relever ! » Cria Vornek, et vingt boucliers de combat cognèrent le sol plus ou moins à l’unisson. Les fûts de vingt carabines rhuliques glissèrent dans la large encoche au sommet de chaque bouclier. Cette encoche permettait au guerrier du Haut Bouclier de pointer sa carabine tout en profitant de la protection vitale de son bouclier.

« Feu ! »

Une fusillade assourdissante retenti, et le champ de gravats à l’autre bout du ravin explosa en shrapnel. Alors que la poussière et la fumée se dissipaient, un unique cadavre elfique devint visible, partiellement exposé derrière un petit monticule de gravier.

« Hah ! Nous en avons un ! » Dit Vornek. Puis son ton jubilatoire s’aigrit. « Mais, merde ? Un seul elfe mort en six volées ? À ce rythme, nous en avons pour quinze jours. »

« Nous attendons donc quinze jours », dit Murgan. Il posa son bouclier devant lui, se préparant à l’inévitable volée retour. Le reste des hommes du corps s’installait derrière leur propre bouclier lourd, gémissant, jurant et rechargeant sans enthousiasme leurs carabines. Les quelques nains tombés sous les volées elfiques étaient maintenant traînés derrière la ligne et dans la forteresse.

« Quoi ? » Demanda Vornek, confus.

« Nous les attendons dehors », dit Murgan en montrant son bouclier. Sa surface était éraflée, mais pas un seul carreau elfique ne l’avait pénétré. On pouvait en dire autant de la plupart des boucliers nains. « Leurs arbalètes ne sont pas assez puissantes pour percer nos boucliers, et ils n’ont certainement pas une réserve infinie de carreaux… »

« Mais nous avons assez de poudre et de munitions pour tenir durant des semaines », termina Vornek. Il se mordilla la lèvre inférieure. « Je déteste l’idée de rester ici à ne rien faire. Mais ce n’est pas la pire que j’ai entendue. »

« Un tel éloge », gloussa Murgan. « Mais je ne pense pas que nous devrons tenir longtemps. Cette attaque sent le désespoir, si vous voulez mon avis. Si nous tenons bon, je pense que nous leur forcerons la main. Pour leur faire faire quelque chose d’irréfléchi. »

Les elfes avaient pris position à une centaine de verges des portes de Fort Baram, dans un champ de blocailles dense, où les fortes pluies de l’année dernière avaient provoqué un éboulement. Parce que les caravanes marchandes avaient pu se frayer un chemin, Vornek n’avait pas pris la peine de nettoyer le bazar. Cela avait semblé être une dépense inutile de temps et d’énergie. Malheureusement, les énormes tas de rocher et de débris offraient maintenant aux attaquants iosiens une excellente couverture.

Murgan remarqua un mouvement soudain à l’autre bout du ravin. Deux iosiens avaient émergés de derrière un gros rocher et avancé rapidement. Ils disparurent derrière un monticule de blocaille avant qu’il ne puisse signaler leur position.

« Tu as vu ? Dit Murgan à Vornek.

« Ouais. Ils avaient l’air différents des autres, n’est-ce pas ? » Répondit Vornek.

« Manteaux noirs. Et ils ne portaient pas d’arbalètes. Autre chose. Un fusil peut-être. » Une lueur se reflétant sur une surface métallique où les deux elfes aux manteaux noirs avaient disparu, puis un bourdonnement profond et pénétrant s’éleva de leur position. Murgan fut sur le point de crier un avertissement lorsque qu’un craquement aigu se fit entendre dans le ravin. La tête d’un guerrier nain à sa gauche – une jeune recrue nommée Ulik – éclata comme une pastèque trop mûre et l’éclaboussa de son contenu chaud et rouge. Le cadavre s’inclina vers l’arrière, permettant à l’ogrun de clairement voir le trou à hauteur d’oeil dans le bouclier d’Ulik.

« Tireur embusqué ! » Cria Murgan en se jetant à terre.

Vornek se tenait simplement là, bouche bée, regardant le bouclier troué d’Ulik et la moitié supérieure manquante de sa tête.

« À terre, imbécile ! » Murgan lâcha son glaive et tira le capitaine abasourdi du Haut Bouclier à côté de lui. Les tireurs embusqués tirèrent à nouveau, au moment où Murgan projetait le visage de Vornek dans la poussière. Puis loin sur la ligne, un autre guerrier nain – Murgan ne sut dire qui – se mit à crier. Une autre détonation suivi et les cris cessèrent.

Vornek leva la tête et cracha une bouchée de terre. « À terre ! Maintenant ! » Cria-t-il. Le reste de la ligne n’eut plus besoin d’être encouragé. Le ravin résonna soudainement du cliquetis métallique chaotique de dix-huit guerriers entièrement armurés se jetant face contre terre.
« Tant pis pour l’attente. » Vornek tourna son visage sale vers Murgan. « Ces foutus tireurs embusqués peuvent nous arracher la tête à loisir. »

« Il n’y en a que deux », déclara Murgan. Il avait du mal à s’exprimer avec son visage écrasé sur le sol, mais il faisait une cible si grande qu’il n’osait pas lever la tête. « Nous pourrions nous précipiter sur leur position. »

« Trop tard pour ça. » Le ton de Vornek était grave. « Nos invités aux oreilles pointues ont d’autres idées. »

Tentant le destin, Murgan leva prudemment la tête pour suivre le regard de Vornek. Deux dizaines d’elfes se précipitaient vers eux, leurs longues et fines lames dégainées et scintillantes sous le soleil de l’après midi. Une stupéfiante silhouette en armure blanche les conduisait. Elle tenait son épée nue au-dessus de sa tête alors qu’elle chargeait sans effort sur le sol accidenté du ravin.

Vornek se mit debout en grognant. « Les salauds ont utilisé leurs tireurs embusqués pour donner au reste de leurs soldats le temps de charger », dit-il acide. « Malin. »

Murgan se mit debout et vit la ligne de nains se hisser sur ses pieds, former les rangs et se préparer à répondre à la charge des elfes. Il abaissa bouclier et prit son glaive en main. Le dressant sur son épaule droite comme une lance. Il gratifia Vornek d’un sourire contraint. « Au moins, nous n’aurons pas à attendre. »

Vornek renifla et pointa sa carabine vers les iosiens en approchent. « Oh, excellent. Je suis ravi qu’ils aient décidé d’en finir avec moi. »

CHÂTIMENT DE SCYRAH

Les nains ouvrirent le feu et furent momentanément masqués par l’épaisse fumée qui jaillissaient de leurs carabines. Kaelyssa put presque sentir les minuscules projectiles de métal siffler vers elle. Elle se jeta en avant dans un roulé-boulé, laissant les balles passer inoffensivement par-dessus sa tête. Le plongeon ne ralentit cependant pas son élan vers l’avant, et elle se releva à pas plus d’une douzaine de pas du premier rang des guerriers nains.

Les deux escouades de chasseurs de mage de Kaelyssa chargeaient à ses côtés. Ils étaient bien entraînés, hautement qualifiés et habitués à faire face à des situations difficiles, mais ils n’étaient pas habitués à des combats aussi peu subtils. Sans myrmidons pour percer la ligne naine, elle avait été forcée d’employer ses chasseurs de mage dans un rôle pour lequel ils étaient mal adaptés. Assassins discrets, les chasseurs de mage frappaient en cachette et prenaient leurs cibles à leur insu. Charger sur un terrain découvert contre un adversaire bien armé et préparé allait l’encontre du style de combat qu’ils avaient perfectionné au fil des siècles.

Mais quel choix avaient-ils ?

Les rejetons draconiques étaient juste derrière. Ils les traquaient depuis les portes de la base Klywen, de l’autre côté des Pics des Falaises du Tonnerre, et maintenant ici. La nyss qui les dirigeait s’était révélé être une traqueuse accomplie, et même la considérable habilité de Kaelyssa en matière de déplacement secret n’avait pas suffi à les égarer. Les poursuivants corrompus les avaient rattrapés une fois, et Kaelyssa et ses chasseurs de mages s’étaient retrouvés coincés dans un petit canyon. Cette bataille avait coûté cher. Des rejetons draconiques et des flèches noires avaient tu la moitié de sa force. Elle pouvait sentir le sinistre souvenir de cette bataille brûler sous son armure : une blessure sur le haut de sa causse droite infligée par une lame nyss. Cette blessure lui procurait des douleurs atroces et des vagues d’engourdissement le long de sa jambe à chaque pas. Alors qu’elle fonçait tête baissée dans la bataille, Kaelyssa savait qu’elle n’était pas aussi rapide ou agile qu’elle le devrait, mais elle avait déjà combattu dans des conditions bien pires.

Les nains se tenaient entre elle et la voie la plus rapide vers la base Nyreth, où une légion de Garde de l’Aube attendait. Sans ces renforts vitaux, Kaelyssa savait que la horde de rejetons draconiques assiégeant la base Klywen submergerait la garnison elfique en défense durant la semaine. Elle avait été forcée de laisser tous ses myrmidons derrière elle pour soutenir les défenseurs ; que sa petite force ait échappé au siège et ait réussi à échapper aux rejetons draconiques et les nyss corrompus était presque miraculeux. Elle ne serait pas arrêtée par une dérisoire force naine dans un for en ruine au milieu de nulle part.

Le coeur de Kaelyssa se mit à battre la chamade alors qu’elle et ses chasseurs de mages traversaient la ligne naine. Elle invoqua un linceul de ténèbre. Cela garderait les canons nains à distance jusqu’à ce qu’ils puissent être à portée de frappe. Son objectif était simple, briser et continuer. Elle ne pensait pas que les nains donneraient la chasse. Ils seraient bientôt avoir des rejetons draconiques jusqu’au cou.

Elle avait chargé le centre même de la ligne naine, contre ce qu’elle percevait comme la menace la plus importante. Le guerrier ogrun dominait ses camarades nains, son énorme bouclier rond bosselés et marqué mais intact. Il tenait son glaive, prêt à frapper par-dessus le bord de son bouclier et à repousser sa charge.

Quand elle et ses chasseurs de mage ne furent plus qu’à quelques pas de ligne naine, celle-ci tira à nouveau. À bout portant, le linceul des ténèbres de Kaelyssa n’offrit aucun salut contre la fusillade. Dans sa vision périphérique, elle vit plusieurs chasseurs de mages se faire souffler. Elle eut peu de temps pour s’attarder sur cette perte ; le volume du bouclier du guerrier ogrun se dressait devant elle et la pointe brillante de son glaive s’élançant vers elle. En plus d’être étonnamment rapide pour sa taille et le poids de son armure, l’ogrun avait également près d’un mètre quatre-vingts de portée sur elle. Elle ne ralentit pas, mais rompit son épée Vengeance dans une courte frappe croisée qui fit tomber la hampe du glaive de l’ogrun de travers. Il passa devant son visage, s’embrasant contre le champ d’énergie entourant son énergie, et effleura de manière inoffensive son épaulière gauche.

L’ogrun recula son arme pour une autre frappe. Il était maintenant à portée de frappe, mais il était une muraille presque qu’infranchissable derrière son bouclier, et Kaelyssa n’avait aucune envie de se battre contre un adversaire beaucoup plus grand avec une allonge et une armure supérieures. Au lieu de cela, elle souleva Vengeance au-dessus de sa tête comme pour le frapper. Il leva haut son bouclier pour parer le coup, le mouvement aveuglant momentanément sa vision. C’était l’ouverture dont elle avait besoin. Kaelyssa se ressaisit et bondit en avant, et son pied droit trouva le bord supérieur du bouclier de l’ogrun. Ignorant l’éclair de douleur qui la transperça, elle repoussa avec sa jambe droite et sauta par-dessus sa tête dans un saut acrobatique. À l’apogée du saut, elle abattit Vengeance dans une frappe qui aurait dû lui décoller la tête du corps. Sa jambe affaiblie modifia sa trajectoire de quelques millimètres, assez pour la détourner de son objectif. Au lieu du cou de l’ogrun, Vengeance se planta dans son épaule armurée. La lame enchantée trancha le solide acier et entailla la chair en dessous mais la blessure n’était pas mortelle.

Kaelyssa atterrit derrière l’ogrun dans ce qui aurait dû être une position de combat équilibrée, mais l’atterrissage s’avéra plus que ce que sa jambe blessée pouvait supporter. Au moment de la réception, quelque chose céda et elle sentit un flot de sang couler le long sa sa jambe sous son armure. Son agilité l’empêcha de chuter, mais elle trébucha et enfonça la pointe de Vengeance dans le sol pour se rattraper. La vitesse de l’ogrun la surprit à nouveau alors qu’il se tournait sur lui-même pour amener le poids massif de son grand bouclier vers elle.

Déséquilibrée, Kaelyssa ne put esquiver le coup, et le bord bronzé du bouclier de l’ogrun lui explosa au visage avec la force d’un warjack fou. Son champ d’énergie s’enflamma alors que le bouclier s’y fracassait, mais l’effort qu’elle avait mis dans son attaque l’avait dangereusement épuisé, et la force et l’élan de l’ogrun ont traversé la barrière protectrice avec une facilité déconcertante. Son nez et sa joue gauche se sont brisés. Le sang à gicler et elle s’est écrasée au sol.

La vision de Kaelyssa se brouilla et ses membres ne répondirent plus à ses ordres. Son esprit était plus que douleur. Elle savait qu’elle était au sol. Elle savait que Vengeance lui avait échappé. Ce qu’elle ne comprenait pas, c’était pourquoi elle était toujours en vie.

« Stop ! Srop ! Bon sang ! J’ai dit stop! » Kaelyssa parlait suffisamment bien le rhulique pour comprendre les ordres simples hurlés par la voix impétueuse du nain. Les bruits du combat s’estompèrent.

Sa vision commença à s’éclaircir, et ce qu’elle vit l’a remplie d’horreur et de soulagement. L’ogrun la dominait, tenant la lame de son gigantesque glaive à quelques centimètres de sa gorge. À côté de lui, un nain à la barbe grise portant un affichant un insigne de capitaine sur l’épaule – celui qui avait appelé le cessez-le-feu, supposa-t-elle – pointait sa carabine sur sa tête. Derrière, se tenait d’autres guerriers nains, le dos tourné vers elle et leurs fusils pointés vers les survivants de ses chasseurs de mages. Prudemment, son équipe se retirait, les visages marqués d’inquiétude pour leur chef.

« Alors l’elfe », commença le capitaine nain, un sourire suffisant sur son visage. « Qu’as-tu à dire pour ta défense ? »

L’ogrun écarta son glaive, permettant à Kaelyssa de s’asseoir. Elle cracha un peu de sang et une dent cassée et fixa le capitaine nain du regard. La rage et la honte luttait dans son esprit. Être vaincue par un adversaire aussi modeste était un scandale qu’elle pouvait à peine imaginer. Mais l’enjeu était bien plus que sa fierté blessée. L’ogrun et le nain ne l’avaient pas tuée purement et simplement ; peut-être pourrait-elle tourner cette défaite à son avantage.

« Es-tu sourde ? Pourquoi nous avoir attaqués ? »

Le côté gauche du visage de Kaelyssa était engourdi et il lui était difficile de s’exprimer. Finalement, elle répondit d’une voix basse et monotone : « Je devais passer le col. »

Le visage du capitaine se tordit en un grognement. « Eh bien, tu aurais pu demander, bon sang ! »

« Je ne demande pas la permission aux étrangers », cracha-t-elle, incapable de cacher le mépris qu’elle ressentait.

Il rejeta sa tête en arrière et rit. « Et regarde ce qui se passe quand tu ne le fais pas ! Ton joli minois est tout cassé, non ? »

Kaelyssa jeta un coup d’oeil à sa droite, là où Vengeance se trouvait au sol à quelques pas de là. L’idée de prendre son épée et de découper le sourire moqueur du visage nain était si tentante, qu’elle valait presque la peine de mourir.

« Vornek », intervint l’ogrun, son ton baryton grave impérieux. « Ça n’aide pas. »

Les paroles surprirent Kaelyssa : peut-être avait-elle mal jugé la relation entre les deux. Les ogrun servait généralement les rhulfolk, mais le ton de celui-ci impliquait une relation d’égal à égal.

L’ogrun retira son glaive, puis pointa l’extrémité vers le ciel et planta la hampe dans le sol. « Je suis Murgan Grimspear », dit-il. « Voici le Capitaine Vornek Blackheel, commandant de Fort Baram. » Il désigna la forteresse de pierre trapue derrière elle avec son bouclier. « Nous n’avons jamais eu de problèmes avec les iosiens avant cela, alors peut-être comprendrez-vous notre inquiétude justifiée concernant votre attaque non provoquée. »

Kaelyssa n’avait jamais entendu un ogrun parler, et elle fut momentanément surprise par son ton mesuré et sa maîtrise évidente de la langue naine. Elle l’observa pendant un moment. Ce n’était pas un jeune home, comme la plupart des ogrun qu’elle avait rencontrés. Sa crinière était mouchetée de gris, son visage marqué par les ans et l’expérience. C’était un vétéran, un guerrier habile et probablement digne d’un certain respect. Elle parlertait à ce Murgan.

« Comme je l’ai dit, nous devions passer le col. Nos raisons de la faire ne vous concernent pas. Nous serions passés avec le moins de victimes possibles pour vos hommes. Vous vous êtes montrés plus résolus que je ne l’avais prévu. »

« Résolus ?! » Vornek pointa sa carabine sur Kaelyssa. « Tu veux dire que tu ne t’attendais pas à ce qu’on t’humilie. »

Murgan secoua la tête. « je ne peux m’empêcher de faire écho au sentiment de mon compagnon nain. », dit-il. « Vous auriez pu nous contourner. L’effusion de sang n’était pas nécessaire. »

« Je n’avais pas le temps », répondit Kaelyssa. «  Je ne verse pas le sang à la légère, ogrun. Même quand il est si justement mérité. » Elle jeta un regard méprisant à Vornek. Il était comme la plupart des étrangers qu’elle avait rencontrés : grossier, impulsif et ne méritait pas plus de considération que le temps qu’il fallait pour faire planter une lame entre ses côtes.

« Pourquoi êtes-vous si pressé ? » Demanda Murgan. « Qu’est-ce que vous ne dites pas ? »

Kaelyssa soupira et se leva lentement, grimaçant alors que la blessure à sa jambe propageait de nouvelles vagues tourments. Elle se penchant, s’empara de Vengeanc et le replace rapidement dans son fourreau dans son dos. Elle regarda les rangs nains et elfes qui occupait le petit ravin. Les nains étaient robustes et résistants dans leur lourde armure et leurs boucliers épais. Ses chasseurs de mages étaient souples, agiles et polyvalents, aussi bien au corps à corps qu’à distance. Elle dut admettre que les deux forces se complétaient l’une l’autre. Avec cette prise de conscience, la décision fut simple.

« Murgan », dit-elle, faisant à l’ogrun l’honneur d’employer son nom, « je ne peux pas te dire d’où nous venons ni où nous allons, mais je vais te dire ceci. Il y a des rejetons draconiques derrière moi. Ils nous chassent depuis des jours, et je n’ai plus la force de les vaincre ni le temps et la vitesse pour les distancer. »

« Oh, c’est foutrement merveilleux ! » S’exclama Vornek. « Donc, non seulement tu nous as attaqué sans provocation, mais tu as nous aussi amené une horde rejetons draconiques ! Tu ne veux pas aussi me shooter dans les couilles ? »

Kaelyssa fixa Vornek, puis repoussa son attention sur Murgan. « Les circonstances qui nous ont amenés ici sont désormais sans importance. La simple vérité est que les rejetons draconiques seront bientôt là, probablement dans l’heure qui suit, et aucun de nous ne possède la force de les arrêter seul. »

« Vous proposez une alliance ? » Dit Murgan en se grattant le menton. « Intéressant. »

« Une alliance !? » Vornek se tourna vers son compagnon avec horreur. « Tu ne peux honnêtement pas envisager de lui faire confiance !? Il y a des nains morts et saignant ici, et c’est d’sa faute. »

« Calme-toi, Vornek », répondit Murgan. « Je ne suis pas ravi de la perspective. Mais si ce qu’elle dit est vrai – et je pense que c’est le cas — alors quel choix avons-nous ? Je ne veux pas voir d’autres nains mourir alors que nous pouvons faire quelque chose pour l’empêcher. »

« Celui-ci te donne de sages conseils, nain », dit froidement Kaelyssa. « Tu devrais y faire attention. »

Vornek abaissa sa carabine et la passa dans son dos. Chaque mouvement était exagéré, plain de mépris et de dégoût, comme si brandir un pistolet sur Kaelyssa était profondément insultant. « Bien, j’accepte une alliance temporaire – et je veux dire foutrement temporaire - » dit-il, le dégout dans la voix. « Si nous survivons aux rejetons draconiques – s’il y en a – alors toi et moi arrivons à une sorte de compte de ce que tu as fait. »

Kaelyssa hocha la tête. « Très bien. Qu’en dis-tu, Murgan ? »

L’ogrun déposa son bouclier et détacha les courroies maintenant ses épaulières armurées sur ses épaules. Sous l’épaulière gauche, son gambison rembourré était taché d’un rouge vif. «  Je dis que nous devrions soigner nos blessés et rentrer ceux qui sont incapables de se battre à l’intérieur de la forteresse. Ensuite, nous nous réunirons et nous trouverons le meilleur moyen de combattre et de survivre à tes rejetons draconiques.

LÉGION D’EVERBLIGHT

Elyshyvah se permit un sourire en coin alors qu’elle et se force s’approchaient de l’embouchure du petit ravin qui contenait sa proie. Elle pouvait difficilement contenir l’élan de fierté face à la gloire qui allait bientôt être sienne, mais le sourire disparut presque aussi vite qu’il était apparu, et le visage de la bergère de guerre nyss repris son masque habituel de réserve glacée.

Elle leva son bâton de combat et fit signe à ses patrouilleurs d’avancer. Alors que ses guerriers nyss corrompus se déployaient derrière elle en rangs bien ordonnés, ils se déplacèrent dans une démarche rapide et prédatrice qui dévorait le terrain accidenté avec une efficacité silencieuse. Tueurs polyvalents, chaque patrouilleur portait un arc court et courbé dans sa main droite griffue et une longue épée incurvée gainée à sa ceinture. Les patrouilleurs pouvaient manier les deux armes avec un talent meurtrier.

Pour Elyshyvah, les prouesses de combat des patrouilleurs restaient secondaires par rapport à leur valeur d’éclaireurs et de pisteurs polyvalents. Sans eux, elle n’aurait pas pu suivre a proie depuis leur base elfique isolée sur l’étendue accidentée des Pics des Falaises du Tonnerre. Sa maîtresse Vayl, Disciple d’Everblight, assiégeait les iosiens avec une armée de rejetons draconiques et de nyss corrompus, puis lui avait confié l’immense tâche de traquer la warcaster iosienne et de s’occuper d’elle.

Elyshyvah commandait maintenant six escouades de patrouilleurs nyss. Elle avait également reçu deux imposants protecteurs néphilim, des rejetons draconiques humanoïde massif assez intelligent pour respecter ses ordres. C’était un honneur sans égal de pouvoir faire confiance à des bêtes issues du sang de Vayl.

Vayl avait averti Elyshyvah que la warcaster en fuite et ses chasseurs de mage étaient des tueurs discrets. Bien qu’Elyshyvah ait pris l’avertissement au sérieux, elle s’était sentie insultée que Vayl insiste sur une telle prudence ; elle pourrait habilement maîtriser les redoutables rejetons draconiques et se battre à leurs côtés au cœur du combat, et elle était sûre de pouvoir vaincre la warcaster. Elle avait hâte de coincer et de tuer cette Kaelyssa et de faire ses preuves auprès de Vayl.

Malheureusement, Kaelyssa s’était révélée être une redoutable adversaire et Elyshyvah ne l’avait rattrapée qu’une seule fois. Bien que la bataille ait été glorieuse, Kaelyssa et nombre des chasseurs de mage avaient réussi à s’échapper du champ de bataille et à s’enfoncer dans les montagnes. Ils avaient réussi à capturer vivant l’un des iosiens, auprès de qui Elyshyvah avait appris le nom de sa proie.

Elyshyvah avait poursuivi avec ténacité, et sa persévérance avait porté ses fruits. Un éclaireur avancé avait rapporté que les iosiens avaient engagé un groupe de nains dans un ravin à moins d’un kilomètre de leur position. Kaelyssa n’avait nulle part où s’enfuir.

Elle serait coincée entre les forces d’Elyshyvah et les nains. Une fois qu’Elyshyvah en aurait fini avec Kaelysa, elle pourrait facilement s’occuper de la dérisoire force naine.

Il était temps, La poursuite était terminée, et le prédateur se régalerait de la chair de sa proie. Elyshyvah leva à nouveau son bâton de combat, et les deux néphilim se déplacèrent pour la flanquer. Leurs imposantes formes et leurs armures ornées la remplissaient de confiance. Quel ennemi pourrait se dresser contre elle avec de telles créatures à ses côtés ?

Elle avança. Ses patrouilleurs et ses néphilim n’eurent pas besoin d’encouragements et la suivirent.

Devant, le ravin se rétrécissait en un amas de blocailles et de rochers tombés. Elle et ses patrouilleurs se frayaient un chemin avec facilité.

Au-delà du champ de blocailles se tenait une petite forteresse de pierre, ses portes simples en bois s’étendaient à travers le ravin. Une seule ligne de guerriers rhuliques se tenait devant la porte, de lourds boucliers rectangulaires emboîter pour créer un court mur d’acier et de bois. Au sommet de chaque bouclier reposait un fusil à canon court, pointé vers sa force avançant. Elyshyvah vit un certain nombre de cadavres iosiens éparpillés devant la ligne naine, ce qui lui fit comprendre que les rhulfolk étaient sortis victorieux de leur bataille contre les iosiens. Cependant, la demi-douzaine de cadavres elfiques ne constituait pas la totalité des forces de Kaelyssa, et elle ne vit pas le corps de la warcaster parmi eux. Qu’avaient fait les nains avec Kaelyssa ?

La réponse était évidente. Les nains avaient forcé Kaelyssa et ce qui restait de ses chasseurs de mage à se rendre et les retenaient dans la forteresse. Il ne faisait aucun doute que les avides rhulfolk considérait Kaelyssa comme une otage de valeur ; peut-être pensaient-ils la rançonner. En fin de compte, ce n’était pas grave ; ils ne priveraient pas Elyshyvah de sa proie.

Elle souleva à nouveau son bâton et les patrouilleurs derrière elle s’arrêtèrent. Environ cinquante verges séparaient sa force de la ligne rhulique. Elle estima qu’ils étaient trois fois plus nombreux que les nains – probablement plus.

Un fusilier nain s’avança et abaissa son bouclier, le posant sur son pied droit. Sa barbe était grise et son armure légèrement plus ornée que celle de ses camarades. « Fais demi-tour ! » Cria-t-il en khardique, une langue avec laquelle elle était vaguement familière. « Avance encore et nous ouvrirons le feu ! »

Amusée par la bravade du commandant nain, Elyshyvah répliqua : « Où sont les iosiens, nain ? SI tu me le dis, je te laisserai peut-être vivre. »

« Les iosiens sont morts ! » répondit le commandant nain en désignant les cadavres elfiques avec son fusil. « Tu n’as plus rien à faire ici. Fait demi-tour maintenant. C’est ton dernier avertissement ! » Sur ce, il prit son bouclier et reprit sa place au centre de la ligne naine.

« Imbécile », marmonna Elyshyvah. Elle essaierait de capturer ce commandant nain. Son insolence exigeait une attention particulière.

« En avant ! » Aboya-t-elle. Ses patrouilleurs bondirent en avant pour former trois rangs devant elle. Les nains n’ouvrirent pas le feu comme elle s’y attendait mais se sont accroupis derrière leurs boucliers. « Encochez ! » Les patrouilleurs encochèrent des flèches noires aux cordes et bandèrent leurs arcs. Elle les laissa tenir le temps d’une respiration. « Tirez ! »

Un essaim de flèches s’élança des lignes des patrouilleurs et s’abattit sur la ligne naine. Le lourd impact de leurs pointes de fer frappant l’acier et le bois fut choquant dans les confis du ravin.

Elyshyvah s’attendait à ce que la moitié de la ligne naine s’effondre dès la première volée. Horrifiée, elle vit que pas un seul nain n’était tombé. Leurs boucliers étaient hérissés de flèches, mais aucune n’avait pénétré. Elle crut détecter un léger ton moqueur dans la voix du commandant nain alors qu’il hurlait l’ordre de riposter.

Les fusils nains prirent vie, crachant de la fumée et du plomb sur le premier rang des patrouilleurs. Toutes les autres troupes auraient été massacrées sous la grêle des tirs, mais ses patrouilleurs s’étaient jetés au sol une fraction de seconde avant que les nains tirent. Ne trouvant aucune cible nyss, les lourdes balles des carabines rhulique gaspillèrent leur énergie mortelle contre le sol et les parois du ravin.

Il semblait qu’à cette distance, ils étaient dans une impasse : les nains ne pouvaient toucher les rapides et agiles patrouilleurs avec leurs fusils, mais ses patrouilleurs ne pouvaient pas non plus pénétrer les boucliers des nains avec leurs flèches. Elle pourrait ordonner aux patrouilleurs de concentrer leur tir sur une seule cible, et sans aucun doute un tel barrage supplanterait la plus robuste des défenses. Mais cela prendrait du temps, et pire encore, cela pourrait forcer les nains à se retirer dans leur forteresse, la forçant à assiéger – elle était mal équipée pour entreprendre cette tâche – pour réclamer sa proie.

Face à la possibilité d’un siège prolongé, la décision fut simple. Les boucliers nains les protégeaient des flèches nyss, mais ils seraient beaucoup moins efficaces contre les lames nyss maniées au corps à corps. Elyshyvah leva son bâton de combat et abattit d’un coup sec son extrémité tranchante. « Chargez ! Tuez-les ! » Cria-t-elle.

Des dizaines de lames furent tirées de leur fourreau, et les rangs nyss scintillèrent d’acier. Puis la force s’élança vers l’avant, se délectant de la joie viscérale du combat, de la lame et du sang.

La Ligne naine éclata en fumée et en bruit alors qu’elle tira une nouvelle salve. Cette fois, les nyss étaient plus proches et eurent moins de temps pour éviter les tirs. Une demi-douzaine de patrouilleurs furent abattus, mais la vaste majorité s’écrasa contre les nains pour plonger leurs lames par-dessus les boucliers de leurs adversaires et trancher la chair et l’armure. Elyshyvah et ses néphilims s’enfoncèrent dans le flanc gauche de la ligne, son bâton de combat et les lourdes hallebardes des néphilims faisaient des ravages.

Les nains abandonnèrent leurs fusils dans la mêlée et tendirent la main dans le dos pour tirer de robustes haches de guerre d’un seul coup. Ils maniaient ces armes avec une habilité surprenante, mais furent surpassés par les nyss plus rapides. Il ne fallut pas longtemps avant qu’ils ne soient mis en déroute.

Elyshyvah et les néphilims avaient décimé le flanc gauche nain, et elle les lâcha pour qu’il puisse massacrer à volonté. Momentanément seule sur le champ de bataille, elle se lança à la recherche d’une autre cible et espionna le commandant rhulique au centre d’une mêlée désespérée. Il combattait dos à dos avec une autre guerrier nain, des cadavres de patrouilleurs jonchant le sol à leurs pieds. Cependant, les deux hommes étaient encerclés et put voir une tâche de cramoisi sur la cuisse gauche du commandant là où une lame nyss l’avait blessé. Elle sourit, souleva son bâton de combat et se précipita vers la mêlée.

Elle les avait presque atteints lorsque les portes s’ouvrirent. Elle se retourna pour voir surgir près de deux dizaines de chasseurs de mage. La moitié avait leur lame en main et chargea pour engager les nyss en mêlée. Les autres avaient des arbalètes et tirèrent dans la mêlée tournoyante. À leur tête se trouvait une personne familière en armure blanche : Kaelyssa. Une imposante silhouette armurée, un ogrun de la taille d’un néphilim chargeait à côté d’elle. Il portait un énorme bouclier rond attaché à son bras gauche et tenait un lourd glaive avec une longue hampe à sa droite. Il s’élança dans les patrouilleurs, en écrasant l’un d’entre eux d’un coup de bouclier et en faisant volé la tête d’un autre d’un simple coup de glaive.

L’esprit d’Elyshyvah s’emballa. Les iosiens et les nains étaient alliés. Comment l’animosité pure et simple et la guerre s’étaient-elles transformées en coopération ? La réponse lui vint aussitôt et l’emplit d’une sinistre fierté. Ils s’étaient alliés pour combattre une menace plus grande que celle qu’ils se posaient l’un à l’autre. Ils s’étaient alliés pour faire face à Elyshyvah.

Elle et ses patrouilleurs étaient toujours plus nombreux que les alliés, et elle avait toujours ses deux néphilims protecteurs, maintenant au coeur de la mêlée et abattant les ennemis à chaque coup de leur puissante hallebarde. Ce ne serait pas une victoire facile, mais cela ne ferait que la rendre plus douce.

« Kaelyssa ! » Cria Elyshyvah. Elle pointa son bâton de combat vers la warcaster elfe, qui s’attaquait aux patrouilleurs avec son canon à traits runiques.

Dans le vacarme de la bataille, Kaelyssa entendit le défi d’Elyshyvah. Elle se retourna, replaça son canon à traits runiques dans son étui et dégainé son épée de l’endroit où elle était suspendue dans son dos. Elle s’avança vers la nyss, une concentration mortelle claire dans son allure mesurée.

Elyshyvah remarque que le côté gauche du visage de la warcaster elfe était lourdement bandé. En fait, une gaze ensanglantée obscurcissait son œil gauche. Blessée et à moitié aveuglée, Kaelyssa serait gravement désavantagée en combat au corps à corps. Elyshyvah ne put s’empêcher de sourire alors qu’elle levait son bâton de combat et chargeait. Elle allait bientôt prouver sa valeur, lorsqu’elle poserait la tête de Kaelyssa devant la Disciple d’Everblight.

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Bonne lecture  ;)

Un supplément de contexte avec le GKF de Coleman Stryker

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FLASHPOINT

ACTES DE GUERRE I

par Aeryn Rudel

Le Seigneur Général Coleman Stryker est l’un des plus grands héros des Royaumes d’Acier. En tant que warcaster, Stryker commande les armées de Cygnar et dirige les puissants automates à vapeur connus sous le nom de warjacks.

Choisi par son roi pour libérer les terres conquises de Llael par l’ennemi de longue date de Cygnar, l’Empire de Khador, Coleman Stryker se voit contrait de travailler avec l’un de ses ennemis les plus acharnés : le mercenaire en exil Asheth Magnus, un homme à qui le roi de Cygnar doit la vie. Sans contrôle, Magnus pourrait facilement trahir Stryker, saper sa mission ou mettre le Cygnar à genoux. Mais pour revendiquer la victoire de son roi, Stryker devra trouver un moyen de faire confiance à un homme en qui il ne peut avoir confiance.

Alors que la guerre contre le Khador et ses propres féroces commandants se profile, le succès ou l’échec de Stryker deviendra le point de rupture qui déterminera le sort de tous les Royaumes d’Acier.

AFTERSHOCK

ACTES DE GUERRE II

par Aeryn Rudel

Dans la foulée de la défaite des khadoréens à Croix-des-Fleuves, le Seigneur Général Coleman Stryker s’avance plus profondément en territoire ennemi pour préparer un assaut majeur. Mais il n’est pas préparé à l’avalanche d’une énorme contre-attaque des khadoréens. L’Impératrice Ayn Vanar et le Kommandant Suprême Irusk envoient les plus redoutables warcasters de leur nation pour riposter contre les envahisseurs et sécuriser à tout prix ses territoires conquis. L’espoir prend la forme d’Ashlynn d’Elyse, warcaster et chef de la Résistance Llaelaise, une femme qui n’aime pas le Cygnar mais qui pourrait devenir une puissante alliée si elle était convaincue d’aider. Avec Asheth Magnus, l’ennemi devenu Stryker, cette improbable équipe doit se battre pour préserver bien qu’elle soit en infériorité numérique, surpassée et acculée avec seulement leur présence d’esprit et quelques warjacks pour sauver leur cause de l’annihilation totale…

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- À PROPOS DE L’AUTEUR -

Aeryn Rudel est un écrivain indépendant et concepteur de jeux à Seattle, Washington. Il est l’auteur de la série Actes de Guerre publiée par Privateer press, et ses nouvelles ont été publiées dans The Arcanist, Factour Four Magazine et Pseudopod, entre autres. Aeryn est un notoirement un dinosaure nerd, un connaisseur baseball, et a maîtrisé l’art de se battre avec des objets en forme d’épée (mais pas de vraie épées). Il offre parfois des conseils douteux sujets de l’écriture et du rejet (principalement le rejet) sur www.rejectomancy.com ou Twitter @Aeryn_Rudel.

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LES RUES DE CASPIA ÉTAIENT NOIRES DE MONDE. Des milliers et des milliers de personnes remplissait ses avenues étroites et sinueuses, créant ainsi leur mur à eux dans une ville connue sous le nom de ville des remparts. Ce n’était pas un rassemblement pour célébrer ou pour protester contre les événements qui faisaient habituellement sortir les foules de leurs foyers. Sous un plafond nuageux gris acier, le silence régnait à Caspia. Les gens se tenaient silencieux et sombre, beaucoup portant des brassards blancs représentant le Cygnus, le grand cygne de Cygnar, en noir.

Tous regardaient une ligne de soldats, dirigées par une centaine de lances-Tempêtes, flottant à leurs électro-lances le même cygne noir, se déplacer dans le centre de la ville. Derrière eux se trouvaient cent chevaliers Précurseurs laissaient la place au bleu brillant des Lames-Tempêtes, ceux qui avaient servi au plus près du sujet de la sinistre procession.

Le cercueil du Seigneur Général Coleman Stryker était une parfaite boîte blanche en acier émaillé. L’étoile rayonnante morrowéenne et le grand cygne avaient été gravés en argent sur sa surface – la nation de l’homme et son dieu – mais ce n’était pas pour ces choses qu’il avait sacrifié sa vie. Non, ils marchaient tout autour de lui, les hommes et les femmes qui s’étaient battus avec lui, pour lui, à cause de lui. Il était mort pour eux, et leurs mains le portaient à son dernier lieu de repos dans le Sancteum.

Le nom de ceux qui portaient le cercueil étaient une litanie de héros, qui avaient tous combattu aux côtés du chef de Division Tempête. Victoria Haley, Markus Brisbane, Elizabeth Maddox, et Kara Sloan, ils portaient tous leur ami et commandant. D’autres ne brillaient que par leur absence : Sebastian Nemo, et Asheth Magnus, le premier touché et s’accrochant à la vie dans le même conflit ayant emporté Stryker. Le second, qui s’était longtemps considéré comme un ennemi du seigneur général, s’était récusé de l’honneur de porter le cercueil, malgré les discrets du Haut Chancelier Leto Raelthorne et même du Roi Julius Raelthorne en personne. Magnus avait avancé l’excuse que ses blessures l’empêchaient d’exercer de telles fonctions, mais il était excusé parce que la vérité était aussi claire que les blessures qu’il affichait : il ne se sentait pas digne.

D’autres visages, alliés et amis, suivaient derrière les porteurs et leur précieuse cargaison. Ashlynn d’Elyse, William Harcourt et la grande forme imposante du vieux warjack Vî Arsouye. D’une manière ou d’une autre, Le Cuirassier réussissait à se déplacer avec un air sombre aussi révélateur et déchirant que n’importe lequel des petits humains à ses côtés.

Des centaines d’autres soldats suivaient : des chevaliers, des pionniers, des rangers, tous issus d’unités ayant servi sous le commandement du seigneur général.

Enfin, le cortège funèbre atteignit les murs du sanctuaire et les franchis. Là, des milliers d’autres soldats et de citoyens attendaient devant les imposantes flèches de la cathédrale de l’Archicour, le siège de l’Exarque Dargule et la plus grande église de Morrow du pays.

À l’intérieur, les porteurs portèrent le cercueil de Stryker à travers la nef, ses bancs remplis de personnes en deuil, et enfin jusqu’à l’autel, où il fut posé doucement par les quelques honorés. Les personnes qui étaient rassemblées autour de lui – l’Exarque Dargule, le Haut Chancelier Leto Raelthorne et le Roi Julius Raelthorne – étaient les plus hautes autorités du pays.

Le primarque débuta une prière, en exhortant Morrow à escorter un héros tombé à Urcaen où il reprendrait l’épée et combattrait les serviteurs du Ver. Cette prière, bien qu’appropriée, sonnait creuse et forcée, un rituel superficiel accompli pour un homme dont le cœur et l’esprit étaient plus préoccupés par les souffrances terrestres que par toute guerre au-delà du royaume des mortels.

Après la prière, le silence se fit et le Haut Chancelier Leto Raelthorne pris la parole. L’ancien roi parla clairement, humblement et honnêtement d’un jeune qui l’avait aidé à monter sur le trône, se détournant de ce qu’on lui avait enseigné sur l’honneur et le devoir de lutter pour quelque chose en quoi il croyait, quelque chose qu’il savait être juste. Ces paroles et les autre qui suivirent, trouvèrent un écho plus favorable dans le coeur et l’esprit des personnes présentes dans la cathédrale. Ils rappelaient, à chaque homme et femme, qui avait été Coleman Stryker – en vérité, un vaisseau imparfait qui s’était battu férocement, même avec acharnement, pour sa nation et pour ceux qui combattaient à ses côtés.

D’autres voix se joignirent à celle de Leto, alors que ceux qui avaient connu Stryker parlèrent de son héritage, de son impact sur leur vie. Les warcasters, tant cygnaréen et ceux issus de ses alliés, se souvinrent à voix haute qu’il avait dressé l’épée ou un préparé un sort pour défendre leurs vies, leurs foyers ou leurs nations.

Des dizaines de personnes s’exprimèrent et plus sûrement l’avaient désiré, mais les nuages gris avaient commencé à s’amonceler alors que la nuit tombait sur Caspia, et l’Exarque Dargule débuta une intonation, un hymne grave à Morrow, repris par toutes les personnes présentes. Les voix ne s’élevèrent pas en chant mais en prière consciencieuse, et cette fois, il y eut de l’honnêteté dans les paroles et une profonde tristesse qui montaient parmi les chevrons de la grande cathédrale.

Alors que la prière s’achevait et que les derniers mots furent prononcés, le soleil perça les nuages. Ses rayons lumineux frappèrent le mur de vitraux au-dessus de la nef de la cathédrale. Là, une représentation de Morrow avait été méticuleusement coulée, et comme le soleil frappait la sainte statue, elle projeta le reflet du dieu sur le sol de l’église. Ce n’était peut-être qu’une insignifiante coïncidence que l’épée de Morrow fut projetée sur le cercueil de Stryker alors que son arme était conduite par le primarque dans l’au-delà, mais cette lame brillante d’azur et de blanc éblouissant s’attarda après que le soleil disparaissait derrière les nuages, s’attardant dans l’obscurité qui suivit, et certains disent qu’elle s’attarde toujours sur le cercueil de Coleman Stryker alors qu’il repose dans le Sancteum parmi les héros tombés de Cygnar.

. . .

LE BUREAU ÉTAIT NOUVEAU. LE BÂTIMENT ÉTAIT NEUF. L’armure sur le support sous le drapeau cygnaréen était nouvelle – une véritable armure de warcaster, le Cygnus brillant et fier sur le champ bleu profond de la cuirasse. L’armure bricolée que Magnus avait porté pendant les deux dernières décennies n’était guère plus que ruine, découpée de son corps après qu’on l’eut traîné hors du Fleuve Noire.

Son titre était également nouveau. Il avait été promu au rang de général et avait reçu le commandement de la Division Tempête. Quand Leto lui avait annoncé quelques jours après les funérailles, il avait ri aux éclats. Il avait été salué comme un héros pour ce qui équivalait à de la chance. Il n’aurait pas dû survivre, et Stryker n’aurait pas dû mourir. Ils savaient tous que le meilleur homme s’en était allé dans sa tombe, tandis qu’un vieux soldat fatigué, autrefois qualifié de traître, le remplaçait.

Magnus était assis derrière son bureau nu, la seule vieille chose dans la pièce. Il était le dernier d’une race mourante. Sa génération s’était éteinte ou avait accepté une stature moindre dans le nouveau Cygnar. Vinter était mort, Nemo s’accrochait à la vie et la plupart disaient qu’il ne se réveillerait jamais et Leto avait abdiqué son pouvoir au fils de son frère, le frère que Magnus avait soutenu pendant vingt ans de trahison clandestine puis de guerre pure et simple. Tout cela semblait tellement inutile maintenant.

Ils avaient gagné, supposait-il. Irusk avait été vaincu, ses vaisseaux célestes détruits, Corvis sauvé. L’arrivée des forces ordiques et de la Première Armée à Merywyn avait mis en déroute les troupes khadoréennes restantes là-bas. Le Llael avait récupéré sa capitale, mais sa jeune reine régnait depuis Caspia, aux côtés d’un roi cygnaréen. Cependant, il n’y avait pas eu de célébrations dans les rues. Tous portaient toujours le Cygnus noir, et tout le monde savait que Khador avait été stoppé mais pas battu.

Un coup retentit à la porte et Magnus leva les yeux alors qu’un sergent d’état-major entra et salua.

« Qu’y a-t-il, Homes ? » demanda Magnus à son chef d’état-major, un autre élément dans sa vie. La plupart des soldats qu’il avait emmenés avec lui lorsqu’il avait rejoint l’armée cygnaréenne étaient soir mort, soit affectés à différentes divisions. Leto avait presque certainement installé des hommes et des femmes dans son état-major pour le surveiller. Peut-être même le Sergent Holmes.

« Le Lieutenant Harcourt est ici pour vous voir, monsieur », déclara le Sergent Holmes.

Magnus fronça les sourcils. Il n’avait pas de rendez-vous avec le jeune warcaster, et Harcourt avait été affecté au Major Maddox afin de continuer sa formation de compagnon. « Faites-le entrer. »

Holmes quitta, et Harcourt entra. Il avait toujours l’air de nager sans son armure, bien que comme Magnus, son équipement abîmé avait été remplacé par une nouvelle armure légère de warcaster. Il portait à deux mains un objet long enveloppé de tissus et s’arrêta à quelques pas du bureau de Magnus.

« Comment le Major Maddox vous traite-t-elle, lieutenant ? » Demanda Magnus.

« Elle a été bonne avec moi, monsieur », répondit Harcourt, puis il jeta un coup d’oeil au paquet dan ses mains/ Magnus réalisa que c’était une sorte d’arme – grosse et encombrante. « Elle, euh, m’a envoyé avec ça. Et avec de nouveaux ordres. »

Magnus se leva, bien que ses genoux soient soudainement pris de tremblement. « Montre-moi. »

Harcourt s’approcha et posa le paquet sur le bureau avec un doux bruit métallique. Il déballa l’objet et la lueur propre de l’acier et du laiton poli brilla.

Le coeur de Magnus s’emballa et sa gorge se serra. Il s’approcha et posa sa main gauche, celle de chair et de sang, sur la lame de Vif-Argent. La grande lame de la grande épée caspienne avait survécu pratiquement indemne à la dévastation qui avait tué son propriétaire.

« Elle a été trouvée dans l’épave il y a une semaine et envoyé de Corvis au Haut Chancelier Leto », dit Harcourt.

Magnus agrippa le bord de son bureau, soudainement irrité que ce rappel de ce qu’il avait perdu lui soit apporté, étendu devant lui, le forçant une fois de plus à revivre des décisions qu’il remettrait en question pour le reste de sa vie. « Pourquoi l’avez-vous amené ici, lieutenant ? »

Harcourt déglutit et fronça les sourcils. « Le Major Maddox m’a envoyé, monsieur. Je pensais que vous seriez … heureux de l’avoir. »

Magnus secoua la tête, la colère disparaissant dans un raz-de-marée de chagrin et de souvenir. Pas des souvenirs de sang et de trahison que Stryker et lui avaient partagés au cours des vingt dernières années, mais un souvenir plus ancien et plus fort, un souvenir auquel il n’avait pas cédé durant des décennies. Il se mit à parler, probablement parce qu’à ce moment-là il avait besoin de partager son souvenir ou peut-être parce que c’était la seule chose qui le sauverait du désespoir qui menaçait de le submerger.

« Je lui ai appris à se battre, tu sais », dit-il, ne se souciant pas que sa voix tremble, que ses yeux débordent de larmes depuis longtemps cachées. « Nous avions quitté son village et faisions route vers Caspia la première fois que je lui ai mis une épée dans les mains. Une grande épée caspienne, comme celle-ci. »

Harcourt demeura silencieux, sachant qu’il était témoin et non participant du moment.

« C’était à une époque où le don était interdit, vois-tu », poursuivis Magnus, « mais j’ai trouvé Stryker tout comme il t’a trouvé. Je connaissais son père et sa mère, et j’avais des raisons de soupçonner que leur fils serait un warcaster. »

Magnus posa sa main sur la poignée de Vif-Argent et souleva la lame de la table. « Il s’est plaint du poids de l’épée, la première fois, mais je l’ai vu la manier, et j’ai su qu’il était un guerrier né. »

« C’était le meilleur homme avec qui j’ai servi, monsieur », déclara Harcourt. L’aveu fit fleurir un sourir sur le visage de Magnus. Harcourt était un soldat professionnel depuis bien peu de temps par rapport à la durée de vie de Magnus, mais il ne doutait pas de la sincérité de l’homme.

« C’était un fils de pute têtu et obstiné », dit Magnus, son sourire s’élargissant. Il essuya ses yeux, ne se souciant pas que son chagrin soit si évident, si franc, et pour une fois, si honnête. Que lui restait-il d’autre ? « Il était aussi l’homme le plus courageux et le plus honorable que j’aie jamais rencontré. Je … l’admirais. »

Les dernières paroles, il ne les avait jamais exprimés à voix haute, ne s’était jamais laissé aller à la réflexion, mais la vérité le frappa aussi brutalement que n’importe quel coup d’épée échangé avec Coleman Stryker.

« Il était facile à admirer », déclara Harcourt. « Il a vu quelque chose en moi que je ne savais même que je possédais. Il a pris cette qualité ou ce don, et il l’a fait mien, en a fait quelque chose dont je pouvais être fier. »

Le jeune warcaster n’avait plus l’air accablé ou naïf ; en fait, Magnus ne l’avait jamais entendu aussi confiant en disant : « Peut-être est-ce vous qui lui avez offert cela. »

Magnus secoua la tête. Il ne voulut pas laisser son esprit s’égarer trop loin sur cette voie. Il avait peur de l’endroit où cela pourrait mener. « Vous avez parlé de nouveaux ordres, lieutenant. Dites m’en plus. »

Harcourt se racla la gorge et tendit à Magnus une enveloppe scellée qui portait le sceau personnel de Leto. Il l’ouvrit et trouva une unique lettre à l’intérieur. Dessus, il y avait deux phrases écrite de la main de l’ancien roi.

Je vous réaffecte le Lieutenant Harcourt pour la fin de sa formation de compagnon. Mes secondes chances dans cette vie son rare, Asheth ; ne laissez pas passer celle-ci.

Les secondes chances, pensa Magnus. Pour quoi faire ? « Lieutenant, vous comprenez ce que ça dit ? »

Harcourt fit un signe de tête. « Pas spécifiquement, mais je connais mes ordres. Vous m’avez beaucoup appris sur le terrain, et j’ai hâte d’en apprendre davantage avec vous. »

« Je suis passé par là, Harcourt », répondit Magnus. « Regardez où cela nous a mené. Regardez ce que cela a coûté. »

« Monsieur, si je peux m’exprimer librement », dit Harcourt, et quelque chose vacilla dans ses yeux, quelque chose que Magnus n’avait jamais vu auparavant chez le jeune warcaster, pas même quand il luttait pour sa vie. Le Lieutenant William Harcourt était en colère.

L’émotion intrigua Magnus. « Parlez, lieutenant. »

Harcourt prit une inspiration pour se calmer. « J’ai appris comment vous aviez grandi, Comment vous avez voulu renverser le Roi Leto et installer son frère Vinter sur le trône. Ils ont dit que vous étiez un traître, un lâche et un meurtrier. »

« Eh bien, c’est une approbation retentissante, Lieutenant », répondit Magnus. Aucune de ces étiquettes ne l’avait dérangé auparavant, pas même quand il était ces choses, mais les entendre de la part d’Harcourt, de cette façon, le blessait.

« Puis-je finir, monsieur ? » La voix d’Harcourt était tranchante.

« Bien sûr, lieutenant. »

« Et puis, j’ai servi avec vous, combattu à vos côtés, vous ai vu regardé diriger des soldats et gagner leur respect parce qu’il savait, monsieur. Il savait que vous suivre signifiait suivre un chef, un vrai cygnaréen.. Vous avez peut-être été toutes ces autres choses que les gens disaient que vous étiez, mais vous êtes tous aussi noble, compétent et courageux, et vous auriez donné votre vie pour le Cygnar et les hommes et les femmes qui se sont battus pour lui. Morrow avait juste des plans différents. »

Magnus resta silencieux, surpris par les paroles du jeune warcaster. La gentillesse de ces dernières et plus encore la conviction qu’il avait en elles. Il s’était considéré comme un agent du chengement, un mal nécessaire pour amener un Cygnar qui serait meilleur pour tous. Avec Julius sur le trône, il croyait avoir accomplis cela, mais il ne se faisait aucune illusion sur l’homme qu’il était devenu pour rendre cela possible.

Harcourt ne lui laissa pas le temps de s’étendre davantage. « Je veux devenir l’homme que j’ai vu combattre à Rynyr et Croix-des-Fleuves et Merywyn. Je veux apprendre de cet homme, je veux le voir brandir cette épée » — il pointa Vif-Argent — « et la porter fièrement. »

Magnus réalisa qu’il tenait toujours Vif-Argent, et un flot d’émotion le submergea. Avait-il encore une valeur dans ce nouveau monde ? Avait-il encore quelque chose à donner ? Il secoua la tête et reposa Vif-Argent sur son bureau. « Non, cette épée ne m’appartient pas. »

« Monsieur, je ne suis pas d’accord », commença Harcourt mais Magnus le réduisit au silence en levant la main.

« Je n’en suis pas digne », dit Magnus. « Peu le sont. »

Il fixa Harcourt, trouva les yeux du jeune homme – ils étaient d’un bleu profond, bleu Cygnar - et tint son regard. « Mais un jour, tu pourras l’être. »

Ce vieux doute avec lequel Magnus s’était familiarisé au cours des derniers mois revint sur le visage d’Harcourt. « Je ne sais pas, monsieur. Je ne sais même pas comment manier une grande épée caspienne. »

Magnus sourit, ressentant quelque chose comme de l’espoir pour la première fois depuis des mois, peut-être des années. « C’est une chose auquel je peux remédier. »

« Alors vous m’acceptez comme compagnon ? »

« Le Haut Chancelier l’a ordonné », répondit Magnus, «  et je suis un bon soldat. Je suis les ordres. Enfin, maintenant, je le fais. »

Harcourt salue, son vissage brillant de joie et peut-être du même espoir que Magnus ressentait.
« Excellent, monsieur Quand commençons-nous ? »

« Allez voir le Sergent Holmes à l’extérieur », répondit Magnus. « Il arrangera tout. Vous êtes congédiés jusqu’à ce que je vous appelle. »

Harcourt hocha la tête et sorti du bureau de Magnus, en fermant la porte derrière lui.

Magnus s’assit sur sa chaise, laissant la fatigue de l’âge et des batailles s’installer. Cette fois-ci, il eut l’impression d’avoir gagné plus que subit.

Il enveloppa à nouveau Vif-Argent dans le tissu bleu, puis il prit la lettre de Leto et la relut. Le Haut Chancelier avait parlé de secondes chances, et Magnus qu’il la voulait, mais pas pour lui.

Une fois, il y a longtemps, il avait pris sous son aile un talentueux jeune homme, un homme dont le destin flamboyant aussi brillant que tout ce que Magnus avait vu. Cet homme était devenu grand malgré lui malgré toutes ses tentatives de le démolir, voire de le tuer. Harcourt était la deuxième chance dont Leto parlait.

Alors qu’il pliait la lettre du Haut Chancelier et la rangeait, Magnus décidé que le Lieutenant William Harcourt deviendrait un grand warcaster, un grand homme grâce à lui.

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NEMO LUTTAIT POUR RESTER ÉVEILLÉ, pour garder son corps défaillant droit et mobile pour quelques secondes de plus. Son armure fit le plus gros du travail, et il refusa l’aide des mékaniciens qui essayaient de le soutenir dans sa lente marche vers le pont.

Il avait mis tout ce qu’il avait dans moteurs du Perce-Nuage, les poussant dans leurs derniers retranchements avec chaque once de puissance arcanique qu’il avait pu rassembler. Cela avait fonctionné, et il avait rattrapé le Brise-Tempête, emboutit le pont du vaisseau khadoréen dans une tentative désespérée d’empêcher Irsuk de détruire la Première Armée et Corvis.

Il était resté presque comateux dans la baie médicale jusqu’à ce qu’il sente le vaisseau bouger à nouveau. Les médecins lui avaient dit qu’il avait été gravement blessé et les regards graves sur leurs visages en disaient plus que cela. Il était au-delà de la guérison. Et il en était conscient.

Nemo avait rassemblé suffisamment de force pour ordonner qu’on lui remette son armure. Un nuage noir de désespoir le suivait, mais quand il atteignit le pont et vit le Brise-Tempête se précipiter au loin d’eux, il pensa un instant que l’obscurité était simplement le poids de l’échec qui l’écrasait.

Puis une gigantesque couronne de lumière flamboyante s’épanouit. Toutes les personnes sur le pont se protégèrent les yeux ou s’éloigna du flash, mais pas Nemo. Il reconnut la signature énergétique. L’un des moteurs célestes avait surchargé. Il regarda avec une certaine satisfaction le vaisseau céleste se fendre en deux, sa partie arrière projetée dans la rivière tandis que sa section avant s’écrasait sur les quais et les entrepôts aux abords de Corvis. Il y aurait beaucoup de mort, mais rien de tel si le vaisseau avait heurté le centre-ville.

Puis il vit le Lieutenant Harcourt. Le jeune warcaster se couvrait les yeux, non pas pour les protéger du flash mais pour cacher les larmes qui coulaient sur son visage.

Némo réussit à faire dix pas sur le pont, à relever la tête de l’homme et à le regarder dans les yeux.

« Coleman ? » Croassa Nemo, sachant que c’était une question idiote. Savoir que cet éclat brillant de lumière était plus que la destruction d’un vaisseau céleste khadoréen. C’était le crescendo aveuglant final d’une vie remplie d’autant de douleur que de gloire.

« Non », répondit Harcourt.

Le nuage sombre se posa sur Nemo, arrachant le peu de force qu’il avait. Il réalisa qu’il tombait, plongeait dans cette noirceur, et l’accueillit avec gratitude.

. . .

L’OBSCURITÉ REFLUA, LA LUMIÈRE S’ACCRUT, et Magnus fut souleva par une force invisible. Au début, il pensa simplement qu’il était mort, que c’était son passage à Urcaen. Puis il brisa la surface du fleuve, aspira une grande gorgée d’air et expectora l’eau de ses poumons.
Cette toux et ce mouvement firent jaillir un profond sifflement du Mur-Tempête qui l’avait repêché dans le fleuve. Il le tenait aussi prudemment que possible dans une gigantesque main de métal, puis il se dirigea vers la rive, de l’eau jusqu’à sa taille.

« Pose-le, cria une grande et agile femme en armure de warcaster, un gros fusil cinémantique posé sur l’une de ses épaules. Magnus reconnut le Capitaine Kara Sloan. Il n’avait pas réalisé qu’elle faisait partie de la Première Armée, mais il supposait que ses compétences lui permettait de pouvoir se déplacer un peu. L’oeil et l’esprit vif, elle avait probablement vu sa chute et avait agi rapidement pour le repêcher. Il était également certain qu’elle lui avait tiré dessus plus d’une fois, avant que ne renfile le bleu.

Le Mur-Tempête plaça Magnus sur la pelouse herbeuse au bord du rivage puis, à sa surprise, plaça le corps mou du Kommandeur Strakhov à côté de lui. Les médecins se précipitèrent pour les aider tous les deux, mais Magnus leur fit signe de partir.

« Assurez-vous qu’il vive », dit-il en désignant Strakhov.

« Vous avez besoin de soins médicaux, Major », dit Sloan, en le fixant du regard, ses yeux évaluant, jugeant. Elle n’avait pas tort ; il ne pouvait plus compter ses blessures, et son corps tout entier semblait fait d’os brisés, d’élongations et de chair brûlée.

« Sans doute aucun, Capitaine », répondit Magnus, en étouffant la douleur, en la repoussant, comme il l’avait fait une centaine de fois auparavant. Il ne pouvait toujours pas bouger son bras droit, alors il tendit sa main gauche, gêné d’avoir besoin d’aider pour se relever. Quel vieil imbécile fatigué il devait faire.

Kara Sloan attrapa la main de Magnus, sa prise sûre et forte, et le tira debout. Il se souvint soudain que son armure de warcaster était inutilisable, et son poids le fit presque retomber là où il se tenait.

« Capitaine, je suis reconnaissant pour le sauvetage. Mais pour le moment, dites-moi l’état de la Première Armée. »

« Nous devons vous enlever cette armure, monsieur », dit Sloan

« En temps voulu. Rapport, capitaine. »

« Oui, monsieur », dit-elle à contrecœur. Contrairement aux warcasters et aux officiers avec lesquels il avait servi, le Capitaine Sloan ne s’était pas habitué à l’idée qu’Asheth Magnus porte le Cygnus et aie un grade supérieur. « Les premiers rapports font état de mille morts et au moins autant de blessés. Ce maudit vaisseau nous a pilonné jusqu’à ce que ses canons s’éteignent. »

Magnus sourit sinistrement et scruta le ciel. « Où est le Brise-Tempête ? »

Sloan désigna l’est et Magnus se leva. Le vaisseau était distant de deux ou trois kilomètres, longeant le fleuve et se rapprochant de Corvis, crachant de la fumée et des morceaux. Il pouvait observer la Première Armée déployée devant la ville, l’artillerie et les warjacks tirant sur le Brise-Tempête.

Il ouvrit la bouche pour dire au Capitaine Sloan que la Première devrait économiser leurs munitions lorsqu’un éclair brillant empli les cieux au-dessus de Corvis, un nimbe de destruction voltaïque comme il n’en avait jamais vu auparavant.

Des cris et des hurlements d’admirations s’élevèrent des soldats à proximité, et même de Sloan, normalement stoïque dit : « Les Dents de Thamar. »

Le Brise-Tempête craqua comme une planche pourrie brisée sur un genou. Sa partie arrière s’enfonça à moitié dans le fleuve tandis que le reste, presque propulsé par l’explosion l’ayant brisé, s’écrasait sur les quais aux abords de Corvis.

« Je ne comprends pas », dit Sloan. « Toutes nos soldats avaient quitté le Brise-Tempête. Comment est-ce arrivé ? »

« Vous avez déjà vu une turbine arcanique exploser, capitaine ? » Demanda Magnus, l’effarante réalisation s’installant lentement sur lui tel un linceul de fer.

Sloan aperçut le visage de Magnus et peut-être devina son effroi. Elle secoua lentement la tête.

« Ça ressemble à ça, mais en mille fois plus petit », dit-il, en essayant de contrôler le tremblement de sa voix. Ce n’était pas seulement de la fatigue. Une pensée rejoignit le chaos de la colère et du chagrin dans son esprit : Cela aurait dû être moi.

« Je ne comprends pas, monsieur », dit Sloan. « Comment ? »

Magnus tomba à genoux, le poids de son armure, le poids de ses décisions le poids de sa vie trop lourd à supporter plus longtemps. « Stryker. »

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Background – Histoire des Royaumes d’Acier / Re : Noirs Secrets
« le: 15 septembre 2020 à 13:48:34 »
Texte en entier.

Bonne lecture  :)

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LE VENT HURLANT D   ANS SES OREILLES et la douleur fulgurante sur son visage et ses bras réveillèrent Magnus. Il tombait, le fond du Brise-Tempête s’amenuisait au-dessus de lui alors qu’il plongeait vers le Fleuve Noir. Il essaya de bouger ses bras et ses jambes et découvrit qu’il était plus lourd qu’il ne devrait l’être. L’explosion avait endommagé son armure – à quel point, il n’en était pas certain.

Il se tordit dans les airs, se retournant pour voir l’eau sombre se précipiter à sa rencontre. Il toucherait dans dix secondes, peut-être moins. Il s’était presque résigné à ce sort quand il aperçut une autre silhouette tombant non loin de lui.

L’armure et la chair noircies et fumantes de Strakhov. Magnus comprenant maintenant comment il avait survécu à la détonation dans la salle des canons – il se souvint que Strakhov l’avait attrapé quelques secondes avant que son corps ne se déclenche, et que le champ d’énergie du warcaster plus le sien avaient dû le protéger de l’explosion. Strakhov aurait subi les plus fort de l’explosion, assez probablement pour le tuer.

Magnus s’émerveilla de l’absurdité de la chose. Il était prêt à mourir, à s’éteindre dans un embrasement ardent qu’il avait lui-même provoqué. Cela lui avait été refusé, et maintenant, en se précipitant vers le sol, de vieux instincts de survie se manifestèrent. Ses options étaient limitées. Heurter le Fleuve Noir sans turbine arcanique en état de marche le tuerait probablement à l’impact. Pourtant, il avait une chance, si mince qu’elle était pratiquement inexistante.

Luttant contre une douzaine de blessures superficielles, celle pas si superficielle, de son épaule droite, et le poids stupéfiant de sa propre armure, Magnus mit ses bras et ses jambes à l’horizontale et s’élança dans les airs en direction de Strakhov. Il avait mal jugé sa vitesse et percuta le warcaster, mais il réussit à s’accrocher. Il n’avait aucun moyen de savoir si Strakhov était vivant, mais cela n’avait pas d’importance : le bourdonnement de la turbine arcanique du warcaster khadoréen et le filet de fumée s’échappant de la cheminée de son armure suffisant à le renseigner.

Il tint le warcaster près de lui, plaçant le khadoréen face à l’eau. Magnus détecta un infime mouvement de la poitrine du warcaster – il s’accrochait toujours à la vie. Du moins, un peu plus longtemps. S’ils survivaient, le khadoréens aurait des cicatrices défigurantes pour le restant de ses jours. Son visage et la majeure partie de sa peau exposée étaient carbonisées, et des os luisaient sous la chair.

Théoriquement, les champs d’énergie produits par deux armures de warcasters, lorsqu’elles étaient à proximité, devraient se chevaucher et se renforcer l’un l’autre. Lorsqu’ils touchèrent l’eau, le champ d’énergie de Strakhov s’activa, mais Magnus n’eut aucun moyen de savoir si le sien possédait suffisamment de puissance pour renforcer celui du khadoréen. Si c’était le cas, les boucliers énergétiques combinés pourraient les sauver. Encore une fois, ce ne serait peut-être pas le cas.

Magnus repéra les forces cygnaréennes proche de la rive. Verraient-ils les deux warcaster heurter l’eau ? Reconnaîtraient-ils même que les deux hommes qui tombaient n’étaient pas simplement des débris éparpillés du vaisseau céleste en désintégration au-dessus d’eux ?

Ou simplement des cadavres de ceux déjà vaincus.

Rien de tout cela n’avait d’importance, car la gravité lui apporterait la réponse dans quelques secondes. Magnus ferma les yeux, s’accrocha fermement au corps de Strakhov et se prépara à l’effroyable impact à venir. Un cours élan d’un infime surgit en lui lorsque le picotement d’un champ d’énergie se forma autour de lui. Il fut immédiatement avalé et écrasé alors que sa respiration ses sens et sa vision furent broyés, suivit instantanément par le chic glacial de l’eau.

Ils plongèrent dans les ténèbres et Magnus s’accrocha d’une manière ou d’une autre à Strakhov. Le champ d’énergie créa une petite bulle d’air autour d’eux alors qu’ils6 coulaient, et Magnus prit une profonde inspiration. Mais ensuite, le champ d’énergie s’éteignit et l’eau s’engouffra à l’intérieur.

Magnus et Strakhov heurtèrent la vase au fond du fleuve, et ils restèrent là, embourbés dans trente centimètres d’une boue visqueuse, la faible lueur du soleil à quelques mètres au-dessus d’eux. Alors que l’oxygène s’amenuisait dans ses poumons, Magnus réalisa que ce serait la dernière lueur du soleil qu’il verrait.

. . .

STRYKER S’ATTENDAIT À PLUS de résistance alors que lui et ses vingt Lames-Tempêtes se dirigeaient vers le pont. Au lieu de se heurter à une muraille organisée de soldats khadoréens, ils rencontraient de groupes de soldats en fuit, plus soucieux de trouver un moyen de quitter le vaisseau que de combattre un ennemi aussi condamné qu’eux. Tout de même, certains rouges se souvenaient encore de leur appel du devoir.

Stryker forma ses soldats en angle avec lui à la pointe, et ils tailladèrent à travers la faible résistance sur leur chemin jusqu’à ce qu’ils soient à moins de vingt verges du pont. Il y avait une ligne de piquiers Crocs d’Acier, leurs boucliers ornés du dragon noir. Stryker connaissait cette compagnie de soldats vétérans, tous vétérans expérimentés n’ayant aucune autre famille que leurs frères et sœurs d’armes. Il n’y aurait pas de retraite pour ces guerriers.
Les Crocs d’Acier verrouillèrent leurs boucliers, abaissant leurs piques explosives en une haie hérissée. Le nombre était pair, vingt de chaque côté. Stryker et ses Lames-Tempêtes n’avaient qu’un seul avantage : ils pouvaient attaquer à distance.

« Projectile ! » Cria Stryker, et les Lames-Tempêtes s’espacèrent, les explosions brûlantes d’énergie voltaïque se déversant sur les khadoréens. L’armure Croc d’Acier était épaisse, et la puissance combinée de l’attaque galvanique ne fit tomber que deux vétérans.

Les Crocs d’Acier chargèrent, Stryker lança rapidement un sort pour protéger ses soldats de la redoutable puissance de leurs piques explosives ; un bouclier arcanique se forma autour des Lames-Tempêtes, et il savait que même s’il pouvait en sauver quelque-uns, les piques explosives étaient conçues pour pénétrer le blindage des warjacks. Les Crocs d’Acier frappèrent et leurs armes explosèrent avec une fureur effroyable. Six Lames-Tempêtes tombèrent ou furent projetés au loin avec des trous béants dans leurs cuirasses. Six autres furent jetés au sol et eurent du mal à se remettre debout alors que l’ennemi renversait ses lances et poignardait avec les pointes de lance sur la crosse de leurs armes.

Stryker se retrouva engagé avec quatre Crocs d’Acier à la fois. Leurs piques jaillirent, et il en repoussa deux, esquiva les autres, puis se mit à tourbillonner à l’intérieur de la garde de ses ennemis. Il écrasa le bouclier d’un Croc d’Acier d’un coup de pied et abattit l’homme à côté de lui avec une courte frappe montante. Une autre pique explosive pénétra et cette fois Stryker ne réussit pas à l’éviter. Elle éclata contre son champ d’énergie juste au-dessus de sa cuirasse. La chaleur et la pression l’enveloppèrent et le fracassa. Il observa une bosse fumante dans son armure – mais au moins ce n’était pas un trou béant. Merci Morrow pour ce petit miracle. Il bondit en avant, fendit le bouclier relevé et le casque du Croc d’Acier qui l’avait frappé. Puis la brume rouge du combat l’emporta, réduisant son monde à la portée de son épée et aux attaques de ses ennemis.

Stryker se battit avec une seule pensée en tête : ils se rapprochaient de Corvis et caque fois qu’il balançait sa lame, le Brise-Tempête se rapprochait de la mort de dizaines de milliers de personnes. Comptant trop sur son armure et son champ d’énergie, il lançait de grands coups avec Vif-Argent, la propulsant à travers l’armure de Croc d’Acier. Son imprudence lui avait occasionné trop de blessures : un coup de couteau profond à la cuisse droite, un coup d’une pique à l’arrière de sa tête qui brouilla sa vision et l’assomma presque. Mais finalement, son habilité, sa force et son désespoir l’emportèrent. Il se tenait au-dessus d’un champ de cadavre, à la fois khadoréen et cygnaréen. Il était vraiment le dernier homme debout – les vingt soldats qu’il avait emmenés avec lui avaient tous donné leur vie pour s’assurer qu’il vive encore un peu.

Il était seul.

Stryker souhaitait pouvoir reconnaître leur sacrifice et pleurer leur perte insensée, mais c’était un luxe qu’il ne pouvait pas se permettre. Avec lassitude, il souleva Vif-Argent et couru jusqu’à la base du pont. Comme sur le précédent vaisseau céleste khadoréen qu’il avait pris d’assaut avec Harcourt, l’écoutille menant au pont était fermée et barrée. Trois puissants coups avec Vif-Argent réduisit la porte en copeau et il se fraya dans l’obscurité. Un escalier menait à un étroit couloir. Il le gravit insouciant de tout danger, jusqu’à ce qu’il atteigne le pont.

Il ne trouva pas de groupe un soldat endurcis prêts à mourir pour leur nation et leur vaisseau mais un carnage. Plus une âme vivante sur le pont. Les pilotes, les artilleurs et les ingénieurs mékaniciens qui dirigeaient le vaisseau à partir d’ici avaient été tués sous les coups d’une hache exterminatrice ou abattus à bout portant. Il ne l’avait pas dit à Harcourt, mais il avait un plan désespéré pour dévier la route du Brise-Tempête et peut-être se sauver lui-même : il avait espéré forcer les officiers sur le pont à communiquer avec les ingénieurs en bas et changer la route et la vitesse du vaisseau khadoréen.

Mais Irusk avait clairement d’autres plans, et il avait été minutieux.

Il n’y avait aucun moyen de modifier la destination du vaisseau maintenant. Même la grande roue avait été mise en pièces, ne laissant qu’un moignon de métal noirci là où le pilote autrefois dirigeait le grand vaisseau.

Le Brise-Tempête était une bête increvable. Ils l’avaient blessé, mais rien ne semblait capable de la faire chuter. Magnus avait détruit ses canons, percé des trous béants dans sa coque, et portant il flottait toujours. Son équipage était mort ou mutiné, et il fonçait toujours vers Corvis comme une flèche propulsée par l’arc d’un dieu vengeur. Ils avaient saigné la bête, mais il n’y avait qu’un seul moyen de la tuer. Il faudrait lui porter un coup au coeur, ôter le moteur qui la faisait avancer et la maintenant en l’air, le moteur céleste dans le ventre du navire.

Il observa le carnage sur le pont et réalisa qu’il faisait face à un ennemi qui ferait n’importe quoi pour la victoire ou, dans ce cas, pour porter un coup fatal à son ennemi même dans la défaite. Irusk avait exécuté ses propres soldats pour s’assurer que des milliers d’innocents souffriraient. La cruauté de cet homme, même face à une perte complète, était intimidante.

Irusk n’avait jamais été du genre à se sacrifier, alors Stryker supposé qu’il s’était probablement échappé du vaisseau d’une manière ou d’une autre. Il espérait que le Kommadant Suprême observerait le moment où le dernier Brise-Tempête s’écraserait sur terre mais ne réussirait pas à frapper Corvis. Stryker infligerait une défaite de plus, un échec de plus, à Irusk avant la fin.

. . .

STRYKER CROISA DES DOUZAINES DE SOLDATS KHADORÉENS alors qu’il s’enfonçait dans les profondeurs du vaisseau céleste. Aucun ne tenta de l’arrêter ni même de se battre. Ils savaient que cette lutte était perdue ; la plupart couraient dans une autre direction dès qu’ils le voyaient. Les rares qui ne couraient pas rencontrait simplement son regard et attendaient. Le regard dans leurs yeux exprimait simplement : Mon combat est terminé. Tuez-moi où laissez-moi passer. Il les laissait passer chaque fois. Sauf une.

Un soldat avec une main mékanique se précipitait vers lui, transportant ce qui ressemblait à un coeur de warjack. Un équipement précieux s’il pouvait le faire quitter le vaisseau. La prothèse de l’homme indiquait qu’il avait un certain rang.

Stryker dégaina son épée et bloqua l’étroit couloir. « Où sont les moteurs célestes ? » Demanda-t-il. Il avait eu une idée approximative en voyant l’extérieur du vaisseau, mais il n’avait pas le temps de chercher.

Le khadoréen hésita puis regarda derrière lui.

« Si tu cours, tu ne feras pas cinq pas avant de te prendre un projectile. Tu sais qui je suis. »

« Pourquoi je vous balancerais quelque chose ? » Cracha l’homme dans un cygnaréen étonnamment bon. Il serra la sphère de couleur bronze du cortex de warjack contre sa poitrine.

« Si tu espères avoir une chance de quitter ce vaisseau avec ça, tu me le diras. Sinon, je te tuerai et j’attendrai que le prochain homme arrive. »

Le mékanicien fit une grimace puis finalement secoua la tête. « Derrière moi, à vingt verges, vous entendrez le bruit de la turbine arcanique. Je suppose qu’il vous est familier, oui ? »

Stryker s’écarta. « Alors allez-y, mon brave ennemi khadoréen. Que Menoth te protège du mal. »

L’homme ricana en passant. « Le seul mal sur ce navire, c’est vous. »

Stryker se demanda s’il penserait ça en voyant ce qui s’était passé sur le pont.

Il suivit les instructions de l’homme, courant dans le couloir jusqu’à ce qu’il entende le bourdonnement révélateur d’énergie arcanique vrombissant à travers les conduits voltaïques. Sa propre armure émettait un tel bruit, à peine audible sauf dans une pièce très calme. C’était ce bruit mais amplifié mille fois.

Le couloir se terminait en un large espace ouvert, la partie supérieure d’une des grandes demi-sphères sous le vaisseau. La turbine arcanique et le moteur céleste qui lui était attaché se trouvaient à l’intérieur d’une sphère armillaire en rotation rapide, un orbe flamboyant d’énergie bleu-blanche pulsant depuis et autour du moteur céleste. La turbine recueillait et amplifiait la puissance de la sphère armillaire, créant un balayage de l’énergie qui circulait en circuit fermé dans le moteur céleste et produisait suffisamment de puissance pour soulever des centaines de tonnes d’aciers et de soldats dans les airs.

La chambre était vide, un espace caverneux dépourvus d’ennemis. Il comprit que des centaines de khadoréens cherchaient un moyen de quitter le vaisseau, mais s’il réussissait, ils ne le trouveraient jamais.

Des passerelles s’étendaient du sol de la pièce jusqu’au vide ouvert où vide ouvert où était suspendu la sphère armillaire, maintenue en l’air par la même énergie qui accordait le vol au Brise-Tempête. Les bandes d’acier floues qui constituaient la sphère était une efficace armure. Stryker pourrait se frayer un chemin à travers elles, puis détruire la turbine arcanique, mais la désactivation d’un moteur ne forcerait pas le vaisseau à s’écraser au sol assez rapidement. Il atteindrait toujours sa cible. Non, il avait besoin de désactiver plus d’un moteur ; il avait besoin de créer une explosion assez colossale pour tous les désactiver.

Il se dirigea vers la passerelle la plus proche, cherchant des moyens de détruire le moteur céleste, et malgré sa connaissance de la mékanique arcanique, il ne put rien trouver qui lui permettrait de désactiver plus que ce seul moteur.

Il s’arrêta à quelques pas du monteur céleste, la sphère armillaire projetant un vent violent sentant l’ozone sur son visage. Des arcs d’énergies voltaïque dansaient autour du mécanisme. Un de ces arcs fusa vers lui et il leva son épée par réflexe. L’éclair frappa Vif-Argent, secouant Stryker avec sa force pure, et sa turbine arcanique gémit plus fort en absorbant l’énergie.

Il sut, alors, ce qu’il avait à faire.

Son armure de warcaster avait subi un certain nombre d’itérations, toute conçue par le génie de Sebastian Nemo. Une tenue lui permettant de surcharger stratégiquement sa turbine arcanique, puis de canaliser cette puissance dans son armure, décuplant sa force. Il avait rarement utilisé la fonction de l’armure de peur de surcharger sa turbine arcanique au point de tomber en panne. Si cela s’était produit, l’explosion qui en aurait résulté l’aurait réduit en atomes avec n’importe qui et n’importe quoi à moins de vingt pas.

La turbine arcanique reposant dans la sphère armillaire du moteur céleste avait une puissance mille fois supérieure à celle qui alimentait son armure. Une surcharge produirait une explosion qui fendrait le vaisseau céleste en deux.

Le moment était venu. Rien ne l’empêcherait de faire ce qu’il allait faire. Il pouvait sentir le Brise-Tempête se précipiter vers Corvis de seconde en seconde, et il savait maintenant qu’il pouvait l’arrêter, qu’il pouvait sauver des milliers d’âmes. Et il n’avait pas peur. La mort était sa constante compagne depuis des années. Au lieu de cela, ce qu’il ressentait s’apparentait à une perte. Du chagrin, peut-être. Il avait toujours envisagé, bêtement, de quitter l’armée, de prendre sa retraite, de vivre une vie qui n’était pas dictée par la guerre et les conflits. C’était plus un fantasme qu’autre chose, un fantasme qui pouvait être extirper par la balle d’un tireur embusqué ou l’épée d’un ennemi à tout moment. Mais le choisir sciemment, abandonner tout ce qu’il aurait pu être, était bien pire que la peur. Il se demandait si Magnus avait éprouvé le même sentiment de perte dans ses derniers moments. Il sourit. Il aurait la chance de lui demander à Urcaen bien assez tôt.

Stryker ferma les yeux et tint Vif-Argent devant lui, en posant son front sur la lame. Il eut l’instinct de prier, mais il ne trouva pas les mots.

« Pour le Cygnar », chuchota-t-il. Les mots furent captés et emportés par le vent hurlant de la sphère armillaire. Il s’avança, leva son épée et la fit tomber sur les bandes d’acier étincelantes. Vif-Argent traversa le métal, et la sphère se détacha dans une pluie d’éclats lumineux. Un morceau de la taille d’un bras de warjack passa devant sa tête, et cela aurait pu se terminer maintenant, mais Stryker sentit une autre présence dans la pièce avec lui. C’était peut-être l’adrénaline et la fatigue qui lui jouait des tours, mais il sentit qu’une main le guidait dans ses actions.

La turbine arcanique et le moteur céleste étaient suspendus dans les airs devant lui, pulsant de bleu et de blanc, un atome de puissance comme l’oeil d’un dieu en colère. Il prit une inspiration, pointa Vif-Argent et canalisa toute sa force arcanique dans son accu-tempête. Un éclair d’énergie voltaïque jaillit de la pointe de l’épée et ans la turbine arcanique, mais contrairement aux courtes rafales qu’il tirait sur ses ennemis, cette fois il lança un flux constant d’énergie dans la cible. Un lien d’énergie galvanique s’écoula de la turbine arcanique de son armure à travers sa lame et dans le moteur arcanique.

La lueur autour du moteur arcanique s’intensifia, et la turbine arcanique dans le dos de Stryker devint chaude puis brûlante. Il grinça des dents et injecta plus de puissance dans Vif-Argent, fermant les yeux alors que la douleur s’intensifiait. Il ne lâcha rien, même lorsque la peau de son dos craquela sous son armure, même lorsque ses cheveux prirent feu et qua la douleur bondit sur son crâne et son visage. Il prit conscience qu’il criait, mais il ne céda pas.

Morrow, s’il te plaît, fait que cela s’achève, alors que moteur le moteur céleste se surchargeait dans un gigantesque éclair d’énergie bleu-blanche qui se développa en une bulle de force destructrice absolue.

Coleman Stryker mourut dans la lumière.

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Background – Histoire des Royaumes d’Acier / Re : Noirs Secrets
« le: 07 septembre 2020 à 22:53:27 »
Petite mise en bouche  ;D

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Background – Histoire des Royaumes d’Acier / Noirs Secrets
« le: 07 septembre 2020 à 22:53:08 »
NOIRS SECRETS

par William Shick

AU PLUS PROFOND DU BOIS D’ÉPINES, 608 AR

Grizbile regardait attentivement à travers la lunette de son fusil, concentrant sa vision améliorée sur la poitrine du Garde des Glaces conduisant un chariot de ravitaillement lourdement chargé. Les khadoréens avaient fréquemment envoyé du ravitaillement dans cette région au cours des derniers mois, mais récemment, l’activité avaient atteint un niveau fébrile et maintenant les caravanes de ravitaillement se présentaient presque quotidiennement. Grizbile ne pouvait plus se rappeler quand les entrepôts de Jarl avaient été aussi pleins. Il était temps que quelque chose se produise enfin en leur faveur.

Le pyg guérillero prit quelques respirations profondes avant d’expirer lentement, sentant tous ses muscles et ses tendons devenir complètement immobiles alors que son doigt abaissait la détente de son fusil. Il y eut un grand bruit et Grizbile sentit la crosse familière du fusil contre son épaule. Il hocha la tête de satisfaction en voyant sa cible se raidir et une fleur de sang cramoisie tacher le rouge vif de son armure thoracique. Plusieurs autres détonations résonnèrent à travers la forêt alors que les pygs de Grizbile ouvraient le feu, chacun visant à provoquer le maximum de confusion parmi la caravane. Grizbile vécu l’attaque dans sa tête, cochant la liste mentale avec un détachement froid, comme Jarl lui avait appris : S’occuper d’abord des conducteurs et de cheveux de tête et arrière pour piéger les chariots du centre. Ensuite, cibler les officiers, ne laissant aux hommes paniqués personne vers qui se tourner pour prendre la tête.

La confusion s’enracinant parmi les hommes, il appartenait à Ganch et ses sapeurs de transformer la scène en un véritable chaos. Au moment opportun, la terre autour des khadoréens assiégés éclata. Le bruit des gros flingues retentit dans les airs alors que les sapeurs tiraient dans le dos de ceux qui essayaient désespérément d’établir une sorte de défense. Sans chef, assailli à la fois devant et derrière, il était temps d’asséner le coup de grâce.

Un mugissement de vapeur s’échappa à travers les bois denses et le sol trembla alors que huit tonnes d’acier trempé et de fureur mékanique éclata dans la forêt. Avec la force d’une locomotive emballée, le Nomade percuta le chariot central, brisant le bois et le projetant dans plusieurs malheureux khadoréens qui furent écrasés sous lui. Le warjack se tourna alors pour planter son énorme espadon dans quelques membres de la Garde des Glaces survivants à sa portée, les découpant en morceaux dans des gerbes de sang cramoisi.

Un khadoréen courageux réussi à se faufiler sous les grands coups de la machine et frappa avec sa propre hache dans un puissant coup par-dessus sa tête. L’homme eut à peine le temps de manifester un regard d’horreur alors que son coup le plus puissant provoquait simplement une étincelle sur la coque en acier du warjack avec que l’énorme automate en fer ne l’attrape pas la poitrine avec ses puissants doigts en acier et l’écrase en bouillie sanglante. Face à cette nouvelle menace, les quelques khadoréens restant se retournèrent pour fuir, désespérés d’échapper au tourbillon mortel s’abattant sur eux.

Avec une facilité déconcertante, Grizbile rechargea son fusil et visa le dos d’un des soldats en fuite. L’homme tomba mort avant même d’avoir entendu la détonation du fusil. Alors que le pyg se préparait à tirer à nouveau, il vit une silhouette agile et armurée sortir de la forêt pour intercepter les deux derniers khadoréens, un Vanguard violet et blanc la flanquant. Les deux hommes paniqués s’arrêtèrent alors cette nouvelle menace apparut devant elle. Avec la grâce d’une duelliste, la femme leva son élégante lame en signe de salut d’escrimeur et leur demanda de tirer les haches de leur ceinture. Elle ne leur donna qu’un instant avant de les rejoindre, sa lame frappant comme une vipère d’acier. Elle traversa l’espace qui les séparait et gaina sa lame d’un mouvement fluide alors que les corps des khadoréens touchaient le sol à l’unisson parfait.

Grizbile passa son fusil sur son dos et s’approcha d’elle. Il fut bientôt rejoint parla forme tachée de terre de Granch, qui affichait un sourire écarquillé d’une oreille à l’autre.

« On pourrait penser que le puissant Empire du Khador offre un plus grand défi à une bande de voleurs disparates comme nous, hein, mon frère ? » Il gloussa et frappa fortement Grizbile sur l’épaule.

Grizbile grogna. « Tu n’as pas encore affronté une véritable armée. Et si tu étais un peu plus sage, tu prierais Dhunia pour que les rafles restent facile. »

La réprimande ne fit rien pour tempérer l’humeur du jeune pyg ; rien ne le faisait. « Une bonne alliée que Jarl a trouvé pour nous. Ashlynn et ses warjacks. »

Il regardait avec admiration le Nomade, qui avait posé sa lame et redressait maintenant le chariot qu’il avait envoyé voler comme du petit bois il y a quelques minutes. Une épaisse fumée noire s’échappait de la cheminée du warjack, et le gémissement de la vapeur et des pistons perçait l’air alors qu’il accomplissait sa tâche.

« Oui, elle et ses warjacks sont certainement précieux. Mais elle demande et coûte beaucoup pour son aide – et pas seulement en butin. » Cracha Grizbile. Il n’aimait pas le marché que Jarl avait passé avec la femme. Lui donné une plus grande partie des bien qu’ils pillaient était une chose, mais accepter de la soutenir dans son propre combat en était une autre. Le peuple avait déjà assez de combats sur les bras.

Il vit Ashlynn entament une discussion avec le chef de bande trollkin, Hadrin Oathheart, « Nous avons eu une bonne chasse aujourd’hui. » Elle releva une bâche sur le chariot arrière pour révéler une plaine cargaison de charbon noir. « Bien que j’adore mes frères de fer, ils ont un appétit insatiable. »

Elle tapota le châssis de son Vanguard personnel comme un chien fidèle, et il laissa échapper un doux sifflement de vapeur. Grizbile ne l’avait jamais vu séparée du ‘jack depuis qu’ils combattaient ensemble. Elle avait même insisté pour qu’il continue de fonctionner sous terre, dans le complexe de tunnels qu’ils utilisaient comme base d’opérations – l’un des nombreux complexes que les trollkin sous le commandement de Jarl avaient débarrassé des cryxiens. Alors que l’aire souterraine était assez grande pour accueillir le warjack léger, la chose crachait suffisamment de fumée âcre même lorsqu’il était au ralenti. Granch et ses sapeurs avaient déployé des efforts considérables pour creuser des puits de ventilations, en s’assurant de les placer avec soin dans des zones où la fumée serait masquée par l’épaisse végétation du Bois d’Épines.

Grizbile se rapprocha d’Hadrin. Le grand champion trollkin était un puissant guerrier, mais il n’avait pas encore acquis les compétences du métier de bandit. « Nous devons agir rapidement. On ne sait pas s’il y a d’autres khadoréens derrières. » Grizbile pouvait déjà voir ses frères de batailles passer par la routine de la préparation u transport, mais cette partie de l’opération le rendait mal à l’aise.

Hadrin le regarda pendant un moment avant de hocher la tête et de transmettre le message, en cygnaréen, à Ashlynn. Grizbile était bien considéré par Jarl et accompagnait le légendaire bandit trollkin quand il était encore considéré comme une hors-la-loi, de sorte que ses paroles avaient un poids supplémentaire avec le champion.

Ashlynn leva son regard bleu perçant sur le grand trollkin. « Même si une autre caravane nous tombait dessus, nous avons suffisamment de force pour les affronter. » Une fois de plus, Grizbile se trouva reconnaissant que Jarl ait insisté pour qu’il apprenne très tôt les bases du cygnaréen et du khadoréen.

Hadrin se retourna vers lui. « Elle a raison. »

Grizbile fronça les sourcils, son humeur demeurant inchangée. « Peut-être, mais c’est nous qui devons faire les surprises. Contrairement à ses warjacks, nos proches ne sont pas remplaçables. »

Hadrin grogna, et pendant un instant Grizbile crut que le champion allait s’emporter. Même son statut élevé auprès de Jarl n’allait pas plus loin. Hadrin n’était certainement pas obligé de l’écouter.

Hadrin se retourna et répéta son désir de faire avancer les choses rapidement. Grizbile vit les traits lisses du visage d’Ashlynn se contracter légèrement ; le pyg imaginait qu’elle n’était pas habituée à recevoir des ordres, surtout d’un trollkin. Elle fit signe de tête à Hadrin, cependant, et soudain, les yeux de son Vanguard flamboyèrent. Avec un fort grondement, il se dirigea vers un autre chariot avec elle tout près derrière.

« Je ferai attention à la façon dont tu parles de son frère de fer », déclara Granch, « surtout quand tu n’arrives qu’à son genou. » Il poussa Grizbile avec espièglerie.

« Au moins, ses frères ne causent pas des masses », déclara Grizbile. « Allez, on a du taf. »

* * *

Le Capitaine Maxwell Finn traversa le camp combiné de cygnaréens et de khadoréens. Une barbe d’un jour couvrait sa mâchoire, tandis que de la boue et des débris de forêt s’accrochait à sa tenue par endroits. Il ressemblait moins à un officier qu’à un grymkin sauvage conjuré par les ténèbres du Bois d’Épines. Sa mini sulfateuse signature était attachée dans son dos. Avec son kit de commando, Elle représentait une charge avec laquelle même le pionnier le plus en forme aurait dû mal. Finn, cependant, mouvait cela comme si les trente-six kilogrammes d’équipements sur son dos ne pesaient rien du tout.

Il avait passé près d’une semaine à travers la forêt, à la recherche d’installation cryxiennes souterraines. Il était sale, puait probablement pire qu’un Écorcheur du Bois d’Épines mort, mais pire que cela, il avait faim. Des biscuits secs, du fromage moisi et de la viande séchée plus proche du cuir que la viande séchée pouvait nourrir un soldat mais affamait l’esprit d’un combattant. Il se retourna vers les visages hagards des pionniers marchant en file derrière lui. Bien qu’ils se déplacent avec détermination, les yeux étaient vides. Ce dont ses hommes et lui avaient besoin, c’était un repas chaud, d’un pantagruélique. Morrow aide le cuistot qui essayerait de faire respecter la ration alimentaire à ses hommes aujourd’hui.


En traversant le camp, Finn ne put s’empêcher de s’émerveiller à la vue des soldats khadoréens et cygnaréens se déplaçant et se mêlant les uns aux autres. La plupart des groupes mixtes qu’il vit étaient des officiers, et ils demeureraient rarement ensemble plus longtemps que nécessaire pour se transmettre les missives ou discuter de toute question logistique. Pourtant, leurs communications étaient de plus en plus faciles, depuis l’attaque ratée contre le bastion central cryxien. À la pensée de cet engagement brutal, Finn passa inconsciemment son doigt sur sa dernière cicatrice, obtenue à la suite d’un contact rapproché avec des cœliaques. Il avait perdu beaucoup de bons hommes dans ce combat. Et donc, il pensa, sans se réjouir, que les khadoréens ne l’auraient jamais cru possible.

Après la défaite, les deux forces s’étaient repliées pour se regrouper et panser leurs blessures. La majeure partie de l’armée cygnaréenne s’était déplacée vers le sud, vers le Fleuve de la Langue du Dragon, tandis que les khadoréens s’étaient regroupés dans la partie nord du Bois d’Épines, chaque armée cherchant à rester près de ses lignes de ravitaillement respectives. Malgré cela, il y avait encore de nombreux campements mixtes cygnaréens et khadoréens de part et d’autre de la ligne de partage des eaux. Le bataillon de Finn était l’un de ceux qui étaient partis vers le nord avec les khadoréens. Peu importe leurs sentiments l’un pour l’autre, la première bataille contre le Cryx avaient mis la nouvelle alliance à l’épreuve. Ce que tout le monde avait pensé être une brève union de convenance était devenu une affaire plus longue. Maintenant, ayant vu la taille et la portée de la menace cryxienne, personne ne pensait que le combat se terminerait rapidement ou facilement.

Même s’il détestait encore les khadoréens, il devait admettre que toutes les batailles et les guerres qu’il avait livrées, celle-ci lui semblait la plus juste – même s’il se battait aux côtés d’un ennemi détesté. Le fait est qu’ils ne se battaient pas pour des frontières ou une idéologie ou simplement parce que l’humanité avait un besoin inné qui nécessité une bonne guerre de temps en temps.

Sa rêverie fut interrompue par l’odeur du ragoût chaud qui flottait dans l’air. L’odeur était si divine qu’elle faisait grogner son estomac et il dut avaler la salive accumuler dans sa bouche. Il était à environ six mètres de la tente du mess quand il entendit une voix crier son nom.

« Capitaine Finn ! Capitaine Finn ! »

Finn se tourna pour remarquer un jeune lieutenant cygnaréen courir vers lui, un bout de papier à la main. Finn soupira lourdement et se détourna avec beaucoup d’effort de la tente du mess. Le lieutenant failli lui rentrer dedans avant de se mettre maladroitement au garde-à-vous.

« Capitaine Finn, j’ai l’ordre de vous présenter immédiatement au major du QG du camp. » Sans réfléchir, Finn grogna, un son grave et dangereux. Il força son agacement quand il vit l’aide reculer d’un pas. Ce n’était pas de sa faute si Finn allait manquer son repas.

Finn se retourna et aboya, « Sergent Fullet ! Devant et au centre ! » Grâce à la discipline qu’il avait pratiquée, un homme rompit les rangs et se mit au garde-à-vous devant lui. « Je dois me présenter au QG combiné. Vous, sergent, vous devez vous assurer que les hommes reçoivent toute la bouffe chaude qu’ils veulent. En ce qi me concerne, on nous doit une semaine de repas, et ne laissez pas ces misérables officier de cuisine vous dire le contraire. »

Les yeux fatigués de Fullet s’illuminèrent à l’ordre. « Oui, monsieur ! »

« Oh, et Fullet, quand tu auras fini ici, apporte-moi le plus grand bol que tu peux, au QG. J’ai le sentiment qu’on va encore y passer un long moment.

Fullet fit un clin d’œil, la vie lui revenant sur son visage à la perspective de se remplir le entre de bouffe chaude. « Je vais vous apporter une pleine marmite, monsieur. »

Un sourire ironique se dessina sur les traits rugueux de Finn. Il se tourna vers le lieutenant et dit : « Très bien fils, montre le chemin. »

* * *

La tente du QG du camp était située au centre, ayant servi de repaire pour la disposition du reste du camp. Même s’alliant les uns aux autres, les soldats cygnaréens et khadoréens avaient gardé une frontière stricte entre leurs espaces de vie. Étant donné la taille de l’armée combinée, les troupes avaient été divisées en plusieurs grandes centre opérationnels supervisés par les hauts commandements cygnaréen et khadoréen. Chaque centre avait ensuite été divisé en camps abritant deux bataillons ou plus, dont beaucoup constituaient le conglomérat des forces des deux nations. La division avait réduit le chaos et la confusion lors des efforts de regroupement continus après la première bataille contre le Cryx.

Finn se fraya un chemin au-delà du lourd rabat en toile et entra. Le centre de la tente était occupé par une grande table en bois couverte de plusieurs cartes. Divers marqueurs représentaient les positions actuelles des autres QG opérationnels des armées ainsi que des repaires cryxiens connus ou suspectés. Au grand dam du haut commandement des deux armées, le sol sous le Bois d’Épines semblait criblé de cavernes et de tunnels, offrants à l’ennemi des endroits apparemment infinis où se cacher.

« Capitaine, merci de vous joindre à nous », prononça chaleureusement le Major Lionel Standish. « Je me rends compte que vous venez de rentrer d’une opération prolongée, mais je crains que nos alliés khadoréens viennent de découvrir une nouvelle cible. Un ayant gravement perturbé une route d’approvisionnement vitale. » Son visage moustachu avait une expression désolée.

Standish se tourna vers le groupe de trois officiers khadoréens qui se tenaient en face de lui. Chacun était vêtu d’une tenue militaire complète. Finn remarqua avec une certain humour sombre que même leurs bottes étaient impeccablement polies. Il reconnut deux des officiers : le commandement du bataillon khadoréen du camp, la Kovnik Anya Kardovich, et le Lieutenant Vasko Sergi.

Finn avait eu plusieurs interactions avec Vasko et avait même mené quelques opérations conjointes avec lui sur le terrain. Bien que l’homme ait conservé ses airs de commandant khadoréen dans le camp, il était un guerrier habile au combat – et Finn l’avait vu se mettre en danger pour protéger les hommes sous son commandement. S’il ne connaissait rien d’autre de l’homme, ce seul fait suffisait à lui faire gagner le respect de Finn. De plus, contrairement à la plupart des officiers khadoréens, lui et Vasko avait toujours été droits l’un envers l’autre. S’il devait se rendre dans l’enfer du Bois d’Épines avec des khadoréens dans son dos, il voudrait que l’un deux soit Vasko.

Finn ne reconnut pas le troisième officier. En le regardant, il vit le khadoréen prendre sa mesure également. Il était clair que l’homme n’approuvait pas le crasseux capitaine du sud. Finn était sur le point de le classer comme étant juste un autre pompeux officier quand il aperçut la fine traînée de fumée qui flottait dans le dos de l’homme. Avec une certaine surprise, il réalisa que cet homme était un warcaster khadoréen, bien qu’il ne l’ait jamais rencontré sur le champ de bataille.

Le Major Standish débuta les présentations par un signe de la main. « Capitaine Finn, je crois que vous connaissez déjà la Kovnik Kardovich et le Lieutenant Sergi. » Finn fit un signe de tête à chacun d’eux. « Et voici », dit Standish au warcaster khadoréen, « le Kovnik Andrei Malakov. » Finn fit un nouveau signe de tête au warcaster mais ne reçut qu’un signe de tête dédaigneux en réponse.

La Kovnik Kardovich débuta : « Comme le Major Standish l’a déclaré, au cours des dernièrs semaines, plusieurs de nos caravanes de ravitaillement ont disparu. Au début, nous pensions qu’elles étaient victimes d’attaques sporadiques et non coordonnées de la part des cryxiens. Nous étions préparés à cela, bien sûr. » Elle fixa Finn d’un regard froid en poursuivant : « Les dommages collatéraux sont un simple fait de guerre. »

Ce commentaire fit frémir Finn. C’était typique de l’attitude de l’élite khadoréenne.

« Cependant, un schéma s’est dégagé indiquant que ces frappes ne sont pas aléatoires mais sont plutôt exécutées depuis un point central, ici. » Elle pointa un doigt fin et ganté sur la carte au centre de la table. Un cercle griffonné marquait une zone d’environ trente-deux kilomètres au nord de leur position. « Nous ne pouvons pas permettre à cette menace de continuer à entraver nos lignes d’approvisionnement. »

Finn étudia la carte. « Et qu’en est-il de la disposition des cryxiens ? Nos éclaireurs ont-ils fait rapport ? »

Le Major Standish jeta un regard mal à l’aise vers Kardovich. « Cette mission est menée sous le commandement khadoréen. Ils m’ont assuré que leur évaluation de la situation était exacte. »

Finn fronça les sourcils, mais avant de pouvoir répondre, Vasko s’exprima. « L’ennemi est là, Capitaine Finn. Vous pouvez être certain que nous comprenons la menace présentée et que nous recherchons une réponse appropriée.

« C’est pourquoi vous êtes ici », coupa Kardovich. « Votre équipe a éliminé plus de repaires cryxiens que toute autre dans ce camp. D’après nos informations, cette nouvelle planque représente une force importante. »

« Vous voulez donc que nous résolvions votre problème à votre place ? » Grogna Finn.

« Malheureusement, Capitaine, seul, même vous n’auriez aucune chance. » La voix de la kovnik était clinique dans son évaluation. « Nous avons des informations sur le fait que cette planque inclut un important soutien de la part de warjack. Pas conséquent, vous et vos hommes serez attachés au Kovnik Malakov avec le Lieutenant Sergi et des éléments de sa force. » Elle fixa le capitaine pionnier avec un regard sévère. « Ne vous y trompez pas, ce ne sera pas une simple recherche et destruction. »

Finn le fixa, intrépide face au regard du kovnik. « Nous y arriverons, monsieur. C’est que font les pionniers. »

« Veillez à ce que ce soit fait, capitaine », dit le Kovnik Kardovich. « Vous pouvez vous retirer. »

Finn s’énerva contre le khadoréen, pensant le renvoyer devant Standish, son commandant actuel. Il regarda le major, qui haussa les épaules de bonne humeur et lui fit un signe de la tête. Finn leva la main en guise de salut puis sortit de la tente, un léger doute persistante au fond de son esprit. Quelque chose puait, mais il serait damné s’il savait ce que c’était.

Il rejeta la pensée. IL n’y avait rien à faire pour l’instant. Il faisait confiance à ses hommes pour faire le job et ils lui faisaient confiance pour les ramener vivants à la maison. C’était assez bien. Le reste se réglerait comme ça.

Maintenant, où état Fullet avec son ragoût.

* * *

Une activité animée remplissait les salles du complexe de cavernes alors que les trollkin vaquaient à leurs occupations sous le Bois d’Épines. Plusieurs trollkin chargeaient certains des derniers butins du groupe dans des chariots de ravitaillement destinés au camp principal de Jarl. Grizbile était satisfait de voir que grâce à leurs efforts, leurs amis et leurs familles seraient bien approvisionnés. Ils avaient beaucoup enduré ces dernières années, et il était temps qu’ils trouvent un peu de réconfort dans leurs foyers ravagés par la guerre.

Ashlynn se tenait à proximité, discutant tranquillement avec un mage balisticien vêtu de noir profond avec des fioritures violet foncé, Fynch di Lamsyn. Fynch était l’un des confidents les plus fiables d’Ashlynn ; Grizbile voyait rarement les deux séparément. L’homme était assez aimable et, lors d’une récente escarmouche, son habilité avec son pistolet cinémantique avait sauvé la vie d’Hadrin Oathheart, lui ayant valu une solide amitié avec Hadrin et plusieurs des champions du leader trollkin.

Grizbile aperçut Granch, qui lui sourit et lui fit signe de s’approcher. Lui et plusieurs autres pygs jouaient à un jeu de hasard qu’ils avaient de leurs invités llaelais. Granch était même allé jusqu’à tailler ses propres cubes à six faces à partir de morceaux de pierre taillés dans le mur de la caverne. Si Grizbile ne comprenait pas l’attrait d’un jeu où l’on perd régulièrement ses affaires, il s’avança quand même. Il sentit son humeur s’éclaircir alors qu’il regardait son frère gagner plusieurs tours de jeu, poussant à chaque fois un cri de victoire alors qu’une chance aléatoire le guidait.

Il commença presque à s’amuser, cédant aux cajoleries et à l’exubérance de Granch, quand il y eut un cri de l’entrée de la caverne et un pelletier solitaire entra en courant. Grizbile se renfrogna en entendant le trollkin appeler Hadrin, toujours en conversation avec Ashlynn et Finch. L’omniprésent Vanguard dominait le trio, la fumée s’échappant de ses cheminées. Le pelletier gesticula rapidement alors qu’il transmettait toutes les informations en sa possession à Hadrin et aux deux humains. Grizbile n’eut pas besoin d’entendre les paroles pour savoir que c’était une très mauvaise nouvelle. Il remarqua immédiatement leurs corps se crisper et le Vanguard commença à bouger bruyamment sur ses pieds, reflétant l’agitation d’Ashlynn. Après un rapide dialogue, Hadrin se retourna, et sa voix retentissante emplit la caverne.

« Nous avons une importante force khadoréenne qui s’approche de notre position. Ils semblent qu’ils recherchent leurs caravanes perdues. » Il leva la main pour calmer la clameur grandissante alors que la nouvelle se diffusait. « Nous avions prévu cela. Nous devons seulement les retenir assez longtemps pour que les réserves restantes soient enlevées en toute sécurité. Alors, allons-y. »

Grizbile vit un sourire fleurir sur le visage de Granch. Il savait à quoi pensait son frère.

« Écoute », dit-il en attrapant son frère durement par l’épaule. « Ce n’est pas comme attaquer une caravane de ravitaillement non préparée. C’est un vrai combat, alors ne fais rien de stupide. »

Granch fit juste un clin d’oeil. « Hé, je vais faire attention. Tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour moi. » Il étreignit Grizbile puis se dépêcha de rassembler ses sapeurs. Grizbile le regarda partir, l’excitation clairement visible à l’occasion d’un vrai combat, et secoua la tête.

« Je m’inquiéterai toujours pour toi, petit frère », marmonna-t-il dans sa barbe. Il jeta un dernier regard vers Granch, puis dessanglât son fusil alors qu’il se dépêchait de trouver son propre groupe.

* * *

Le Capitaine Maxwell Finn grinça des dents alors qu’il luttait contre le recul de la mini-sulfateuse qu’il tenait entre ses mains. Les muscles épais de ses bras se gonflèrent alors qu’il maintenait la mitrailleuse lourde stable et tirait à travers les lignes de trollkin. Les munitions de gros calibre de la sulfateuse percutaient les rochers et les caisses de ravitaillement pour pulvériser le bois et la pierre au moment même où elles perforaient l’armure et s’enfonçaient dans la chair molle en dessous.

Finn jura à nouveau dans sa barbe alors qu’un pionnier à sa gauche était touché par une balle trollkin. L’homme chuta, un gargouillis sortant de sa bouche alors qu’il tentait désespérément d’endiguer l’écoulement de sang de son coup, là où il avait été touché. Finn avait encore du mal à croire qu’il s’agissait d’une bande trollkin hors-la-loi qu’ils affrontaient. Les khadoréens l’avait pris lui et Standish pour des imbéciles.

Depuis qu’ils s’étaient infiltrés dans le complexe de tunnels, il ressentait une constante sensation au fond de son esprit. Au cours des dernières semaines, il avait nettoyé plus de tunnel cryxiens qu’il ne pouvait compter, mais celui-ci était presque entièrement différent, ne partageant avec les autres que de faibles similitudes de construction. Les tunnels cryxiens empestaient la mort et la pourriture et étaient souvent jonchés de débris provenant de la macabre œuvre des nécrotechs. Malgré une légère humidité, ces tunnels avaient une bonne ventilation et étaient loin de l’enfer oppressant dont Finn se souvenait. Lorsqu’ils avaient découvert des signes de vie – des lits, des latrines et des foyers – il avait tout de suite su que quelque chose n’allait pas.

« Sergent Éclaireur ! », brailla-t-il entre deux rafales de sa mini sulfateuse. Le sergent éclaireur Landon Codwell couru sans effort vers Finn alors que le reste de son escouade de rangers lâchait un tir de couverture. Les hommes de Finn étaient coincés dans l’une des cavernes centrales du complexe de tunnels. Heureusement, l’endroit était rempli d’affleurements rocheux ainsi que de chariots, de lourds barils et de caisses de ravitaillement, ce qui offrait une couverture suffisante.

« Capitaine ». Le sergent éclaireur salua rapidement.

Une balle brisa l’oreille de Finn et percuta une paroie de pierre à sa droite, et il jura alors que plusieurs éclats de roche s’enfonçaient dans ses bras exposés. « Sergent, j’ai besoin que vous et vos hommes me trouviez un chemin détourné. Ces foutus trollkin s’amusent des fous avec nous, et tant que le Kovnik Malakov n’aura pas fait descendre ces fichus ‘jacks ici, nous continuerons à nous faire défoncer. »

Le sergent hocha la tête et se glissa dans un tunnel faiblement éclairé, poussant un sifflement strident. Le reste de son équipe se fondit alors dans le terrain environnant, silencieux comme des fantômes.

Finn lâcha une nouvelle salve et se dirigea vers la position du Sergent Fullet. Fullet et ses hommes étaient recroquevillés, faisant bon usage de la vaste couverture de la zone, tirant sur la ligne trollkin. Alors que les choses empiraient, Finn remercia pour le fait que jusqu’à présent, les seules véritables victimes avaient été les réserves de munitions de ses hommes.

« Fuller, rapport. » Aboya Finn.

« Ils nous ont bien coincés, monsieur. Je ne sais pas combien de temps on pourra encore supporter. Le Sergent Corley et ses commandos ont hâte de tenter leur chance. Il est à peu près sûr qu’ils peuvent s’approcher et ralentir la cadence. »

Finn grogna. « Oui, je suis sûr que les garçons de Corley pourraient le faire, en plus. Mais la dernière chose dont on a besoin est de se retrouver dans une mêlée avec des trollkin déterminés. Codwell nous trouve un autre moyen d’entrer. »

« Monsieur … » Débuta Fullet, puis s’arrêta.

« Allez-y, sergent », dit Finn.

« Monsieur, pourquoi diable affrontons-nous les trollkin ? Je croyais qu’on chassait le Cryx. »

Finn s’arrêta un instant, il s’était déjà posé la même question, mais il aurait le temps de découvrir plus tard pourquoi leurs « alliés » khadoréens les avaient mal informés. « Le commandant nous a envoyé pour découvrir qui interceptait les fournitures du Khador et y mettre fin. Trollkin ou Cryx, cela ne change rien. »

Il y eut un cri à travers les lignes de bataille, et Finn se retourna pour remarquer une vague de guerrier trollkin se précipiter vers eux, se déversant autour de la couverture éparpillées – et pire encore, des tunnels qui bordaient la grande caverne centrale.

« Je suppose que les garçons de Corley vont se battre après tout », déclara Fullet.

Finn poussa un cri et s’exposa à nouveau avec sa sulfateuse. Un rapide examen de la situation lui apprit que ses hommes étaient en difficultés. Ses oreilles captèrent soudain le son caractéristique des warjacks qui résonnaient dans la caverne. Le problème était que le son venait de devant lui, et non de derrière.

Finn sentit une peur froide s’emparer de lui lorsqu’il vit deux Nomades émerger de l’un des principaux tunnels de la caverne, une épaisse fumée noire s’échappant de leurs cheminées alors qu’ils couraient derrière la charge de trollkin. D’où diable venait-il ? Se demanda-t-il. Les trollkin n’ont pas de satanés warjacks ! C’était la dernière chose dont il avait besoin pour l’instant.

Finn s’efforça de se calmer, de se concentrer sur la situation. Des années d’expérience de combat lui permirent de voir la bataille se cristalliser devant lui. Il était sur le point de donner l’ordre à ses hommes de se replier quand il vit la charge trollkin éclater dans une grande explosion alors que le boucan assourdissant secouait la caverne. Il reconnut les bruits sourds distincts des bombardes derrière lui. Malakov s’était finalement décidé à se pointer – et si l’homme ne faisait pas attention, il allait faire tomber toute la caverne au-dessus d’eux.

* * *

Grizbile regarda la charge des guerriers trollkin soudainement inondées de flammes. Il savait que les warjacks khadoréens allaient inévitablement imposer leur présence, mais c’était une autre chose de voir leur potentiel destructeur se déchaîner, surtout dans les limites étroites de la caverne. La poussière remplissait l’air et des rochers tombaient de murs tandis que le choc de l’explosion secouait le sol. Leur élan étant stoppé par le bombardement, les trollkin se retrouvèrent sous l’assaut de tout un contingent de khadoréens, principalement des Gardes des Glaces mêlés au xpionniers cygnaréens. Les trollkins avaient pris le dessus au début, mais ils étaient maintenant désespérément en infériorité numérique.

Alors qu’il observait le champ de bataille, Grizbile aperçut Ashlynn, son Vanguard de compagnie près d’elle alors qu’elle se dirigeait vers le centre de la bataille en cours. Il savait que même elle avait peu d’espoir de renverser le cours de la bataille, mais elle pouvait aider à ralentir l’assaut et donner aux trollkin et aux llaelais une chance d’évacuer les biens volés. Des runes arcaniques brillèrent autour de sa main avant de se déplacer pour se fondre autour de Hadrin et de ses champions. Leur vitesse s’accrut, les mouvements des champions devinrent un flou alors qu’ils avançaient pour engager la nouvelle menace avec le warcaster qui les suivait de près.

Grizbile visa à travers la lunette de son fusil et tiré au centre d’un groupe des Gardes des Glaces qui avaient commencé à se déverser derrière les lignes cygnaréennes. C’est lorsque son groupe avait engagé les pionniers cygnaréens au lieu des khadoréens que le pelletier trollkin l’avait remarqué, et il avait été surpris, c’est le moins qu’il puisse dire. Il semblait maintenant clair que, de façon assez effrayante, les deux forces œuvraient ensemble.

Il désépaula et hocha la tête pour lui-même en voyant sa cible tomber. Cassant son fusil, il se retourna vers Ashlynn. Avec son sabre, Némésis, dans une main et son énorme canon à main dans l’autre, la femme était aux côtés des champions d’Hardrin, engageant un groupe de Garde des Glaces. Plus de runes entouraient sa lame, qui brillait tel un éclair dans sa main. Là où elle frappait, des cadavres chutaient. Les ennemis dont elle ne s’occupait pas était brutalement abattu par la vilaine guisarme de son Vanguard. Le warjack se déplaçait en parfait accord avec sa maîtresse, s’interposant entre elle et toute menace sur son flanc exposé, un grand frère d’acier et de vapeur gardant fidèlement sa petite sœur.

Grizbile chercha des signes de Granch au milieu du chaos, mais il semblait que lui et ses sapeurs n’avaient pas encore fait connaître leur présence. Pour Griebile, c’était pour le mieux. Cette bataille n’était pas un endroit où son frère avait besoin être.

Un de ses compagnons guérillero poussa un cri, et Grizbile se tourna pour voir l’imposante forme rouge d’un Destructeur khadoréen se profiler à l’horizon. La grande machine émis un hurlement de vapeur avant que des runes arcaniques ne la ceinturent et qu’elle ne charge le Nomade le plus proche d’une soudaine explosion de vitesse. Le warjack mercenaire fut légèrement plus rapide et fit descendre son espadon caspien en un arc de cercle qui fendit le blindage d’épaule du Destructeur et traversa le bras canon du warjack ennemi. Mais alors que l’attention d’Ashlynn était partagée, le warcaster khadoréen consacra toute son énergie à l’assaut de son warjack.

Le Destructeur planta sa hache d’un geste puissant à l’endroit qui reliait l’épaule au torse du Nomade. Dans une pluie d’étincelles, l’arme du khadoréen trancha l’articulation, faisant tomber le bras du Nomade au sol, sa main agrippant toujours son espadon. Son adversaire étourdi, le Destructeur porta plusieurs autres attaques, arrachant le blindage et anéantissant les délicats rouages internes du warjack mercenaire. Avec un bruit de métal tordu et de vapeur fusant, le Nomade s’effondra. Le Destructeur poussa hurlement de victoire alors que de la vapeur s’échappait de sa face. Juste à ce moment-là, deux autres monstrueuses machines émergèrent de derrière les lignes ennemies, un khadoréen, droit comme un i, en armure de warcaster se promenant négligemment juste derrière elles.

Serrant les dents de frustration et essayer de calmer sa panique croissante, Grizbile chargea une autre cartouche dans son fusil et visa soigneusement le nouvel arrivant. Ses muscles se tendirent alors qu’il expirait à mi-chemin, sentant une immobilité parfaite envahir son corps pendant un bref instant. Doucement, il appuya sur la détente.

Le fusil rugi et Grizbile vit un éclair chatoyant enrober le warcaster alors que la balle s’écrasait dans son champ d’énergie. Plusieurs autres membres de l’unité de pyg tentèrent de suivre son exemple, mais les lourds warjacks khadoréens se déplacèrent pour cacher me warcaster vulnérable. En rechargeant, Grizbile entendit deux tirs distincts de bombardes et le gémissement des obus voguant dans les airs. À ce moment, il sut avec une clarté cristalline où ces obus étaient dirigés. Il s’efforça de se dégager, même s’il savait qu’il était trop tard. Il fut à peine à terre que toute sa réalité était consumée dans un torrent de feu.

* * *

Finn regardait les warjacks de Malakov et la Garde des Glaces de Vasko faire des ravages sur le champ de bataille. L’arrivée des khadoréens aurait pu être mieux chronométrée, mais Finn n’allait pas se plaindre.

Malgré la fureur de l’assaut khadoréen, le centre des lignes trollkin demeurait derme, brisant les efforts des nordistes telle une vague sur un brise-lame. Les trollkin reculaient, mais beaucoup plus lentement que cela n’aurait dû être le cas étant donné l’avantage numérique des forces alliées. Finn ne savait pas comment, mais la façon dont le combat se déroulait lui indiquait que les trollkin avait le soutien d’un warcaster.

Le capitaine se mit à couvert derrière une stalagmite rugueuse et rapidement rechargea sa mini-sulfateuse avec sa dernière bande de munitions. En regardant de l’autre côté de la ligne, il vit la forme caractéristique de Vasko se précipiter vers lui de couverture en couverture. L’officier khadoréen se pressa contre la stalagmite que Finn employait comme couverture.
« Capitaine », dit Vasko.

Finn grogna. Il était toujours furieux de la rétention d’information par les khadoréens. Ignorant le lieutenant nordiste, il appela Fullet, qui se trouvait juste en face de lui, employant un chariot renversé pour se mettre à l’abri, alors qu’il s’apprêtait à tirer dans le tourbillon de la bataille.

« Fullet ! L’équipe de Codwell nous a trouvé une solution. Nous allons l’utiliser pour nous glisser derrière ces salauds et les choper dans un bon vieux tir croisé. »
Vasko parla. « Si cela ne vous dérange pas, Capitaine, je me joindrai à vous. » Il rechargeait son tromblon pendant qu’il s’exprimait, « Je voudrais mettre fin à ce combat le plus rapidement possible pour mes hommes. »

Le capitaine cygnaréen acquiesça et fit signe à Fullet et à ses pionniers de se préparer à bouger. Bien qu’ils soient fatigués, l’idée de passer à l’offensive avec le légendaire Maxwell Finn en tête leur avait clairement remonté le moral. Ils se déplacèrent rapidement, restant à couvert entre les deux avant de s’élancer dans l’un des tunnels auxiliaire reliés à la caverne principale.

Finn murmura un petit merci pour le fait qu’avec l’ennemi si fortement engagé, il y avait peu de chances que lui et ses hommes aient des ennuis en chemin. Il s’émerveilla de l’habilité des rangers, qui pouvaient facilement se déplacer dans le labyrinthe de tunnels et de passages qu’ils venaient de repérer. En quelques minutes, le groupe émergea d’un tunnel qui sortait derrière la ligne principale trollkin. Grâce à une série de signes de mains rapides, Finn plaça ses hommes dans la position d’enfilade parfaite.

Il scruta le terrain, Se préparant à donner l’ordre de tirer, il aperçut une personne qu’il n’avait plus vu depuis la Guerre Llaelaise. Là, tenant le centre de la retraite du combat trollkin contre les khadoréens, se tenait Ashlynn d’Elyse, Némésis clignotant telle une chose possédée dans sa main. Comme un barrage qui se brisait, le souvenir d’hommes et de femmes de valeur, llaelais et cygnaréens, ayant combattu et étant morts à ses côtés dans cette guerre, inondèrent l’esprit de Finn. S’il donnait l’ordre, Ashlynn se joindrait à cette liste.

« Monsieur ? » Demanda Fullet, le visage marqué par la préoccupation. « Vos ordres ? »
Vasko les regarda. « Éliminez la warcaster ennemi ! Rapidement, alors que nous avons l’avantage. »

Finn se renfrogna. Il jeta un autre coup d’oeil à Ashlynn, bravant l’enfer pour offrir à ses alliés le temps de s’échapper. Combien de fois la femme avait-elle été dans la même situation au fil des ans ? Combien de courageux cygnaréens avaient été sauvés par ses actions dans les différentes batailles communes de la Guerre Llaelaise ?

« Capitaine Finn, donnez l’ordre de tirer ! » Cira Vasko. Il se tourna vers les pionniers. »Feu ! » Hurla-t-il. Mais aucun d’eux ne bougea.

Au diable les khadoréens. Il n’allait pas faire leur sale boulot à leur place. En ce qui concerne Finn, il avait accepté de combattre les cryxiens avec eux, et il ne semblait pas y avoir de cryxiens ici. Le Llael était un allié de Cygnar depuis des siècles ; les khadoréens, pendant quelques semaines seulement.

« Lieutenant, ne vous avisez pas de donner des ordres à mes hommes ! » Grogna Finn. Il se tourna vers Fullet. « Ne tirez pas. »

« Vous n’êtes pas sérieux ! Cette femme est une ennemie de l’Empire du Khador et a engagé vos propres forces ! » Vasko était furieux, mais Finn avait fini d’être le garçon de courses des khadoréens pour aujourd’hui.

Voyant que Finn ne plierait pas, Vasko attrapa le fusil du pionnier le plus proche et visa le dos, non gardé, d’Ashlynn. Avant qu’il ne puisse appuyer sur la détente, Finn le chopa d’une poigne rude et le frappa au visage. Fullet resta bouche bée devant son supérieur autant par choc que par respect.

« C’est pour avoir désobéi aux ordres, Lieutenant » Dit Finn alors que le khadoréen s’écrasait au sol.

Finn fit la grimace en secouant sa main et en regardant ses pionniers. « Gardez vos munitions pour les morts-vivants. Ce combat est déjà gagné. »

Ils virent la bataille arriver à son paroxysme. Ashlynn et ses deux warjacks restants tinrent la ligne contre les envahisseurs khadoréens alors que les trollkin et les llaelais restants fuyaient de l’un des tunnels principaux, traînant avec eux ce que les blessés pouvaient avec eux alors que les tirs de tromblons et les tirs de fusils des pionniers les harcelaient. Lorsque ses alliés furent sorits de la caverne, elle se retira. Malakov envoya l’un de ses Destructeurs en avant vers le tunnel mais avant que le warjack ne puisse les poursuivre, il y eut un grondement semblable au tonnerre et l’ouverture s’effondra dans un tas de roches et de débris. Pendant un bref instant, un étrange silence envahit la caverne.

Finn examina les suites de la bataille. Des cadavres de trollkin, de cygnaréens et de khadoréens dans la caverne. Certains auraient pu dire que c’était une attitude incorrecte, mais Finn était heureux de voir que le nombre de morts khadoréens dépassait de loin les pertes cygnaréennes. Ils étaient peut-être unis face à un ennemi commun, plus importants que chaque côté ne pouvait affronter seul, mais il était clair pour lui que les anciennes habitudes ne changeraient jamais. Que ce soit dans une semaine ou un an, l’alliance se dépérirait et mourrait une fois la menace vaincue. C’était peut-être dur à supporter pour un homme réfléchi. Heureusement, Finn était un homme de bataille.

Il aperçut le warcaster khadoréen, Malakov, qui traquait, sa fureur palpable. Finn s’approcha de son capitaine avant que Finn ne lui fasse signe de reculer.

Malakov enfonça un doigt ganté dans la poitrine de Finn quand il s’approcha. « Expliquez-moi pourquoi je ne devrais pas vous exécuter maintenant ! Vous avez non seulement agressé un officier khadoréen, mais vous avez laissé une criminelle connue et dangereuse fuir ! »

Finn ne cligna même pas les yeux. « Je ne suis pas ici pour faire votre sale boulot, Kovnik. Notre alliance est contre le Cryx et le Cryx uniquement. Et je suis l’officier responsable de mes hommes – pas vous, et certainement pas le Lieutenant Vasko. » Il repoussa la main de Malakov. Le khadoréen le fusilla du regard, mais il semblait à court de mots. Finn continua, la voix dur. « Si jamais vous mettez à nouveau mes hommes en danger pour les intérêts de votre mère patrie, il y aura des comptes à rendre. » Les yeux toujours rivés sur ceux de Malakov, Finn aboya à Fullet : « Sergent, prépare les hommes à partir. »

« Oui, monsieur », répondit immédiatement Fullet. Il regarda Malakov avec inquiétude et ajouta : « Et les khadoréens ? »

« Ils connaissent le chemin retour. » Finn tourna le dos au warcaster, le congédiant carrément. « De plus, ces fichus warjacks bougent trop lentement, et j’ai rendez-vous avec une pleine casserole de ragoût. »

« Oui, monsieur ! » Fullet salua et s’éloigna pour commencer à donner des ordres aux hommes.

Finn jeta un dernier coup d’oeil sur le terrain. Ils devaient récupérer leurs morts, mais il ramènerait tous ses gars à la maison, même s’il devait les porter.

* * *

Grizbile se réveilla pour remarquer une silhouette floue au-dessus de lui. Il se sentait mal et ses jambes étaient étrangement engourdies, mais le plus dérangeant de tout était qu’il avait l’étrange sensation de bouger. Il se battit pour se vider la tête et fut pris le besoin de vomir. Lorsqu’il eut fini, il jura qu’il n’avait pas mangé autant depuis une semaine. Il se rendit compte qu’il était porté sur une civière au-dessus du sol.

Sa tête tournant toujours, il entendit l’incomparable voix de Granch. « Doucement, grand frère. Tu as pris un sacré coup. » Les mots étaient ternes, presque creux, sans l’exubérance habituelle de son frère.

« Que s’est-il passé ? » dit-il d’une voix rauque, la gorge sèche.

Granch le regarda, une hébétée engourdie dans les yeux. « Nous avons perdu. »
L’expression de Grizbile bouillonna. « Et … les stocks ? »

« Grâce à Ashlynn, nous avons pu sortir les plupart à temps. » Le jeune pyg eut un regard triste. « On ne peut pas en dire autant de nos frères de batailles. »

Grizbile prit un moment pour laisser l’information pénétrer, puis força autant de joie qu’il ait jamais fait dans sa voix alors qu’il tendait la main pour tapoter le trollkin. « Mais nous … avons survécu … n’est-ce pas ? »

Il vit les yeux de Granch scintiller sur sa forme allongée, puis Granch releva la tête, fixant son regard sur la route.

« Ouais, grand frère. On a survécu. »

Source

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Iron Kingdoms - RPG / Re : Créatures
« le: 06 septembre 2020 à 20:28:25 »
Saqu

J’hésite à attribuer des motivations humaines à des créatures inintelligentes, mais parfois une bête manifeste des comportements qui semblent s’inspirer d’une pensée supérieure : la gentillesse d’une mère argus qui soigne ses petits, par exemple, ou la façon mesquine dont un saqu fait tomber ses proies sur les rochers les plus pointus sur des kilomètres autour.

— Professeur Viktor Pendrake, Monsternomicon

Description

Le saqu est un gigantesque rapace ressemblant beaucoup à un faucon mais avec un bec plus long et plus large. Les saqu atteignent 4,572 mètres de haut à l’âge adulte et ont une envergure supérieure à 9,144 mètres. Les plumes de son dos sont grises froncée ; le plumage ventral bruns-roux aident à le camoufler depuis le sol, en particulier pour les proies ayant une mauvaise vue. Leur os sont creux et légers, comme ceux de la plupart des oiseaux. Malgré leur taille, les saqu pèsent rarement plus de 226,7961 kilogrammes.

Le bec d’un saqu est long et assez large. Aiguisé à l’extrémité et le long de ses bords, c’est un outil de rendu efficace. Chaque patte comporte trois massives griffre à l’avant et une griffe à l’arrière, chacune aiguisée comme un couteau. Incroyablement forts et résistants, les saqu sont plus agiles en vol que ne le suggère leur grande taille, capable de virer rapidement et de glisser dans les courants thermiques ascendants. Au sol, ils sont maladroits, sautillant avec une démarche irrégulière comme celle d’un vautour.

Au sommet de la tête d’un saqu, une crête de longues plumes s’allongent en une grappe serrée. Lorsque les saqu chassent, s’accoupler ou protègent leurs petits, ces plumes se lèvent et se déploient comme un éventail. Leurs plumes de queue, les plus longues sur leur corps, font la même chose. Leur vue est excellente, même par faible lumière, et ils peuvent repérer leurs proies jusqu’à 8,04672 kilomètres. Leur ouïe, bien développée, leur permet de se concentrer sur des petites proies invisibles se cachant parmi les arbres ou se blottissant au sol sous un feuillage bas.

En raison de leur taille, les saqu s’envolent rarement comme les autres oiseaux de proie. Au lieu de cela, ils se perchent sur les falaises ou à mi-hauteur de grands arbres et attendent. Ils sont extrêmement patients lors de la chasse et sont réputés pour attendre toute la journée pour un repas. Une fois qu’ils ont repéré leur proie, ils descendent de leur perchoir en plongeant rapidement, tombant sur leur repas en quelques secondes.

La méthode préférée du saqu pour obtenir un repas consiste à employer ses serres et son considérable poids pour épingler sa proie au sol, puis à la picorer et à la déchiqueter jusqu’à ce que la créature s’arrête de bouger. Il emporte des proies plus difficiles dans les airs, tout en les déchiquetant avec le bec avant de laisser tomber la victime et de manger ce qu’il en reste.

Les saqu préfèrent les cerfs et les chèvres de montagne lorsque la nourriture est abondante, car ce sont eux qui se débattent le moins. Quand les proies sont rares, ils deviennent sélectifs. Les saqu sont connus pour attaquer les voyageurs et sont capables d’emporter un ogrun adulte quand ils sont suffisamment affamés.

Comme la plupart des oiseaux, les saqu s’accouplent pour la vie. Lorsqu’il s’approche d’un potentiel compagnon, le saqu mâle, appelé malard, dresse ses plumes de tête et de queue et bat des ailes. Si la femelle, appelée poule, approuve, le malard chasse et tue pour elle. Si la poule est satisfaite de l’offrande, elle incline la tête devant le mâle et l’accepte comme compagnon. Si un mâle accouplé est gravement blessé, un autre mâle peut employer la même danse d’accouplement pour réclamer la poule, mais il tentera de tuer le mâle blessé plutôt qu’une proie pour repas. Si cette attaque est réussie, la poule consomme son anvien compagnon et se lie avec le nouveau malard. Si un saqu accouplé meurt, la créature restante cherche un nouveau compagnon dans un délai d’un an ou deux.

Les saqu accouplés bâtissent un nid commun, appelé tour, au sommet d’un précipice rocheux. La tour se compose principalement de branches et de feuilles, mais un saqu utilise tout ce qui peut servir – des os d’animaux, des morceaux de chariots et de maisons, etc – pour parfaire le nid.

Les poules pondent entre deux et trois œufs tous les deux ans. Le couple partage également la responsabilité de s’occuper des jeunes une fois qu’ils éclosent. Quand les petits ont environ trois mois, le matard les jette hors de la tour, soit pour les précipiter dans le vide, soit pour voler et vivre. Une fois envolés, ils n’ont plus aucun contact avec leurs parents.

Les saqu se battent rarement entre eux. Au contraire, lorsque une menace grave s’installent sur son territoire, les saqu se regroupent en nuée pour chasser ou tuer les envahisseurs. Les mâles et les femelles se joignent à ces nuées, employant la force et le nombre pour vaincre la menace. Une fois le danger éliminé, les survivants reforment leurs couples.

Combat

Les saqu poussent un cri effrayant sur leurs cibles alors qu’ils plongent rapidement depuis le ciel. Ils emploient leur taille et leur vitesse pour rapidement épingler leur proie au sol, puis attaquent avec leurs serres et leur bec. S’il est pressé, un saqu va tenter d’attraper une proie et de le transporter dans les airs afin de le faire précipiter au sol.

Un saqu sans compagnon est susceptible de se battre jusqu’à la mort, mais un saqu en couple ou avec des petits fuira s’il est gravement blessé.

Connaissance

Un personnage peut jouer un jet de compétence INT + Connaissance (zoologie extraordinaire) pour déterminer ce qu’il sait de la créature. Il prend connaissance de toutes les informations à concurrence du résultat du jet. Plus le résultat est élevé, plus il apprend.

8 : Le saqu est un gigantesque oiseau de proie. Un adulte mature mesure 4,572 mètres de haut et a une envergure de plus de 9,144 mètres. Le dessus du corps d’un saqu est recouvert d’un plumage gris foncé, mais les ventrales sont bruns-roux. Sa tête est ornée d’une grappe de plumes se dressant sur le bord lorsque la créature attaque.

10 : Les saqu sont très forts et résistants, et leur vision fine leur permet de repérer leurs proies à 8,04672 kilomètres de distances. Ils épinglent la proie au sol avec leurs griffes vicieuses et les déchiquettent en morceaux avec leurs énormes becs. Les saqu transportent parfois leurs proies dans les airs et les précipitent vers leurs morts.

12 : Les saqu s’accouplent pour la vie. Si l’un des deux meurt, le survivant s’accouple à nouveau. Ils défendent férocement leur nid et protègent leurs petits avec la même vigueur.

14 : Les saqu sont attirés par les objets brillants et sont connus pour emporter des boucliers et des épées polies et des voyageurs parés de pierres précieuses plus que de bon sens.

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Background – Histoire des Royaumes d’Acier / Re : Ombre Corrompue
« le: 03 septembre 2020 à 18:34:21 »
Texte en entier.

Bonne lecture  :)

P.S. toujours un dragon pas loin  ::)

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Background – Histoire des Royaumes d’Acier / Ombre Corrompue
« le: 30 août 2020 à 22:56:35 »
OMBRE CORROMPUE

Le haut crémateur résistait à l’envie de jurer. Les vents violents du col de la haute montagne sifflaient à travers les évents des lances de ses hommes. Les vents résonnaient dans les chambres creuses des armes et sa phalange maintenant sonnait comme un choeur d’âmes damnées. Le Haut Crémateur Zahari grinça des dents contre les blasphèmes qui perlait à ses lèvres à la pensée de l’attention qu’un tel vacarme attirerait sûrement sur son détachement, déjà dangereusement exposé sue l’étroit et verglacé chemin de la corniche.

Zahari ordonna sans hésitation à son subordonné, « Précepteur, double-temps ! » L’ordre fut répété, et il entendit les hommes entamer immédiatement une marche plus rapide. Le vent ayant balayé tout chance d’approche silencieuses, Zahari se mit à chanter un hymne-cadence qui fut immédiatement repris par les soldats. Le haut crémateur s’écarta un moment pour observer les progrès de tout le détachement. Les phalanges de Gardien de la Flamme se déplaçaient dans un ordre précis ; entre eux se trouvaient de petits groupes de prêtres-combattants et d’autres éléments de soutien. Il regarda un nuage de fumée apparaître au coin du col, s’échappant de la fournaise de l’armure de warcaster du Testament. Immédiatement derrière l’imposante silhouette se cachaient les formes encore plus imposantes de ses warjacks personnels. Même les vents violents des montagnes n’avait pu dissiper le nuage de cendres qui jaillissaient des cheminées des warjacks. Alors que Zahari se déplaçait au rythme de la marche, ses pensées revinrent à la façon dont il était arrivé dans ce misérable et glacial endroit.

La convocation du haut scrutateur était arrivée aux premières lueurs de l’aube. Bien qu’il se permette certains luxes, comme les beaux meubles en bois sombre qui décoraient sa chambre, il se dispensait des préposés dont certains de ses pairs ne pouvaient pas se passer. Il se rendit à la rencontre du Haut Scrutateur Telnus avec ce qu’il considérait comme une hâte digne, assez vite pour éviter de déplaire, mais certainement pas avec la précipitation qui suggérait la peur. Zahari regretta son allure dès son entrée dans la chambre du haut scrutateur. Le prêtre doyen n’était pas seul mais accompagné de la silhouette emblématique du Testament de Menoth. Le corps massif du Testament état rendu encore plus intimidant dans les espaces restreints de la chambre de réception du scrutateur. Même sans son armure de warcaster bénie, sa chaleur et sa fumée, le chef de l’Ordre de la Précession dominait la réunion par la force de sa présence. Le vieux scrutateur, qui normalement attendait l’attention de quiconque dans sa chambre, semblait disparaître dans l’ombre, malgré sa place derrière le bureau central de la pièce.

S’inclinant bas, Zahari se sentait transpirer. En sa qualité de Haut Crémateur, il traitait souvent avec des membres de la Précession, mais leur silence et leur sombre mandant le mettaient toujours mal à l’aise. Le Haut Scrutateur Telnus se racla la gorge. « Haut Scrutateur Zahari. C’est quelque peu irrégulier, mais une affaire urgente a été soulevée. Vous emmènerez quatre phalanges de Gardien de la Flamme de la Tour du Jugement à travers la frontière cygnaréenne sans incident. Vous devez ensuite vous diriger vers le sud-est dans les Montagnes du Mur du Dragon et localiser le site abandonné du Temple Menite Jentian.

Le vieux scrutateur s’arrêta et regarda le Testament. Le warcaster fixa directement Zahari, son visage impassible largement dissimulé par son masque, son expression étouffée aussi profondément que sa voix. Le haut scrutateur poursuivi. « Le Testament indique que le site doit être nettoyé et ensuite interdit à ceux qui le blasphémeraient. Le Conseiller de Guerre Scisson a été informé et des dispositions ont été prises. » Il tendit à Zahari une liasse de papiers. « Ces documents répondront à vos besoins en équipement et fourniront une autorisation suffisante pour détacher les troupes nécessaires à votre commandement. Le Testament voyagera avec vous et pourra prendre le commandement si et quand cela que cela sera jugé nécessaire. Il supervisera notamment le nettoyage du site. Les restes des prêtres de la secte Jentian doivent être traités avec respect et enterrés avec une cérémonie en bonne et due forme une fois que le Testament aura jugé que leurs âmes ont été libérée dans la Cité de l’Homme. Menoth te protège, Haut Crémateur. »

Zahari clignota contre le vent qui hurlait sur son visage, se rappelant la longue pause avant qu’il ne réalise que le Haut Scrateur l’avait renvoyé. En d’autres circonstances, Zahari aurait fait un commentaire sarcastique face à un tel traitement de la part d’un pair, mais la présence du Testament rendait toutes ces questions de rang et de protocole sans importance. Le Haut Crémateur réprima un autre blasphème contre le vent et rédigea une note mentale pour payer en retour le Haut Scrutateur Telnus pour son comportement grossier et ce maudit voyage dans les montagnes.

Le Haut Crémateur plissa les yeux, scrutant la vallée à travers la fente de vision de son casque. Quelque part en bas, il y avait un petit village de charbonniers cygnaréens. La communauté y vivait sans être dérangée depuis des siècles, depuis que les menites jentian avait quitté le temple construit par leur fondateur Jent pour rejoindre le Protectorat naissant. Zahari n’avait aucune envie particulière d’éradiquer les cygnaréens mais était tout à fait disposé à les éliminer s’ils devaient résister. Il espérait qu’ils seraient dociles mais s’attendait à ce que tous ceux qui choisiraient de vivre dans un tel endroit soient des péquenauds prêts à défendre leurs primitives maisons par la violence.

La première phalange quittait le sentier pour atteindre le fond de la vallée lorsque des détonations de fusils brisèrent les rêveries de Zahari. Les Gardiens de la Flamme resserraient déjà les rangs, mais la première salve en avait abattu au moins un rang d’entre eux, y compris le précepteur. De la fumée des armes à feu s’échappa de la lisière des arbres et Zahari vit un groupe de cavalier et de warjacks se diriger vers les Gardiens de la Flamme. Sans hésitation, Zahari s’est rangé derrière les rangs avec la phalange la plus proche de lui, faisant bouger une unité de purificateurs pour qu’elle prenne une position d’appui derrière lui, et donna l’ordre d’avancer à double vitesse. Il savait que même avec des boucliers collés les uns contre les autres, ses hommes auraient peu de chance contre les tirs massifs des cygnaréens en dessous. Ils doivent s’échapper du goulot d’étranglement ou mener une bataille d’usure en étant totalement exposés.

Menant sa phalange vers le bas, plusieurs Gardiens de la Flamme tombèrent à la deuxième volée de tirs des fusiliers, leurs robes blanches disparaissant sur le sol enneigé. Alors qu’ils atteignent le fond de la vallée, il vit que les premiers Gardiens de la Flamme avaient déjà collé leurs boucliers et se préparaient à repousser une charge de chevaliers cygnaréens à cheval. Zahari fut satisfait de voir qu’ils répondaient sans crainte face à la lourde charge de cavalerie, mais avec leur nombre réduit par les tirs de fusils, ils ne pourraient pas survivre à une attaque concertée.

Zahari considéra ses options et cria l’ordre de charger. Les Gardiens de la Flamme en tête se précipitèrent contre les chevaliers venant en sens inverses avec un rugissement qui résonna contre les falaises rocheuses de la vallée. Bien que la plupart de ces Gardiens de la Flamme aient été abatttus, leur brave contre-charge avait contraint l’élan de la cavalerie. La propre phalange de Zahari s’est écrasée contre les chevaliers et les chevaux qui ralentissaient, leurs lances hurlant et crachant la Fureur de Menoth sur les cygnaréens. Ses purificateurs de soutien se déplaçaient au sein de la mêlée tourbillonnante, les flammes enveloppant leurs ennemis, transformant le sol en un mélange gluant de neige fondue, de boue et de sang d’hommes mourants.

En quelques secondes, il était clair qu’ils avaient pris le dessus sur des ennemis surpris de perdre leur avantage. Zahari ordonna à ses hommes de resserrer les rangs et de coller leurs boucliers les uns contre les autres alors qu’ils commençaient à se déplacer entre les arbres. Les cygnaréens se replièrent plus loin parmi la limite des arbres, et le haut crémateur regarda par-dessus son épaule pour voir le Testament venir parmi eux. Les cheveux à l’arrière du cou de Zahari se dresser en présence du silencieux champion de Menoth et sut que la victoire tait à leur portée.

* * *

La lisière des arbres fournissait aussi peu de couverture que le Capitaine Kraye l’avait prévu. La ligne de front des fusiliers était déjà en train de tomber parmi la mince couverture des pins. Il se concentra un moment, ressentant la montée de ses pouvoirs alors qu’il dotait temporairement les fusiliers d’une agilité surnaturelle. Les soldats se retirèrent facilement, car les Gardiens de la Flamme venant en sens inverse devait décoller leurs boucliers pour continuer leur poursuite au milieu de la forêt. Les fusiliers se sont placés en ligne de combat et ont tiré une seule salve sur les Gardiens de la Flamme, maintenant dispersé. Plusieurs sont tombés, mais l’avantage était toujours aux menites. Les brasiers qu’ils avaient allumés avec leurs lances et leurs purificateurs commençaient à lécher les arbres, la fumée obscurcissant leurs mouvements.

Kraye leva sa carabine Radliffe, se stabilisa dans ses étriers et aperçut le Gardien de la Flamme le plus en avant. Il venait de poser le doigt sur la gâchette lorsque la tête disparut dans un nuage de brume rouge. Le warcaster grogna dans un mélange d’irritation de satisfaction à l’égard du tir de précision de son compagnon. Le jeune mage balisticien portait son armure de warcaster avec plus de fanfaronnade que Kraye appréciait, mais il ne pouvait rien trouver à redire sur l’habilité de l’homme.

Kraye poussa son cheval de guerre Malagant vers la gauche, entament sa propre retraite plus loin dans les arbres. « Bon tir, fiston. Maintenant, dégage avant qu’un de ces menites ne transforme ta tête passoire ! » Le visage du compagnon passa d’une satisfaction suffisante face à ses propres compétences à l’inquiétude face à l’avertissement de son warcaster.

« Je pourrais faire quelque chose de ce garçon s’il s’en sort aujourd’hui », marmonna Kraye en se concentrant sur le fonctionnement arcanique des trois warjacks qui l’accompagnaient. Les deux Chasseurs et un seul Cyclone commencèrent à se déplacer à une vitesse surnaturelle, suivant le rythme du warcaster qui se regroupait avec sa force principale. Les menites se frayaient un chemin dans la forêt à une vitesse plus rapidement qu’il ne l’avait prévu, et la fumée commençait à devenir plus problématique qu’il ne l’avait espéré.

Les lances tempêtes attendaient dans la clairière comme il l’avait ordonné. Kraye ralentit Malagant au trot alors qu’il s’approchait d’eux. « Messieurs, vous saurez où vous on aura besoin de vous, mais j’aime m’entendre parler. Capitaine Temms, prenez le flanc gauche et roulez sur les traînards à l’arrière de la colonne Menite. Lieutenant Sethson, vous serez sur moi pendant que nous chargeons leurs principaux éléments dans un angle oblique. Restez à l’écart des couloirs de tir des ‘jacks ; ça va être mouvementé là-bas. »

« Monsieur, nous avons subi des pertes plus lourdes que prévu lors de notre fausse charge », dit le Capitaine Temms, d’une voix ferme mais inquiète. Kraye remarqua que le capitaine saignait lui-même de quelque part sous son casque.

« Je suis désolé d’entendre cela capitaine, mais vos hommes sont-ils suffisants pour mener à bien leur part du plan ? »

« Monsieur, oui, mais si la résistance est plus lourde que prévu, nous ne pourrons pas mener une action d’arrière-garde dédiée. »

Kraye hocha la tête. « C’est parfait Capitaine. Vous ne nous avez pas encore déçus et je ne pense pas que vous le ferez maintenant. Restez à l’écart de leur warcaster et éliminez ces foutus prêtres. Faites votre devoir, Capitaine. »

Temms salua et fit chevaucher ses chevaliers intelligemment vers la gauche, en faisant une longue boucle au galop pour rattraper les menites contre la falaise qu’ils venaient de descendre.

Kraye se retourna et vit que ses hommes suivaient son plan rapidement établit. Cette fausse retraite désordonnée devrait entraîner les menites parmi les terrains accidentés et les arbres plus épais de la vallée où les warjacks et les soldats de Kraye pourraient les frapper tel un marteau contre l’enclume des lances-tempête du Capitaine Temms.

Ce genre de plan improvisé était le pain et le beurre des opérations de reconnaissance cygnaréenne, et Kraye pensait que sa tactique était bonne. L’opération entière était un ensemble d’arrangements ad hoc qui avaient commencé lorsque Kraye avait découvert pour la première fois la piste d’une colonne menite ayant traversé le Fleuve Noir en direction de l’ouest. Il avait chevauché dur pendant deux jours pour les apercevoir dans les contreforts est des Montagnes du Mur du Dragon. Sachant qu’ils ne pouvaient se diriger que vers un seul passage dans cette direction, il décida qu’il en savait suffisamment sur leurs mouvements pour agir, mais aussi qu’il ne pouvait pas le faire seul. Il se tourna vers le sud et se précipita vers Mur-Levant. Là, il avait rédigé un rapport suffisamment court pour devoir répondre plus tard du manque d’informations et réquisitionna tous les rangers, fusiliers, et mékaniciens que la garnison pouvait le permettre. Il y aurait paperasse désagréable concernant la quantité de charbon et d’autres fournitures avec lesquelles il s’était enfui (sans parler des non-combattants pour le travail). Les lances-tempête avaient été une heureuse trouvaille. Deux pelotons du 18ème Chevaliers-Tempête étaient arrivés pour des manœuvres d’entraînement depuis Caspia le matin où la force de frappe de Kraye se préparait à partir. En entendant la situation, le Capitaine Temms avait insisté pour accompagner Kraye de sa propre initiative.

Kraye avait mené une marche forcée trois jours durant vers l’ouest puis de deux jours vers le nord à travers le Mur du Dragon. Il n’avait aucune idée de la raison pour laquelle le Protectorat devait envoyer une interdiction dirigée par un warcaster au coeur du Cygnar, mais il était sûrement nécessaire d’interrompre leur tâche. Il ne pouvait espérer que sa prédiction concernant la route des menites était correcte.

Il avait poussé un soupir de soulagement le soir du sixième jour hors de Mur-Levant lorsqu’il vit les menites descendre dans la vallée qu’il avait supposée – et espérée – qu’ils choisiraient. Les hommes n’avaient pas ronchonné, bien que ce fût leur sixième nuit sans feu et avec des rations froides, mais le warcaster savait que c’était un mélange de stoïcisme et de peur pour la bataille à venir. Même avec l’avantage de l’embuscade, il s’attendait à un combat acharné. Il avait deviné que les troupes du Protectorat étaient deux fois plus nombreuses que les siennes. Pire encore, il y avait un warcaster parmi eux, ce qui signifie que Kraye ne pouvait espérer que sa seule présence l’emporte.

Il pouvait voir que les lignes de front de ses rangers et de ses fusiliers se repliaient, ne s’arrêtant que pour déclencher des volées intermittentes et attirer les menites plus profondément dans les bois. Alors que les soldats du Protectorat atteignaient l’extrémité d’une grande clairière enneigée, Kraye leva son sabre mékanique. Espérant que le peloton du Capitaine Temms avait eu assez de temps, Kraye abaissa son sabre et cria « Chargez ! » Ses Chasseurs tirèrent en réponse, leurs massifs obus perçant la carapace d’un warjacks lourd orné de menofixes complexes. Le ‘jack chancela juste au moment où les lances-tempête de têtes l’atteignirent, leurs armes y déchargeant de l’électricité crépitante, le faisant exploser dans une pluie d’éclats et d’engrenages.

Kraye commença à manœuvrer son cheval au coeur des combats, sachant qu’il devait s’en prendre au meneur warcaster menite. Il sentait ses warjacks suivre le rythme, s’arrêtant uniquement pour tirer dans les rangs ennemis, lui ouvrant la voie vers les fournaises fumantes du groupe de bataille du Protectorat. Kraye plissait les yeux à travers la fumée de la forêt désormais flamboyante. Les menites avaient été minutieux, laissant une grande partie de leur chemin en feu et ne semblaient pas gênés par celui-ci.

Alors même que Kraye visait l’imposante silhouette masquée qu’il savait être sa proie, il se demandait comment sa fragile embuscade pouvait espérer réussir face à un ennemi prêt à raser tout ce qui se trouvait derrière eux.

* * *

Les éclaboussures de sang sur la pierre irritait Saeryn. L’air, ici, était suffisamment lourd de présages et d’augures sans l’ajout d’un autre sceau à lire. Pourtant, déchiffrer les symboles présents contenus dans ce signe inconnu serait une agréable distraction des cris des humains mourants alors que ses rejetons se reconstituaient sur la chair des morts et des mourants.

Saeryn secoua la tête, vidant ses pensées et ses sens des subtiles corruptions qui s’étaient abattues sur cette vallée. Ses proies avaient volé bas ici, s’arrêtant peut-être même sur un sommet voisin avant de continuer son chemin, et les énergies qu’elles laissaient sur leur chemin était toujours agitée, invisibles pour la plupart. Elle fixa la longue série de taches de sang, permettant à son esprit de se détendre et de considérer les motifs. Une telle prédiction n’était pas son fort, mais tout indice de l’avenir qui pouvait être glané était inestimable. Obtenir la victoire dans la bataille à venir serait une chose précaire.

Les significations commencèrent à s’unir dans les sceaux sanglants et malformés, et les yeux de Saeryn se rétrécirent de concentration. Elle se sentit au bord de la compréhension lorsque le villageois qui avait fourni le sang du présage convulsa, aspergeant du sang de la blessure à sa gorge. La nouvelle éructation obscurcit les schémas qu’elle était sur le point d’interpréter.

Saeryn lança par réflexe un Dard Mortel dans le coeur de l’homme, mettant fin à ses souffrances. Elle soupira. Eh bien, la corruption des frères et sœurs de son maître aurait sans doute entravé avec ses tentatives de prophétie. Elle leva les yeux et fit signe à deux voraces de venir se régaler du corps à côté d’elle. Le village dans lequel elle se trouvait était petit et banal, à l’exception des créatures draconiques qui festoyaient des cadavres qui jonchaient maintenant le sol. Elle regarda un groupe de patrouilleurs ramasser les flèches sur les morts avant que les machoires des rejetons draconiques n’endommagent les précieuses munitions.

Les provisions étaient rares mais leur objectif était presque atteint. Saeryn ne doutait pas que la piste du dragon menait plus au sud le long du Mur du Dragon. Il ne restait plus qu’à mener sa force à quelques kilomètres de ce col pour confirmer la destination de la fragile piste de la corruption, visible uniquement à ses yeux particulièrement doués. Mais il y avait de nombreux ennemis à éviter et la confrontation était inévitable. Sa petite force de rejetons, de nyss, et plusieurs ogrun n’avaient presque plus de rations. Si les rejetons s’affaiblissaient, elle devrait envisager de les nourrir avec les cadavres de ses troupes – une stratégie malheureuse mais pas inacceptable. Pourtant, il vaudrait mieux trouver des victimes plus appropriées. Elle jeta un coup d’oeil à la fumée s’élevant des arbres au fond de la vallée.

Au début, Saeryn avait été consternée de trouver deux forces humaines au milieu de son chemin. Maintenant, elle y voyait une opportunité. Absorbés par leurs propres agendas et batailles, leur chair pourrait fournir la nourriture dont ses bêtes auraient besoin pour le long voyage de retour vers le nord. Saeryn regarda l’épéiste nyss, Jessyr, qui lui servait d’adjudant dans cette mission, lui tournant le dos, il surveillait ses subordonnés pendant qu’ils traînaient des cadavres hors des maisons pour mieux nourrir les rejetons. Sentant ses yeux sur lui, il se leva et se retourna.

Les mains de Saeryn s’agitèrent dans une série de gestes rapides, indiquant qu’il devait rassembler leurs troupes et se préparer au combat. Les rejetons pourraient se nourrir plus tard, car pour l’instant, il serait préférable d’attaquer les humains au milieu de leur combat. Jessyr hocha la tête et se tourna pour exécuter ses ordres.

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18
Texte en entier.
Bonne lecture  :)

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Question à la communauté.

Troyes n'est pas "trop" loin de mon adresse actuelle. Cela intéresserait des personnes que je passe en soirée et que l'on discute du background des IK.
Mode questions / réponses.

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5ème morceau

La suite ! La suite ! La suite !... ;D
Que ton voeux soit exhaussé Titi.

Dernier morceau demain

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Morceaux 3 et 4

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C'est étonnant de ne pas avoir plus de nouvelles...

J'ai hâte.

Le stryker Archon déchire en vrai.

Ceci devrait pouvoir répondre à ta questio
https://home.privateerpress.com/2020/08/20/summer-rampage-the-battle-of-henge-hold-concludes-soon/

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Grigor Orlov arracha sa hache du cadavre du guerrier nyss à ses pieds. L’adversaire s’était montré plus coriace qu’il ne l’avait prévu, résistant au tir du bouclier canon de son Vanguard avant de se jeter au corps à corps avec son épée. Il avait été forcé de s’occuper de la créature avec sa hache runique. L’autre nyss de la clairière avait disparu dans al forêt morte, et Grigor n’avait pas pris la peine d’envoyer un membre de sa Garde des Glaces à sa poursuite.

Devant l’immense tumulus, ses alliés se tenaient au-dessus des cadavres mutilés de deux humains – des marins, à leur apparence, un peu comme ceux qu’il avait vus à bord des navires corsaires opérant à partir de Cinq-Doigts et d’autres ports peu recommandables. Les haches des trollkin s’étaient rapidement occupées des pirates, mais un guerrier trollkin avait également été tué. Grigor supposait qu’une balle de pistolet dans le cerveau était une blessure dont même l’incroyable résistance du trollkin ne pouvait se remettre.

« Reconnaissez-vous ces hommes ? » Demanda une trollkin, se détachant des autres guerriers et approchant de Grigor. C’était Janissa Stonetide, une façonneuse de runes trollkin réputée. Elle était grande et bien formée, avec la peau pâle d’un chaman ou d’un sorcier de son espèce. Elle portait une jupe robuste faite de pierres gravées de runes par-dessus de la maille. Sa seule arme était une immense pioche de guerre, sa tête d’acier gravées de runes supplémentaires.

« Celui-là a la marque de Thamar sur son bras. » Grigor désigna l’un des humains morts avec un grand tatouage en forme de trois flèches. « Je pense qu’ils dépendent de Fiona la Noire. »

« Alors ce que la vieille a dit est vrai », dit Janissa. « Ils cherchent Harrowdim. »

« C’est ce qu’il semblerait », dit-il. « Mais qu’en est-il de cette créature bizarre ? » Il fit un signe au nyss mort à ses pieds.

« Nyss corrompu par un dragon » répondit Janissa. « Mon peuple a combattu ces abominations dans le nord. C’est étrange, cependant, d’en voir si loin dans le sud, et encore plus étrange qu’ils œuvrent avec ces pirates. Je n’ai jamais entendu dire qu’ils s’alliaient avec qui que ce soit. »

En tant que seigneur koldun, Grigor possédait une connaissance approximative des nyss déformés, bien qu’il n’en ait jamais vu auparavant. Il savait que leurs chefs étaient de puissants sorciers qui pourraient être intéressés par un artefact orgoth.

« Deux hommes et deux nyss, qui montent la garde », dit-il. « Les autres doivent être en bas. »

Janissa hocha la tête. « Probablement. »

Grigor regarda autour de la clairière. Elle se dressait tel une immense cicatrice au milieu de la grande forêt, un espace de terre aride de 200 verges de diamètres. Le tumulus orgoth se tenait au milieu de la clairière, entouré de six piliers incrustés de runes. « Ces colonnes », demanda-t-il, « quel est leur but ? »

« Mon peuple les a placés ici il y a des siècles pour contenir le mal s’y trouvant », répondit Janissa. « Mais leur pouvoir s’estompe. »

« Pouvez-vous le restaurer ? » Demanda Grigor. Zevana Agha lui avait demandé d’aider Janissa, même si elle ne lui avait pas dit pourquoi. La compétence de la chamane trollkin à créer et réparer les protections runiques de son peuple pourrait être une des raisons.

« Je peux, mais nous devons éliminer les humains et les nyss ci-dessous », dit-elle. « Nous ne pouvons pas leur permettre de libérer le mal dans cette tombe. »

« Assez diabolique pour inciter la Vieille Sorcière à agir est certainement digne de crainte ou de respect », dit Grigor. « Le fait qu’elle vous ait impliqué, vous et votre peuple, en dit long. »

Janissa se renfrogna. « Nous ne devons rien à la vieille. Nous avons écouté ses paroles parce que mon peuple comprend ce mal mieux que quiconque », dit-elle, sa voix teintée de colère.

En vérité, Grigor ne savait pas pourquoi la Vieille Sorcière avait choisi de contenir le mal dans la tombe orgoth plutôt que le revendiquer. Il avait servi le Kommandeur Koldun Zerkova pendant plus d’une décennie, pillant des tombes pas différentes de celle-ci, à la recherche d’artefacts orgoth. L’Alliance des Seigneurs Gris s’était emparé de centaines d’objets dangereux, exploitant leur pouvoir pour servir la Mère Patrie. En quoi celle-ci était-elle différente.

« Très bien », répondit Grigor. « Mais la raison pour laquelle je suis ici est que votre peuple n’a pas réussi à garder cet endroit secret et sécurisé. » Il désigna l’énorme dalle de granit située à côté de l’entrée du tumulus. Il était évident qu’elle avait déjà scellé le tombeau.

Le regard renfrogné de Janissa s’est accru. « Je n’ai pas envie de discuter avec vous, humain. Vous ne comprenez peut-être pas la menace que représentent les horreurs de cette tombe, mais souvenez-vous ce que la vieille a dit. »

La Vieille Sorcière avait quitté leur compagnie peu de temps après avoir quitté le village des trollkin. Avant de disparaître dans les Landes Noueuses, cependant, elle avait pris à part Grigor et Janissa et avait chuchoté instamment : « Les vards faits pour contenir les morts ne sont pas des obstacles pour les vivants. »

« Je me souviens », dit Grigor. « L’avertissement de la Vieille Sorcière suggère que nous devons stopper ceux qui voudraient piller cette tombe. Œuvrons dans ce sens. »

« Je suis d’accord », dit Janissa, qui se retourna pour rejoindre les six guerriers trollkin se tenant près de l’ouverture du tumulus. Grigor accrocha sa hache runique à sa ceinture puis rassembla ses propres hommes, huit membres de la Garde des Glaces triés sur le volet pour leur bravoure et leur loyauté. Il aurait préféré un détachement de vagabonds maudits, mais ils étaient trop loin en territoire cygnaréen pour risquer d’utiliser des actifs aussi imprévisibles. Au lieu de cela, le kommandeur Koldun lui avait confié la charge de l’un des warjacks Vanguard remis à neuf qu’elle avait revendiqué durant la conquête du Llael. Il savait qu’avec le warjack, il pouvait faire face à toutes les menaces que les trollkin et la Garde des Glaces ne pouvaient affronter. Heureusement, l’entrée du tumulus et le tunnel en dessous semblaient assez grands pour accueillir l’imposante machine.

« Le Vanguard et moi passerons en premier », dit Grigor à Janissa lorsqu’il rejoignit ses hommes devant l’ouverture. « Nous devrions être capables de repousser une embuscade – ou de mener une retraite protégée, si nécessaire. »

« D’accord », dit Janissa, en prenant une torche à l’un de ses guerriers. La Garde des Glaces de Grigor distribuait également des torches entre eux. Il ne prit pas de torche ; sa hache runique émettait un doux rayonnement bleu suffisamment brillant pour révéler le chemin.

« Viens », dit Grigor au Vanguard à ses côtés. Il n’avait la capacité de sorcellerie à se lier au cortex d’un warjack, mais il avait été entraîné à commander les imposantes machines en employant des ordres verbaux et des gestes. Le Vanguard répondit immédiatement, baissant son bras droit de sorte que son énorme arme d’hast soit tenu parallèlement au sol ; il le suivit ensuite dans l’inconnu.

* * *

Janissa s’accroupit en descendant le passage de pierre incliné, essayant de garder hors de l’énorme épais nuage noir qui s’échappant de la cheminée du warjack. Ils se déplaçaient ni rapidement, ni furtivement ; étant donné qu’ils n’étaient pas les premiers à s’immiscer, ils savaient que les gardiens du tombeau devaient déjà être réveillés.

Les murs du tunnel étaient composés de pierre du sol au plafond, et elle remarqua des runes trollkin gravées en divers endroits. Plutôt que de servir de protections eux-mêmes, ces symboles s’accordaient avec les glyphes inscrits sur les piliers ci-dessus pour renforcer la magie et l’attirer plus loin dans la tombe. Entretenir les runes était une responsabilité confiée à un puissant façonneur de runes à chaque génération. Janissa avait récemment reçu l’honneur de ce devoir – ainsi que la sinistre connaissance des raisons pour lesquelles les protections étaient nécessaires.

La légende d’Harrowdim était connue depuis longtemps par son clan. Les orgoth avaient apporté l’épée sur ces rives il y a près de mille ans, et elle et son porteur avaient semé la destruction à foison dans l’Immoren occidental. Harrowdim n’était simplement pas une lame enchantée. Elle aurait permis à son porteur de tromper la mort et de se relever après l’inhumation. Nul doute que le seigneur orgoth qui l’avait détenu attendait-il en bas, attendant son heure pour être libéré et reprendre sa campagne d’asservissement et de conquête. Les orgoth avaient enterré leur chef avec son épée après qu’il fut tombé au combat, mais son peuple avait bâti les protections qui le piégeaient là après avoir appris qu’il se relèverait. Malheureusement, les protections n’éloignaient pas les hommes stupides en quêtes de richesses et de la puissante magie orgoth.

Heureusement, Janissa n’était pas la seule à se méfier du mal contenu ci-dessous. Quand la Vieille Sorcière était apparue soudainement dans son village avec Grigor et ses hommes, elle avait pensé qu’ils avaient l’intention d’attaquer. La vieille femme, cependant, avait simplement souhaité lui parler, bien que Grigor ait fait la majeure partie de la conversation.

Il lui avait dit que Fiona la Noire cherchait ce qui reposait dans la tombe et avait envoyé un de ses plus puissants subalternes thamarites pour voir la tâche accomplie.

Janissa doutait qu’elle aurait pris Grigor au mot si la Vieille Sorcière n’avait pas été présente. Son ordre était connu pour fondre comme des vautours sur les ruines orgoth, s’emparant de tout ce qu’ils pouvaient trouver pour être employé comme arme. Une telle pensée était une folie, comme elle et son peuple le savaient depuis longtemps : rien de ce que les orgoth avent laissé derrière eux n’était sans souillure.

Ramenant son attention sur le passage. Janissa vit qu’il s’ouvrait dans un vaste espace éclairé par une étrange lumière jaune projetée par un foyer central. Alors qu’elle et le reste de ses trollkin se déplaçaient dans l’espace, elle vit qu’ils n’étaient pas seuls.

À l’extrémité nord de la chambre, au-delà du foyer, une grande figure vêtue d’une armure orgoth se prélassait sur un trône sculpté dans de la pierre noire reposant sur une estrade surélevée. Devant lui se tenait un groupe de nyss corrompus, armurés de cuir bouilli et armés d’épées courtes et d’arcs recourbés. En face d’eux se trouvait un groupe d’humain non armuré, armés de pistolets de gros calibre et de diverses armes de poing. Au bruit des nouveaux arrivants, les plus proches se tournèrent et relevèrent leurs armes avec méfiance.

Janissa scruta les deux groupes pour repérer leurs chefs respectifs. Ce ne fut pas difficile. Une grande femme nyss avec un bâton à lames se tenait parmi les siens, qui l’entourait de manière protectrice. Les chiens de mer de Fiona semblaient tous similaires à ses yeux, mais l’un des humains n’était vêtu que de noir et portait la marque de Thamar visible sur sa personne, une démonstration impudente de ce qui devait être le prêtre de Fiona.

« Voici arrivé le moyen par lequel vous vous montrez digne », dit le guerrier sur le trône, sa voix perçante de baryton retentissant sur les murs de la chambre en pierre. Il pointa une massive épée dans leur direction, dont la lame brillait d’un vert virulent. L’orgoth était d’une stature incroyable et semblait physiquement égal au plus grand trollkin du groupe de Janissa. Son armure était ornée de visages démoniaques et aux regards méchants qui ajoutaient une qualité bestiale à son apparence déjà imposante. Encadré par son casque à cornes, son visage était assez humain, ses traits belliqueux et quelque peu prédateurs. Ses yeux, cependant, étaient résolument inhumains – des orbes complètement noire qui scintillaient avec voracité à la lumière du feu. Janissa n’avait jamais vu Harrowdim en personne, mais il ne faisait guère de doute dans son esprit que l’épée dans la main droite de l’orgoth était l’infâme arme.

Elle sentit la tension croître dans la salle et se tourne vers Grigor pour l’avertir.

Ses paroles, cependant, furent totalement noyées par le boom fracassant du canon bouclier du Vanguard suivi du tonnerre saccadé des tromblons de la Garde des Glaces. La volée frappa les chiens de mer, et près de la moitié d’entre eux tombèrent avant l’assaut.

Le chaos éclata dans la chambre. Les chiens de mer survivant se dispersèrent, vidant leurs pistolets en courant. Les nyss corrompus emboîtèrent le pas, reculant vers le bord extérieur de la chambre. Ils tenaient leurs arcs en main mais n’avaient pas encore décoché.

« Tuez-les tous ! » Cria Grigor en lavant sa hache runique. Les balles de pistolets sonnèrent sur la coque du Vanguard, mais ne firent que peu de dégâts. La Garde des Glaces s’entassa derrière le warjack et se dépêcha de recharger leurs tromblons.

Une flèche nyss siffla par-dessus la tête de Janissa. Les nyss et leur cheffe se déplaçaient autour du périmètre de la chambre, tirant à l’arc à l’arrivée.

« Boucliers levés, les gars ! » Cria Janissa en s’emparant de sa pique, Fendeuse Tellurique, à sa ceinture. Les guerriers des kriels répondirent immédiatement en formant un bloc compact qui la maintenait en son centre. Les flèches commèrent cliqueter sur les boucliers trollkin alors que les guerriers avançaient.

Janissa jeta un rapide coup d’œil à Grigor pour voir que lui et ses hommes avaient également commencé à avancer. Les tirs de fusils et de canon couvrirent à nouveau tous les autres bruits dans la chambre, alors que la Garde des Glaces et le Vanguard tiraient à nouveau sur les chiens de mer.

Les nyss n’avaient pas abandonné leurs arcs, alors même que Janissa et les guerriers des kriels avançaient. En fait, ils reculaient et se dirigeaient vers la gauche, comme s’ils essayaient de contourner les trollkin. L’attention de leur chef semblait fixée sur quelque chose d’autre que la bataille. Alors que ses partisans la couvraient en envoyant des flèches sur le flanc de la Garde des Glaces le plus proche, elle se précipita vers l’un des squelettes sur le sol proche du trône et attrapa un livre. Le livre et le squelette semblaient tous deux entourés d’une fine couche de givre durci, mais elle le libéra et sourit. Faisant un signe de tête à ses subordonnés, la femelle nyss pointa vers l’entrée. Puis son regard croisa celui de Janissa ; elle leva son bâton et les archers cessèrent de tirer.

Janissa posa une main sur le trollkin devant elle. « Attends », dit-elle. Les trollkin s’arrêtèrent, bien qu’ils tiennent toujours leurs boucliers haut. Janissa fixa la cheffe nyss et plaça sa pique sur son épaule. Elle espérait que tenir l’arme dans une position neutre transmettrait le message qu’elle voulait : je n’essaierai pas de vous tuer si vous nous rendez la pareille. Il semblait que celle-ci n’était impliquée que de manière accessoire dans la menace de réveiller le mal présent ici.

La femelle nyss hocha la tête et baissa son bâton ; de même, les guerriers nyss baissèrent aussi leurs arcs puis se dirigèrent vers le passage menant à la surface.

« Laissez-les partir, les gars », dit Janissa. « Nous avons des préoccupations plus immédiates. » Elle se retourna pour voir que la plupart des chiens de mer avaient été abattus par la Garde des Glaces ou démembrés par l’arme d’hast du Vanguard. En raison de l’attaque rapide de son groupe, un seul soldat khadoréen avait succombé aux pistolets des chiens de mer, bien que plusieurs autres aient été blessés superficiellement.

Janisssa et ses trollkin se rapprochèrent du trône tandis que Grigor et le thamarite se battaient, les armes à la main.

Une seule bataille avait lieu devant le trône orgoth. La hache runique de Grigor brillait d’une lumière bleue éclatante ; et le poing droit du thamarite crépitait d’une flamme ébène alors qu’ils décrivaient de cercle avec un empressement méfiant. Le prêtre lança soudainement une explosion de flamme noire sur Grigor, mais le Vanguard se déplaça rapidement pour intercepter la flamme brûlante. La chaleur infernale lécha avidement le bouclier du warjack, faisant fondre partiellement l’alliage en acier. C’était tout ce dont Grigor avait besoin pour débuter. Il chargea en avant en contournant le Vanguard, attaquant le prêtre. Le thamarite recula désespérément et Janissa l’entendit marmonner frénétiquement un effroyable enchantement. Malheureusement pour lui, la noire prière mourut inachevée sur ses lèvres. Grigor venait d’abattre sa hache d’un puissant coup et fendit le crâne du prêtre jusqu’aux dents dans un jet de sang et de matière cérébrale. L’homme s’effondra au sol, arrachant la hache de Grigor de sa prise.

Grigor posa une botte sur la poitrine du thamarite mort, se pencha et arracha sa hache du cadavre. Il se releva alors et se tourna vers le guerrier orgoth sur le trône.

« Je sens le pouvoir en toi », dit le guerrier en pointant Harrowdim vers Grigor. « Et toi. » Il déplaça l’épée vers Janissa. « Lequel d’entre vous est le plus digne ? Lequel d’entre vous a la force de manier Harrowdim. »

Janissa ignora l’orgoth et traversa le court espace entre elle et Grigor. Remarquant ses yeux fixés sur la grande lame nue, elle sentit les premières vrilles de terreur se frayer un chemin dans ses entrailles. « Grigor », dit-elle. « Nous devons partir. »

Le khadoréen détourna ses yeux d’Harrowdim pour regarder Janissa. « Non, je ne pense pas être prêt à partir pour l’instant », dit-il d’une voix plate et creuse. Alors que son regard vacillait entre elle et le guerrier orgoth, Grigor posa une main sur la poignée de sa hache runique et dit : « Tu devrais rejoindre ta parenté. »

« Ne soyez pas idiot », murmura-t-elle.

« Éloignez-vous de moi, Janissa », dit Grigor d’un ton brusque. « Maintenant. »

Le ton mordant du khadoréen poussa certains de ses hommes à pointer leurs fusils dans sa direction ; en réponse, ses guerriers des kriels s’avancèrent derrière elle. Elle lava une main pour les arrêter. « Ne faites pas ça, Grigor », dit-elle en reculant vers les siens. « Nous pouvons encore partir et achever notre tâche. »

Grigor ignora son appel et s’avança vers le trône. « Comment puis-je prouver que je suis digne ? » Demanda-t-il.

Le guerrier orgoth sourit. « Ah, un homme avec de la pierre et du feu dans son coeur », dit-il. « Si vous souhaitez revendiquer la lame, vous devez être le seul digne suppliant devant ce trône. » Le guerrier regarda Janissa. « Actuellement, il y en une autre. »

Grigor se tourna vers la façonneuse de rune, ses yeux, des yeux gris silex dépourvu de raison ou de compassion. Connaissant le combat ; Janissa sentait monter crescendo la tension toujours prélude à la violence.

« Tuez-les », ordonna Grigor, et les fusils des Gardes des Glaces pivotèrent à l’unisson pour viser Janissa et ses guerriers. S’attendant à cela, Janissa pu faire appel aux dons de Dhunia avant que les doigts des humains ne puissent se crisper sur leur gâchette. En projetant sa volonté s’enfoncer dans la pierre à ses pieds, elle ordonna aux os de Dhunia d’obéir à ses ordres. La pierre se déforma et une marée de terre et de gravats s’éleva devant elle telle un mur imperméable. Les tromblons furent déchargés l’instant d’après, leurs munitions en plomb s’écrasant inoffensivement contre le mur de pierre.

Le sort était éprouvant, et Janissa laissa le mur s’effondrer dès que le danger immédiat fut passé. Mais celui lui avait offert un avantage : les humains n’auraient pas le temps de recharger leurs armes avant d’être forcé d’affronter ses guerriers des kriels au corps à corps.

Janissa agrippa Fendeuse Tellurique et chargea en avant. N’ayant plus besoin d’encouragement, ses guerriers des kriels la suivirent avec un chœur de cris de guerre féroce. Alors que sa parenté se dirigeait vers la Garde des Glaces, Janissa choisit une autre cible, se dirigeant tout droit vers Grigor et la forme métallique de son Vanguard.

Elle était à la fois forte en magie et en art de la guerre, mais aucun trollkin sans la puissance de Borka Pourfendeur de Fût ou de Madrak Cuirdefer ne pouvait espérer battre un koldun et un warjack en combat singulier. Ce n’était pas son but ; elle avait simplement besoin de tenir Grigor occupé pendant que ses guerriers des kriels s’occupaient de la Garde des Glaces.

Grigor la vit venir et aboya un ordre au warjack. Le Vanguard se retourna vers elle, pointant son canon court dans sa direction. Une fois de plus, elle invoqua le pouvoir de la terre et de la pierre pour la défendre. Le sol de pierre trembla devant alors qu’elle tendait une main, ressentant la magie qu’elle avait libérée comme une chose tangible. Fermant son poing, elle arracha un énorme morceau de pierre du sol puis lança sa main vers Grigor et son warjack, propulsant le rocher vers l’avant.

Grigor plongea de côté alors que la masse de terre et de roche s’écrasait sur le Vanguard avec un énorme fracas de pierre fendue et de métal tordu. Le warjack fut projeté au sol par l’impact. Bien que son bouclier ait encaissé le plus gros du choc, Janissa pu constater que son pavois était endommagé. Maintenant, presque au-dessus de la machine, elle sauta par-dessus le bouclier du Vanguard et enfoncer Fendeuse Tellurique d’un coup formidable. Le bec en acier affûté de l’arme perça le châssis du Vanguard juste au-dessus de sa tête, pénétrant l’ingénierie délicate alimentant le monstre. Une pluie d’étincelles explosa autour de l’arme de Janissa, suivie d’un liquide noir et visqueux. Le warjack frissonna et elle fut certaine d’avoir touché quelque chose de vital pour son fonctionnement.

Janissa dégagea sa pique et sauta du châssis du warjack à la recherche de Grigor. Il se tenait à une douzaine de pas, la hache runique à la main, du sang coulant sur son visage à cause d’une entaille sur son front. Elle se prépara à invoquer un autre marteau de pierre. Grigor vit ce qu’elle faisait et leva son poing en l’air. « Lève-toi ! », cria-t-il. Elle ne comprit l’ordre avant d’entendre le grincement du métal derrière elle. Janissa se retourna pour voir que le Vanguard s’était relevé et envoyait vers elle la grande lame en croissant de sa hallebarde vers elle. Elle ramena Fendeuse Tellurique dans une tentative désespérée de parer le coup. L’arme du warjack s’écrasa sur sa pique, l’arrachant presque à sa prise et envoya une poussée de douleur dans son bras alors que les os de son poignet se brisaient comme des brindilles sous l’avalanche.

Gigor choisit ce moment pour attaquer, en franchissant la distance qui les sépare avec une vitesse surprenante. Se retournant pour contrer sa charge, elle fut forcée de passer Fendeuse Tellurique dans sa main gauche. Alors que la hache couverte de runes de Grigor s’écrasait, elle sut qu’elle ne pourrait pas la dévier complètement.

La trollkin fit tomber sa pique pour attraper la hache de Grigor, mais il faut plus rapide, et la lame d’acier se précipita sous sa garde et mordit dans la jupe de pierres runiques suspendues à sa ceinture. Une poignée de pierre se brisa, et la hache pénétra dans la maille qu’elle portait en dessous, entaillant la chair de sa cuisse gauche.

Janissa cria d’agonie et battit en retraite, arrachant la hache de son corps au passage. Grigor se précipita à nouveau vers l’avant et l’attaqua avec une lourde botte, balayant ses pieds. Janissa s’écrasa au sol et l’air de ses poumons fur expulsé sous le brutal choc. Elle roula et essaya de ramper, mais ne réussit pas à aller bien loin.

« Abandonne ! » cria Girgor à Janissa, et elle sentit la mortelle pointe de l’hallebarde du Vanguard au bas de son dos. Elle voulut hurler son mépris, mais elle ne pouvait inspirer suffisamment d’air dans ses poumons pour crier.

Les bruits de lutte dans la pièce commencèrent à s’estomper, Janissa supposa que ses guerriers des kriels avaient rompu leur mêlée avec la Garde des Glaces de peur qu’elle ne soit tuée. Sentant la pression de l’arme du Vanguard s’éloigner de son dos, Janissa se retourna, ignorant la fulgurante douleur dans son bras gauche et sa cuisse. Le sol de pierre sous elle était recouvert de sang et elle espéra que sa robustesse naturelle arrêterait le saignement avant qu’elle ne perde conscience.

Elle vit que Grigor s’était détourné d’elle pour se tenir devant le trône. Le guerrier orgoth tenait Harrowdim entre ses bras, sa poignée faisant saillie sur ses canons d’avant-bras. L’horreur la parcourue lorsqu’elle réalisa ce qui allait se passer.

« Je suis victorieux », déclara Grigor. « Donne-moi la lame. »

L’orgoth s’avança. « Alors, tu l’es », dit-il, son visage un masque de joie prédatrice. « Et ainsi je le ferai. » La poignée de l’épée n’était plus qu’à quelques pouces du visage du khadoréen.

« Grigor », parvint à croasser Janissa. « Ne faites pas cela. »

Le khadoréen agita la tête pour regarder autour, son visage tordu de rage et d’un désir si puissant qu’il était presque palpable. « L’épée ira à l’Alliance », dit-il. « Nous utiliserons son pouvoir pour apporter la défaite à nos ennemis et la gloire à la patrie. »

« Prenez-la et ces choses seront à toi », dit le guerrier orgoth. « Prenez-la et faites partie de la légende d’Harrowdim. »

« Oui », dit Grigor. Il se lécha les lèvres et laissa sa main planer sur la poignée de la grande lame. « J’ai contraint nombres de ces artefacts à ma volonté ; celui-ci aussi me servira. » Janissa cru entendre un moment d’hésitation dans sa voix, voire de la peur, et elle espéra que celui lui ferait retrouver la raison. Cette lueur d’espoir fut soufflée par le vent du désespoir, alors que la main de Grigor serrait la poignée d’Harrowdim.

« Non, non, non », souffla Janissa en se levant.

La pièce fut soudainement baignée d’une étrange lueur verte alors que les visages se tordant le long de la lame commençaient à exhaler une terrible luminosité. La lumière passa de la lame au corps de Grigor, le baignant d’un vert vénéneux.

Le guerrier orgoth recula et Janissa vit quelque chose à laquelle elle ne s’était attendue. Il s’effondra sur son trône et chuchota quelque chose dans une langue qu’elle ne reconnaissait pas, la lassitude et le désir profond des mots ne faisant aucun doute. Il s’affaissa dans son armure alors que sa chair commençait à fondre devant ses yeux, s’écartant de ses os dans une marée semi-liquide. En quelques secondes, il ne resta plus qu’un tas d’os gluants et une armure antique. L’effroyable force qui avait maintenu le guerrier orgoth en vie durant des siècles l’avait quitté et résidait maintenant en Grigor.

Janissa avait lentement reculé vers les trois guerriers des kriels ayant suvécu au combat avec la Garde des Glaces. Les humains, cependant, demeuraient figés, regardant leur chef en étant de choc. La lueur de la lame d’Harrowdim s’était éteinte. Laissant Grigor apparemment indemne. Le changement était subtil, mais quand Janissa le remarqua, elle eut une terreur malsaine : les yeux de Grigor, autrefois d’un gris acier dur, étaient devenus des orbes scintillants d’onyx noir brillant d’un intellect malin qui n’était pas le sien.

Janissa entendit à nouveau les paroles de la Vieille Sorcière résonner dans son esprit, et leur signification devint soudainement effroyablement clair : les runes trollkin avaient gardé le mal emprisonné parce que l’orgoth avait cessé d’être un être vivant depuis longtemps. À travers à la lame, sa volonté était transmise à un être vivant. Grigor Orlov ne se serait pas soumis à la magie de garde, et le mal qui le possédait serait à nouveau libre dans le monde.

Harrowdim animerait Grigor si Janissa parvenait à terrasser – et à le soumettre au pouvoir des runes. Mais ce n’était pas une option, ; elle n’avait pas la puissance pour une telle tâche. Une unique option demeurait, si elle possédait encore la force de le faire. Atteignant enfin ses guerriers des kriels, elle se pencha sur l’un deux pendant un moment avant de donner l’ordre. « Nous devons partir », dit-elle. « Maintenant ! »

Les trollkin commencèrent à se déplacer en direction du passage vers la surface. Sans lumière, ils devraient se diriger dans le noir par le seul toucher. Janissa se retourna vers Grigor juste avant qu’ils n’entrent dans le couloir et vit que les Gardes des Glaces restants s’étaient regroupés autour de lui, leurs tromblons visant leur ancien chef. Il n’avait pas bougé depuis qu’il avait pris possession de l’épée – peut-être qui lui fallait un certain temps pour que sa volonté soit entièrement engloutie – mais ensuite, comme s’il sentit son regard sur lui, Grigor leva Harrowdim d’une main et la pointa sur elle. Son visage arborait un rictus de plaisir malveillant que la remplit d’une peur des plus terribles.

« Courez ! » Hurla-t-elle après les guerriers des kriels, et ils se précipitèrent sans tenir compte des ténèbres. Une fuite aveugle et effrayante vers la surface s’ensuivit, et bien qu’ils aient parcouru le passage en moins d’une minute, cela sembla prendre beaucoup plus de temps. Janissa continuait de regarder par-dessus son épaule en s’attendant à voir une lumière gangreneuse devenir plus brillante à mesure que la chose dans la tombe les poursuivait avec joie dans le monde d’en haut. Mais elle ne vint jamais. Les trollkin sortirent du tombeau et se dirigèrent vers le soleil radieux et clément de la fin de l’après midi.

Janissa et les guerriers des kriels s’effondrèrent sur la terre grise sans vie entourant le tumulus, à bout de souffle et presque fous de terreur. Mais ce n’était pas fini. Janissa se remit debout et se dirigea vers l’effroyable entrée. Enfonçant Fendeuse Tellurique dans le sol, elle ferma les yeux et laissa sa volonté imprégner la terre sous elle, sentant chaque roche, chaque motte de terre et chaque grain de sable. Elle plongea plus profondément, dans les os de la terre, et là, elle s’empara des énergies primales qui bouillonnaient dans les profondeurs. Janissa puisa sa force dans la puissance qu’elle ressentait dans les colonnes gravées de runes autour d’elle, chacune imprégnée du savoir et de l’habilité de ses prédécesseurs datant de plusieurs siècles.

Cela débuta par une légère secousse, un profond tremblement qui déplaça la terre meuble dans la clairière. Alors que Janissa continuait de déverser sa volonté dans le sol, le tremblement se transforma en un grondement grave qui fit s’entrechoquer les arbres morts comme du petit bois ramassé pour un feu – mais elle ne céda pas, même pas quand le sol devant elle commença à bouger et à se tordre comme des vagues sur une mer de pierre. Finalement, quand ses forces furent presque épuisées, le tumulus orgoth qui avait été si habilement élevé succomba enfin aux puissantes forces qu’elle avait rassemblées contre lui. Le tumulus s’affaissa puis s’effondra, une vague de poussière et de pierre explosa de l’épicentre.

Janissa tomba à genoux, épuisée, et observa la réaction en chaîne qu’elle avait déclenchée. Le sol continuait à se soulever, déracinant les arbres chancelants autour de la clairière et les projetant en l’air pour s’écraser sous une pluie de poussière et de bois pourri. Bien que les piliers runiques autour du tumulus aient été profondément enfouis, les violentes secousses les ont arrachés. Les guerriers des kriels derrière Janissa ont plongèrent au sol et levèrent le bouclier contre la pluie de débris.

Finalement, le tremblement se calma. Une fois la poussière retombée, Janissa vit que le tumulus était presque détruit. Il n’était plus qu’une simple butte, l’ouverture, sur le côté, détruite et entièrement scellée. Elle se leva en tremblant, grimaçant à la douleur de ses blessures, et se dirigea lentement vers le pilier le plus proche. Il gisait sur le côté, fissuré en deux, et quand elle tendit la main pour le toucher, elle ne put sentir le vrombissement familier de la magie des sceaux.
Les paroles de la Vieille Sorcière lui revinrent à l’esprit : Les protections conçues pour contenir les morts ne sont pas des obstacles pour les vivants.

Gigror était-il toujours là-bas, enterré sous des tonnes de terre et de roches, mais maintenu en vie par Harrowdim jusqu’à ce qu’il puisse se frayer un chemin ? Et si l’effondrement n’était pas suffisant pour contenir ce mal ? Janissa regarda à nouveau le pilier détruit devant elle ; de nouvelles runes devraient être sculptées afin de contenir les vivants comme les morts. Elle avait beaucoup de travail à faire.

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24
LANDES NOUEUSES – TOMBE D’UN IMMORTEL

Par Aeryn Rudel

Elyshyvah regarda le soleil de midi et grimaça. Elle s’était rarement aventurée aussi loin au sud, et la chaleur de la fin de printemps était presque intolérable. Devant elle s’étendait un marais qui avait fini par fusionner avec les Landes Noueuses. Ses eaux calmes et saumâtres étaient réchauffées et grouillaient de nuages de moustiques agressifs. Pour une nyss habitué à la glace, au vent et à la neige, le terrain était plus infernal que tout ce qu’elle avait jamais rencontré. Revenant à l’ombre de la lisière de la forêt, elle laissa les branches du chêne noueux la protéger des rayons du soleil.

Derrière Elyshyvah, une douzaine de patrouilleurs nyss s’étaient réfugiés à l’ombre, supportant la chaleur sans se plaindre. Ils, tout comme elle, affichait les bénédictions d’Everblight sur leur chair, mais les leurs étaient bien plus évidentes : des jambes transfigurées leur accordaient un déplacement plus rapide, et des pointes osseuses dépassaient de leurs membres et visages. La corruption d’Elyshyvah était beaucoup plus subtile, avec peu de manifestations au-delà d’un motif de taches violacées qui couraient de la base de son coup au bas de son dos. Comme bergère de bataille, ses dons étaient plus orientés vers ses talents de sorcière et la manipulation des redoutables rejetons draconiques de la Légion.

Le dernier membre du groupe d’Elyshyvah se cachait plus loin en arrière, dans les ombres plus épaisses de la forêt. Le nephilim se tenait silencieux, ses mains griffues serrées autour de la crosse d’une immense arbalète et sa tête sans aveugle se déplaçant lentement d’un côté à l’autre, voyant tout à travers un sens qui n’était pas tout à fait évident.

Le groupe avait voyagé depuis le nord à travers la grande forêt que les humains et les trollkin appelaient l’Olgunholt, en prenant bien soin de passer inaperçue. Les serviteurs d’Everblight avaient de nombreux ennemis si loin au sud, et le petit groupe serait une proie facile pour les bandes bien armées de trollkin et d’humains de la région. Sa petite force, cependant, était assez habile pour entrer et sortit du territoire ennemi rapidement et silencieusement. Sa maîtresse, Vayl, également connue sous le nom de Consul d’Everblight, l’avait choisie elle et ses patrouilleurs pour cette même raison, les chargeant d’infiltrer des zones dangereuses à la recherche d’objets présentant un intérêt particulier pour Vayl – et à travers elle, le dragon Everblight. En raison d’une grande latitude et d’une grande autonomie, liberté qui lui avait permis de récupérer avec succès plusieurs importants artefacts pour sa maîtresse.

Pour mener à bien ses missions, Elyshyvah avait malheureusement souvent du oeuvrer avec ceux qui seraient considérés comme des ennemis dans d’autres circonstances. Tel était le cas actuellement, Vayl avait forgé une alliance avec une sorcière humaine appelée Fiona la Noire, qui connaissait l’emplacement d’un ancien site Orgoth que les deux souhaitaient explorer. Elyshyvah et son groupe de patrouilleurs avaient été dépêchées pour rencontrer l’un des subordonnés de la sorcière humaine. Elyshyvah connaissait peu de choses sur Fiona la Noire, si ce n’est qu’elle adorait la déesse humaine Thamar.

« Elyshyvah », murmura derrière elle une voix profonde et masculine. Elle n’avait pas entendu Ryvar s’approcher, mais elle était soudain très consciente de la proximité du patrouilleur assassin.

Elyshyvah se tourna pour lui faire face, plantant la crosse de son bâton de combat dans le sol devant elle. « Qu’est-ce qu’il y a, Ryvar ? Demanda-t-elle d’un ton glacial.

Clairement plus grand qu’Elyshyvah, Ryvar était grand selon les standards des nyss, même pour ceux affichaient la corruption du dragon. Ses membres étaient musclés et ses mains adroites aux longs doigts étaient tout aussi à l’aise pour manier son épée courbe, tirer avec l’arc recourbé dans son dos ou étrangler un adversaire avec sa seule force. Lui et son partenaire, Kyryl occupaient une position unique parmi les patrouilleurs d’Everblight ; ils formaient une équipe d’assassins compétente chargée d’éliminer des cibles spécifiques choisies par les warlocks du dragon.

« Nous sommes impatients de partir », déclara Ryvar de sa voix basse et chuintante. Le chuintement était un souvenir de bataille des années précédentes, quand un guerrier tharn lui avait ouvert la gorge. « Vayl exige une action rapide dans cette affaire. »

Les doigts d’Elyshyvah se serrèrent autour de son baton. « Je suis consciente de ce dont Vayl à besoin, Ryvar », dit-elle. « N’oublie pas que j’ai servie la Consule avec compétence pendant de nombreuses années. »

« Bien sûr », répondit Ryvar en hochant la tête, un sourire subtil fleurissant dans un coin de ses fines lèvres. « Bien que tu n’aies pas été aussi capable de ces derniers temps. » Il jeta un coup d’oeil à la jambe gauche d’Elyshyvah. Une cicatrice livide y marquait la chair ivoire, juste en dessous du bord de sa jupe en cuir bouilli. La warcaster iosienne Kaelyssa lui avait infligé cette blessure plus d’un an auparavant. Après avoir participé à la destruction d’une forteresse iosienne dans les Pics des Falaises du Tonnerre, Elyshyvah avait suivi Kaelyssa jusqu’à une forteresse naine où l’iosienne s’était réfugié et avait engagée la warcaster dans un combat unique. La récompense de son orgueil avait été une écrasante défaire et une blessure qu’elle porterait le restant de ses jours.

Pire encore, ses patrouilleurs survivants l’avaient extirpée de la bataille et emmenée, faible et honteuse, devant Vayl. La consule d’Everblight ne s’était pas emportée et ne l’avait menacée de douleur et de mort ; Vayl n’avait pas besoin de mesures aussi grossières. Au lieu de cela, elle avait simplement ordonné à Elyshyvah de soigner ses blessures et lui avait demandé de retourner à ses fonctions quand elle le pouvait. Quand, plus tard, Elyshyvah avait rassemblée ses patrouilleurs, elle avait découvert que Ryvar et Kyryl avait été ajoutés à son groupe – leur présence rappelait subtilement que l’échec ne serait pas toléré une seconde fois.

« Retourne dans l’ombre, Ryvar », dit Elyshyvah. « Je ne voudrais pas que tu gaspilles tes forces par cette chaleur avant que j’aie besoin de toi. »

« Selon tes désirs », répondit Ryvar en s’inclinant. « Lorsque tu auras besoin de nous,Kyryl et moi seront là. » Il revint ensuite vers sa compagne, qui était accroupie au pied d’un chêne particulièrement grand et déformé, faisant courir une pierre à aiguiser sur le tranchant de son épée.

Retournant son attention vers le marais, Elyshyvah fut soulagée de voir une douzaine de formes se déplaçant lentement à travers la boue. Un personnage en robe noire, vraisemblablement le représentant de Fiona.

« Melech », cria Elyshyvah à son arbalétrier nephilim. La créature tourna sa grande tête sans yeux vers elle au son de son nom. « Viens à moi. » Il répondit immédiatement et se déplaça pour se tenir à côté d’elle. L’énorme rejeton draconiques la dominait, et sa masse la remplissait de fierté et de confiance.

Elyshyvah resta à la lisière de la forêt, à la vue de tous, laissant les humains patauger dans la boue. Elle n’était pas prêtre à pénétrer à nouveau dans le marais si elle n’était pas obligée. Lorsqu’ils atteignirent le zone qui séparait le marais de la forêt, elle se retourna pour s’adresser à ses marcheurs. « Restez ici. Je veux des arcs en main, mais pas de flèches encochées et ne tirez pas à moins que je n’en donne l’ordre. » Ensuite, elle quitta l’ombre des arbres, suivie par Melech.

Les humains qui s’approchaient portaient des chemises et des pantalons amples et étaient armés de pistolets d’un assortiment d’armes de combat rapproché, principalement des épées à paniers et des haches à manche court. Leur peau était bronzée et tannée à cause d’une exposition au soleil et aux embruns salés de l’océan. Ils avaient l’air maigre et dur, bien que quelque peu indiscipliné. Le chef était habillé de la même manière que les autres, bien que sa tenue soit principalement noire et semble à la fois plus propre et de meilleure qualité. Il ne portait pas d’arme mais un prêtre de la sombre déesse avait probablement d’autres moyens de se défendre.

Le groupe s’arrêta à une douzaine de mètres, et l’homme en noir s’avança seul. Derrière lui, les autres observaient la forme massive de Melech, leurs mains s’attardant sur les crosses de pistolets et des poignées d’épée. L’homme en noir semblait complètement impassable face au nephilim, et il marchait d’un pas rapide dans la direction d’Elyshyvah.

Les cheveux foncés du thamarite étaient coupés court, sa barbe avait été soigneusement taillée autour sa bouche et de son menton. Son front était large et dégagé, et ses yeux brillaient d’un bleu vif qui lui rappelaient le ciel clair du nord. Elle supposait qu’il était avenant selon les normes que les humains jugeaient de telles choses.

« Vous êtes Elyshyvah ? » demanda l’homme en Aeric, son accent barbare trahissant sa méconnaissance de la langue. « Quelles langues pouvez-vous parler ? »

Sa maîtrise des langues humaines était limitée, mais elle avait une connaissance pratique du khardique et du cygnaréen. Elle choisit ce dernier, car l’homme n’avait pas l’air du nord. « Je suis elle », dit-elle.

« Je m’appelle Garrus », répondit-il, également en cygnaréen. « Ma maîtresse m’a demandé de vous donner ceci. » Il tendit un morceau de parchemin plié, qu’Elyshyvah prit et ouvrit. Sur le parchemin était griffonné le symbole que Vayl lui avait dit d’attendre : des flèches tripartites sur un champ noir. C’était le symbole de la déesse Thamar, la divinité que Fiona servait. C’était aussi le signe que c’était le représentant choisi par Fiona.

Elsyshyvah hocha la tête et rendit le parchemin à Garrus, qui le rangea sous sa robe. « Tu nous emmèneras au tombeau », dit-elle.

« Je le ferai », répondit Garrus, « tant que vous comprenez les termes. »
« Les conditions n’ont pas changé », dit Elyshyvah, en se hérissant. « L’épée appartient à ta maîtresse, le tome à la mienne. » Elle posa une main sur l’avant-bras massif et écailleux de Melech. » Je respecterai l’accord aussi longtemps que tu le feras », dit-elle.

« Bien », répondit Garrus, ignorant la subtile menace d’Elyshyvah. « Alors, continuons. »

* * *

Garrus marchait à quelques pas derrière la femelle nyss et l’imposant rejeton draconique à côté d’elle. Ses guerriers, qu’elle avait appelés « patrouilleurs », se déplaçaient devant elle, dans la direction qu’il lui avait indiquée sur la base des notes codées que Fiona lui avait fournis. Ses propres hommes suivaient derrière lui en une ligne irrégulière. Ils marchaient côte à côte en petits groupes de trois ou quatre avec toute l’habilité que l’on pouvait attendre d’hommes plus habitués aux ponts roulants d’un navire qu’à l’enchevêtrement des profondeurs de la forêt. Pourtant, les chiens de mer avaient été triés sur le volet parmi l’équipage du Mauvaise Fortune, le propre navire de Fiona, et il savait qu’ils étaient maîtrisaient les pistolets, les épées et les haches qu’ils portaient.

Elyshyvah ne s’était plus exprimé depuis que les deux groupes avaient commencé à se déplacer vers le sud, vers leur but. Elle et ses « hommes » semblaient assez sauvages. L’effet de la corruption du dragon sur leurs corps l’intéressait cependant, et il se réjouissait de la rare occasion de l’observer de près.

Le rejeton draconique que les accompagnait était encore plus intrigant que les nyss que les nyss corrompus. Garrus savait qu’il était probablement l’un des rares humains de l’Immoren occidental à s’approcher si près de l’un des bêtes et à en vivre pour en parler. Humanoïde, il se tenait sur deux larges pattes griffues, et ses longs bras nerveux se terminaient par des mains à quatre doigts. Le rejeton draconique tenait une arbalète de la talle d’une petite baliste, indiquant à Garrus qu’il possédait un intellect au-delà de celui d’une simple bête. C’était une créature fascinante, et il n’aimerait rien de plus que de l’étudier plus en détail- de préférence sur sa table de vivisection.

Garrus reporta ses pensées sur la tâche à accomplir. Fiona lui avait confié avant tout le soin de rechercher le tombeau orgoth et de récupérer Harrowdim, la légendaire lame réputée y être enterrée. L’intérêt de Fiona pour la lame était compréhensible ; la magie déchue des orgoth était irrésistible pour quiconque cherchait à mieux comprendre l’occultisme. Il était honoré qu’elle l’avait choisie pour accomplir cette tâche.

Finalement, le terrain se retrouva complètement dépourvu de vie. Garrus fonça les sourcils, perplexe. Rien de ce qu’on lui avait dit ne l’avait amené à s’attendre à ce genre de dévastation. Sous leurs pieds, le sol craquait et crissait alors que leur pas réduisait les couches de détritus en poudre grise. Il jeta un coup d’œil à la cheffe nyss et vit que son expression était sombre.

« Que s’est-il passé ici ? » demanda-t-elle en cygnaréen, jetant un œil au paysage silencieux et mort.

« La puissante magie nécromantique des orgoth pouvait affaiblir et tuer des êtres vivants », répondit Garrus en s’approchant pour se déplacer à ses côtés. « mais je m’attendais à ce que de telles énergies se soient estompées depuis longtemps… » Elyshyvah hocha la tête, mais son expression demeura sombre et ils continuèrent en silence.

Le groupe émergea bientôt dans une clairière de terre crayeuse d’où les souches d’arbres depuis longtemps morts se dressaient telles les dents pourries d’une grande bête décrépie. Au centre s’élevait un large monticule de pierre et de terre entouré de six piliers gravés de runes, chacun mesurant environ 3 mètres de haut et semblant être de construction plus récente que l’antique tumulus. Un côté de la tombe était dominé par une ouverture sombre, délimitée de pierre noire et si grande qu’elle aurait pu facilement accueillir quelque chose la hauteur d’un homme et plusieurs fois sa largeur. L’énorme dalle de pierre qui aurait dû sceller la tombe gisait sur le sol à proximité. La femelle nyss grogna, et Garrus lui-même ressentit une pointe de consternation en remarquant que le sceau avait été brisé.

Elyshyvah fit un geste à son groupe et les patrouilleurs prirent position autour de la clairière, brandissant leurs arcs plutôt que leurs courtes et courbes épées. Le rejeton draconique resta près d’elle. Garrus plaça ses propres hommes plus près du monticule et se déplaça ensuite pour examiner de plus près l’un des monolithes.

L’observant, Elyshyvah demanda : « Et ces piliers ? Ils ne sont pas orgoth. Reconnais-tu les runes ? »

Garrus fronça les sourcils. « Ils sont le fait des trollkin. Une mise en garde, peut-être, ou une sorte de gardien. »

« Gardien ? Vont-ils nous barrer le passage ? »

Garrus secoua la tête. « Je ne pense pas ; ils sont probablement destinés à limiter la propagation de toutes les énergies persistantes ici.
Elyshyvah hocha la tête avec raideur avant de s’éloigner pour discuter avec l’un des patrouilleurs, un grand mâle que Garrus avait remarqué se tenir à l’écart des autres.

« Yorvek », cria Garrus en direction de son groupe de chiens de mer Un homme à la peau sombre, avec des pistolets en bandoulière sur la poitrine, se redressa devant lui. « Nous allons pénétrer, Bosco », dit Garrus. « Je veux que les torches soient allumées et les armes prêtes. Choisis deux hommes pour monter la garde. »

« Oui », répondit Yorvek avant de se retourner vers ses hommes.

Garrus tourna son attention vers Elyshyvah et vit qu’elle avait donné des ordres similaires aux siens. La plupart des patrouilleurs et son rejeton draconique se dirigeaient vers l’ouverture du tumulus ; les deux derniers se tenaient à la lisière de la clairière. Le grand mâle avec qui elle avait précédemment parlé lui tendait une torche allumée ; il semblait rester derrière.

« Je suis prête », dit Elyshyvah en s’approchant du monticule. Elle désigna l’entrée avec son bâton à lames. « Tu iras en premiers. »
Garrus fit une grimace face à son évidente méfiance. Lui-même n’était pas très heureux à l’idée d’avoir dix nyss corrompus et un rejeton draconique dans son dos alors qu’il descendait dans une tombe sombre et hantée, mais il doutait qu’Elyshyvah le trahisse avant qu’ils n’aient complètement exploré le tumulus. Il était beaucoup plus préoccupé par la possibilité de pièges orgoth.

Eh bien, il devrait juste en tirer le meilleur parti. Les nyss risquaient de faire trébucher quelque chose par leur ignorance, et il ne pouvait pas prendre le risque.

« Très bien », dit-il, « mais c’est vital pour vous et les … vôtres de suivre mes instructions. Les orgoth n’apprécie pas les intrus. Il s’empara d’une torche allumée par Yorve et la tint en l’air. La lumière diffusée révéla un passage abrupt de pierre lisse et travaillée qui menait sous terre. L’air vicié et moisi qui flottait des profondeurs de la tombe sentait légèrement la pourriture. « Restez derrière moi », dit-il à ses hommes par-dessus son épaule en franchissant le seuil dans l’obscurité.

* * *

Elyshyvah envoya son rejeton draconique derrière les humains et le suivit dans les ténèbres. Forcément, elle put entendre ses griffes cliqueter sur le sol de pierre ; il n’avait pas besoin d’une torche pour les voir. Ses patrouilleurs la suivirent, progressant prudemment dans un environnement artificiel.

Le cortège avançait lentement, un rythme déterminé par la progression prudente du prêtre en tête. Elyshyvah étudia les murs du couloir descendant régulièrement tour en progression. Ils étaient nus pour la plupart, mais elle apercevait parfois ce qui ressemblait à des runes trollkin gribouillées dans la pierre. D’autres endroits montraient des visages finement sculptés, méfiants et démoniques. Ils faisaient partie d’un motif général qu’elle savait être associé aux ruines et aux artefacts orgoth.

À plusieurs reprises, le groupe tomba sur des squelettes éparpillés dans le passage incliné, suggérant une intrusion plus récente. À ces occasions et à plusieurs autres, le prêtrs thamarite ordonna aux autres de s’arrêter pendant qu’il examinait les murs et leurs marques. Semblant connaître les chemins orgoth et leurs pièges, il les mettait en garde contre le fait de marcher sur certaines pierres. À plusieurs reprises, il enfonça ses doigts dans des ouvertures presque invisibles, provoquant des grincements à l’intérieur des murs, désactivant ainsi toutes les mortelles surprises qui auraient pu leur arriver.

Après une longue période d’obscurité éclairée par les torches, Elyshyvah remarqua une lueur devant elle. La lumière jaunâtre augmenta progressivement en intensité, débordant dans le passage et projetant d’étranges ombres déformées sur les murs. En approchant, elle se rendit compte que cela émanait d’une grande chambre ouverte au bout du passage.

Garrus et ses hommes pénétrèrent dans la pièce sans hésitation. Elyshyvah souleva sa main droite et leva son index et son majeur. Derrière elle, elle entendit les patrouilleurs répondre à son signal en rengainant leurs épées et en décrochant leurs arcs. La chambre devant elle semblait assez grande – assez grande pour permettre le tir de projectile.

Alors qu’Elyshyvah se déplaçait dans la chambre circulaire, elle fut stupéfaite par sa taille. Bâtie entièrement en pierre taillée et s’étendant sur des dizaines de mètres de diamètres, elle s’enorgueillissait d’un plafond en forme de dôme qui s’élevait à dix mètres ou plus. Le plafond était couvert d’étranges sigles et d’autres visages bestiaux qu’elle avait remarqué dans le passage. Une massive fosse contenant un grand feu dominant le centre de la pièce, ses flammes d’un jaune vif brûlant avec une luminosité anormale et sans combustible apparent.

Bien que largement vide, la chambre comportait un trône de pierre noire monumental reposant une estrade surélevée directement en face l’entrée, au nord. Dispersés devant le trône se trouvaient les restes brisés de dizaines de squelettes. La plupart d’entre eux tenaient encore des armes en fer rouillées ou des grossières armes en pierre et étaient recouverts de restes de vêtements ou d’armures en lambeaux. Sur le trône se trouvait le cadavre momifié d’un grand homme vêtu d’une armure d’acier élaborée. Une épée nue reposait sur ses genoux.

Garrus et ses hommes avaient commencé à s’approcher du trône, se tenant à l’écart du foyer. Avec Melech derrière elle, Elyshyvah suivit. Ses patrouilleurs s’étendirent le long du périmètre de la chambre, arcs à la main et flèches encochées.

À l’approche du trône, Elyshyvah put discerner plus de détails sur l’antique armure portée par son occupant. Elle ressemblait décidément à celle des orgoth. Cuirasse, cretons et avant-bras portaient tous des visages humanoïdes grotesques, étrangement allongés pour s’adapter à la pièce d’armure qu’ils ornaient chacun. Un casque conique à face ouverte, avec des cornes en acier torsadées, était posé sur la tête inclinée du cadavre.

Lorsqu’Elyshyvah rejoignit Garrus devant le trône, il pointa du doigt la grande épée qui reposait sur les genoux du guerrier orgoth et dit : « C’est Harrowdim. » L’arme à un seul tranchant ressemblait à un fauchon à deux mains. Des visages bestiaux hurlants se mouvaient et se tordaient à la surface de la lame, leurs visages torturés brillaient d’un léger vert acide.

« Alors, prends-la », répondit-elle.

Garrus secoua la tête. « Je ne pense pas que ce sera facile », prévint-elle. « Harrowdim est un prix trop important pour ne pas être gardé. » Il regarda le trône et le personnage qui s’y trouvait, perdu dans ses pensées.

Elyshyvah regarda les restes squelettiques devant le trône. Ils portaient tous les signes révélateurs d’une mort violente : côtes fêlées, crânes brisés et armes fracassées. La plupart étaient clairement là depuis de nombreuses années, mais des lambeaux de chair desséchée s’accrochaient aux os de quelques-uns, indiquant une mort plus récente. L’un des squelettes était plus petit et plus fin que les autres, et il tenait n massif volume recouvert de cuir teint en bleu profond. Ses yeux se fixèrent sciemment sur sa surface, mais elle ne donna aucun signe extérieur d’intérêt.

La voix de Garrus ramena son attention sur le trône et l’épée. « Je ne vois aucun signe barrières ou de pièges. Il doit y avoir un gardien. » Il se retourna et scruta les murs, mais son froncement de sourcils indiqua qu’il ne voyait pas plus de signes d’une autre entrée qu’elle.

« Un gardien, nous pourrons nous battre », dit-elle sans ambages. « Comment le trouver ? »

Garrus la regarda de façon égale, un sourire prédateur sur les lèvres. « Nous l’attirons. »

Il se tourna vers ses hommes, qui se tenaient à une courte distance et désigna un homme aux cheveux clairs près du seuil de la chambre. « Toi », cria-t-il. « Prends l’épée. » Le chien de mer hésita, puis jura alors que ses compagnons le regardaient avec des visages sombres. Il se dirigea vers le trône, le pistolet levé, essayant de ne pas marcher sur les squelettes qui s’amoncelaient devant lui.

Lorsqu’il atteignit le trône, l’homme tendit une main et lova ses doigts autour des bandes de cuir usés de la poignée de la grande épée. La sueur perlait sur son front. Il leva l’arme et un sourire se dessina sur son visage hâlé.

L’épée à la main, il se tourna et repartit vers Garrus. Il fit exactement trois pas avant de s’arrêter brusquement, ses traits se tordant d’agonie.

« Regardez la lame », chuchota Garrus.

Les visages se tortillant sur la longueur de Harrowdim étaient devenus beaucoup plus brillants. Leur illumination sinistre avait pris une qualité presque tangible, s’insinuant dans le bras du chien de mer telles des vrilles d’un éclat émeraude. L’homme tomba à genoux, les traits tirés par une évidente douleur alors que la terrible lueur verte enveloppait rapidement tout son corps.

Elyshyvah regardait avec une morbide fascination sa chair commencer à se flétrir, s’effondrant autour de ses os comme si la flamme verte qui brûlait son corps lui prélevait la vie. Sa bouche était ouverte et s’étendait de plus en plus à mesure que la peau devenait de plus en plus fine et tendue sur son crâne. Ses yeux se ratatinaient dans leurs orbites, s’effondrant vers l’intérieur avant de disparaître complètement. Remarquablement, il resta effroyablement vivant alors que l’épée aspirait avidement la vie de sa chair. Même après que l’homme ait été réduit à rien de plus qu’une enveloppe, il tremblait encore faiblement, les doigts grêles lovés autour de la poignée d’Harrowdim. Finalement, l’homme s’immobilisa et l’épée échappa à sa prise et claqua sur le sol de pierre.

L’épée brillait violemment et le rayonnement atteignit une intensité fulgurante qui obligea tous les personnes présentes dans la pièce à se protéger les yeux. La douloureuse illumination s’est lentement atténuée et fini par s’éteindre comme une bougie soufflée par le vent.

Elyshyvah retira son avant-bras de ses yeux et par réflexe lova ses doigts autour de son bâton de combat. Elle vit immédiatement que les humains avaient pointé leurs pistolets sur le trône et ses patrouilleurs avaient bandé leurs arcs, des flèches barbelées scintillant à la lueur des flammes. Melech siffla et leva son arme.

Le cadavre orgoth n’était plus un cadavre. Il se tenait devant le trône, la peau de bronze visible à travers les interstices de son armure. Le visage, sous le heaume, avait une allure noble, avec une large mâchoire, un nez crochu et des yeux enfoncés couleur d’onyx.

Le guerrier s’avança lentement et s’abaissa devant les restes du patrouilleur pour récupérer Harrowdim. Son mouvement fut suffisant pour briser la tension meurtrière dans la pièce. Le claquement sourd des cordes des arcs des patrouilleurs frappant les canons d’avant-bras en cuir retentit et fut rapidement suivi par le rugissement tonitruant des pistolets des chiens de mer. Une grêle de flèches et de coup de pistolet frappa le guerrier, le repoussant de plusieurs pas jusqu’à la base de son trône, mais ils tombèrent au sol dans une litière d’hampe brisée et de boules de plomb aplaties. La fusillade de projectiles semblant avoir eu peu d’effet.

Le tonnerre des coups de feu céda la place à la fureur désespérée du rechargement alors que les chiens de mer enfonçaient de nouvelles cartouches dans leurs armes.

Les patrouilleurs continuaient à tirer, encochant de façon régulière les flèches, tirant encore et encore.

Le guerrier orgoth souleva Harrowdim et sa large bouche se fendit en un sourire sauvage. Soudain, le bruit vif de l’arbalète de Melech remplit la pièce. L’énorme projectile heurta la cuirasse du guerrier, le renvoyant contre le trône. Le projectile avait pénétré l’armure et la chair derrière, laissant près de 60 centimètres du projectile empenné dépasser de son corps.

L’orgoth récupéra instantanément son équilibre. La rage sombre qui remplissait ses traits aquilins était antique et terrifiant. Il tendit une main, arracha le projectile de sa poitrine et le jeta. Ensuite, il s’empara d’Harrowdim à deux mains et disparut.
Un battement de coeur plus tard, Elyshyvah entendit Melech hurler. Elle se retourna pour voir le rejeton draconique à genoux devant le guerrier, le sang noir coulant d’une gigantesque blessure à l’abdomen. L’épée orgoth jaillit, et la tête du nephilim se détacha de son corps dans un jet de sang.

Une rafale de coup de feu de représailles suivit la mort de Melech, mais le guerrier disparut à nouveau. Elyshyvah lâcha sa torche et se retourna sur place, tenant son bâton de combat devant elle dans une position protectrice. La pièce entière avait éclaté en une cacophonie de voix nyss et humaine criant de confusion et de rage.

Le guerrier réapparut au milieu d’un groupe de chiens de mers, son épée dansant : une, deux, trois fois. Puis il disparut. Quelques secondes plus tard, il réapparut de l’autre côté de la chambre, à côté de deux patrouilleurs, et Harrowdim assouvit sa soif de carnage sur la chair des nyss. Les flèches des patrouilleurs et les tirs de pistolets des chiens de mer s’écrasèrent contre le mur alors que le guerrier disparaissait à nouveau.

Le silence régna un instant, puis l’orgoth réapparut sur son trône, Harrowdim se reposant à nouveau sur ses genoux. Des ruisseaux de sang coulant lentement le long de la lame gorgée de sang et sur les jambes armurées du guerrier avant de s’écouler sur le sol en pierre.

Les pistolets des chiens de mer et les arcs des nyss pointèrent vers le trône, ce qui poussa Elyshyvah et Garrus à crier presque à l’unisson dans leurs langues respectives : « Ne tirez pas ! »

Le guerrier orgoth fixa les personnes devant lui, ses yeux noirs étincelants. « Vous osez vous immiscer dans ma cour ? Demanda-t-il d’une voix retentissante, remplissant chaque espace de la colossale chambre. « Présentez vos respects devant ce trône ou vous souffrirez pour votre témérité. » Il s’exprima en cygnaréen, mais avec un accent qu’Elyshyvah n’avait jamais entendu.

Garrus s’avança et s’agenouilla devant le trône. « Pardonne notre intrusion, Excellence », dit-il, la voix tremblante. « Nous ne recherchons pas à susciter votre colère. »

Le regard du guerrier orgoth se tourna vers Elyshyvah. Elle sentit son poids sur elle comme une chose tangible, une malveillance sombre et étouffante. « Et vous, palote ? » Demanda-t-il. « Trop hautaine pour s’agenouiller devant meilleur que toi ? »

Elyshyvah inclina la tête. « Moi aussi, je ne veux pas manquer de respect, mais je ne peux pas m’agenouiller devant ce trône », dit-elle ; se demandant si ces paroles seraient les dernières. « Ma fidélité appartient à quelqu’un de plus grand que vous. »

« Plus grand que moi ? » Le guerrier rejeta la tête en arrière et rit. « Vous avez de la volonté, esquimau. J’admire ça chez un esclave. Agenouillez ou debout ; cela ne fait aucune différence pour moi. »

« Garrus se releva. « Je m’appelle Garrus », dit-il. « Celle que je sers m’a envoyé traiter avec vous. Ce qui nous a amenés à votre … salle. »

« Qu’est-ce que vous cherchez ? » s’enquit l’orgoth. « Je n’ai pas de trésor, et même mes esclaves ne sont plus que des os maintenant. »

Garrus, peut-être inconsciemment, jeta un coup d’oeil au cadavre ratatiné du chien de mer devant le trône. L’acte n’échappa pas à l’attention de l’orgoth.

« Bien sûr, tu cherches la lame », dit-il, en plaçant une main sur la pognée de Harrowdim. « Je ne vous la cacherai pas. » Il saisit l’épée par la lame et la tendit poignée en avant. « Avancez et prenez-l. »

« Ma maîtresse s’intéresse grandement à Harrowdim », admit Garrus, tout en s’éloignant du trône.

« Non ? » dit le guerrier, en souriant. «  Et vous ? » Il pointa la poignée vers Elyshyvah. Elle ne dit rien et resta simplement immobile.

Le guerrier remit l’épée sur ses genoux et s’installa à nouveau sur son trône. « Cela fait de longue années que personne de digne n’est venu chercher l’épée », dit-il.

« Que voulez-vous dire ? » Demanda Garrus.

« La lame s’est alourdie au fil des années. J’aurais tendance à la transmettre à quelque de digne de sa puissance », déclara le guerrier. « Peut-être l’un de vous. »

« Comment est-ce que je – vous – prouvons notre valeur ? » Demanda Garrus, jetant un coup d’oeil à Elyshyvah. Elle n’aima pas ce qu’elle vit dans les yeux de l’homme.

Le guerrier orgoth sourit, montrant une rangée nette de dents blanches parfaites. « Vous survivrez. »

* * *

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Iron Kingdoms - RPG / Ourse Veuve
« le: 12 août 2020 à 14:03:22 »
Ourse Veuve

Pour attester des impressionnantes caractéristiques physiques de l’ourse veuve, il suffit de regarder les expressions idiomatiques l’entourant. « Aussi coriace qu’une ourse veuve » est souvent entendu dans les troquets du Khador septentrional ; « plus affamé qu’une ourse veuve » est une expression thurienne courante. Le plus révélateur, cependant, est celui que j’ai entendu au sein d’un groupe de morridanes et qui parlait de problèmes inévitables : « Tu ne peux pas fuir devant une ourse veuve, mon pote. Elle te rattrapera toujours. »

— Professeur Viktor Pendrake, Monsternomicon

Description

Mesurant plus de trois mètres de haut lorsqu’elle se tient debout, les ourses veuves sont de gigantesques bêtes. La plupart du temps, cependant, elles se traînent sur leurs quatre courtes et trapues pattes. Leurs poils vont généralement du noir de jais au brun clair, mais certaines variétés dans l’extrême nord de l’Immoren occidental ont des poils jaune pâle ou même blancs. Leurs yeux et leurs oreilles sont petits par rapport au reste de leur corps, bien que cela n’ait aucun effet sur leur audition.

Chacune des quatre pattes d’une ourse veuve se termine par une ensemble de longues griffes incurvées, et son large allongé museau comporte des canines prononcées. Bien qu’elles soient massives et volumineuses, les ourses veuves peuvent se mouvoir avec une surprenante agilité, et une ourse veuve peut se retourner et s’en prendre à son attaquant en un instant. Ce sont des coureuses des bois, des nageuses et des grimpeuses puissantes malgré leur masse. La masse musculaire autour de leurs larges corps leur permet de se déplacer facilement.

Les ourses veuves sont agressives et rapide comme l’éclair sur de courtes distances. Leur taille leur offre le luxe de cheminer sur tout ce qui se met en travers de leur chemin lorsqu’elle s’approche d’une menace. On sait que les ourses veuves du nord chasse le bison Raevhen et que les ourses veuves méridionales doivent préserver leur territoire contre les Écorcheurs du Bois d’Épines et les trolls.

Bien qu’elles soient généralement dociles, les ourses veuves sont redoutables lorsqu’elles sont provoquées, déchiquetant la chair avec leurs griffes vicieuses et écrasant les os avec leurs massives mâchoires. Les ourses veuves blessées battent habituellement en retraite, mais une femelle avec des oursons se battra jusqu’à la mort plutôt que de se retirer du combat.

Les ourses veuves vivent principalement dans les forêts et les montages, mais on sait que des spécimens désespérés se déplacent vers les prairies et les rivières pour se nourrir d’animaux de troupeau et de poissons. La nourriture est abondante dans les régions sauvages du sud, et les ourses veuves de ces terres sont plus grosses que les autres de leur espèce. Celles qui vivent dans des climats plus froids ont tendance à être plus petites et plus trapues.
Les oursons grandissent rapidement et sont capables de chasser seuls à l’âge d’un mois. Ils acquièrent tout aussi rapidement le tempérament agressif de leur espèce. Même un juvénile est une menace réelle.

L’odorat de l’ourse veuve en fait une excellente pisteuse. Une ourse veuve peut traquer des proies indemnes sur des kilomètres. La truffe sensible d’une ourse veuve peut capter la moindre trace d’un parfum, même s’il a été emporté par les pluies les plus fortes.

Les ourses veuves revendiquent généralement des terrains de chasse sur plusieurs kilomètres et réagissent avec acharnement aux incursions des ourses veuve rivales et d’autres prédateurs. Pour marquer son territoire, une ourse veuve frotte les huiles de son corps sur les grands arbres de la région. Les ourses veuves rivales reconnaissent immédiatement l’odeur du musc d’une autre ourse veuve et évitent le territoire marqué à moins d’y être forcé par l’avancée de la civilisation, une pénurie de nourriture ou le désir de s’accoupler.

Dans les climats nordiques plus froids, on sait que les ourses veuves hibernent durant les mois les plus froids. Au cours des dernières semaines précédant ce cycle d’hibernation, les ourses veuves tuent et se nourrissent voracement afin de produire une couche de graisse suffisamment épaisse pour durer tout l’hiver. Elles sont particulièrement féroces pendant cette période, lorsque leur instinct les pousse à s’alimenter à l’excès pour survivre pendant plusieurs mois.

La peau d’une ourse veuve est appréciée pour son épaisseur et son élasticité. De nombreux vagabonds, dans la nature, reconnaissent le port de la fourrure ou les griffes d’une ourse veuve comme la marque d’un grand chasseur.

Combat

Combattantes féroces, les ourses veuves se jettent au combat sans hésiter lorsque le besoin s’en fait sentir. Elles déchiquettent leurs ennemis avec leurs énormes griffes. Quand une ourse à veuve le peut, elle se déchaîne avec une puissante morsure. L’ourse veuve charge au corps à corps en mugissant tout le long. Leur masse leur permet de facilement renverser tout ce qui se trouve entre elles et leur proie. Elles sont des plus féroces lorsqu’elles sont acculées, blessées ou qu’elles protègent leurs petits.

Connaissance

Un personnage peut jouer un jet de compétence INT + Connaissance (zoologie extraordinaire) pour déterminer ce qu’il sait de la créature. Il prend connaissance de toutes les informations à concurrence du résultat du jet. Plus le résultat est élevé, plus il apprend.

8 : Les ourses veuves sont de massives bêtes vagabondant dans les forêts et les montagnes de l’Immoren occidental. Les poils vont du noir au blanc sale. Elles sont des griffes massives, et de longs et larges museaux remplis de longues dents jaunes.

10 : Les ourses veuves sont des chasseuses et des combattantes extrêmement fortes et féroces. Malgré leur taille, elles sont particulièrement agiles.

12 : Les ours veufs voient tous les autres –  même les plus jeunes – comme une menace. Les ourses veuves sont appelées en raison de la propension de la femelle de l’espèce à tuer son compagnon s’il fait preuve d’agressivité envers leurs petits. De nombreux ours veuf sont morts de cette manière.

14 : Les ourses veuves possèdent un odorat très développé. Elles sont d’excellentes pisteuses et sont connues pour chasser des cibles seules plusieurs de jours de suite lorsque la nourriture est rare. Elles peuvent utiliser l’odeur pour communiquer de façon rudimentaire, marquer leur territoire et émettre des odeurs avertissant les autres ourses à veuves à rester à l’écart.

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