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Sujets - elric

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PICS DES FALAISES DU TONNERRE

Par Aeryn Rudel

MERCENAIRES

Depuis les décombres à l’extrémité ouest du ravin, des douzaines de cordes d’arbalètes ont cogné contre leurs arcs avec un claquement sourd et projetèrent un nuage bourdonnant de carreaux rouges. Murgan souleva son bouclier et s’accroupit alors que les carreaux tombaient, protégeant avec peine son corps de deux mètres sous sa surface protectrice. Les projectiles cognèrent contre le bronze martelé mais n’emportèrent personnes.

« Tenaces les bâtards, n’est-ce pas ? » Au genou de Murgan, le Capitaine Vornek Blackheel tapa contre un carreau elfique planté dans la terre à moins de deux centimètres de son pied. « Précis, aussi. » Le capitaine du Haut Bouclier sourit, ses yeux sombres brillent dans l’ombre sous le bouclier de l’ogrun.

Murgan baissa les yeux et grogna d’assentiment. « Oui, ils sont certainement motivés. Mais par Dhunia, que font les iosiens ici ? »

Vornak renifla. « D’après mon expérience, les elfes n’ont pas besoin de beaucoup motivation pour assassiner un non-elfe. Mais nous ne gardons aucune position stratégique. Fort Baram, c’est le trou du cul du monde. »

Vornek avait raison. Fort Baram avait acquis sa réputation auprès du Cartel Seafoge. Les ivrognes, les voleurs et les mécontents qui voulaient éviter l’exil ou l’exécution à Rhul se retrouvaient expédiés à Baram pour exécuter le reste de leurs peines. Ils demeuraient si loin des sentiers battus et n’avait si peu de conséquences pour Rhul et Khador et que le Searforge pensaient que les habitants du fort ne pouvaient pas nuire à la réputation du Cartel.

La forteresse trapue se tenait derrière la ligne naine, au plus profond du côté khadoréen des Pics des Falaises du Tonnerre. Le laissez-passer négociable signifiant que les marchands voyageant de Khador à Fort-Horgen passaient souvent par Fort Baram, qui étaient tenus par trois escouades du Corps des Carabiniers du Haut Bouclier et un guerrier ogrun vieillissant. Les nains étaient chargés de s’assurer que les caravanes du Cartel Searforge passent sans encombre et avaient rarement affaire à quelque chose de plus agressif qu’un marchand grincheux se chamaillant pour le péage de la cargaison. Au moins, cela permettait de passer le temps entre le jeu, les combats et la consommation d’alcool jusqu’au coma éthylique.

Bien que la majeure partie de la garnison de Baram ait été obligée de servir sous les ordres de Vornek Blackheel, un homme capable et bourru, quelques personnes avaient choisi la garnison éloignée. C’était l’endroit où se rendre pour être oublié. Pour Murgan, cependant, c’était aussi un endroit où il pouvait se permettre d’oublier.

Un ogrun vétéran sans korune avait peu de place dans la société naine ou ogrun. Le korune de Murgan avait été tué au combat il y a plus de dix ans. Bien que les événements qui aient conduit à la mort de son maître aient échappé à son contrôle, la survie de Murgan avait été considéré comme un échec monumental de sa part. Il avait peu d’option. On s’attendait à ce qu’il prenne sa retraite, touche une maigre pension et vive le reste de ses jours en méditant sur son échec. Murgan avait plutôt demandé la permission de rester et de servir le Cartel Seaforge. La demande avait été rejetée, mais Murgan avait persisté et le Cartel avait fini par céder – à condition qu’il occupe de son choix. Il avait été affecté (certains diraient « condamné ») à Fort Baram, où il servait le Capitaine Blackheel depuis des années.

Alors qu’il aidait Vornek à lutter contre les nombreux inadaptés à Fort Baram, Murgan avait lentement récupéré une certaine confiance et une certaine estime de soi. Son association avec Vornek ne ressemblait en rien à ce qu’il avait partagé avec son korune, mais il avait développé une relation avec l’imprévisible capitaine du Haut Bouclier qui oscillait entre « ami » et « compagnon de cellule ».

« Je suppose que nous devrions riposter », déclara Vornek. « Non pas que les cinq dernières volées aient fait beaucoup plus que démonter à quel point nous sommes de pauvres tireurs. » Il jeta un coup d’oeil sur les lignes de guerrier nains à sa gauche et à sa droite et se renfrogna à travers sa barbe. « Vous entendez ça, misérable fils de pute ? » Cria-t-il. « Vous ne pourriez pas toucher la partie large du derche de Toruk s’il s’asseyait sur vous ! » Les insultes de Vornek provoquèrent quelques imprécations sans enthousiasme et ce qui ressembla à un épisode de vomissement vigoureux.

« Kurn ? » Demanda Murgan au capitaine. Kurn était l’ivrogne le plus notoire de Fort Baram.

Vornek hocha la tête. « Toujours. Je pense qu’il buvait ce truc qu’on emploie pour nettoyer les résidus de poudres des canons des carabines.

Murgan regarda la ligne de guerriers nains. Chacun était en possession de l’équipement standard du Corps des Carabiniers du Haut Bouclier : plastrons en acier, grèves, gantelets et le solide bouclier rectangulaire qui couvrait son propriétaire de son cou à ses chevilles. L’armement principal du corps consistait en une carabine de guerre lourde à double canon, assez légère pour être maniée à une seule main mais avec suffisamment de puissance pour pénétrer le blindage. Chaque membre du corps des carabiniers portait également une hache de guerre à manche court pour le combat au corps à corps.

Ce n’était des carabiniers ordinaires, cependant, et l’état de délabrement des guerriers du Fort Baram aurait horrifié n’importe quel autre officier supérieur du Haut Bouclier. En fait, plusieurs officiers supérieurs du Haut Bouclier avait demandé au Seaforge de faire expulser toute la garnison de Fort Baram du corps. Ces tentatives avaient échoué – chaque ordre avait besoin d’un endroit pour stocker ses déchets. Pourtant, l’état des guerriers de Baram et de leur équipement était tout simplement déplorable. Des taches de rouille, certaines aussi grandes que le poing de Murgan piquaient l’armure de presque tous les nains, et la plupart des carabines n’avaient pas été correctement nettoyées depuis des mois. Murgan aurait surpris si une seule hache de guerre dans toute la garnison possédait un tranchant assez aiguisé pour couper le pain, sans parler de fendre l’acier. Il sentait la sueur et le vomi âcre des nains les plus proches de lui, et beaucoup d’entre eux vacillaient sous le poids de leur équipement, habitués à un mode de vie sédentaire axé sur les beuveries plutôt que sur la préparation au combat.

Murgan se tenait au centre de la ligne de nain, à côté de Vornek. Deux fois plus grand qu’un guerrier nain, il se détachait de son entourage telle une épée parmi des poignards. Son énorme bouclier rond était aussi large qu’un nain était grand, et son glaive cranté au bout d’une hampe en fer de trois mètres soixante. Son équipement était en bon étant, son bouclier robuste, le tranchant de son glaive affûté comme un fil de rasoir.

« Relever ! » Cria Vornek, et vingt boucliers de combat cognèrent le sol plus ou moins à l’unisson. Les fûts de vingt carabines rhuliques glissèrent dans la large encoche au sommet de chaque bouclier. Cette encoche permettait au guerrier du Haut Bouclier de pointer sa carabine tout en profitant de la protection vitale de son bouclier.

« Feu ! »

Une fusillade assourdissante retenti, et le champ de gravats à l’autre bout du ravin explosa en shrapnel. Alors que la poussière et la fumée se dissipaient, un unique cadavre elfique devint visible, partiellement exposé derrière un petit monticule de gravier.

« Hah ! Nous en avons un ! » Dit Vornek. Puis son ton jubilatoire s’aigrit. « Mais, merde ? Un seul elfe mort en six volées ? À ce rythme, nous en avons pour quinze jours. »

« Nous attendons donc quinze jours », dit Murgan. Il posa son bouclier devant lui, se préparant à l’inévitable volée retour. Le reste des hommes du corps s’installait derrière leur propre bouclier lourd, gémissant, jurant et rechargeant sans enthousiasme leurs carabines. Les quelques nains tombés sous les volées elfiques étaient maintenant traînés derrière la ligne et dans la forteresse.

« Quoi ? » Demanda Vornek, confus.

« Nous les attendons dehors », dit Murgan en montrant son bouclier. Sa surface était éraflée, mais pas un seul carreau elfique ne l’avait pénétré. On pouvait en dire autant de la plupart des boucliers nains. « Leurs arbalètes ne sont pas assez puissantes pour percer nos boucliers, et ils n’ont certainement pas une réserve infinie de carreaux… »

« Mais nous avons assez de poudre et de munitions pour tenir durant des semaines », termina Vornek. Il se mordilla la lèvre inférieure. « Je déteste l’idée de rester ici à ne rien faire. Mais ce n’est pas la pire que j’ai entendue. »

« Un tel éloge », gloussa Murgan. « Mais je ne pense pas que nous devrons tenir longtemps. Cette attaque sent le désespoir, si vous voulez mon avis. Si nous tenons bon, je pense que nous leur forcerons la main. Pour leur faire faire quelque chose d’irréfléchi. »

Les elfes avaient pris position à une centaine de verges des portes de Fort Baram, dans un champ de blocailles dense, où les fortes pluies de l’année dernière avaient provoqué un éboulement. Parce que les caravanes marchandes avaient pu se frayer un chemin, Vornek n’avait pas pris la peine de nettoyer le bazar. Cela avait semblé être une dépense inutile de temps et d’énergie. Malheureusement, les énormes tas de rocher et de débris offraient maintenant aux attaquants iosiens une excellente couverture.

Murgan remarqua un mouvement soudain à l’autre bout du ravin. Deux iosiens avaient émergés de derrière un gros rocher et avancé rapidement. Ils disparurent derrière un monticule de blocaille avant qu’il ne puisse signaler leur position.

« Tu as vu ? Dit Murgan à Vornek.

« Ouais. Ils avaient l’air différents des autres, n’est-ce pas ? » Répondit Vornek.

« Manteaux noirs. Et ils ne portaient pas d’arbalètes. Autre chose. Un fusil peut-être. » Une lueur se reflétant sur une surface métallique où les deux elfes aux manteaux noirs avaient disparu, puis un bourdonnement profond et pénétrant s’éleva de leur position. Murgan fut sur le point de crier un avertissement lorsque qu’un craquement aigu se fit entendre dans le ravin. La tête d’un guerrier nain à sa gauche – une jeune recrue nommée Ulik – éclata comme une pastèque trop mûre et l’éclaboussa de son contenu chaud et rouge. Le cadavre s’inclina vers l’arrière, permettant à l’ogrun de clairement voir le trou à hauteur d’oeil dans le bouclier d’Ulik.

« Tireur embusqué ! » Cria Murgan en se jetant à terre.

Vornek se tenait simplement là, bouche bée, regardant le bouclier troué d’Ulik et la moitié supérieure manquante de sa tête.

« À terre, imbécile ! » Murgan lâcha son glaive et tira le capitaine abasourdi du Haut Bouclier à côté de lui. Les tireurs embusqués tirèrent à nouveau, au moment où Murgan projetait le visage de Vornek dans la poussière. Puis loin sur la ligne, un autre guerrier nain – Murgan ne sut dire qui – se mit à crier. Une autre détonation suivi et les cris cessèrent.

Vornek leva la tête et cracha une bouchée de terre. « À terre ! Maintenant ! » Cria-t-il. Le reste de la ligne n’eut plus besoin d’être encouragé. Le ravin résonna soudainement du cliquetis métallique chaotique de dix-huit guerriers entièrement armurés se jetant face contre terre.
« Tant pis pour l’attente. » Vornek tourna son visage sale vers Murgan. « Ces foutus tireurs embusqués peuvent nous arracher la tête à loisir. »

« Il n’y en a que deux », déclara Murgan. Il avait du mal à s’exprimer avec son visage écrasé sur le sol, mais il faisait une cible si grande qu’il n’osait pas lever la tête. « Nous pourrions nous précipiter sur leur position. »

« Trop tard pour ça. » Le ton de Vornek était grave. « Nos invités aux oreilles pointues ont d’autres idées. »

Tentant le destin, Murgan leva prudemment la tête pour suivre le regard de Vornek. Deux dizaines d’elfes se précipitaient vers eux, leurs longues et fines lames dégainées et scintillantes sous le soleil de l’après midi. Une stupéfiante silhouette en armure blanche les conduisait. Elle tenait son épée nue au-dessus de sa tête alors qu’elle chargeait sans effort sur le sol accidenté du ravin.

Vornek se mit debout en grognant. « Les salauds ont utilisé leurs tireurs embusqués pour donner au reste de leurs soldats le temps de charger », dit-il acide. « Malin. »

Murgan se mit debout et vit la ligne de nains se hisser sur ses pieds, former les rangs et se préparer à répondre à la charge des elfes. Il abaissa bouclier et prit son glaive en main. Le dressant sur son épaule droite comme une lance. Il gratifia Vornek d’un sourire contraint. « Au moins, nous n’aurons pas à attendre. »

Vornek renifla et pointa sa carabine vers les iosiens en approchent. « Oh, excellent. Je suis ravi qu’ils aient décidé d’en finir avec moi. »

CHÂTIMENT DE SCYRAH

Les nains ouvrirent le feu et furent momentanément masqués par l’épaisse fumée qui jaillissaient de leurs carabines. Kaelyssa put presque sentir les minuscules projectiles de métal siffler vers elle. Elle se jeta en avant dans un roulé-boulé, laissant les balles passer inoffensivement par-dessus sa tête. Le plongeon ne ralentit cependant pas son élan vers l’avant, et elle se releva à pas plus d’une douzaine de pas du premier rang des guerriers nains.

Les deux escouades de chasseurs de mage de Kaelyssa chargeaient à ses côtés. Ils étaient bien entraînés, hautement qualifiés et habitués à faire face à des situations difficiles, mais ils n’étaient pas habitués à des combats aussi peu subtils. Sans myrmidons pour percer la ligne naine, elle avait été forcée d’employer ses chasseurs de mage dans un rôle pour lequel ils étaient mal adaptés. Assassins discrets, les chasseurs de mage frappaient en cachette et prenaient leurs cibles à leur insu. Charger sur un terrain découvert contre un adversaire bien armé et préparé allait l’encontre du style de combat qu’ils avaient perfectionné au fil des siècles.

Mais quel choix avaient-ils ?

Les rejetons draconiques étaient juste derrière. Ils les traquaient depuis les portes de la base Klywen, de l’autre côté des Pics des Falaises du Tonnerre, et maintenant ici. La nyss qui les dirigeait s’était révélé être une traqueuse accomplie, et même la considérable habilité de Kaelyssa en matière de déplacement secret n’avait pas suffi à les égarer. Les poursuivants corrompus les avaient rattrapés une fois, et Kaelyssa et ses chasseurs de mages s’étaient retrouvés coincés dans un petit canyon. Cette bataille avait coûté cher. Des rejetons draconiques et des flèches noires avaient tu la moitié de sa force. Elle pouvait sentir le sinistre souvenir de cette bataille brûler sous son armure : une blessure sur le haut de sa causse droite infligée par une lame nyss. Cette blessure lui procurait des douleurs atroces et des vagues d’engourdissement le long de sa jambe à chaque pas. Alors qu’elle fonçait tête baissée dans la bataille, Kaelyssa savait qu’elle n’était pas aussi rapide ou agile qu’elle le devrait, mais elle avait déjà combattu dans des conditions bien pires.

Les nains se tenaient entre elle et la voie la plus rapide vers la base Nyreth, où une légion de Garde de l’Aube attendait. Sans ces renforts vitaux, Kaelyssa savait que la horde de rejetons draconiques assiégeant la base Klywen submergerait la garnison elfique en défense durant la semaine. Elle avait été forcée de laisser tous ses myrmidons derrière elle pour soutenir les défenseurs ; que sa petite force ait échappé au siège et ait réussi à échapper aux rejetons draconiques et les nyss corrompus était presque miraculeux. Elle ne serait pas arrêtée par une dérisoire force naine dans un for en ruine au milieu de nulle part.

Le coeur de Kaelyssa se mit à battre la chamade alors qu’elle et ses chasseurs de mages traversaient la ligne naine. Elle invoqua un linceul de ténèbre. Cela garderait les canons nains à distance jusqu’à ce qu’ils puissent être à portée de frappe. Son objectif était simple, briser et continuer. Elle ne pensait pas que les nains donneraient la chasse. Ils seraient bientôt avoir des rejetons draconiques jusqu’au cou.

Elle avait chargé le centre même de la ligne naine, contre ce qu’elle percevait comme la menace la plus importante. Le guerrier ogrun dominait ses camarades nains, son énorme bouclier rond bosselés et marqué mais intact. Il tenait son glaive, prêt à frapper par-dessus le bord de son bouclier et à repousser sa charge.

Quand elle et ses chasseurs de mage ne furent plus qu’à quelques pas de ligne naine, celle-ci tira à nouveau. À bout portant, le linceul des ténèbres de Kaelyssa n’offrit aucun salut contre la fusillade. Dans sa vision périphérique, elle vit plusieurs chasseurs de mages se faire souffler. Elle eut peu de temps pour s’attarder sur cette perte ; le volume du bouclier du guerrier ogrun se dressait devant elle et la pointe brillante de son glaive s’élançant vers elle. En plus d’être étonnamment rapide pour sa taille et le poids de son armure, l’ogrun avait également près d’un mètre quatre-vingts de portée sur elle. Elle ne ralentit pas, mais rompit son épée Vengeance dans une courte frappe croisée qui fit tomber la hampe du glaive de l’ogrun de travers. Il passa devant son visage, s’embrasant contre le champ d’énergie entourant son énergie, et effleura de manière inoffensive son épaulière gauche.

L’ogrun recula son arme pour une autre frappe. Il était maintenant à portée de frappe, mais il était une muraille presque qu’infranchissable derrière son bouclier, et Kaelyssa n’avait aucune envie de se battre contre un adversaire beaucoup plus grand avec une allonge et une armure supérieures. Au lieu de cela, elle souleva Vengeance au-dessus de sa tête comme pour le frapper. Il leva haut son bouclier pour parer le coup, le mouvement aveuglant momentanément sa vision. C’était l’ouverture dont elle avait besoin. Kaelyssa se ressaisit et bondit en avant, et son pied droit trouva le bord supérieur du bouclier de l’ogrun. Ignorant l’éclair de douleur qui la transperça, elle repoussa avec sa jambe droite et sauta par-dessus sa tête dans un saut acrobatique. À l’apogée du saut, elle abattit Vengeance dans une frappe qui aurait dû lui décoller la tête du corps. Sa jambe affaiblie modifia sa trajectoire de quelques millimètres, assez pour la détourner de son objectif. Au lieu du cou de l’ogrun, Vengeance se planta dans son épaule armurée. La lame enchantée trancha le solide acier et entailla la chair en dessous mais la blessure n’était pas mortelle.

Kaelyssa atterrit derrière l’ogrun dans ce qui aurait dû être une position de combat équilibrée, mais l’atterrissage s’avéra plus que ce que sa jambe blessée pouvait supporter. Au moment de la réception, quelque chose céda et elle sentit un flot de sang couler le long sa sa jambe sous son armure. Son agilité l’empêcha de chuter, mais elle trébucha et enfonça la pointe de Vengeance dans le sol pour se rattraper. La vitesse de l’ogrun la surprit à nouveau alors qu’il se tournait sur lui-même pour amener le poids massif de son grand bouclier vers elle.

Déséquilibrée, Kaelyssa ne put esquiver le coup, et le bord bronzé du bouclier de l’ogrun lui explosa au visage avec la force d’un warjack fou. Son champ d’énergie s’enflamma alors que le bouclier s’y fracassait, mais l’effort qu’elle avait mis dans son attaque l’avait dangereusement épuisé, et la force et l’élan de l’ogrun ont traversé la barrière protectrice avec une facilité déconcertante. Son nez et sa joue gauche se sont brisés. Le sang à gicler et elle s’est écrasée au sol.

La vision de Kaelyssa se brouilla et ses membres ne répondirent plus à ses ordres. Son esprit était plus que douleur. Elle savait qu’elle était au sol. Elle savait que Vengeance lui avait échappé. Ce qu’elle ne comprenait pas, c’était pourquoi elle était toujours en vie.

« Stop ! Srop ! Bon sang ! J’ai dit stop! » Kaelyssa parlait suffisamment bien le rhulique pour comprendre les ordres simples hurlés par la voix impétueuse du nain. Les bruits du combat s’estompèrent.

Sa vision commença à s’éclaircir, et ce qu’elle vit l’a remplie d’horreur et de soulagement. L’ogrun la dominait, tenant la lame de son gigantesque glaive à quelques centimètres de sa gorge. À côté de lui, un nain à la barbe grise portant un affichant un insigne de capitaine sur l’épaule – celui qui avait appelé le cessez-le-feu, supposa-t-elle – pointait sa carabine sur sa tête. Derrière, se tenait d’autres guerriers nains, le dos tourné vers elle et leurs fusils pointés vers les survivants de ses chasseurs de mages. Prudemment, son équipe se retirait, les visages marqués d’inquiétude pour leur chef.

« Alors l’elfe », commença le capitaine nain, un sourire suffisant sur son visage. « Qu’as-tu à dire pour ta défense ? »

L’ogrun écarta son glaive, permettant à Kaelyssa de s’asseoir. Elle cracha un peu de sang et une dent cassée et fixa le capitaine nain du regard. La rage et la honte luttait dans son esprit. Être vaincue par un adversaire aussi modeste était un scandale qu’elle pouvait à peine imaginer. Mais l’enjeu était bien plus que sa fierté blessée. L’ogrun et le nain ne l’avaient pas tuée purement et simplement ; peut-être pourrait-elle tourner cette défaite à son avantage.

« Es-tu sourde ? Pourquoi nous avoir attaqués ? »

Le côté gauche du visage de Kaelyssa était engourdi et il lui était difficile de s’exprimer. Finalement, elle répondit d’une voix basse et monotone : « Je devais passer le col. »

Le visage du capitaine se tordit en un grognement. « Eh bien, tu aurais pu demander, bon sang ! »

« Je ne demande pas la permission aux étrangers », cracha-t-elle, incapable de cacher le mépris qu’elle ressentait.

Il rejeta sa tête en arrière et rit. « Et regarde ce qui se passe quand tu ne le fais pas ! Ton joli minois est tout cassé, non ? »

Kaelyssa jeta un coup d’oeil à sa droite, là où Vengeance se trouvait au sol à quelques pas de là. L’idée de prendre son épée et de découper le sourire moqueur du visage nain était si tentante, qu’elle valait presque la peine de mourir.

« Vornek », intervint l’ogrun, son ton baryton grave impérieux. « Ça n’aide pas. »

Les paroles surprirent Kaelyssa : peut-être avait-elle mal jugé la relation entre les deux. Les ogrun servait généralement les rhulfolk, mais le ton de celui-ci impliquait une relation d’égal à égal.

L’ogrun retira son glaive, puis pointa l’extrémité vers le ciel et planta la hampe dans le sol. « Je suis Murgan Grimspear », dit-il. « Voici le Capitaine Vornek Blackheel, commandant de Fort Baram. » Il désigna la forteresse de pierre trapue derrière elle avec son bouclier. « Nous n’avons jamais eu de problèmes avec les iosiens avant cela, alors peut-être comprendrez-vous notre inquiétude justifiée concernant votre attaque non provoquée. »

Kaelyssa n’avait jamais entendu un ogrun parler, et elle fut momentanément surprise par son ton mesuré et sa maîtrise évidente de la langue naine. Elle l’observa pendant un moment. Ce n’était pas un jeune home, comme la plupart des ogrun qu’elle avait rencontrés. Sa crinière était mouchetée de gris, son visage marqué par les ans et l’expérience. C’était un vétéran, un guerrier habile et probablement digne d’un certain respect. Elle parlertait à ce Murgan.

« Comme je l’ai dit, nous devions passer le col. Nos raisons de la faire ne vous concernent pas. Nous serions passés avec le moins de victimes possibles pour vos hommes. Vous vous êtes montrés plus résolus que je ne l’avais prévu. »

« Résolus ?! » Vornek pointa sa carabine sur Kaelyssa. « Tu veux dire que tu ne t’attendais pas à ce qu’on t’humilie. »

Murgan secoua la tête. « je ne peux m’empêcher de faire écho au sentiment de mon compagnon nain. », dit-il. « Vous auriez pu nous contourner. L’effusion de sang n’était pas nécessaire. »

« Je n’avais pas le temps », répondit Kaelyssa. «  Je ne verse pas le sang à la légère, ogrun. Même quand il est si justement mérité. » Elle jeta un regard méprisant à Vornek. Il était comme la plupart des étrangers qu’elle avait rencontrés : grossier, impulsif et ne méritait pas plus de considération que le temps qu’il fallait pour faire planter une lame entre ses côtes.

« Pourquoi êtes-vous si pressé ? » Demanda Murgan. « Qu’est-ce que vous ne dites pas ? »

Kaelyssa soupira et se leva lentement, grimaçant alors que la blessure à sa jambe propageait de nouvelles vagues tourments. Elle se penchant, s’empara de Vengeanc et le replace rapidement dans son fourreau dans son dos. Elle regarda les rangs nains et elfes qui occupait le petit ravin. Les nains étaient robustes et résistants dans leur lourde armure et leurs boucliers épais. Ses chasseurs de mages étaient souples, agiles et polyvalents, aussi bien au corps à corps qu’à distance. Elle dut admettre que les deux forces se complétaient l’une l’autre. Avec cette prise de conscience, la décision fut simple.

« Murgan », dit-elle, faisant à l’ogrun l’honneur d’employer son nom, « je ne peux pas te dire d’où nous venons ni où nous allons, mais je vais te dire ceci. Il y a des rejetons draconiques derrière moi. Ils nous chassent depuis des jours, et je n’ai plus la force de les vaincre ni le temps et la vitesse pour les distancer. »

« Oh, c’est foutrement merveilleux ! » S’exclama Vornek. « Donc, non seulement tu nous as attaqué sans provocation, mais tu as nous aussi amené une horde rejetons draconiques ! Tu ne veux pas aussi me shooter dans les couilles ? »

Kaelyssa fixa Vornek, puis repoussa son attention sur Murgan. « Les circonstances qui nous ont amenés ici sont désormais sans importance. La simple vérité est que les rejetons draconiques seront bientôt là, probablement dans l’heure qui suit, et aucun de nous ne possède la force de les arrêter seul. »

« Vous proposez une alliance ? » Dit Murgan en se grattant le menton. « Intéressant. »

« Une alliance !? » Vornek se tourna vers son compagnon avec horreur. « Tu ne peux honnêtement pas envisager de lui faire confiance !? Il y a des nains morts et saignant ici, et c’est d’sa faute. »

« Calme-toi, Vornek », répondit Murgan. « Je ne suis pas ravi de la perspective. Mais si ce qu’elle dit est vrai – et je pense que c’est le cas — alors quel choix avons-nous ? Je ne veux pas voir d’autres nains mourir alors que nous pouvons faire quelque chose pour l’empêcher. »

« Celui-ci te donne de sages conseils, nain », dit froidement Kaelyssa. « Tu devrais y faire attention. »

Vornek abaissa sa carabine et la passa dans son dos. Chaque mouvement était exagéré, plain de mépris et de dégoût, comme si brandir un pistolet sur Kaelyssa était profondément insultant. « Bien, j’accepte une alliance temporaire – et je veux dire foutrement temporaire - » dit-il, le dégout dans la voix. « Si nous survivons aux rejetons draconiques – s’il y en a – alors toi et moi arrivons à une sorte de compte de ce que tu as fait. »

Kaelyssa hocha la tête. « Très bien. Qu’en dis-tu, Murgan ? »

L’ogrun déposa son bouclier et détacha les courroies maintenant ses épaulières armurées sur ses épaules. Sous l’épaulière gauche, son gambison rembourré était taché d’un rouge vif. «  Je dis que nous devrions soigner nos blessés et rentrer ceux qui sont incapables de se battre à l’intérieur de la forteresse. Ensuite, nous nous réunirons et nous trouverons le meilleur moyen de combattre et de survivre à tes rejetons draconiques.

LÉGION D’EVERBLIGHT

Elyshyvah se permit un sourire en coin alors qu’elle et se force s’approchaient de l’embouchure du petit ravin qui contenait sa proie. Elle pouvait difficilement contenir l’élan de fierté face à la gloire qui allait bientôt être sienne, mais le sourire disparut presque aussi vite qu’il était apparu, et le visage de la bergère de guerre nyss repris son masque habituel de réserve glacée.

Elle leva son bâton de combat et fit signe à ses patrouilleurs d’avancer. Alors que ses guerriers nyss corrompus se déployaient derrière elle en rangs bien ordonnés, ils se déplacèrent dans une démarche rapide et prédatrice qui dévorait le terrain accidenté avec une efficacité silencieuse. Tueurs polyvalents, chaque patrouilleur portait un arc court et courbé dans sa main droite griffue et une longue épée incurvée gainée à sa ceinture. Les patrouilleurs pouvaient manier les deux armes avec un talent meurtrier.

Pour Elyshyvah, les prouesses de combat des patrouilleurs restaient secondaires par rapport à leur valeur d’éclaireurs et de pisteurs polyvalents. Sans eux, elle n’aurait pas pu suivre a proie depuis leur base elfique isolée sur l’étendue accidentée des Pics des Falaises du Tonnerre. Sa maîtresse Vayl, Disciple d’Everblight, assiégeait les iosiens avec une armée de rejetons draconiques et de nyss corrompus, puis lui avait confié l’immense tâche de traquer la warcaster iosienne et de s’occuper d’elle.

Elyshyvah commandait maintenant six escouades de patrouilleurs nyss. Elle avait également reçu deux imposants protecteurs néphilim, des rejetons draconiques humanoïde massif assez intelligent pour respecter ses ordres. C’était un honneur sans égal de pouvoir faire confiance à des bêtes issues du sang de Vayl.

Vayl avait averti Elyshyvah que la warcaster en fuite et ses chasseurs de mage étaient des tueurs discrets. Bien qu’Elyshyvah ait pris l’avertissement au sérieux, elle s’était sentie insultée que Vayl insiste sur une telle prudence ; elle pourrait habilement maîtriser les redoutables rejetons draconiques et se battre à leurs côtés au cœur du combat, et elle était sûre de pouvoir vaincre la warcaster. Elle avait hâte de coincer et de tuer cette Kaelyssa et de faire ses preuves auprès de Vayl.

Malheureusement, Kaelyssa s’était révélée être une redoutable adversaire et Elyshyvah ne l’avait rattrapée qu’une seule fois. Bien que la bataille ait été glorieuse, Kaelyssa et nombre des chasseurs de mage avaient réussi à s’échapper du champ de bataille et à s’enfoncer dans les montagnes. Ils avaient réussi à capturer vivant l’un des iosiens, auprès de qui Elyshyvah avait appris le nom de sa proie.

Elyshyvah avait poursuivi avec ténacité, et sa persévérance avait porté ses fruits. Un éclaireur avancé avait rapporté que les iosiens avaient engagé un groupe de nains dans un ravin à moins d’un kilomètre de leur position. Kaelyssa n’avait nulle part où s’enfuir.

Elle serait coincée entre les forces d’Elyshyvah et les nains. Une fois qu’Elyshyvah en aurait fini avec Kaelysa, elle pourrait facilement s’occuper de la dérisoire force naine.

Il était temps, La poursuite était terminée, et le prédateur se régalerait de la chair de sa proie. Elyshyvah leva à nouveau son bâton de combat, et les deux néphilim se déplacèrent pour la flanquer. Leurs imposantes formes et leurs armures ornées la remplissaient de confiance. Quel ennemi pourrait se dresser contre elle avec de telles créatures à ses côtés ?

Elle avança. Ses patrouilleurs et ses néphilim n’eurent pas besoin d’encouragements et la suivirent.

Devant, le ravin se rétrécissait en un amas de blocailles et de rochers tombés. Elle et ses patrouilleurs se frayaient un chemin avec facilité.

Au-delà du champ de blocailles se tenait une petite forteresse de pierre, ses portes simples en bois s’étendaient à travers le ravin. Une seule ligne de guerriers rhuliques se tenait devant la porte, de lourds boucliers rectangulaires emboîter pour créer un court mur d’acier et de bois. Au sommet de chaque bouclier reposait un fusil à canon court, pointé vers sa force avançant. Elyshyvah vit un certain nombre de cadavres iosiens éparpillés devant la ligne naine, ce qui lui fit comprendre que les rhulfolk étaient sortis victorieux de leur bataille contre les iosiens. Cependant, la demi-douzaine de cadavres elfiques ne constituait pas la totalité des forces de Kaelyssa, et elle ne vit pas le corps de la warcaster parmi eux. Qu’avaient fait les nains avec Kaelyssa ?

La réponse était évidente. Les nains avaient forcé Kaelyssa et ce qui restait de ses chasseurs de mage à se rendre et les retenaient dans la forteresse. Il ne faisait aucun doute que les avides rhulfolk considérait Kaelyssa comme une otage de valeur ; peut-être pensaient-ils la rançonner. En fin de compte, ce n’était pas grave ; ils ne priveraient pas Elyshyvah de sa proie.

Elle souleva à nouveau son bâton et les patrouilleurs derrière elle s’arrêtèrent. Environ cinquante verges séparaient sa force de la ligne rhulique. Elle estima qu’ils étaient trois fois plus nombreux que les nains – probablement plus.

Un fusilier nain s’avança et abaissa son bouclier, le posant sur son pied droit. Sa barbe était grise et son armure légèrement plus ornée que celle de ses camarades. « Fais demi-tour ! » Cria-t-il en khardique, une langue avec laquelle elle était vaguement familière. « Avance encore et nous ouvrirons le feu ! »

Amusée par la bravade du commandant nain, Elyshyvah répliqua : « Où sont les iosiens, nain ? SI tu me le dis, je te laisserai peut-être vivre. »

« Les iosiens sont morts ! » répondit le commandant nain en désignant les cadavres elfiques avec son fusil. « Tu n’as plus rien à faire ici. Fait demi-tour maintenant. C’est ton dernier avertissement ! » Sur ce, il prit son bouclier et reprit sa place au centre de la ligne naine.

« Imbécile », marmonna Elyshyvah. Elle essaierait de capturer ce commandant nain. Son insolence exigeait une attention particulière.

« En avant ! » Aboya-t-elle. Ses patrouilleurs bondirent en avant pour former trois rangs devant elle. Les nains n’ouvrirent pas le feu comme elle s’y attendait mais se sont accroupis derrière leurs boucliers. « Encochez ! » Les patrouilleurs encochèrent des flèches noires aux cordes et bandèrent leurs arcs. Elle les laissa tenir le temps d’une respiration. « Tirez ! »

Un essaim de flèches s’élança des lignes des patrouilleurs et s’abattit sur la ligne naine. Le lourd impact de leurs pointes de fer frappant l’acier et le bois fut choquant dans les confis du ravin.

Elyshyvah s’attendait à ce que la moitié de la ligne naine s’effondre dès la première volée. Horrifiée, elle vit que pas un seul nain n’était tombé. Leurs boucliers étaient hérissés de flèches, mais aucune n’avait pénétré. Elle crut détecter un léger ton moqueur dans la voix du commandant nain alors qu’il hurlait l’ordre de riposter.

Les fusils nains prirent vie, crachant de la fumée et du plomb sur le premier rang des patrouilleurs. Toutes les autres troupes auraient été massacrées sous la grêle des tirs, mais ses patrouilleurs s’étaient jetés au sol une fraction de seconde avant que les nains tirent. Ne trouvant aucune cible nyss, les lourdes balles des carabines rhulique gaspillèrent leur énergie mortelle contre le sol et les parois du ravin.

Il semblait qu’à cette distance, ils étaient dans une impasse : les nains ne pouvaient toucher les rapides et agiles patrouilleurs avec leurs fusils, mais ses patrouilleurs ne pouvaient pas non plus pénétrer les boucliers des nains avec leurs flèches. Elle pourrait ordonner aux patrouilleurs de concentrer leur tir sur une seule cible, et sans aucun doute un tel barrage supplanterait la plus robuste des défenses. Mais cela prendrait du temps, et pire encore, cela pourrait forcer les nains à se retirer dans leur forteresse, la forçant à assiéger – elle était mal équipée pour entreprendre cette tâche – pour réclamer sa proie.

Face à la possibilité d’un siège prolongé, la décision fut simple. Les boucliers nains les protégeaient des flèches nyss, mais ils seraient beaucoup moins efficaces contre les lames nyss maniées au corps à corps. Elyshyvah leva son bâton de combat et abattit d’un coup sec son extrémité tranchante. « Chargez ! Tuez-les ! » Cria-t-elle.

Des dizaines de lames furent tirées de leur fourreau, et les rangs nyss scintillèrent d’acier. Puis la force s’élança vers l’avant, se délectant de la joie viscérale du combat, de la lame et du sang.

La Ligne naine éclata en fumée et en bruit alors qu’elle tira une nouvelle salve. Cette fois, les nyss étaient plus proches et eurent moins de temps pour éviter les tirs. Une demi-douzaine de patrouilleurs furent abattus, mais la vaste majorité s’écrasa contre les nains pour plonger leurs lames par-dessus les boucliers de leurs adversaires et trancher la chair et l’armure. Elyshyvah et ses néphilims s’enfoncèrent dans le flanc gauche de la ligne, son bâton de combat et les lourdes hallebardes des néphilims faisaient des ravages.

Les nains abandonnèrent leurs fusils dans la mêlée et tendirent la main dans le dos pour tirer de robustes haches de guerre d’un seul coup. Ils maniaient ces armes avec une habilité surprenante, mais furent surpassés par les nyss plus rapides. Il ne fallut pas longtemps avant qu’ils ne soient mis en déroute.

Elyshyvah et les néphilims avaient décimé le flanc gauche nain, et elle les lâcha pour qu’il puisse massacrer à volonté. Momentanément seule sur le champ de bataille, elle se lança à la recherche d’une autre cible et espionna le commandant rhulique au centre d’une mêlée désespérée. Il combattait dos à dos avec une autre guerrier nain, des cadavres de patrouilleurs jonchant le sol à leurs pieds. Cependant, les deux hommes étaient encerclés et put voir une tâche de cramoisi sur la cuisse gauche du commandant là où une lame nyss l’avait blessé. Elle sourit, souleva son bâton de combat et se précipita vers la mêlée.

Elle les avait presque atteints lorsque les portes s’ouvrirent. Elle se retourna pour voir surgir près de deux dizaines de chasseurs de mage. La moitié avait leur lame en main et chargea pour engager les nyss en mêlée. Les autres avaient des arbalètes et tirèrent dans la mêlée tournoyante. À leur tête se trouvait une personne familière en armure blanche : Kaelyssa. Une imposante silhouette armurée, un ogrun de la taille d’un néphilim chargeait à côté d’elle. Il portait un énorme bouclier rond attaché à son bras gauche et tenait un lourd glaive avec une longue hampe à sa droite. Il s’élança dans les patrouilleurs, en écrasant l’un d’entre eux d’un coup de bouclier et en faisant volé la tête d’un autre d’un simple coup de glaive.

L’esprit d’Elyshyvah s’emballa. Les iosiens et les nains étaient alliés. Comment l’animosité pure et simple et la guerre s’étaient-elles transformées en coopération ? La réponse lui vint aussitôt et l’emplit d’une sinistre fierté. Ils s’étaient alliés pour combattre une menace plus grande que celle qu’ils se posaient l’un à l’autre. Ils s’étaient alliés pour faire face à Elyshyvah.

Elle et ses patrouilleurs étaient toujours plus nombreux que les alliés, et elle avait toujours ses deux néphilims protecteurs, maintenant au coeur de la mêlée et abattant les ennemis à chaque coup de leur puissante hallebarde. Ce ne serait pas une victoire facile, mais cela ne ferait que la rendre plus douce.

« Kaelyssa ! » Cria Elyshyvah. Elle pointa son bâton de combat vers la warcaster elfe, qui s’attaquait aux patrouilleurs avec son canon à traits runiques.

Dans le vacarme de la bataille, Kaelyssa entendit le défi d’Elyshyvah. Elle se retourna, replaça son canon à traits runiques dans son étui et dégainé son épée de l’endroit où elle était suspendue dans son dos. Elle s’avança vers la nyss, une concentration mortelle claire dans son allure mesurée.

Elyshyvah remarque que le côté gauche du visage de la warcaster elfe était lourdement bandé. En fait, une gaze ensanglantée obscurcissait son œil gauche. Blessée et à moitié aveuglée, Kaelyssa serait gravement désavantagée en combat au corps à corps. Elyshyvah ne put s’empêcher de sourire alors qu’elle levait son bâton de combat et chargeait. Elle allait bientôt prouver sa valeur, lorsqu’elle poserait la tête de Kaelyssa devant la Disciple d’Everblight.

2
Background – Histoire des Royaumes d’Acier / Noirs Secrets
« le: 07 septembre 2020 à 22:53:08 »
NOIRS SECRETS

par William Shick

AU PLUS PROFOND DU BOIS D’ÉPINES, 608 AR

Grizbile regardait attentivement à travers la lunette de son fusil, concentrant sa vision améliorée sur la poitrine du Garde des Glaces conduisant un chariot de ravitaillement lourdement chargé. Les khadoréens avaient fréquemment envoyé du ravitaillement dans cette région au cours des derniers mois, mais récemment, l’activité avaient atteint un niveau fébrile et maintenant les caravanes de ravitaillement se présentaient presque quotidiennement. Grizbile ne pouvait plus se rappeler quand les entrepôts de Jarl avaient été aussi pleins. Il était temps que quelque chose se produise enfin en leur faveur.

Le pyg guérillero prit quelques respirations profondes avant d’expirer lentement, sentant tous ses muscles et ses tendons devenir complètement immobiles alors que son doigt abaissait la détente de son fusil. Il y eut un grand bruit et Grizbile sentit la crosse familière du fusil contre son épaule. Il hocha la tête de satisfaction en voyant sa cible se raidir et une fleur de sang cramoisie tacher le rouge vif de son armure thoracique. Plusieurs autres détonations résonnèrent à travers la forêt alors que les pygs de Grizbile ouvraient le feu, chacun visant à provoquer le maximum de confusion parmi la caravane. Grizbile vécu l’attaque dans sa tête, cochant la liste mentale avec un détachement froid, comme Jarl lui avait appris : S’occuper d’abord des conducteurs et de cheveux de tête et arrière pour piéger les chariots du centre. Ensuite, cibler les officiers, ne laissant aux hommes paniqués personne vers qui se tourner pour prendre la tête.

La confusion s’enracinant parmi les hommes, il appartenait à Ganch et ses sapeurs de transformer la scène en un véritable chaos. Au moment opportun, la terre autour des khadoréens assiégés éclata. Le bruit des gros flingues retentit dans les airs alors que les sapeurs tiraient dans le dos de ceux qui essayaient désespérément d’établir une sorte de défense. Sans chef, assailli à la fois devant et derrière, il était temps d’asséner le coup de grâce.

Un mugissement de vapeur s’échappa à travers les bois denses et le sol trembla alors que huit tonnes d’acier trempé et de fureur mékanique éclata dans la forêt. Avec la force d’une locomotive emballée, le Nomade percuta le chariot central, brisant le bois et le projetant dans plusieurs malheureux khadoréens qui furent écrasés sous lui. Le warjack se tourna alors pour planter son énorme espadon dans quelques membres de la Garde des Glaces survivants à sa portée, les découpant en morceaux dans des gerbes de sang cramoisi.

Un khadoréen courageux réussi à se faufiler sous les grands coups de la machine et frappa avec sa propre hache dans un puissant coup par-dessus sa tête. L’homme eut à peine le temps de manifester un regard d’horreur alors que son coup le plus puissant provoquait simplement une étincelle sur la coque en acier du warjack avec que l’énorme automate en fer ne l’attrape pas la poitrine avec ses puissants doigts en acier et l’écrase en bouillie sanglante. Face à cette nouvelle menace, les quelques khadoréens restant se retournèrent pour fuir, désespérés d’échapper au tourbillon mortel s’abattant sur eux.

Avec une facilité déconcertante, Grizbile rechargea son fusil et visa le dos d’un des soldats en fuite. L’homme tomba mort avant même d’avoir entendu la détonation du fusil. Alors que le pyg se préparait à tirer à nouveau, il vit une silhouette agile et armurée sortir de la forêt pour intercepter les deux derniers khadoréens, un Vanguard violet et blanc la flanquant. Les deux hommes paniqués s’arrêtèrent alors cette nouvelle menace apparut devant elle. Avec la grâce d’une duelliste, la femme leva son élégante lame en signe de salut d’escrimeur et leur demanda de tirer les haches de leur ceinture. Elle ne leur donna qu’un instant avant de les rejoindre, sa lame frappant comme une vipère d’acier. Elle traversa l’espace qui les séparait et gaina sa lame d’un mouvement fluide alors que les corps des khadoréens touchaient le sol à l’unisson parfait.

Grizbile passa son fusil sur son dos et s’approcha d’elle. Il fut bientôt rejoint parla forme tachée de terre de Granch, qui affichait un sourire écarquillé d’une oreille à l’autre.

« On pourrait penser que le puissant Empire du Khador offre un plus grand défi à une bande de voleurs disparates comme nous, hein, mon frère ? » Il gloussa et frappa fortement Grizbile sur l’épaule.

Grizbile grogna. « Tu n’as pas encore affronté une véritable armée. Et si tu étais un peu plus sage, tu prierais Dhunia pour que les rafles restent facile. »

La réprimande ne fit rien pour tempérer l’humeur du jeune pyg ; rien ne le faisait. « Une bonne alliée que Jarl a trouvé pour nous. Ashlynn et ses warjacks. »

Il regardait avec admiration le Nomade, qui avait posé sa lame et redressait maintenant le chariot qu’il avait envoyé voler comme du petit bois il y a quelques minutes. Une épaisse fumée noire s’échappait de la cheminée du warjack, et le gémissement de la vapeur et des pistons perçait l’air alors qu’il accomplissait sa tâche.

« Oui, elle et ses warjacks sont certainement précieux. Mais elle demande et coûte beaucoup pour son aide – et pas seulement en butin. » Cracha Grizbile. Il n’aimait pas le marché que Jarl avait passé avec la femme. Lui donné une plus grande partie des bien qu’ils pillaient était une chose, mais accepter de la soutenir dans son propre combat en était une autre. Le peuple avait déjà assez de combats sur les bras.

Il vit Ashlynn entament une discussion avec le chef de bande trollkin, Hadrin Oathheart, « Nous avons eu une bonne chasse aujourd’hui. » Elle releva une bâche sur le chariot arrière pour révéler une plaine cargaison de charbon noir. « Bien que j’adore mes frères de fer, ils ont un appétit insatiable. »

Elle tapota le châssis de son Vanguard personnel comme un chien fidèle, et il laissa échapper un doux sifflement de vapeur. Grizbile ne l’avait jamais vu séparée du ‘jack depuis qu’ils combattaient ensemble. Elle avait même insisté pour qu’il continue de fonctionner sous terre, dans le complexe de tunnels qu’ils utilisaient comme base d’opérations – l’un des nombreux complexes que les trollkin sous le commandement de Jarl avaient débarrassé des cryxiens. Alors que l’aire souterraine était assez grande pour accueillir le warjack léger, la chose crachait suffisamment de fumée âcre même lorsqu’il était au ralenti. Granch et ses sapeurs avaient déployé des efforts considérables pour creuser des puits de ventilations, en s’assurant de les placer avec soin dans des zones où la fumée serait masquée par l’épaisse végétation du Bois d’Épines.

Grizbile se rapprocha d’Hadrin. Le grand champion trollkin était un puissant guerrier, mais il n’avait pas encore acquis les compétences du métier de bandit. « Nous devons agir rapidement. On ne sait pas s’il y a d’autres khadoréens derrières. » Grizbile pouvait déjà voir ses frères de batailles passer par la routine de la préparation u transport, mais cette partie de l’opération le rendait mal à l’aise.

Hadrin le regarda pendant un moment avant de hocher la tête et de transmettre le message, en cygnaréen, à Ashlynn. Grizbile était bien considéré par Jarl et accompagnait le légendaire bandit trollkin quand il était encore considéré comme une hors-la-loi, de sorte que ses paroles avaient un poids supplémentaire avec le champion.

Ashlynn leva son regard bleu perçant sur le grand trollkin. « Même si une autre caravane nous tombait dessus, nous avons suffisamment de force pour les affronter. » Une fois de plus, Grizbile se trouva reconnaissant que Jarl ait insisté pour qu’il apprenne très tôt les bases du cygnaréen et du khadoréen.

Hadrin se retourna vers lui. « Elle a raison. »

Grizbile fronça les sourcils, son humeur demeurant inchangée. « Peut-être, mais c’est nous qui devons faire les surprises. Contrairement à ses warjacks, nos proches ne sont pas remplaçables. »

Hadrin grogna, et pendant un instant Grizbile crut que le champion allait s’emporter. Même son statut élevé auprès de Jarl n’allait pas plus loin. Hadrin n’était certainement pas obligé de l’écouter.

Hadrin se retourna et répéta son désir de faire avancer les choses rapidement. Grizbile vit les traits lisses du visage d’Ashlynn se contracter légèrement ; le pyg imaginait qu’elle n’était pas habituée à recevoir des ordres, surtout d’un trollkin. Elle fit signe de tête à Hadrin, cependant, et soudain, les yeux de son Vanguard flamboyèrent. Avec un fort grondement, il se dirigea vers un autre chariot avec elle tout près derrière.

« Je ferai attention à la façon dont tu parles de son frère de fer », déclara Granch, « surtout quand tu n’arrives qu’à son genou. » Il poussa Grizbile avec espièglerie.

« Au moins, ses frères ne causent pas des masses », déclara Grizbile. « Allez, on a du taf. »

* * *

Le Capitaine Maxwell Finn traversa le camp combiné de cygnaréens et de khadoréens. Une barbe d’un jour couvrait sa mâchoire, tandis que de la boue et des débris de forêt s’accrochait à sa tenue par endroits. Il ressemblait moins à un officier qu’à un grymkin sauvage conjuré par les ténèbres du Bois d’Épines. Sa mini sulfateuse signature était attachée dans son dos. Avec son kit de commando, Elle représentait une charge avec laquelle même le pionnier le plus en forme aurait dû mal. Finn, cependant, mouvait cela comme si les trente-six kilogrammes d’équipements sur son dos ne pesaient rien du tout.

Il avait passé près d’une semaine à travers la forêt, à la recherche d’installation cryxiennes souterraines. Il était sale, puait probablement pire qu’un Écorcheur du Bois d’Épines mort, mais pire que cela, il avait faim. Des biscuits secs, du fromage moisi et de la viande séchée plus proche du cuir que la viande séchée pouvait nourrir un soldat mais affamait l’esprit d’un combattant. Il se retourna vers les visages hagards des pionniers marchant en file derrière lui. Bien qu’ils se déplacent avec détermination, les yeux étaient vides. Ce dont ses hommes et lui avaient besoin, c’était un repas chaud, d’un pantagruélique. Morrow aide le cuistot qui essayerait de faire respecter la ration alimentaire à ses hommes aujourd’hui.


En traversant le camp, Finn ne put s’empêcher de s’émerveiller à la vue des soldats khadoréens et cygnaréens se déplaçant et se mêlant les uns aux autres. La plupart des groupes mixtes qu’il vit étaient des officiers, et ils demeureraient rarement ensemble plus longtemps que nécessaire pour se transmettre les missives ou discuter de toute question logistique. Pourtant, leurs communications étaient de plus en plus faciles, depuis l’attaque ratée contre le bastion central cryxien. À la pensée de cet engagement brutal, Finn passa inconsciemment son doigt sur sa dernière cicatrice, obtenue à la suite d’un contact rapproché avec des cœliaques. Il avait perdu beaucoup de bons hommes dans ce combat. Et donc, il pensa, sans se réjouir, que les khadoréens ne l’auraient jamais cru possible.

Après la défaite, les deux forces s’étaient repliées pour se regrouper et panser leurs blessures. La majeure partie de l’armée cygnaréenne s’était déplacée vers le sud, vers le Fleuve de la Langue du Dragon, tandis que les khadoréens s’étaient regroupés dans la partie nord du Bois d’Épines, chaque armée cherchant à rester près de ses lignes de ravitaillement respectives. Malgré cela, il y avait encore de nombreux campements mixtes cygnaréens et khadoréens de part et d’autre de la ligne de partage des eaux. Le bataillon de Finn était l’un de ceux qui étaient partis vers le nord avec les khadoréens. Peu importe leurs sentiments l’un pour l’autre, la première bataille contre le Cryx avaient mis la nouvelle alliance à l’épreuve. Ce que tout le monde avait pensé être une brève union de convenance était devenu une affaire plus longue. Maintenant, ayant vu la taille et la portée de la menace cryxienne, personne ne pensait que le combat se terminerait rapidement ou facilement.

Même s’il détestait encore les khadoréens, il devait admettre que toutes les batailles et les guerres qu’il avait livrées, celle-ci lui semblait la plus juste – même s’il se battait aux côtés d’un ennemi détesté. Le fait est qu’ils ne se battaient pas pour des frontières ou une idéologie ou simplement parce que l’humanité avait un besoin inné qui nécessité une bonne guerre de temps en temps.

Sa rêverie fut interrompue par l’odeur du ragoût chaud qui flottait dans l’air. L’odeur était si divine qu’elle faisait grogner son estomac et il dut avaler la salive accumuler dans sa bouche. Il était à environ six mètres de la tente du mess quand il entendit une voix crier son nom.

« Capitaine Finn ! Capitaine Finn ! »

Finn se tourna pour remarquer un jeune lieutenant cygnaréen courir vers lui, un bout de papier à la main. Finn soupira lourdement et se détourna avec beaucoup d’effort de la tente du mess. Le lieutenant failli lui rentrer dedans avant de se mettre maladroitement au garde-à-vous.

« Capitaine Finn, j’ai l’ordre de vous présenter immédiatement au major du QG du camp. » Sans réfléchir, Finn grogna, un son grave et dangereux. Il força son agacement quand il vit l’aide reculer d’un pas. Ce n’était pas de sa faute si Finn allait manquer son repas.

Finn se retourna et aboya, « Sergent Fullet ! Devant et au centre ! » Grâce à la discipline qu’il avait pratiquée, un homme rompit les rangs et se mit au garde-à-vous devant lui. « Je dois me présenter au QG combiné. Vous, sergent, vous devez vous assurer que les hommes reçoivent toute la bouffe chaude qu’ils veulent. En ce qi me concerne, on nous doit une semaine de repas, et ne laissez pas ces misérables officier de cuisine vous dire le contraire. »

Les yeux fatigués de Fullet s’illuminèrent à l’ordre. « Oui, monsieur ! »

« Oh, et Fullet, quand tu auras fini ici, apporte-moi le plus grand bol que tu peux, au QG. J’ai le sentiment qu’on va encore y passer un long moment.

Fullet fit un clin d’œil, la vie lui revenant sur son visage à la perspective de se remplir le entre de bouffe chaude. « Je vais vous apporter une pleine marmite, monsieur. »

Un sourire ironique se dessina sur les traits rugueux de Finn. Il se tourna vers le lieutenant et dit : « Très bien fils, montre le chemin. »

* * *

La tente du QG du camp était située au centre, ayant servi de repaire pour la disposition du reste du camp. Même s’alliant les uns aux autres, les soldats cygnaréens et khadoréens avaient gardé une frontière stricte entre leurs espaces de vie. Étant donné la taille de l’armée combinée, les troupes avaient été divisées en plusieurs grandes centre opérationnels supervisés par les hauts commandements cygnaréen et khadoréen. Chaque centre avait ensuite été divisé en camps abritant deux bataillons ou plus, dont beaucoup constituaient le conglomérat des forces des deux nations. La division avait réduit le chaos et la confusion lors des efforts de regroupement continus après la première bataille contre le Cryx.

Finn se fraya un chemin au-delà du lourd rabat en toile et entra. Le centre de la tente était occupé par une grande table en bois couverte de plusieurs cartes. Divers marqueurs représentaient les positions actuelles des autres QG opérationnels des armées ainsi que des repaires cryxiens connus ou suspectés. Au grand dam du haut commandement des deux armées, le sol sous le Bois d’Épines semblait criblé de cavernes et de tunnels, offrants à l’ennemi des endroits apparemment infinis où se cacher.

« Capitaine, merci de vous joindre à nous », prononça chaleureusement le Major Lionel Standish. « Je me rends compte que vous venez de rentrer d’une opération prolongée, mais je crains que nos alliés khadoréens viennent de découvrir une nouvelle cible. Un ayant gravement perturbé une route d’approvisionnement vitale. » Son visage moustachu avait une expression désolée.

Standish se tourna vers le groupe de trois officiers khadoréens qui se tenaient en face de lui. Chacun était vêtu d’une tenue militaire complète. Finn remarqua avec une certain humour sombre que même leurs bottes étaient impeccablement polies. Il reconnut deux des officiers : le commandement du bataillon khadoréen du camp, la Kovnik Anya Kardovich, et le Lieutenant Vasko Sergi.

Finn avait eu plusieurs interactions avec Vasko et avait même mené quelques opérations conjointes avec lui sur le terrain. Bien que l’homme ait conservé ses airs de commandant khadoréen dans le camp, il était un guerrier habile au combat – et Finn l’avait vu se mettre en danger pour protéger les hommes sous son commandement. S’il ne connaissait rien d’autre de l’homme, ce seul fait suffisait à lui faire gagner le respect de Finn. De plus, contrairement à la plupart des officiers khadoréens, lui et Vasko avait toujours été droits l’un envers l’autre. S’il devait se rendre dans l’enfer du Bois d’Épines avec des khadoréens dans son dos, il voudrait que l’un deux soit Vasko.

Finn ne reconnut pas le troisième officier. En le regardant, il vit le khadoréen prendre sa mesure également. Il était clair que l’homme n’approuvait pas le crasseux capitaine du sud. Finn était sur le point de le classer comme étant juste un autre pompeux officier quand il aperçut la fine traînée de fumée qui flottait dans le dos de l’homme. Avec une certaine surprise, il réalisa que cet homme était un warcaster khadoréen, bien qu’il ne l’ait jamais rencontré sur le champ de bataille.

Le Major Standish débuta les présentations par un signe de la main. « Capitaine Finn, je crois que vous connaissez déjà la Kovnik Kardovich et le Lieutenant Sergi. » Finn fit un signe de tête à chacun d’eux. « Et voici », dit Standish au warcaster khadoréen, « le Kovnik Andrei Malakov. » Finn fit un nouveau signe de tête au warcaster mais ne reçut qu’un signe de tête dédaigneux en réponse.

La Kovnik Kardovich débuta : « Comme le Major Standish l’a déclaré, au cours des dernièrs semaines, plusieurs de nos caravanes de ravitaillement ont disparu. Au début, nous pensions qu’elles étaient victimes d’attaques sporadiques et non coordonnées de la part des cryxiens. Nous étions préparés à cela, bien sûr. » Elle fixa Finn d’un regard froid en poursuivant : « Les dommages collatéraux sont un simple fait de guerre. »

Ce commentaire fit frémir Finn. C’était typique de l’attitude de l’élite khadoréenne.

« Cependant, un schéma s’est dégagé indiquant que ces frappes ne sont pas aléatoires mais sont plutôt exécutées depuis un point central, ici. » Elle pointa un doigt fin et ganté sur la carte au centre de la table. Un cercle griffonné marquait une zone d’environ trente-deux kilomètres au nord de leur position. « Nous ne pouvons pas permettre à cette menace de continuer à entraver nos lignes d’approvisionnement. »

Finn étudia la carte. « Et qu’en est-il de la disposition des cryxiens ? Nos éclaireurs ont-ils fait rapport ? »

Le Major Standish jeta un regard mal à l’aise vers Kardovich. « Cette mission est menée sous le commandement khadoréen. Ils m’ont assuré que leur évaluation de la situation était exacte. »

Finn fronça les sourcils, mais avant de pouvoir répondre, Vasko s’exprima. « L’ennemi est là, Capitaine Finn. Vous pouvez être certain que nous comprenons la menace présentée et que nous recherchons une réponse appropriée.

« C’est pourquoi vous êtes ici », coupa Kardovich. « Votre équipe a éliminé plus de repaires cryxiens que toute autre dans ce camp. D’après nos informations, cette nouvelle planque représente une force importante. »

« Vous voulez donc que nous résolvions votre problème à votre place ? » Grogna Finn.

« Malheureusement, Capitaine, seul, même vous n’auriez aucune chance. » La voix de la kovnik était clinique dans son évaluation. « Nous avons des informations sur le fait que cette planque inclut un important soutien de la part de warjack. Pas conséquent, vous et vos hommes serez attachés au Kovnik Malakov avec le Lieutenant Sergi et des éléments de sa force. » Elle fixa le capitaine pionnier avec un regard sévère. « Ne vous y trompez pas, ce ne sera pas une simple recherche et destruction. »

Finn le fixa, intrépide face au regard du kovnik. « Nous y arriverons, monsieur. C’est que font les pionniers. »

« Veillez à ce que ce soit fait, capitaine », dit le Kovnik Kardovich. « Vous pouvez vous retirer. »

Finn s’énerva contre le khadoréen, pensant le renvoyer devant Standish, son commandant actuel. Il regarda le major, qui haussa les épaules de bonne humeur et lui fit un signe de la tête. Finn leva la main en guise de salut puis sortit de la tente, un léger doute persistante au fond de son esprit. Quelque chose puait, mais il serait damné s’il savait ce que c’était.

Il rejeta la pensée. IL n’y avait rien à faire pour l’instant. Il faisait confiance à ses hommes pour faire le job et ils lui faisaient confiance pour les ramener vivants à la maison. C’était assez bien. Le reste se réglerait comme ça.

Maintenant, où état Fullet avec son ragoût.

* * *

Une activité animée remplissait les salles du complexe de cavernes alors que les trollkin vaquaient à leurs occupations sous le Bois d’Épines. Plusieurs trollkin chargeaient certains des derniers butins du groupe dans des chariots de ravitaillement destinés au camp principal de Jarl. Grizbile était satisfait de voir que grâce à leurs efforts, leurs amis et leurs familles seraient bien approvisionnés. Ils avaient beaucoup enduré ces dernières années, et il était temps qu’ils trouvent un peu de réconfort dans leurs foyers ravagés par la guerre.

Ashlynn se tenait à proximité, discutant tranquillement avec un mage balisticien vêtu de noir profond avec des fioritures violet foncé, Fynch di Lamsyn. Fynch était l’un des confidents les plus fiables d’Ashlynn ; Grizbile voyait rarement les deux séparément. L’homme était assez aimable et, lors d’une récente escarmouche, son habilité avec son pistolet cinémantique avait sauvé la vie d’Hadrin Oathheart, lui ayant valu une solide amitié avec Hadrin et plusieurs des champions du leader trollkin.

Grizbile aperçut Granch, qui lui sourit et lui fit signe de s’approcher. Lui et plusieurs autres pygs jouaient à un jeu de hasard qu’ils avaient de leurs invités llaelais. Granch était même allé jusqu’à tailler ses propres cubes à six faces à partir de morceaux de pierre taillés dans le mur de la caverne. Si Grizbile ne comprenait pas l’attrait d’un jeu où l’on perd régulièrement ses affaires, il s’avança quand même. Il sentit son humeur s’éclaircir alors qu’il regardait son frère gagner plusieurs tours de jeu, poussant à chaque fois un cri de victoire alors qu’une chance aléatoire le guidait.

Il commença presque à s’amuser, cédant aux cajoleries et à l’exubérance de Granch, quand il y eut un cri de l’entrée de la caverne et un pelletier solitaire entra en courant. Grizbile se renfrogna en entendant le trollkin appeler Hadrin, toujours en conversation avec Ashlynn et Finch. L’omniprésent Vanguard dominait le trio, la fumée s’échappant de ses cheminées. Le pelletier gesticula rapidement alors qu’il transmettait toutes les informations en sa possession à Hadrin et aux deux humains. Grizbile n’eut pas besoin d’entendre les paroles pour savoir que c’était une très mauvaise nouvelle. Il remarqua immédiatement leurs corps se crisper et le Vanguard commença à bouger bruyamment sur ses pieds, reflétant l’agitation d’Ashlynn. Après un rapide dialogue, Hadrin se retourna, et sa voix retentissante emplit la caverne.

« Nous avons une importante force khadoréenne qui s’approche de notre position. Ils semblent qu’ils recherchent leurs caravanes perdues. » Il leva la main pour calmer la clameur grandissante alors que la nouvelle se diffusait. « Nous avions prévu cela. Nous devons seulement les retenir assez longtemps pour que les réserves restantes soient enlevées en toute sécurité. Alors, allons-y. »

Grizbile vit un sourire fleurir sur le visage de Granch. Il savait à quoi pensait son frère.

« Écoute », dit-il en attrapant son frère durement par l’épaule. « Ce n’est pas comme attaquer une caravane de ravitaillement non préparée. C’est un vrai combat, alors ne fais rien de stupide. »

Granch fit juste un clin d’oeil. « Hé, je vais faire attention. Tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour moi. » Il étreignit Grizbile puis se dépêcha de rassembler ses sapeurs. Grizbile le regarda partir, l’excitation clairement visible à l’occasion d’un vrai combat, et secoua la tête.

« Je m’inquiéterai toujours pour toi, petit frère », marmonna-t-il dans sa barbe. Il jeta un dernier regard vers Granch, puis dessanglât son fusil alors qu’il se dépêchait de trouver son propre groupe.

* * *

Le Capitaine Maxwell Finn grinça des dents alors qu’il luttait contre le recul de la mini-sulfateuse qu’il tenait entre ses mains. Les muscles épais de ses bras se gonflèrent alors qu’il maintenait la mitrailleuse lourde stable et tirait à travers les lignes de trollkin. Les munitions de gros calibre de la sulfateuse percutaient les rochers et les caisses de ravitaillement pour pulvériser le bois et la pierre au moment même où elles perforaient l’armure et s’enfonçaient dans la chair molle en dessous.

Finn jura à nouveau dans sa barbe alors qu’un pionnier à sa gauche était touché par une balle trollkin. L’homme chuta, un gargouillis sortant de sa bouche alors qu’il tentait désespérément d’endiguer l’écoulement de sang de son coup, là où il avait été touché. Finn avait encore du mal à croire qu’il s’agissait d’une bande trollkin hors-la-loi qu’ils affrontaient. Les khadoréens l’avait pris lui et Standish pour des imbéciles.

Depuis qu’ils s’étaient infiltrés dans le complexe de tunnels, il ressentait une constante sensation au fond de son esprit. Au cours des dernières semaines, il avait nettoyé plus de tunnel cryxiens qu’il ne pouvait compter, mais celui-ci était presque entièrement différent, ne partageant avec les autres que de faibles similitudes de construction. Les tunnels cryxiens empestaient la mort et la pourriture et étaient souvent jonchés de débris provenant de la macabre œuvre des nécrotechs. Malgré une légère humidité, ces tunnels avaient une bonne ventilation et étaient loin de l’enfer oppressant dont Finn se souvenait. Lorsqu’ils avaient découvert des signes de vie – des lits, des latrines et des foyers – il avait tout de suite su que quelque chose n’allait pas.

« Sergent Éclaireur ! », brailla-t-il entre deux rafales de sa mini sulfateuse. Le sergent éclaireur Landon Codwell couru sans effort vers Finn alors que le reste de son escouade de rangers lâchait un tir de couverture. Les hommes de Finn étaient coincés dans l’une des cavernes centrales du complexe de tunnels. Heureusement, l’endroit était rempli d’affleurements rocheux ainsi que de chariots, de lourds barils et de caisses de ravitaillement, ce qui offrait une couverture suffisante.

« Capitaine ». Le sergent éclaireur salua rapidement.

Une balle brisa l’oreille de Finn et percuta une paroie de pierre à sa droite, et il jura alors que plusieurs éclats de roche s’enfonçaient dans ses bras exposés. « Sergent, j’ai besoin que vous et vos hommes me trouviez un chemin détourné. Ces foutus trollkin s’amusent des fous avec nous, et tant que le Kovnik Malakov n’aura pas fait descendre ces fichus ‘jacks ici, nous continuerons à nous faire défoncer. »

Le sergent hocha la tête et se glissa dans un tunnel faiblement éclairé, poussant un sifflement strident. Le reste de son équipe se fondit alors dans le terrain environnant, silencieux comme des fantômes.

Finn lâcha une nouvelle salve et se dirigea vers la position du Sergent Fullet. Fullet et ses hommes étaient recroquevillés, faisant bon usage de la vaste couverture de la zone, tirant sur la ligne trollkin. Alors que les choses empiraient, Finn remercia pour le fait que jusqu’à présent, les seules véritables victimes avaient été les réserves de munitions de ses hommes.

« Fuller, rapport. » Aboya Finn.

« Ils nous ont bien coincés, monsieur. Je ne sais pas combien de temps on pourra encore supporter. Le Sergent Corley et ses commandos ont hâte de tenter leur chance. Il est à peu près sûr qu’ils peuvent s’approcher et ralentir la cadence. »

Finn grogna. « Oui, je suis sûr que les garçons de Corley pourraient le faire, en plus. Mais la dernière chose dont on a besoin est de se retrouver dans une mêlée avec des trollkin déterminés. Codwell nous trouve un autre moyen d’entrer. »

« Monsieur … » Débuta Fullet, puis s’arrêta.

« Allez-y, sergent », dit Finn.

« Monsieur, pourquoi diable affrontons-nous les trollkin ? Je croyais qu’on chassait le Cryx. »

Finn s’arrêta un instant, il s’était déjà posé la même question, mais il aurait le temps de découvrir plus tard pourquoi leurs « alliés » khadoréens les avaient mal informés. « Le commandant nous a envoyé pour découvrir qui interceptait les fournitures du Khador et y mettre fin. Trollkin ou Cryx, cela ne change rien. »

Il y eut un cri à travers les lignes de bataille, et Finn se retourna pour remarquer une vague de guerrier trollkin se précipiter vers eux, se déversant autour de la couverture éparpillées – et pire encore, des tunnels qui bordaient la grande caverne centrale.

« Je suppose que les garçons de Corley vont se battre après tout », déclara Fullet.

Finn poussa un cri et s’exposa à nouveau avec sa sulfateuse. Un rapide examen de la situation lui apprit que ses hommes étaient en difficultés. Ses oreilles captèrent soudain le son caractéristique des warjacks qui résonnaient dans la caverne. Le problème était que le son venait de devant lui, et non de derrière.

Finn sentit une peur froide s’emparer de lui lorsqu’il vit deux Nomades émerger de l’un des principaux tunnels de la caverne, une épaisse fumée noire s’échappant de leurs cheminées alors qu’ils couraient derrière la charge de trollkin. D’où diable venait-il ? Se demanda-t-il. Les trollkin n’ont pas de satanés warjacks ! C’était la dernière chose dont il avait besoin pour l’instant.

Finn s’efforça de se calmer, de se concentrer sur la situation. Des années d’expérience de combat lui permirent de voir la bataille se cristalliser devant lui. Il était sur le point de donner l’ordre à ses hommes de se replier quand il vit la charge trollkin éclater dans une grande explosion alors que le boucan assourdissant secouait la caverne. Il reconnut les bruits sourds distincts des bombardes derrière lui. Malakov s’était finalement décidé à se pointer – et si l’homme ne faisait pas attention, il allait faire tomber toute la caverne au-dessus d’eux.

* * *

Grizbile regarda la charge des guerriers trollkin soudainement inondées de flammes. Il savait que les warjacks khadoréens allaient inévitablement imposer leur présence, mais c’était une autre chose de voir leur potentiel destructeur se déchaîner, surtout dans les limites étroites de la caverne. La poussière remplissait l’air et des rochers tombaient de murs tandis que le choc de l’explosion secouait le sol. Leur élan étant stoppé par le bombardement, les trollkin se retrouvèrent sous l’assaut de tout un contingent de khadoréens, principalement des Gardes des Glaces mêlés au xpionniers cygnaréens. Les trollkins avaient pris le dessus au début, mais ils étaient maintenant désespérément en infériorité numérique.

Alors qu’il observait le champ de bataille, Grizbile aperçut Ashlynn, son Vanguard de compagnie près d’elle alors qu’elle se dirigeait vers le centre de la bataille en cours. Il savait que même elle avait peu d’espoir de renverser le cours de la bataille, mais elle pouvait aider à ralentir l’assaut et donner aux trollkin et aux llaelais une chance d’évacuer les biens volés. Des runes arcaniques brillèrent autour de sa main avant de se déplacer pour se fondre autour de Hadrin et de ses champions. Leur vitesse s’accrut, les mouvements des champions devinrent un flou alors qu’ils avançaient pour engager la nouvelle menace avec le warcaster qui les suivait de près.

Grizbile visa à travers la lunette de son fusil et tiré au centre d’un groupe des Gardes des Glaces qui avaient commencé à se déverser derrière les lignes cygnaréennes. C’est lorsque son groupe avait engagé les pionniers cygnaréens au lieu des khadoréens que le pelletier trollkin l’avait remarqué, et il avait été surpris, c’est le moins qu’il puisse dire. Il semblait maintenant clair que, de façon assez effrayante, les deux forces œuvraient ensemble.

Il désépaula et hocha la tête pour lui-même en voyant sa cible tomber. Cassant son fusil, il se retourna vers Ashlynn. Avec son sabre, Némésis, dans une main et son énorme canon à main dans l’autre, la femme était aux côtés des champions d’Hardrin, engageant un groupe de Garde des Glaces. Plus de runes entouraient sa lame, qui brillait tel un éclair dans sa main. Là où elle frappait, des cadavres chutaient. Les ennemis dont elle ne s’occupait pas était brutalement abattu par la vilaine guisarme de son Vanguard. Le warjack se déplaçait en parfait accord avec sa maîtresse, s’interposant entre elle et toute menace sur son flanc exposé, un grand frère d’acier et de vapeur gardant fidèlement sa petite sœur.

Grizbile chercha des signes de Granch au milieu du chaos, mais il semblait que lui et ses sapeurs n’avaient pas encore fait connaître leur présence. Pour Griebile, c’était pour le mieux. Cette bataille n’était pas un endroit où son frère avait besoin être.

Un de ses compagnons guérillero poussa un cri, et Grizbile se tourna pour voir l’imposante forme rouge d’un Destructeur khadoréen se profiler à l’horizon. La grande machine émis un hurlement de vapeur avant que des runes arcaniques ne la ceinturent et qu’elle ne charge le Nomade le plus proche d’une soudaine explosion de vitesse. Le warjack mercenaire fut légèrement plus rapide et fit descendre son espadon caspien en un arc de cercle qui fendit le blindage d’épaule du Destructeur et traversa le bras canon du warjack ennemi. Mais alors que l’attention d’Ashlynn était partagée, le warcaster khadoréen consacra toute son énergie à l’assaut de son warjack.

Le Destructeur planta sa hache d’un geste puissant à l’endroit qui reliait l’épaule au torse du Nomade. Dans une pluie d’étincelles, l’arme du khadoréen trancha l’articulation, faisant tomber le bras du Nomade au sol, sa main agrippant toujours son espadon. Son adversaire étourdi, le Destructeur porta plusieurs autres attaques, arrachant le blindage et anéantissant les délicats rouages internes du warjack mercenaire. Avec un bruit de métal tordu et de vapeur fusant, le Nomade s’effondra. Le Destructeur poussa hurlement de victoire alors que de la vapeur s’échappait de sa face. Juste à ce moment-là, deux autres monstrueuses machines émergèrent de derrière les lignes ennemies, un khadoréen, droit comme un i, en armure de warcaster se promenant négligemment juste derrière elles.

Serrant les dents de frustration et essayer de calmer sa panique croissante, Grizbile chargea une autre cartouche dans son fusil et visa soigneusement le nouvel arrivant. Ses muscles se tendirent alors qu’il expirait à mi-chemin, sentant une immobilité parfaite envahir son corps pendant un bref instant. Doucement, il appuya sur la détente.

Le fusil rugi et Grizbile vit un éclair chatoyant enrober le warcaster alors que la balle s’écrasait dans son champ d’énergie. Plusieurs autres membres de l’unité de pyg tentèrent de suivre son exemple, mais les lourds warjacks khadoréens se déplacèrent pour cacher me warcaster vulnérable. En rechargeant, Grizbile entendit deux tirs distincts de bombardes et le gémissement des obus voguant dans les airs. À ce moment, il sut avec une clarté cristalline où ces obus étaient dirigés. Il s’efforça de se dégager, même s’il savait qu’il était trop tard. Il fut à peine à terre que toute sa réalité était consumée dans un torrent de feu.

* * *

Finn regardait les warjacks de Malakov et la Garde des Glaces de Vasko faire des ravages sur le champ de bataille. L’arrivée des khadoréens aurait pu être mieux chronométrée, mais Finn n’allait pas se plaindre.

Malgré la fureur de l’assaut khadoréen, le centre des lignes trollkin demeurait derme, brisant les efforts des nordistes telle une vague sur un brise-lame. Les trollkin reculaient, mais beaucoup plus lentement que cela n’aurait dû être le cas étant donné l’avantage numérique des forces alliées. Finn ne savait pas comment, mais la façon dont le combat se déroulait lui indiquait que les trollkin avait le soutien d’un warcaster.

Le capitaine se mit à couvert derrière une stalagmite rugueuse et rapidement rechargea sa mini-sulfateuse avec sa dernière bande de munitions. En regardant de l’autre côté de la ligne, il vit la forme caractéristique de Vasko se précipiter vers lui de couverture en couverture. L’officier khadoréen se pressa contre la stalagmite que Finn employait comme couverture.
« Capitaine », dit Vasko.

Finn grogna. Il était toujours furieux de la rétention d’information par les khadoréens. Ignorant le lieutenant nordiste, il appela Fullet, qui se trouvait juste en face de lui, employant un chariot renversé pour se mettre à l’abri, alors qu’il s’apprêtait à tirer dans le tourbillon de la bataille.

« Fullet ! L’équipe de Codwell nous a trouvé une solution. Nous allons l’utiliser pour nous glisser derrière ces salauds et les choper dans un bon vieux tir croisé. »
Vasko parla. « Si cela ne vous dérange pas, Capitaine, je me joindrai à vous. » Il rechargeait son tromblon pendant qu’il s’exprimait, « Je voudrais mettre fin à ce combat le plus rapidement possible pour mes hommes. »

Le capitaine cygnaréen acquiesça et fit signe à Fullet et à ses pionniers de se préparer à bouger. Bien qu’ils soient fatigués, l’idée de passer à l’offensive avec le légendaire Maxwell Finn en tête leur avait clairement remonté le moral. Ils se déplacèrent rapidement, restant à couvert entre les deux avant de s’élancer dans l’un des tunnels auxiliaire reliés à la caverne principale.

Finn murmura un petit merci pour le fait qu’avec l’ennemi si fortement engagé, il y avait peu de chances que lui et ses hommes aient des ennuis en chemin. Il s’émerveilla de l’habilité des rangers, qui pouvaient facilement se déplacer dans le labyrinthe de tunnels et de passages qu’ils venaient de repérer. En quelques minutes, le groupe émergea d’un tunnel qui sortait derrière la ligne principale trollkin. Grâce à une série de signes de mains rapides, Finn plaça ses hommes dans la position d’enfilade parfaite.

Il scruta le terrain, Se préparant à donner l’ordre de tirer, il aperçut une personne qu’il n’avait plus vu depuis la Guerre Llaelaise. Là, tenant le centre de la retraite du combat trollkin contre les khadoréens, se tenait Ashlynn d’Elyse, Némésis clignotant telle une chose possédée dans sa main. Comme un barrage qui se brisait, le souvenir d’hommes et de femmes de valeur, llaelais et cygnaréens, ayant combattu et étant morts à ses côtés dans cette guerre, inondèrent l’esprit de Finn. S’il donnait l’ordre, Ashlynn se joindrait à cette liste.

« Monsieur ? » Demanda Fullet, le visage marqué par la préoccupation. « Vos ordres ? »
Vasko les regarda. « Éliminez la warcaster ennemi ! Rapidement, alors que nous avons l’avantage. »

Finn se renfrogna. Il jeta un autre coup d’oeil à Ashlynn, bravant l’enfer pour offrir à ses alliés le temps de s’échapper. Combien de fois la femme avait-elle été dans la même situation au fil des ans ? Combien de courageux cygnaréens avaient été sauvés par ses actions dans les différentes batailles communes de la Guerre Llaelaise ?

« Capitaine Finn, donnez l’ordre de tirer ! » Cira Vasko. Il se tourna vers les pionniers. »Feu ! » Hurla-t-il. Mais aucun d’eux ne bougea.

Au diable les khadoréens. Il n’allait pas faire leur sale boulot à leur place. En ce qui concerne Finn, il avait accepté de combattre les cryxiens avec eux, et il ne semblait pas y avoir de cryxiens ici. Le Llael était un allié de Cygnar depuis des siècles ; les khadoréens, pendant quelques semaines seulement.

« Lieutenant, ne vous avisez pas de donner des ordres à mes hommes ! » Grogna Finn. Il se tourna vers Fullet. « Ne tirez pas. »

« Vous n’êtes pas sérieux ! Cette femme est une ennemie de l’Empire du Khador et a engagé vos propres forces ! » Vasko était furieux, mais Finn avait fini d’être le garçon de courses des khadoréens pour aujourd’hui.

Voyant que Finn ne plierait pas, Vasko attrapa le fusil du pionnier le plus proche et visa le dos, non gardé, d’Ashlynn. Avant qu’il ne puisse appuyer sur la détente, Finn le chopa d’une poigne rude et le frappa au visage. Fullet resta bouche bée devant son supérieur autant par choc que par respect.

« C’est pour avoir désobéi aux ordres, Lieutenant » Dit Finn alors que le khadoréen s’écrasait au sol.

Finn fit la grimace en secouant sa main et en regardant ses pionniers. « Gardez vos munitions pour les morts-vivants. Ce combat est déjà gagné. »

Ils virent la bataille arriver à son paroxysme. Ashlynn et ses deux warjacks restants tinrent la ligne contre les envahisseurs khadoréens alors que les trollkin et les llaelais restants fuyaient de l’un des tunnels principaux, traînant avec eux ce que les blessés pouvaient avec eux alors que les tirs de tromblons et les tirs de fusils des pionniers les harcelaient. Lorsque ses alliés furent sorits de la caverne, elle se retira. Malakov envoya l’un de ses Destructeurs en avant vers le tunnel mais avant que le warjack ne puisse les poursuivre, il y eut un grondement semblable au tonnerre et l’ouverture s’effondra dans un tas de roches et de débris. Pendant un bref instant, un étrange silence envahit la caverne.

Finn examina les suites de la bataille. Des cadavres de trollkin, de cygnaréens et de khadoréens dans la caverne. Certains auraient pu dire que c’était une attitude incorrecte, mais Finn était heureux de voir que le nombre de morts khadoréens dépassait de loin les pertes cygnaréennes. Ils étaient peut-être unis face à un ennemi commun, plus importants que chaque côté ne pouvait affronter seul, mais il était clair pour lui que les anciennes habitudes ne changeraient jamais. Que ce soit dans une semaine ou un an, l’alliance se dépérirait et mourrait une fois la menace vaincue. C’était peut-être dur à supporter pour un homme réfléchi. Heureusement, Finn était un homme de bataille.

Il aperçut le warcaster khadoréen, Malakov, qui traquait, sa fureur palpable. Finn s’approcha de son capitaine avant que Finn ne lui fasse signe de reculer.

Malakov enfonça un doigt ganté dans la poitrine de Finn quand il s’approcha. « Expliquez-moi pourquoi je ne devrais pas vous exécuter maintenant ! Vous avez non seulement agressé un officier khadoréen, mais vous avez laissé une criminelle connue et dangereuse fuir ! »

Finn ne cligna même pas les yeux. « Je ne suis pas ici pour faire votre sale boulot, Kovnik. Notre alliance est contre le Cryx et le Cryx uniquement. Et je suis l’officier responsable de mes hommes – pas vous, et certainement pas le Lieutenant Vasko. » Il repoussa la main de Malakov. Le khadoréen le fusilla du regard, mais il semblait à court de mots. Finn continua, la voix dur. « Si jamais vous mettez à nouveau mes hommes en danger pour les intérêts de votre mère patrie, il y aura des comptes à rendre. » Les yeux toujours rivés sur ceux de Malakov, Finn aboya à Fullet : « Sergent, prépare les hommes à partir. »

« Oui, monsieur », répondit immédiatement Fullet. Il regarda Malakov avec inquiétude et ajouta : « Et les khadoréens ? »

« Ils connaissent le chemin retour. » Finn tourna le dos au warcaster, le congédiant carrément. « De plus, ces fichus warjacks bougent trop lentement, et j’ai rendez-vous avec une pleine casserole de ragoût. »

« Oui, monsieur ! » Fullet salua et s’éloigna pour commencer à donner des ordres aux hommes.

Finn jeta un dernier coup d’oeil sur le terrain. Ils devaient récupérer leurs morts, mais il ramènerait tous ses gars à la maison, même s’il devait les porter.

* * *

Grizbile se réveilla pour remarquer une silhouette floue au-dessus de lui. Il se sentait mal et ses jambes étaient étrangement engourdies, mais le plus dérangeant de tout était qu’il avait l’étrange sensation de bouger. Il se battit pour se vider la tête et fut pris le besoin de vomir. Lorsqu’il eut fini, il jura qu’il n’avait pas mangé autant depuis une semaine. Il se rendit compte qu’il était porté sur une civière au-dessus du sol.

Sa tête tournant toujours, il entendit l’incomparable voix de Granch. « Doucement, grand frère. Tu as pris un sacré coup. » Les mots étaient ternes, presque creux, sans l’exubérance habituelle de son frère.

« Que s’est-il passé ? » dit-il d’une voix rauque, la gorge sèche.

Granch le regarda, une hébétée engourdie dans les yeux. « Nous avons perdu. »
L’expression de Grizbile bouillonna. « Et … les stocks ? »

« Grâce à Ashlynn, nous avons pu sortir les plupart à temps. » Le jeune pyg eut un regard triste. « On ne peut pas en dire autant de nos frères de batailles. »

Grizbile prit un moment pour laisser l’information pénétrer, puis força autant de joie qu’il ait jamais fait dans sa voix alors qu’il tendait la main pour tapoter le trollkin. « Mais nous … avons survécu … n’est-ce pas ? »

Il vit les yeux de Granch scintiller sur sa forme allongée, puis Granch releva la tête, fixant son regard sur la route.

« Ouais, grand frère. On a survécu. »

Source

3
Background – Histoire des Royaumes d’Acier / Ombre Corrompue
« le: 30 août 2020 à 22:56:35 »
OMBRE CORROMPUE

Le haut crémateur résistait à l’envie de jurer. Les vents violents du col de la haute montagne sifflaient à travers les évents des lances de ses hommes. Les vents résonnaient dans les chambres creuses des armes et sa phalange maintenant sonnait comme un choeur d’âmes damnées. Le Haut Crémateur Zahari grinça des dents contre les blasphèmes qui perlait à ses lèvres à la pensée de l’attention qu’un tel vacarme attirerait sûrement sur son détachement, déjà dangereusement exposé sue l’étroit et verglacé chemin de la corniche.

Zahari ordonna sans hésitation à son subordonné, « Précepteur, double-temps ! » L’ordre fut répété, et il entendit les hommes entamer immédiatement une marche plus rapide. Le vent ayant balayé tout chance d’approche silencieuses, Zahari se mit à chanter un hymne-cadence qui fut immédiatement repris par les soldats. Le haut crémateur s’écarta un moment pour observer les progrès de tout le détachement. Les phalanges de Gardien de la Flamme se déplaçaient dans un ordre précis ; entre eux se trouvaient de petits groupes de prêtres-combattants et d’autres éléments de soutien. Il regarda un nuage de fumée apparaître au coin du col, s’échappant de la fournaise de l’armure de warcaster du Testament. Immédiatement derrière l’imposante silhouette se cachaient les formes encore plus imposantes de ses warjacks personnels. Même les vents violents des montagnes n’avait pu dissiper le nuage de cendres qui jaillissaient des cheminées des warjacks. Alors que Zahari se déplaçait au rythme de la marche, ses pensées revinrent à la façon dont il était arrivé dans ce misérable et glacial endroit.

La convocation du haut scrutateur était arrivée aux premières lueurs de l’aube. Bien qu’il se permette certains luxes, comme les beaux meubles en bois sombre qui décoraient sa chambre, il se dispensait des préposés dont certains de ses pairs ne pouvaient pas se passer. Il se rendit à la rencontre du Haut Scrutateur Telnus avec ce qu’il considérait comme une hâte digne, assez vite pour éviter de déplaire, mais certainement pas avec la précipitation qui suggérait la peur. Zahari regretta son allure dès son entrée dans la chambre du haut scrutateur. Le prêtre doyen n’était pas seul mais accompagné de la silhouette emblématique du Testament de Menoth. Le corps massif du Testament état rendu encore plus intimidant dans les espaces restreints de la chambre de réception du scrutateur. Même sans son armure de warcaster bénie, sa chaleur et sa fumée, le chef de l’Ordre de la Précession dominait la réunion par la force de sa présence. Le vieux scrutateur, qui normalement attendait l’attention de quiconque dans sa chambre, semblait disparaître dans l’ombre, malgré sa place derrière le bureau central de la pièce.

S’inclinant bas, Zahari se sentait transpirer. En sa qualité de Haut Crémateur, il traitait souvent avec des membres de la Précession, mais leur silence et leur sombre mandant le mettaient toujours mal à l’aise. Le Haut Scrutateur Telnus se racla la gorge. « Haut Scrutateur Zahari. C’est quelque peu irrégulier, mais une affaire urgente a été soulevée. Vous emmènerez quatre phalanges de Gardien de la Flamme de la Tour du Jugement à travers la frontière cygnaréenne sans incident. Vous devez ensuite vous diriger vers le sud-est dans les Montagnes du Mur du Dragon et localiser le site abandonné du Temple Menite Jentian.

Le vieux scrutateur s’arrêta et regarda le Testament. Le warcaster fixa directement Zahari, son visage impassible largement dissimulé par son masque, son expression étouffée aussi profondément que sa voix. Le haut scrutateur poursuivi. « Le Testament indique que le site doit être nettoyé et ensuite interdit à ceux qui le blasphémeraient. Le Conseiller de Guerre Scisson a été informé et des dispositions ont été prises. » Il tendit à Zahari une liasse de papiers. « Ces documents répondront à vos besoins en équipement et fourniront une autorisation suffisante pour détacher les troupes nécessaires à votre commandement. Le Testament voyagera avec vous et pourra prendre le commandement si et quand cela que cela sera jugé nécessaire. Il supervisera notamment le nettoyage du site. Les restes des prêtres de la secte Jentian doivent être traités avec respect et enterrés avec une cérémonie en bonne et due forme une fois que le Testament aura jugé que leurs âmes ont été libérée dans la Cité de l’Homme. Menoth te protège, Haut Crémateur. »

Zahari clignota contre le vent qui hurlait sur son visage, se rappelant la longue pause avant qu’il ne réalise que le Haut Scrateur l’avait renvoyé. En d’autres circonstances, Zahari aurait fait un commentaire sarcastique face à un tel traitement de la part d’un pair, mais la présence du Testament rendait toutes ces questions de rang et de protocole sans importance. Le Haut Crémateur réprima un autre blasphème contre le vent et rédigea une note mentale pour payer en retour le Haut Scrutateur Telnus pour son comportement grossier et ce maudit voyage dans les montagnes.

Le Haut Crémateur plissa les yeux, scrutant la vallée à travers la fente de vision de son casque. Quelque part en bas, il y avait un petit village de charbonniers cygnaréens. La communauté y vivait sans être dérangée depuis des siècles, depuis que les menites jentian avait quitté le temple construit par leur fondateur Jent pour rejoindre le Protectorat naissant. Zahari n’avait aucune envie particulière d’éradiquer les cygnaréens mais était tout à fait disposé à les éliminer s’ils devaient résister. Il espérait qu’ils seraient dociles mais s’attendait à ce que tous ceux qui choisiraient de vivre dans un tel endroit soient des péquenauds prêts à défendre leurs primitives maisons par la violence.

La première phalange quittait le sentier pour atteindre le fond de la vallée lorsque des détonations de fusils brisèrent les rêveries de Zahari. Les Gardiens de la Flamme resserraient déjà les rangs, mais la première salve en avait abattu au moins un rang d’entre eux, y compris le précepteur. De la fumée des armes à feu s’échappa de la lisière des arbres et Zahari vit un groupe de cavalier et de warjacks se diriger vers les Gardiens de la Flamme. Sans hésitation, Zahari s’est rangé derrière les rangs avec la phalange la plus proche de lui, faisant bouger une unité de purificateurs pour qu’elle prenne une position d’appui derrière lui, et donna l’ordre d’avancer à double vitesse. Il savait que même avec des boucliers collés les uns contre les autres, ses hommes auraient peu de chance contre les tirs massifs des cygnaréens en dessous. Ils doivent s’échapper du goulot d’étranglement ou mener une bataille d’usure en étant totalement exposés.

Menant sa phalange vers le bas, plusieurs Gardiens de la Flamme tombèrent à la deuxième volée de tirs des fusiliers, leurs robes blanches disparaissant sur le sol enneigé. Alors qu’ils atteignent le fond de la vallée, il vit que les premiers Gardiens de la Flamme avaient déjà collé leurs boucliers et se préparaient à repousser une charge de chevaliers cygnaréens à cheval. Zahari fut satisfait de voir qu’ils répondaient sans crainte face à la lourde charge de cavalerie, mais avec leur nombre réduit par les tirs de fusils, ils ne pourraient pas survivre à une attaque concertée.

Zahari considéra ses options et cria l’ordre de charger. Les Gardiens de la Flamme en tête se précipitèrent contre les chevaliers venant en sens inverses avec un rugissement qui résonna contre les falaises rocheuses de la vallée. Bien que la plupart de ces Gardiens de la Flamme aient été abatttus, leur brave contre-charge avait contraint l’élan de la cavalerie. La propre phalange de Zahari s’est écrasée contre les chevaliers et les chevaux qui ralentissaient, leurs lances hurlant et crachant la Fureur de Menoth sur les cygnaréens. Ses purificateurs de soutien se déplaçaient au sein de la mêlée tourbillonnante, les flammes enveloppant leurs ennemis, transformant le sol en un mélange gluant de neige fondue, de boue et de sang d’hommes mourants.

En quelques secondes, il était clair qu’ils avaient pris le dessus sur des ennemis surpris de perdre leur avantage. Zahari ordonna à ses hommes de resserrer les rangs et de coller leurs boucliers les uns contre les autres alors qu’ils commençaient à se déplacer entre les arbres. Les cygnaréens se replièrent plus loin parmi la limite des arbres, et le haut crémateur regarda par-dessus son épaule pour voir le Testament venir parmi eux. Les cheveux à l’arrière du cou de Zahari se dresser en présence du silencieux champion de Menoth et sut que la victoire tait à leur portée.

* * *

La lisière des arbres fournissait aussi peu de couverture que le Capitaine Kraye l’avait prévu. La ligne de front des fusiliers était déjà en train de tomber parmi la mince couverture des pins. Il se concentra un moment, ressentant la montée de ses pouvoirs alors qu’il dotait temporairement les fusiliers d’une agilité surnaturelle. Les soldats se retirèrent facilement, car les Gardiens de la Flamme venant en sens inverse devait décoller leurs boucliers pour continuer leur poursuite au milieu de la forêt. Les fusiliers se sont placés en ligne de combat et ont tiré une seule salve sur les Gardiens de la Flamme, maintenant dispersé. Plusieurs sont tombés, mais l’avantage était toujours aux menites. Les brasiers qu’ils avaient allumés avec leurs lances et leurs purificateurs commençaient à lécher les arbres, la fumée obscurcissant leurs mouvements.

Kraye leva sa carabine Radliffe, se stabilisa dans ses étriers et aperçut le Gardien de la Flamme le plus en avant. Il venait de poser le doigt sur la gâchette lorsque la tête disparut dans un nuage de brume rouge. Le warcaster grogna dans un mélange d’irritation de satisfaction à l’égard du tir de précision de son compagnon. Le jeune mage balisticien portait son armure de warcaster avec plus de fanfaronnade que Kraye appréciait, mais il ne pouvait rien trouver à redire sur l’habilité de l’homme.

Kraye poussa son cheval de guerre Malagant vers la gauche, entament sa propre retraite plus loin dans les arbres. « Bon tir, fiston. Maintenant, dégage avant qu’un de ces menites ne transforme ta tête passoire ! » Le visage du compagnon passa d’une satisfaction suffisante face à ses propres compétences à l’inquiétude face à l’avertissement de son warcaster.

« Je pourrais faire quelque chose de ce garçon s’il s’en sort aujourd’hui », marmonna Kraye en se concentrant sur le fonctionnement arcanique des trois warjacks qui l’accompagnaient. Les deux Chasseurs et un seul Cyclone commencèrent à se déplacer à une vitesse surnaturelle, suivant le rythme du warcaster qui se regroupait avec sa force principale. Les menites se frayaient un chemin dans la forêt à une vitesse plus rapidement qu’il ne l’avait prévu, et la fumée commençait à devenir plus problématique qu’il ne l’avait espéré.

Les lances tempêtes attendaient dans la clairière comme il l’avait ordonné. Kraye ralentit Malagant au trot alors qu’il s’approchait d’eux. « Messieurs, vous saurez où vous on aura besoin de vous, mais j’aime m’entendre parler. Capitaine Temms, prenez le flanc gauche et roulez sur les traînards à l’arrière de la colonne Menite. Lieutenant Sethson, vous serez sur moi pendant que nous chargeons leurs principaux éléments dans un angle oblique. Restez à l’écart des couloirs de tir des ‘jacks ; ça va être mouvementé là-bas. »

« Monsieur, nous avons subi des pertes plus lourdes que prévu lors de notre fausse charge », dit le Capitaine Temms, d’une voix ferme mais inquiète. Kraye remarqua que le capitaine saignait lui-même de quelque part sous son casque.

« Je suis désolé d’entendre cela capitaine, mais vos hommes sont-ils suffisants pour mener à bien leur part du plan ? »

« Monsieur, oui, mais si la résistance est plus lourde que prévu, nous ne pourrons pas mener une action d’arrière-garde dédiée. »

Kraye hocha la tête. « C’est parfait Capitaine. Vous ne nous avez pas encore déçus et je ne pense pas que vous le ferez maintenant. Restez à l’écart de leur warcaster et éliminez ces foutus prêtres. Faites votre devoir, Capitaine. »

Temms salua et fit chevaucher ses chevaliers intelligemment vers la gauche, en faisant une longue boucle au galop pour rattraper les menites contre la falaise qu’ils venaient de descendre.

Kraye se retourna et vit que ses hommes suivaient son plan rapidement établit. Cette fausse retraite désordonnée devrait entraîner les menites parmi les terrains accidentés et les arbres plus épais de la vallée où les warjacks et les soldats de Kraye pourraient les frapper tel un marteau contre l’enclume des lances-tempête du Capitaine Temms.

Ce genre de plan improvisé était le pain et le beurre des opérations de reconnaissance cygnaréenne, et Kraye pensait que sa tactique était bonne. L’opération entière était un ensemble d’arrangements ad hoc qui avaient commencé lorsque Kraye avait découvert pour la première fois la piste d’une colonne menite ayant traversé le Fleuve Noir en direction de l’ouest. Il avait chevauché dur pendant deux jours pour les apercevoir dans les contreforts est des Montagnes du Mur du Dragon. Sachant qu’ils ne pouvaient se diriger que vers un seul passage dans cette direction, il décida qu’il en savait suffisamment sur leurs mouvements pour agir, mais aussi qu’il ne pouvait pas le faire seul. Il se tourna vers le sud et se précipita vers Mur-Levant. Là, il avait rédigé un rapport suffisamment court pour devoir répondre plus tard du manque d’informations et réquisitionna tous les rangers, fusiliers, et mékaniciens que la garnison pouvait le permettre. Il y aurait paperasse désagréable concernant la quantité de charbon et d’autres fournitures avec lesquelles il s’était enfui (sans parler des non-combattants pour le travail). Les lances-tempête avaient été une heureuse trouvaille. Deux pelotons du 18ème Chevaliers-Tempête étaient arrivés pour des manœuvres d’entraînement depuis Caspia le matin où la force de frappe de Kraye se préparait à partir. En entendant la situation, le Capitaine Temms avait insisté pour accompagner Kraye de sa propre initiative.

Kraye avait mené une marche forcée trois jours durant vers l’ouest puis de deux jours vers le nord à travers le Mur du Dragon. Il n’avait aucune idée de la raison pour laquelle le Protectorat devait envoyer une interdiction dirigée par un warcaster au coeur du Cygnar, mais il était sûrement nécessaire d’interrompre leur tâche. Il ne pouvait espérer que sa prédiction concernant la route des menites était correcte.

Il avait poussé un soupir de soulagement le soir du sixième jour hors de Mur-Levant lorsqu’il vit les menites descendre dans la vallée qu’il avait supposée – et espérée – qu’ils choisiraient. Les hommes n’avaient pas ronchonné, bien que ce fût leur sixième nuit sans feu et avec des rations froides, mais le warcaster savait que c’était un mélange de stoïcisme et de peur pour la bataille à venir. Même avec l’avantage de l’embuscade, il s’attendait à un combat acharné. Il avait deviné que les troupes du Protectorat étaient deux fois plus nombreuses que les siennes. Pire encore, il y avait un warcaster parmi eux, ce qui signifie que Kraye ne pouvait espérer que sa seule présence l’emporte.

Il pouvait voir que les lignes de front de ses rangers et de ses fusiliers se repliaient, ne s’arrêtant que pour déclencher des volées intermittentes et attirer les menites plus profondément dans les bois. Alors que les soldats du Protectorat atteignaient l’extrémité d’une grande clairière enneigée, Kraye leva son sabre mékanique. Espérant que le peloton du Capitaine Temms avait eu assez de temps, Kraye abaissa son sabre et cria « Chargez ! » Ses Chasseurs tirèrent en réponse, leurs massifs obus perçant la carapace d’un warjacks lourd orné de menofixes complexes. Le ‘jack chancela juste au moment où les lances-tempête de têtes l’atteignirent, leurs armes y déchargeant de l’électricité crépitante, le faisant exploser dans une pluie d’éclats et d’engrenages.

Kraye commença à manœuvrer son cheval au coeur des combats, sachant qu’il devait s’en prendre au meneur warcaster menite. Il sentait ses warjacks suivre le rythme, s’arrêtant uniquement pour tirer dans les rangs ennemis, lui ouvrant la voie vers les fournaises fumantes du groupe de bataille du Protectorat. Kraye plissait les yeux à travers la fumée de la forêt désormais flamboyante. Les menites avaient été minutieux, laissant une grande partie de leur chemin en feu et ne semblaient pas gênés par celui-ci.

Alors même que Kraye visait l’imposante silhouette masquée qu’il savait être sa proie, il se demandait comment sa fragile embuscade pouvait espérer réussir face à un ennemi prêt à raser tout ce qui se trouvait derrière eux.

* * *

Les éclaboussures de sang sur la pierre irritait Saeryn. L’air, ici, était suffisamment lourd de présages et d’augures sans l’ajout d’un autre sceau à lire. Pourtant, déchiffrer les symboles présents contenus dans ce signe inconnu serait une agréable distraction des cris des humains mourants alors que ses rejetons se reconstituaient sur la chair des morts et des mourants.

Saeryn secoua la tête, vidant ses pensées et ses sens des subtiles corruptions qui s’étaient abattues sur cette vallée. Ses proies avaient volé bas ici, s’arrêtant peut-être même sur un sommet voisin avant de continuer son chemin, et les énergies qu’elles laissaient sur leur chemin était toujours agitée, invisibles pour la plupart. Elle fixa la longue série de taches de sang, permettant à son esprit de se détendre et de considérer les motifs. Une telle prédiction n’était pas son fort, mais tout indice de l’avenir qui pouvait être glané était inestimable. Obtenir la victoire dans la bataille à venir serait une chose précaire.

Les significations commencèrent à s’unir dans les sceaux sanglants et malformés, et les yeux de Saeryn se rétrécirent de concentration. Elle se sentit au bord de la compréhension lorsque le villageois qui avait fourni le sang du présage convulsa, aspergeant du sang de la blessure à sa gorge. La nouvelle éructation obscurcit les schémas qu’elle était sur le point d’interpréter.

Saeryn lança par réflexe un Dard Mortel dans le coeur de l’homme, mettant fin à ses souffrances. Elle soupira. Eh bien, la corruption des frères et sœurs de son maître aurait sans doute entravé avec ses tentatives de prophétie. Elle leva les yeux et fit signe à deux voraces de venir se régaler du corps à côté d’elle. Le village dans lequel elle se trouvait était petit et banal, à l’exception des créatures draconiques qui festoyaient des cadavres qui jonchaient maintenant le sol. Elle regarda un groupe de patrouilleurs ramasser les flèches sur les morts avant que les machoires des rejetons draconiques n’endommagent les précieuses munitions.

Les provisions étaient rares mais leur objectif était presque atteint. Saeryn ne doutait pas que la piste du dragon menait plus au sud le long du Mur du Dragon. Il ne restait plus qu’à mener sa force à quelques kilomètres de ce col pour confirmer la destination de la fragile piste de la corruption, visible uniquement à ses yeux particulièrement doués. Mais il y avait de nombreux ennemis à éviter et la confrontation était inévitable. Sa petite force de rejetons, de nyss, et plusieurs ogrun n’avaient presque plus de rations. Si les rejetons s’affaiblissaient, elle devrait envisager de les nourrir avec les cadavres de ses troupes – une stratégie malheureuse mais pas inacceptable. Pourtant, il vaudrait mieux trouver des victimes plus appropriées. Elle jeta un coup d’oeil à la fumée s’élevant des arbres au fond de la vallée.

Au début, Saeryn avait été consternée de trouver deux forces humaines au milieu de son chemin. Maintenant, elle y voyait une opportunité. Absorbés par leurs propres agendas et batailles, leur chair pourrait fournir la nourriture dont ses bêtes auraient besoin pour le long voyage de retour vers le nord. Saeryn regarda l’épéiste nyss, Jessyr, qui lui servait d’adjudant dans cette mission, lui tournant le dos, il surveillait ses subordonnés pendant qu’ils traînaient des cadavres hors des maisons pour mieux nourrir les rejetons. Sentant ses yeux sur lui, il se leva et se retourna.

Les mains de Saeryn s’agitèrent dans une série de gestes rapides, indiquant qu’il devait rassembler leurs troupes et se préparer au combat. Les rejetons pourraient se nourrir plus tard, car pour l’instant, il serait préférable d’attaquer les humains au milieu de leur combat. Jessyr hocha la tête et se tourna pour exécuter ses ordres.

Source

4
LANDES NOUEUSES – TOMBE D’UN IMMORTEL

Par Aeryn Rudel

Elyshyvah regarda le soleil de midi et grimaça. Elle s’était rarement aventurée aussi loin au sud, et la chaleur de la fin de printemps était presque intolérable. Devant elle s’étendait un marais qui avait fini par fusionner avec les Landes Noueuses. Ses eaux calmes et saumâtres étaient réchauffées et grouillaient de nuages de moustiques agressifs. Pour une nyss habitué à la glace, au vent et à la neige, le terrain était plus infernal que tout ce qu’elle avait jamais rencontré. Revenant à l’ombre de la lisière de la forêt, elle laissa les branches du chêne noueux la protéger des rayons du soleil.

Derrière Elyshyvah, une douzaine de patrouilleurs nyss s’étaient réfugiés à l’ombre, supportant la chaleur sans se plaindre. Ils, tout comme elle, affichait les bénédictions d’Everblight sur leur chair, mais les leurs étaient bien plus évidentes : des jambes transfigurées leur accordaient un déplacement plus rapide, et des pointes osseuses dépassaient de leurs membres et visages. La corruption d’Elyshyvah était beaucoup plus subtile, avec peu de manifestations au-delà d’un motif de taches violacées qui couraient de la base de son coup au bas de son dos. Comme bergère de bataille, ses dons étaient plus orientés vers ses talents de sorcière et la manipulation des redoutables rejetons draconiques de la Légion.

Le dernier membre du groupe d’Elyshyvah se cachait plus loin en arrière, dans les ombres plus épaisses de la forêt. Le nephilim se tenait silencieux, ses mains griffues serrées autour de la crosse d’une immense arbalète et sa tête sans aveugle se déplaçant lentement d’un côté à l’autre, voyant tout à travers un sens qui n’était pas tout à fait évident.

Le groupe avait voyagé depuis le nord à travers la grande forêt que les humains et les trollkin appelaient l’Olgunholt, en prenant bien soin de passer inaperçue. Les serviteurs d’Everblight avaient de nombreux ennemis si loin au sud, et le petit groupe serait une proie facile pour les bandes bien armées de trollkin et d’humains de la région. Sa petite force, cependant, était assez habile pour entrer et sortit du territoire ennemi rapidement et silencieusement. Sa maîtresse, Vayl, également connue sous le nom de Consul d’Everblight, l’avait choisie elle et ses patrouilleurs pour cette même raison, les chargeant d’infiltrer des zones dangereuses à la recherche d’objets présentant un intérêt particulier pour Vayl – et à travers elle, le dragon Everblight. En raison d’une grande latitude et d’une grande autonomie, liberté qui lui avait permis de récupérer avec succès plusieurs importants artefacts pour sa maîtresse.

Pour mener à bien ses missions, Elyshyvah avait malheureusement souvent du oeuvrer avec ceux qui seraient considérés comme des ennemis dans d’autres circonstances. Tel était le cas actuellement, Vayl avait forgé une alliance avec une sorcière humaine appelée Fiona la Noire, qui connaissait l’emplacement d’un ancien site Orgoth que les deux souhaitaient explorer. Elyshyvah et son groupe de patrouilleurs avaient été dépêchées pour rencontrer l’un des subordonnés de la sorcière humaine. Elyshyvah connaissait peu de choses sur Fiona la Noire, si ce n’est qu’elle adorait la déesse humaine Thamar.

« Elyshyvah », murmura derrière elle une voix profonde et masculine. Elle n’avait pas entendu Ryvar s’approcher, mais elle était soudain très consciente de la proximité du patrouilleur assassin.

Elyshyvah se tourna pour lui faire face, plantant la crosse de son bâton de combat dans le sol devant elle. « Qu’est-ce qu’il y a, Ryvar ? Demanda-t-elle d’un ton glacial.

Clairement plus grand qu’Elyshyvah, Ryvar était grand selon les standards des nyss, même pour ceux affichaient la corruption du dragon. Ses membres étaient musclés et ses mains adroites aux longs doigts étaient tout aussi à l’aise pour manier son épée courbe, tirer avec l’arc recourbé dans son dos ou étrangler un adversaire avec sa seule force. Lui et son partenaire, Kyryl occupaient une position unique parmi les patrouilleurs d’Everblight ; ils formaient une équipe d’assassins compétente chargée d’éliminer des cibles spécifiques choisies par les warlocks du dragon.

« Nous sommes impatients de partir », déclara Ryvar de sa voix basse et chuintante. Le chuintement était un souvenir de bataille des années précédentes, quand un guerrier tharn lui avait ouvert la gorge. « Vayl exige une action rapide dans cette affaire. »

Les doigts d’Elyshyvah se serrèrent autour de son baton. « Je suis consciente de ce dont Vayl à besoin, Ryvar », dit-elle. « N’oublie pas que j’ai servie la Consule avec compétence pendant de nombreuses années. »

« Bien sûr », répondit Ryvar en hochant la tête, un sourire subtil fleurissant dans un coin de ses fines lèvres. « Bien que tu n’aies pas été aussi capable de ces derniers temps. » Il jeta un coup d’oeil à la jambe gauche d’Elyshyvah. Une cicatrice livide y marquait la chair ivoire, juste en dessous du bord de sa jupe en cuir bouilli. La warcaster iosienne Kaelyssa lui avait infligé cette blessure plus d’un an auparavant. Après avoir participé à la destruction d’une forteresse iosienne dans les Pics des Falaises du Tonnerre, Elyshyvah avait suivi Kaelyssa jusqu’à une forteresse naine où l’iosienne s’était réfugié et avait engagée la warcaster dans un combat unique. La récompense de son orgueil avait été une écrasante défaire et une blessure qu’elle porterait le restant de ses jours.

Pire encore, ses patrouilleurs survivants l’avaient extirpée de la bataille et emmenée, faible et honteuse, devant Vayl. La consule d’Everblight ne s’était pas emportée et ne l’avait menacée de douleur et de mort ; Vayl n’avait pas besoin de mesures aussi grossières. Au lieu de cela, elle avait simplement ordonné à Elyshyvah de soigner ses blessures et lui avait demandé de retourner à ses fonctions quand elle le pouvait. Quand, plus tard, Elyshyvah avait rassemblée ses patrouilleurs, elle avait découvert que Ryvar et Kyryl avait été ajoutés à son groupe – leur présence rappelait subtilement que l’échec ne serait pas toléré une seconde fois.

« Retourne dans l’ombre, Ryvar », dit Elyshyvah. « Je ne voudrais pas que tu gaspilles tes forces par cette chaleur avant que j’aie besoin de toi. »

« Selon tes désirs », répondit Ryvar en s’inclinant. « Lorsque tu auras besoin de nous,Kyryl et moi seront là. » Il revint ensuite vers sa compagne, qui était accroupie au pied d’un chêne particulièrement grand et déformé, faisant courir une pierre à aiguiser sur le tranchant de son épée.

Retournant son attention vers le marais, Elyshyvah fut soulagée de voir une douzaine de formes se déplaçant lentement à travers la boue. Un personnage en robe noire, vraisemblablement le représentant de Fiona.

« Melech », cria Elyshyvah à son arbalétrier nephilim. La créature tourna sa grande tête sans yeux vers elle au son de son nom. « Viens à moi. » Il répondit immédiatement et se déplaça pour se tenir à côté d’elle. L’énorme rejeton draconiques la dominait, et sa masse la remplissait de fierté et de confiance.

Elyshyvah resta à la lisière de la forêt, à la vue de tous, laissant les humains patauger dans la boue. Elle n’était pas prêtre à pénétrer à nouveau dans le marais si elle n’était pas obligée. Lorsqu’ils atteignirent le zone qui séparait le marais de la forêt, elle se retourna pour s’adresser à ses marcheurs. « Restez ici. Je veux des arcs en main, mais pas de flèches encochées et ne tirez pas à moins que je n’en donne l’ordre. » Ensuite, elle quitta l’ombre des arbres, suivie par Melech.

Les humains qui s’approchaient portaient des chemises et des pantalons amples et étaient armés de pistolets d’un assortiment d’armes de combat rapproché, principalement des épées à paniers et des haches à manche court. Leur peau était bronzée et tannée à cause d’une exposition au soleil et aux embruns salés de l’océan. Ils avaient l’air maigre et dur, bien que quelque peu indiscipliné. Le chef était habillé de la même manière que les autres, bien que sa tenue soit principalement noire et semble à la fois plus propre et de meilleure qualité. Il ne portait pas d’arme mais un prêtre de la sombre déesse avait probablement d’autres moyens de se défendre.

Le groupe s’arrêta à une douzaine de mètres, et l’homme en noir s’avança seul. Derrière lui, les autres observaient la forme massive de Melech, leurs mains s’attardant sur les crosses de pistolets et des poignées d’épée. L’homme en noir semblait complètement impassable face au nephilim, et il marchait d’un pas rapide dans la direction d’Elyshyvah.

Les cheveux foncés du thamarite étaient coupés court, sa barbe avait été soigneusement taillée autour sa bouche et de son menton. Son front était large et dégagé, et ses yeux brillaient d’un bleu vif qui lui rappelaient le ciel clair du nord. Elle supposait qu’il était avenant selon les normes que les humains jugeaient de telles choses.

« Vous êtes Elyshyvah ? » demanda l’homme en Aeric, son accent barbare trahissant sa méconnaissance de la langue. « Quelles langues pouvez-vous parler ? »

Sa maîtrise des langues humaines était limitée, mais elle avait une connaissance pratique du khardique et du cygnaréen. Elle choisit ce dernier, car l’homme n’avait pas l’air du nord. « Je suis elle », dit-elle.

« Je m’appelle Garrus », répondit-il, également en cygnaréen. « Ma maîtresse m’a demandé de vous donner ceci. » Il tendit un morceau de parchemin plié, qu’Elyshyvah prit et ouvrit. Sur le parchemin était griffonné le symbole que Vayl lui avait dit d’attendre : des flèches tripartites sur un champ noir. C’était le symbole de la déesse Thamar, la divinité que Fiona servait. C’était aussi le signe que c’était le représentant choisi par Fiona.

Elsyshyvah hocha la tête et rendit le parchemin à Garrus, qui le rangea sous sa robe. « Tu nous emmèneras au tombeau », dit-elle.

« Je le ferai », répondit Garrus, « tant que vous comprenez les termes. »
« Les conditions n’ont pas changé », dit Elyshyvah, en se hérissant. « L’épée appartient à ta maîtresse, le tome à la mienne. » Elle posa une main sur l’avant-bras massif et écailleux de Melech. » Je respecterai l’accord aussi longtemps que tu le feras », dit-elle.

« Bien », répondit Garrus, ignorant la subtile menace d’Elyshyvah. « Alors, continuons. »

* * *

Garrus marchait à quelques pas derrière la femelle nyss et l’imposant rejeton draconique à côté d’elle. Ses guerriers, qu’elle avait appelés « patrouilleurs », se déplaçaient devant elle, dans la direction qu’il lui avait indiquée sur la base des notes codées que Fiona lui avait fournis. Ses propres hommes suivaient derrière lui en une ligne irrégulière. Ils marchaient côte à côte en petits groupes de trois ou quatre avec toute l’habilité que l’on pouvait attendre d’hommes plus habitués aux ponts roulants d’un navire qu’à l’enchevêtrement des profondeurs de la forêt. Pourtant, les chiens de mer avaient été triés sur le volet parmi l’équipage du Mauvaise Fortune, le propre navire de Fiona, et il savait qu’ils étaient maîtrisaient les pistolets, les épées et les haches qu’ils portaient.

Elyshyvah ne s’était plus exprimé depuis que les deux groupes avaient commencé à se déplacer vers le sud, vers leur but. Elle et ses « hommes » semblaient assez sauvages. L’effet de la corruption du dragon sur leurs corps l’intéressait cependant, et il se réjouissait de la rare occasion de l’observer de près.

Le rejeton draconique que les accompagnait était encore plus intrigant que les nyss que les nyss corrompus. Garrus savait qu’il était probablement l’un des rares humains de l’Immoren occidental à s’approcher si près de l’un des bêtes et à en vivre pour en parler. Humanoïde, il se tenait sur deux larges pattes griffues, et ses longs bras nerveux se terminaient par des mains à quatre doigts. Le rejeton draconique tenait une arbalète de la talle d’une petite baliste, indiquant à Garrus qu’il possédait un intellect au-delà de celui d’une simple bête. C’était une créature fascinante, et il n’aimerait rien de plus que de l’étudier plus en détail- de préférence sur sa table de vivisection.

Garrus reporta ses pensées sur la tâche à accomplir. Fiona lui avait confié avant tout le soin de rechercher le tombeau orgoth et de récupérer Harrowdim, la légendaire lame réputée y être enterrée. L’intérêt de Fiona pour la lame était compréhensible ; la magie déchue des orgoth était irrésistible pour quiconque cherchait à mieux comprendre l’occultisme. Il était honoré qu’elle l’avait choisie pour accomplir cette tâche.

Finalement, le terrain se retrouva complètement dépourvu de vie. Garrus fonça les sourcils, perplexe. Rien de ce qu’on lui avait dit ne l’avait amené à s’attendre à ce genre de dévastation. Sous leurs pieds, le sol craquait et crissait alors que leur pas réduisait les couches de détritus en poudre grise. Il jeta un coup d’œil à la cheffe nyss et vit que son expression était sombre.

« Que s’est-il passé ici ? » demanda-t-elle en cygnaréen, jetant un œil au paysage silencieux et mort.

« La puissante magie nécromantique des orgoth pouvait affaiblir et tuer des êtres vivants », répondit Garrus en s’approchant pour se déplacer à ses côtés. « mais je m’attendais à ce que de telles énergies se soient estompées depuis longtemps… » Elyshyvah hocha la tête, mais son expression demeura sombre et ils continuèrent en silence.

Le groupe émergea bientôt dans une clairière de terre crayeuse d’où les souches d’arbres depuis longtemps morts se dressaient telles les dents pourries d’une grande bête décrépie. Au centre s’élevait un large monticule de pierre et de terre entouré de six piliers gravés de runes, chacun mesurant environ 3 mètres de haut et semblant être de construction plus récente que l’antique tumulus. Un côté de la tombe était dominé par une ouverture sombre, délimitée de pierre noire et si grande qu’elle aurait pu facilement accueillir quelque chose la hauteur d’un homme et plusieurs fois sa largeur. L’énorme dalle de pierre qui aurait dû sceller la tombe gisait sur le sol à proximité. La femelle nyss grogna, et Garrus lui-même ressentit une pointe de consternation en remarquant que le sceau avait été brisé.

Elyshyvah fit un geste à son groupe et les patrouilleurs prirent position autour de la clairière, brandissant leurs arcs plutôt que leurs courtes et courbes épées. Le rejeton draconique resta près d’elle. Garrus plaça ses propres hommes plus près du monticule et se déplaça ensuite pour examiner de plus près l’un des monolithes.

L’observant, Elyshyvah demanda : « Et ces piliers ? Ils ne sont pas orgoth. Reconnais-tu les runes ? »

Garrus fronça les sourcils. « Ils sont le fait des trollkin. Une mise en garde, peut-être, ou une sorte de gardien. »

« Gardien ? Vont-ils nous barrer le passage ? »

Garrus secoua la tête. « Je ne pense pas ; ils sont probablement destinés à limiter la propagation de toutes les énergies persistantes ici.
Elyshyvah hocha la tête avec raideur avant de s’éloigner pour discuter avec l’un des patrouilleurs, un grand mâle que Garrus avait remarqué se tenir à l’écart des autres.

« Yorvek », cria Garrus en direction de son groupe de chiens de mer Un homme à la peau sombre, avec des pistolets en bandoulière sur la poitrine, se redressa devant lui. « Nous allons pénétrer, Bosco », dit Garrus. « Je veux que les torches soient allumées et les armes prêtes. Choisis deux hommes pour monter la garde. »

« Oui », répondit Yorvek avant de se retourner vers ses hommes.

Garrus tourna son attention vers Elyshyvah et vit qu’elle avait donné des ordres similaires aux siens. La plupart des patrouilleurs et son rejeton draconique se dirigeaient vers l’ouverture du tumulus ; les deux derniers se tenaient à la lisière de la clairière. Le grand mâle avec qui elle avait précédemment parlé lui tendait une torche allumée ; il semblait rester derrière.

« Je suis prête », dit Elyshyvah en s’approchant du monticule. Elle désigna l’entrée avec son bâton à lames. « Tu iras en premiers. »
Garrus fit une grimace face à son évidente méfiance. Lui-même n’était pas très heureux à l’idée d’avoir dix nyss corrompus et un rejeton draconique dans son dos alors qu’il descendait dans une tombe sombre et hantée, mais il doutait qu’Elyshyvah le trahisse avant qu’ils n’aient complètement exploré le tumulus. Il était beaucoup plus préoccupé par la possibilité de pièges orgoth.

Eh bien, il devrait juste en tirer le meilleur parti. Les nyss risquaient de faire trébucher quelque chose par leur ignorance, et il ne pouvait pas prendre le risque.

« Très bien », dit-il, « mais c’est vital pour vous et les … vôtres de suivre mes instructions. Les orgoth n’apprécie pas les intrus. Il s’empara d’une torche allumée par Yorve et la tint en l’air. La lumière diffusée révéla un passage abrupt de pierre lisse et travaillée qui menait sous terre. L’air vicié et moisi qui flottait des profondeurs de la tombe sentait légèrement la pourriture. « Restez derrière moi », dit-il à ses hommes par-dessus son épaule en franchissant le seuil dans l’obscurité.

* * *

Elyshyvah envoya son rejeton draconique derrière les humains et le suivit dans les ténèbres. Forcément, elle put entendre ses griffes cliqueter sur le sol de pierre ; il n’avait pas besoin d’une torche pour les voir. Ses patrouilleurs la suivirent, progressant prudemment dans un environnement artificiel.

Le cortège avançait lentement, un rythme déterminé par la progression prudente du prêtre en tête. Elyshyvah étudia les murs du couloir descendant régulièrement tour en progression. Ils étaient nus pour la plupart, mais elle apercevait parfois ce qui ressemblait à des runes trollkin gribouillées dans la pierre. D’autres endroits montraient des visages finement sculptés, méfiants et démoniques. Ils faisaient partie d’un motif général qu’elle savait être associé aux ruines et aux artefacts orgoth.

À plusieurs reprises, le groupe tomba sur des squelettes éparpillés dans le passage incliné, suggérant une intrusion plus récente. À ces occasions et à plusieurs autres, le prêtrs thamarite ordonna aux autres de s’arrêter pendant qu’il examinait les murs et leurs marques. Semblant connaître les chemins orgoth et leurs pièges, il les mettait en garde contre le fait de marcher sur certaines pierres. À plusieurs reprises, il enfonça ses doigts dans des ouvertures presque invisibles, provoquant des grincements à l’intérieur des murs, désactivant ainsi toutes les mortelles surprises qui auraient pu leur arriver.

Après une longue période d’obscurité éclairée par les torches, Elyshyvah remarqua une lueur devant elle. La lumière jaunâtre augmenta progressivement en intensité, débordant dans le passage et projetant d’étranges ombres déformées sur les murs. En approchant, elle se rendit compte que cela émanait d’une grande chambre ouverte au bout du passage.

Garrus et ses hommes pénétrèrent dans la pièce sans hésitation. Elyshyvah souleva sa main droite et leva son index et son majeur. Derrière elle, elle entendit les patrouilleurs répondre à son signal en rengainant leurs épées et en décrochant leurs arcs. La chambre devant elle semblait assez grande – assez grande pour permettre le tir de projectile.

Alors qu’Elyshyvah se déplaçait dans la chambre circulaire, elle fut stupéfaite par sa taille. Bâtie entièrement en pierre taillée et s’étendant sur des dizaines de mètres de diamètres, elle s’enorgueillissait d’un plafond en forme de dôme qui s’élevait à dix mètres ou plus. Le plafond était couvert d’étranges sigles et d’autres visages bestiaux qu’elle avait remarqué dans le passage. Une massive fosse contenant un grand feu dominant le centre de la pièce, ses flammes d’un jaune vif brûlant avec une luminosité anormale et sans combustible apparent.

Bien que largement vide, la chambre comportait un trône de pierre noire monumental reposant une estrade surélevée directement en face l’entrée, au nord. Dispersés devant le trône se trouvaient les restes brisés de dizaines de squelettes. La plupart d’entre eux tenaient encore des armes en fer rouillées ou des grossières armes en pierre et étaient recouverts de restes de vêtements ou d’armures en lambeaux. Sur le trône se trouvait le cadavre momifié d’un grand homme vêtu d’une armure d’acier élaborée. Une épée nue reposait sur ses genoux.

Garrus et ses hommes avaient commencé à s’approcher du trône, se tenant à l’écart du foyer. Avec Melech derrière elle, Elyshyvah suivit. Ses patrouilleurs s’étendirent le long du périmètre de la chambre, arcs à la main et flèches encochées.

À l’approche du trône, Elyshyvah put discerner plus de détails sur l’antique armure portée par son occupant. Elle ressemblait décidément à celle des orgoth. Cuirasse, cretons et avant-bras portaient tous des visages humanoïdes grotesques, étrangement allongés pour s’adapter à la pièce d’armure qu’ils ornaient chacun. Un casque conique à face ouverte, avec des cornes en acier torsadées, était posé sur la tête inclinée du cadavre.

Lorsqu’Elyshyvah rejoignit Garrus devant le trône, il pointa du doigt la grande épée qui reposait sur les genoux du guerrier orgoth et dit : « C’est Harrowdim. » L’arme à un seul tranchant ressemblait à un fauchon à deux mains. Des visages bestiaux hurlants se mouvaient et se tordaient à la surface de la lame, leurs visages torturés brillaient d’un léger vert acide.

« Alors, prends-la », répondit-elle.

Garrus secoua la tête. « Je ne pense pas que ce sera facile », prévint-elle. « Harrowdim est un prix trop important pour ne pas être gardé. » Il regarda le trône et le personnage qui s’y trouvait, perdu dans ses pensées.

Elyshyvah regarda les restes squelettiques devant le trône. Ils portaient tous les signes révélateurs d’une mort violente : côtes fêlées, crânes brisés et armes fracassées. La plupart étaient clairement là depuis de nombreuses années, mais des lambeaux de chair desséchée s’accrochaient aux os de quelques-uns, indiquant une mort plus récente. L’un des squelettes était plus petit et plus fin que les autres, et il tenait n massif volume recouvert de cuir teint en bleu profond. Ses yeux se fixèrent sciemment sur sa surface, mais elle ne donna aucun signe extérieur d’intérêt.

La voix de Garrus ramena son attention sur le trône et l’épée. « Je ne vois aucun signe barrières ou de pièges. Il doit y avoir un gardien. » Il se retourna et scruta les murs, mais son froncement de sourcils indiqua qu’il ne voyait pas plus de signes d’une autre entrée qu’elle.

« Un gardien, nous pourrons nous battre », dit-elle sans ambages. « Comment le trouver ? »

Garrus la regarda de façon égale, un sourire prédateur sur les lèvres. « Nous l’attirons. »

Il se tourna vers ses hommes, qui se tenaient à une courte distance et désigna un homme aux cheveux clairs près du seuil de la chambre. « Toi », cria-t-il. « Prends l’épée. » Le chien de mer hésita, puis jura alors que ses compagnons le regardaient avec des visages sombres. Il se dirigea vers le trône, le pistolet levé, essayant de ne pas marcher sur les squelettes qui s’amoncelaient devant lui.

Lorsqu’il atteignit le trône, l’homme tendit une main et lova ses doigts autour des bandes de cuir usés de la poignée de la grande épée. La sueur perlait sur son front. Il leva l’arme et un sourire se dessina sur son visage hâlé.

L’épée à la main, il se tourna et repartit vers Garrus. Il fit exactement trois pas avant de s’arrêter brusquement, ses traits se tordant d’agonie.

« Regardez la lame », chuchota Garrus.

Les visages se tortillant sur la longueur de Harrowdim étaient devenus beaucoup plus brillants. Leur illumination sinistre avait pris une qualité presque tangible, s’insinuant dans le bras du chien de mer telles des vrilles d’un éclat émeraude. L’homme tomba à genoux, les traits tirés par une évidente douleur alors que la terrible lueur verte enveloppait rapidement tout son corps.

Elyshyvah regardait avec une morbide fascination sa chair commencer à se flétrir, s’effondrant autour de ses os comme si la flamme verte qui brûlait son corps lui prélevait la vie. Sa bouche était ouverte et s’étendait de plus en plus à mesure que la peau devenait de plus en plus fine et tendue sur son crâne. Ses yeux se ratatinaient dans leurs orbites, s’effondrant vers l’intérieur avant de disparaître complètement. Remarquablement, il resta effroyablement vivant alors que l’épée aspirait avidement la vie de sa chair. Même après que l’homme ait été réduit à rien de plus qu’une enveloppe, il tremblait encore faiblement, les doigts grêles lovés autour de la poignée d’Harrowdim. Finalement, l’homme s’immobilisa et l’épée échappa à sa prise et claqua sur le sol de pierre.

L’épée brillait violemment et le rayonnement atteignit une intensité fulgurante qui obligea tous les personnes présentes dans la pièce à se protéger les yeux. La douloureuse illumination s’est lentement atténuée et fini par s’éteindre comme une bougie soufflée par le vent.

Elyshyvah retira son avant-bras de ses yeux et par réflexe lova ses doigts autour de son bâton de combat. Elle vit immédiatement que les humains avaient pointé leurs pistolets sur le trône et ses patrouilleurs avaient bandé leurs arcs, des flèches barbelées scintillant à la lueur des flammes. Melech siffla et leva son arme.

Le cadavre orgoth n’était plus un cadavre. Il se tenait devant le trône, la peau de bronze visible à travers les interstices de son armure. Le visage, sous le heaume, avait une allure noble, avec une large mâchoire, un nez crochu et des yeux enfoncés couleur d’onyx.

Le guerrier s’avança lentement et s’abaissa devant les restes du patrouilleur pour récupérer Harrowdim. Son mouvement fut suffisant pour briser la tension meurtrière dans la pièce. Le claquement sourd des cordes des arcs des patrouilleurs frappant les canons d’avant-bras en cuir retentit et fut rapidement suivi par le rugissement tonitruant des pistolets des chiens de mer. Une grêle de flèches et de coup de pistolet frappa le guerrier, le repoussant de plusieurs pas jusqu’à la base de son trône, mais ils tombèrent au sol dans une litière d’hampe brisée et de boules de plomb aplaties. La fusillade de projectiles semblant avoir eu peu d’effet.

Le tonnerre des coups de feu céda la place à la fureur désespérée du rechargement alors que les chiens de mer enfonçaient de nouvelles cartouches dans leurs armes.

Les patrouilleurs continuaient à tirer, encochant de façon régulière les flèches, tirant encore et encore.

Le guerrier orgoth souleva Harrowdim et sa large bouche se fendit en un sourire sauvage. Soudain, le bruit vif de l’arbalète de Melech remplit la pièce. L’énorme projectile heurta la cuirasse du guerrier, le renvoyant contre le trône. Le projectile avait pénétré l’armure et la chair derrière, laissant près de 60 centimètres du projectile empenné dépasser de son corps.

L’orgoth récupéra instantanément son équilibre. La rage sombre qui remplissait ses traits aquilins était antique et terrifiant. Il tendit une main, arracha le projectile de sa poitrine et le jeta. Ensuite, il s’empara d’Harrowdim à deux mains et disparut.
Un battement de coeur plus tard, Elyshyvah entendit Melech hurler. Elle se retourna pour voir le rejeton draconique à genoux devant le guerrier, le sang noir coulant d’une gigantesque blessure à l’abdomen. L’épée orgoth jaillit, et la tête du nephilim se détacha de son corps dans un jet de sang.

Une rafale de coup de feu de représailles suivit la mort de Melech, mais le guerrier disparut à nouveau. Elyshyvah lâcha sa torche et se retourna sur place, tenant son bâton de combat devant elle dans une position protectrice. La pièce entière avait éclaté en une cacophonie de voix nyss et humaine criant de confusion et de rage.

Le guerrier réapparut au milieu d’un groupe de chiens de mers, son épée dansant : une, deux, trois fois. Puis il disparut. Quelques secondes plus tard, il réapparut de l’autre côté de la chambre, à côté de deux patrouilleurs, et Harrowdim assouvit sa soif de carnage sur la chair des nyss. Les flèches des patrouilleurs et les tirs de pistolets des chiens de mer s’écrasèrent contre le mur alors que le guerrier disparaissait à nouveau.

Le silence régna un instant, puis l’orgoth réapparut sur son trône, Harrowdim se reposant à nouveau sur ses genoux. Des ruisseaux de sang coulant lentement le long de la lame gorgée de sang et sur les jambes armurées du guerrier avant de s’écouler sur le sol en pierre.

Les pistolets des chiens de mer et les arcs des nyss pointèrent vers le trône, ce qui poussa Elyshyvah et Garrus à crier presque à l’unisson dans leurs langues respectives : « Ne tirez pas ! »

Le guerrier orgoth fixa les personnes devant lui, ses yeux noirs étincelants. « Vous osez vous immiscer dans ma cour ? Demanda-t-il d’une voix retentissante, remplissant chaque espace de la colossale chambre. « Présentez vos respects devant ce trône ou vous souffrirez pour votre témérité. » Il s’exprima en cygnaréen, mais avec un accent qu’Elyshyvah n’avait jamais entendu.

Garrus s’avança et s’agenouilla devant le trône. « Pardonne notre intrusion, Excellence », dit-il, la voix tremblante. « Nous ne recherchons pas à susciter votre colère. »

Le regard du guerrier orgoth se tourna vers Elyshyvah. Elle sentit son poids sur elle comme une chose tangible, une malveillance sombre et étouffante. « Et vous, palote ? » Demanda-t-il. « Trop hautaine pour s’agenouiller devant meilleur que toi ? »

Elyshyvah inclina la tête. « Moi aussi, je ne veux pas manquer de respect, mais je ne peux pas m’agenouiller devant ce trône », dit-elle ; se demandant si ces paroles seraient les dernières. « Ma fidélité appartient à quelqu’un de plus grand que vous. »

« Plus grand que moi ? » Le guerrier rejeta la tête en arrière et rit. « Vous avez de la volonté, esquimau. J’admire ça chez un esclave. Agenouillez ou debout ; cela ne fait aucune différence pour moi. »

« Garrus se releva. « Je m’appelle Garrus », dit-il. « Celle que je sers m’a envoyé traiter avec vous. Ce qui nous a amenés à votre … salle. »

« Qu’est-ce que vous cherchez ? » s’enquit l’orgoth. « Je n’ai pas de trésor, et même mes esclaves ne sont plus que des os maintenant. »

Garrus, peut-être inconsciemment, jeta un coup d’oeil au cadavre ratatiné du chien de mer devant le trône. L’acte n’échappa pas à l’attention de l’orgoth.

« Bien sûr, tu cherches la lame », dit-il, en plaçant une main sur la pognée de Harrowdim. « Je ne vous la cacherai pas. » Il saisit l’épée par la lame et la tendit poignée en avant. « Avancez et prenez-l. »

« Ma maîtresse s’intéresse grandement à Harrowdim », admit Garrus, tout en s’éloignant du trône.

« Non ? » dit le guerrier, en souriant. «  Et vous ? » Il pointa la poignée vers Elyshyvah. Elle ne dit rien et resta simplement immobile.

Le guerrier remit l’épée sur ses genoux et s’installa à nouveau sur son trône. « Cela fait de longue années que personne de digne n’est venu chercher l’épée », dit-il.

« Que voulez-vous dire ? » Demanda Garrus.

« La lame s’est alourdie au fil des années. J’aurais tendance à la transmettre à quelque de digne de sa puissance », déclara le guerrier. « Peut-être l’un de vous. »

« Comment est-ce que je – vous – prouvons notre valeur ? » Demanda Garrus, jetant un coup d’oeil à Elyshyvah. Elle n’aima pas ce qu’elle vit dans les yeux de l’homme.

Le guerrier orgoth sourit, montrant une rangée nette de dents blanches parfaites. « Vous survivrez. »

* * *

5
Background – Histoire des Royaumes d’Acier / Tombée de la Nuit
« le: 03 août 2020 à 22:38:30 »
TOMBÉE DE LA NUIT

Par Simon Berman

Le Kommandeur Koldun Aleksandra Zerkova arpentait un large cercle, suivant approximativement le périmètre de la ficelle qui marquait les bords de l’excavation. L’air matinal était humide et la clairière sentait la terre récemment retournée. L’odeur était celle que Zerkova associe généralement à un danger et à un défi imminent ; peu de tombes pillées par l’Alliance des Seigneurs Gris ont livré leurs secrets sans exiger un prix en sang. Elle était prête à la payer – en fait, elle était surprise de la modicité de son coût jusqu’à présent.

Convaincre ses supérieurs d’autoriser cette expédition avait été l’étape la plus difficile. Les rares membres de la Prikaze de la Chancellerie qui avait connaissance de la nature de son bien précieux étaient décontenancés par l’objet lui-même et se méfiaient de prendre des risques après l’attaque sans précédent des iosiens. Ils avaient fallu des mois pour convaincre son commanditaire secret qu’elle avait identifié un artefact qui pourrait décongeler le dieu gelé ou, à défaut, pourrait au moins allumer l’antique torche qui était également tombé en sa possession. Le fait que la terrible arme orgoth qu’elle cherchait ait été enterré sous Drer Drakkerung sur île cryxienne Garlghast était un obstacle évident aux fouilles archéologiques. Son commanditaire avait finalement été influencé par sa suggestion que les iosiens auraient pu suivre ses mouvements lors de leur première frappe. S’ils la suivaient, a-t-elle suggéré, elle pourrait les faire courir dans tous les sens pour rien tout en poursuivant son objectif. Ce serait également l’occasion de mener des recherches sur le terrain concernant les armes orgoth qui pourraent être appliquées à l’effort de guerre des khadoréens. Cela avait coûté à Zerkova une certaine influence politique dans l’Alliance, mais elle avait prévalu. Zerkova avait obtenu l’autorisation de réquisitionner les forces dont elle avait besoin pour sa mission.

L’autorisation de Zerkova avait fonctionné avec une efficacité choquante : les objections bureaucratiques avait disparu face à l’autorité de son commanditaire, et son groupe de travail était à bord d’un transport destiné aux Îles Scharde du nord seulement trois semaines plus tard. Un seul navire jouait le rôle d’escorte, mais c’était l’un des puissants coque en fer de la Marine Khadoréenne, capable de détruire les navires de ligne en bois avec une facilité déconcertante. Malgré cela, le besoin de secret signifiait que la mission entière devait être abandonnée au premier indice que les forces navales cryxiennes savaient ce qu’elles faisaient. Pour échapper à la détection, leur traversée les a emmenées loin sur le Meredius – des eaux dangereuses pour un lourd coque en fer et un navire de transport. Zerkova n’avait jamais été aussi tendue que pendant le voyage, non pas parce qu’elle craignait la mort, mais en raison du risque réel que sa mission échoue avant même qu’elle débute. C’est avec un grand soulagement qu’elle a débarqué sur l’île sans nom à l’ouest de Garlghast après seulement un petit engagement avec une patrouille cryxienne. Les pirates dégénérés avaient été coulés en peu de temps et les survivants noyés dans les eaux froides de l’archipel. Satisfaites que personne ne se soit échappée pour avertir de leur présence, l’expédition se poursuivait.

Il a fallu moins d’une journée pour débarquer leurs troupes, leurs warjacks et leurs munitions. Au fur et à mesure que le camp était érigé, plusieurs ternions ont passé l’île au peigne fin à la recherche des ruines orgoth. Les éclaireurs et les Faiseurs de Veuves ont installé des postes d’observation à partir desquels ils pouvaient observer les mers et surveiller l’île Garlghast, pas si éloignée. Comme la plupart des Îles Scharde septentrionales, la zone de débarquement étai rocheuse et couverte d’un feuillage dense. Les conifères qui recouvraient l’île bloquaient la lumière du jour à quelques mètres des plages rocheuses. Non pas que cet endroit ait jamais beaucoup vu le soleil. Constamment gris, le ciel n’interrompait ses averses que pour un déluge occasionnel. Zerkova était habituée à des températures particulièrement basses, mais le froid humide qui régnait dans ce sinistre lieu semblait particulièrement lugubre.

Un bruit sourd, indécemment sonore dans l’air immobile, prit Zerkova de court. En regardant dans la fosse de fouille, elle a vu un magziev Seigneur Gris debout près d’un sceau de pierre partiellement levé, regardant absurdement sa main droite vide. Rapide comme un serpent, Zerkova se rapprocha su jeune officier, écartant ses longs cheveux pour révéler l’orbe lisse qui remplaçait son œil droit.

« Toi ! » dit Zerkova. « Pirov, correct ? »

« K-kirov, Dame Kommandeur », balbutia le magziev.

« Oui, K-k-kirov. Ton oncle souhaite ta mort, n’est-ce pas ? »

« Dame Kommandeur ? »

Zerkova a débuté doucement : « Eh bien, je t’ai pris dans cette équipe sur la base de sa recommandation. Il m’a dit que tu étais un bon garçon, capable et discret, pas quelqu’un qui - » Sa voix s’élevait nettement alors qu’elle poursuivait, « Ferais tomber son pied de biche dans le trou ! » De toute évidence, il était soit aveuglé par l’amour familial, soit il cherchait à te faire tuer. ! Ce n’est pas mon affaire s’il veut organiser un accident commode pour toi mais ne t’attend pas à ce que je reste là pendant que ton idiotie nous tue tous ! On n’est pas là pour pique-niquer, imbécile ! Et vous autres ! Qu’est-ce que vous regarder ! Retournez au travail ! » Avec un grognement, elle s’est précipitée dans sa tente. Le magziev, palot, se tourna pour faire face à ses camarades compatissants, prit une profonde inspiration et fit ce qu’on lui avait dit.

De retour dans sa tente, Zerkova s’étonna de la violence de sa réaction. Peut-être que la météo m’atteint-elle, pensa-t-elle. Pourtant, un peu d’instabilité est une bonne chose – elle permet de garder le personnel sur le qui-vive.

Le but ultime de Zerkova résidait dans une fosse commune dans les ruines hantées du dernier bastion orgoth dans l’Immoren occidental. Ici, les tyrans avaient choisi la mort au lieu de se rendre à Cryx et s’étaient annihilés dans une démonstration apocalyptique de puissance nécromantique. Des rumeurs et des allusions aux seins de textes obscurs parlaient d’une arme redoutable, peut-être une hallebarde, maniée par un serviteur cauchemardesque orgoth qui arpentait encore les chambres sous a tour dans laquelle ils avaient perpétré leur stupéfiant acte d’autodestruction.

On prétendait que l’arme brûlait indéfiniment grâce à l’énergie des âmes torturées, et Zerkova soupçonnait qu’elle avait provoqué les conflagrations qui avaient complètement rasé plusieurs villes pendant l’occupation orgoth. Une seule référence nommait l’arme : le Vayrg Krotunn. La phrase était cependant intraduisible et pouvait faire référence à l’arme ou à la créature qui la maniait. Malgré la fureur des incantations destructrices finales, Zerkova croyait que le Vayrg Krotunn avait survécu au cataclysme. Des textes anciens décrivant le donjon mentionnait de puissantes protections protégeant une crypte centrale, certains inscrits dans des langues nécromantiques autres que celle des orgoth. Elle avait reconnu des termes qui rappelaient les horribles rites de Morrdh et d’autres magies noires encore plus obscures. Les sources étaient fragmentaires et très éparses, et Zerkova était convaincu que personne d’autre n’avait réuni les connaissances nécessaires pour briser ces protections et récupérer la grande arme.

Alors que Zerkova observait à nouveau la fouille, le chef de fouille, le Seigneur Koldun Yurivovitch, l’a salué et s’est approché. Zerkova a rendu le salut et examiné le Seigneur Gris vieillissant. Yurivovitch était l’un des plus grands experts de Khador en matière de runes de malédictions orgoth, et il avait ouvert plus de tombes orgoth, de chambres de torture et de catacombes que tout autre Seigneur Gris vivant. Zerkova a simplement demandé : «  Nous sommes prêts ? »

« Oui, Kommandeur. Les protections sont brisées, et seuls les gardiens physiques restent à traiter, du moins dans les antichambres. « Le Seigneur Koldun s’exprimait sans hésitation.

« Très bien, envoie le Koldun Zevno et ses vagabonds maudits. Je suivrai avec vous et tes ternions subordonnés. Yurivovitch a salué et s’est empressé d’exécuter ses ordres.

Zerkova regardait la grande chape de la tombe être soulevée avec des pieds-de-biches puis renversé par un Juggernaut. Comme tous les ‘jacks que Zerkova avait amené, il était peint en gris terne avec des ornements noirs, seuls son lettrage et quelques décorations étaient en rouge vif de l’Empire Khadoréen. En effet, presque tous les membres du groupe de travail portaient des couleurs similaires pour mieux se fondre avec le terrain des Îles Scharde.

« C’est une bonne chose qui nous soyons silencieux », ont marmonné les officiers rassemblés après que la chute et le grondement se soient calmés. « Je ne voudrais alerter en bas. » Zerkova a fait semblant de ne pas entendre cela ou les ricanements réprimés qui en ont résulté.

Le Rastovnik Zevno a ordonné à ses vagabonds maudits de pénétrer dans la tombe violée. Les vicieux épéistes ont eu besoin de peu d’encouragement et se sont immédiatement précipité dedans, leurs grognements d’effort étouffés par leurs masques de fer.

Une série de marches descendait dans la tombe, et Zerkova observa les vagabonds maudits avalés par l’obscurité souterraine. Quelques secondes plus tard, le vacarme de la violence a éclaté d’en bas. Le sifflement et le charabia des gardiens du tombeau se mêlaient au fracas de l’acier, et Zerkova s’est demandé si Zevno serait capable de retenir les vagabonds maudits berserk dans les endroits étroits de la tombe. Pas que cela importait ; l’expédition en avait une solide réserve.

Finalement, les bruits de la mêlée ont diminué ; « Kirov », dit Zerkova, « Prend Andreyovitch et Irenkhov et vérifiez les vagabonds maudits. » Kirov s’est raidi, a dégluti et acquiescé. Il a fait signe à ses compagnons officiers subalternes et a disparu dans le trou. Ils savaient tous qu’il ne fallait pas remettre en question un ordre direct.

Quand Irenkhov a annoncé que la voie était libre, Zerkova a fait signe aux ternions qu’elle avait choisi de suivre et a débuté la descente. À chaque pas vers le bas, les artefacts orgoth qu’elle portait brillaient de plus en plus et leurs murmures s’amplifiaient. Dans la chambre principale du tombeau, elle a trouvé le sol jonché d’ossements et des armures brisées des gardiens animé nécromantiquement que les vagabonds maudits avaient détruits. Deux des vagabonds maudits étaient couchés face contre terre dans des mares de sang, et un troisième cadavre étaient assis contre le mur du fond. Les deux autres se tenaient accroupis contre le sol en pierre, frustrés que leurs appétits meurtriers ne soient pas satisfaits. Kirov se tenait à côté de l’entrée, le pied-de-biche tenu mollement à son flanc. Andreyovitch venait de terminer de nouer un bandage autour d’une profonde entaille dans la main gauche de Zevno.

« Kommandeur, j’ai trouvé quelque chose » Grogna Zevno, sa main droite serrée autour de son opposée. Zerkova s’approcha et jeta un coup d’oeil dans une pièce adjacente. Des tas d’armes en métal noir tapissaient les murs, tombés de support en bois pourris depuis longtemps. « Peut-être que nous nous sommes trompés ; cela semble être un arsenal, pas un tombeau. »

Zerkova a souri.

* * *

Des rideaux de pluie ondulaient lentement à travers la crique, disparaissant dans les eaux agitées et rendant les pierres glissantes et traîtresses. Morvahna sourit gracieusement à la gracile femme tharn qui se tenait devant elle. Elle a répété en silence le nom de la femme du Terth Cearban dans le but d’empêcher un faux pas. « Eylwitt » … comme le dialecte de cette tribu est difficile, pensait Morvahna. Comme ils sont devenus étranges par leur isolement.

Elle maintenait son regard serein même si la pluie augmentait et que les vagues commençaient à déferler sur ses pieds. Son voyage vers ce lieu sinistre avait été pénible. Le réseau d’énergies naturelles à travers les Îles Scharde avait été interrompu par la corruption de Toruk, obligeant à de longs détours. Depuis des décennies, les druides du Cercle Orboros n’avaient effectué que de brèves visites, et de nombreuses antiques pierres de voyage ont été endommagées par le temps et les conditions météorologiques ou délibérément souillées.

Trouver un passage sûr à travers le réseau de pierres sur Garlghast avait été difficile, mais Morvahna considérait que son objectif – unir toutes les tribus tharn directement sous le contrôle du Cercle – en valait la peine. Le puissant art qu’elle avait façonné pour libérer les tharn de leur antique malédiction s’était répandu même dans les tribus les plus reculées, mais elle n’avait jamais profité de l’occasion pour les visiter personnellement. Elle savait qu’on lui devait de la gratitude – mieux valait qu’elle en profite avant que cet idiot de Krueger ne vienne recruter pour son armée personnelle. Les tharn qui habitaient ici avaient une réputation de sauvagerie remarquable, même parmi les autres tharn. Les druides savaient que le Terth Caerban (nom à la fois de la tribu et de l’archipel sur lequel ils vivaient) adoraient le Ver Dévoreur à travers le totem d’un énorme requin, et qu’ils pratiquaient régulièrement des sacrifices vivants. Les détails de leur culte n’avaient guère intéressé les druides pendant les longs siècles de déclin que les tharn avait subis. Morvahna était également indifférente aux particularités de leur fois, mais ont ne pouvait nier la sagesse de rattacher plus étroitement les tharn de Garlghast. Ils pourraient au moins être incités à mieux entretenir les dernières pierres du Cercle. En outre, à la lumière des récents événements, il serait très pratique de disposer d’une source de combattants proche de Cryx.

Eylwitt s’agenouilla devant Morvahna, la tête baissée pour que Morvahna ne puisse voir qu’une crinière sombre de cheveux hirsutes, raidis avec des résidus de sel. Morvahna a jeté un coup d’oeil aux centaines d’autres tharn – hommes et femmes – qui se tenaient en demi-cercle silencieux sur les rochers glissants de la crique. Au premier coup d’oeil, ils ressemblaient beaucoup aux tharn du continent, bien que leur peau ait un aspect malsain. Ce n’est qu’en regardant de plus près que des différences apparaissaient. Les femmes arboraient souvent des palmes charnues entre leurs doigts, une adaptation fréquente aux plus puissants de leurs chamans et sorcières. Les hommes développaient parfois des zones de peau couvertes de fines écailles grises. Ces zones étaient lisses dans un sens, rugueuses dans l’autre et capables d’abraser la chair. Les dents pointues étaient omniprésentes chez les hommes et les femmes, bien qu’en raison d’une confusion de langage, Morvahna n’avait pas pu déterminer si cela était le résultat d’un rituel ou de naissance.

Elle a regardé Eylwitt, qui tenait maintenant en l’air un collier d’énormes dents de requin suspendues à un morceau de rugueuse et grise. La prêtresse tharn s’est levé et Morvahna s’est inclinée à son tour tandis qu’Eywitt plaçait le collier autour de son cou. Morvahna a levé la tête une fois de plus et a observé deux hommes tharn sortir de la foule. Ils tenaient une satyxis. La captive criait et luttait pour se libérer, mais n’a réussi érafler un de ses ravisseurs avec les restes de ses cornes brisées. Le gigantesque tharn a réagi en la poussant eu sol où elle s’est effondrée contre les pierres.

Morvahna a repensé à la récente bataille au cours de laquelle la satyxis a été capturée, peu après son arrivée parmi le Terth Cearban. La tribu avait réservé un accueil un peu froid à Morvahna et les dizaines de druides et de warbeasts qui l’accompagnaient, malgré le fait qu’elle ait brisé la terrible malédiction des tharn.
Morvahna a mis à profit son grand charme personnel, bientôt le Terth Cearban a insisté pour qu’elle soit accueillie comme l’une des leurs. Morvahna avait été informé que la meilleure façon d’y parvenir était de partager la violence, et une cible de raid approprié avait été trouvée.

Le Terth Cearban avait choisi un navire de pillage satyxis échoué récemment comme endroit pour renouer son amitié avec le Cercle. Morvahna et certains membres de la tribu locale se sont approchés du navire depuis la lisière des bois, piégeant les sorcières contre la mer. Une manœuvre typique, mais lorsque ses forces se sont rapprochées de leur proie, elle a été presque aussi surprise que les satyxis lorsqu’une meute de femmes tharn a émergé de l’océan. En quelques secondes, la bataille s’est transformée en massacre. Morvahna a regardé le Terth Cearban s’abattre sur les tombées. Leurs yeux blancs révulsés, alors qu’ils enfonçaient des dents tranchantes comme des rasoirs dans les gorges, les membres et les tripes des satyxis moribondes. Les eaux autour du navire échoué sont rapidement devenues rouges et seuls quelques survivantes ont été faites prisonnières ; les tharn étaient préoccupés par leur frénétique repas. Morvahna était fascinée. Le Terth Cearban rendait les tharn continentaux presque civilisés.

Les rêveries de Morvahna ont été interrompues lorsque les deux guerriers tharn ont traîné la satyxis captive à ses pieds. Personne ne comprenait les paroles de la prisonnière, mais il était clair d’après son ton qu’elle les maudissait en termes agressifs de son peuple. Eylwitt s’est levée et a retiré un couteau sacrificiel lourdement orné de la gaine à sa hanche. Morvahna n’avait jamais vu une telle lame de près auparavant. Les inscriptions sur la lame lui rappelaient les motifs scrimshaw sculpté sur les os de baleines par son propre peuple, qui vivait dans les îles loin au sud-est.

La prêtresse tharn a montré une bouche pleine de dents acérés et a tendu le couteau à Morvahna. Elle savait ce que l’on attendait d’elle et s’est avancée calmement vers la captive. Elle et la satyxis se sont regardées pendant un long moment, unis dans une haine mutuelle. Morvahna a déclaré : « Le Terth Cearban a reconnu l’Estoc de l’Automne comme l’Attor de toutes les îles et de toutes les mers ! L’Estoc de l’Automne se sent humble face à ce devoir et à ce privilège. Elle remercie le Cearban qui Dévore ! »

Avant d’avoir terminé les derniers mots de la cérémonie, elle avait entamé un puissant revers, traçant une longue entaille dans le ventre de la satyxis. La captive criait d’agonie et de rage alors que le duo de tharn qui la retenait lançait son corps loin dans les eaux de la crique. Elle s’est débattue dans les vagues agitées, essayant de garder la tête hors de l’eau et en même temps de maintenir ses entrailles en place. Morvahna commençait à se demander si le sacrifice n’aillait pas se noyer trop rapidement. Son inquiétude s’est rapidement apaisée lorsqu’une grande forme sombre est entrée dans les eaux de la crique.

Elle l’a regardé tourner deux fois autour de la satyxis avant de plonger hors de vue. Un long moment s’est écoulé, puis la femme a été projetée en l’air alors que la gueule d’un énorme requin faisait irruption sous elle. L’énorme était d’un blanc maladif, sa bouche remplie d’innombrables dents, et il faisait la taille d’une douzaine d’hommes disposés tête-bêche. La satycis pendait de sa gueule en s’agitant et en criant, mais le requin a fait un mouvement rapide de la tête expert et elle a disparu dans sa gueule. Seule sa main était encore visible lorsque le requin a plongé sous les vagues. Bientôt, il n’est resté qu’une éclaboussure d’eau rouge. Les tharn bordant la crique était extatique, criant : « Cearban ! Terth Cearban ! Cearban ! » Morvahna s’est tournée pour faire face à ses nouveaux partisans, se demandant précisément quel genre de personnes elle dirigeait maintenant.

* * *

Un vent froid balayait le sommet rocheux sans nom. Il bruissait à travers les arbustes clairsemés et rabougris et projetait de rafales de pluie intermittentes sur la cabale rassemblée ici. Un feu de joie brûlait avec éclats, sans être affecté par le vent et la pluie, fournissant une lumière vacillante dans l’obscurité. Trois femmes masquées étaient assises sur les rochers usés par le temps formant un amphithéâtre naturel dans le petit espace dégagé au sommet. Ils formaient un triangle asymétrique autour d’une sphère flottante. Tournant sans fin autour de chaque axe, l’Egregore émettait des ombres depuis sa coquille métallique noire, sapant la lumière du feu de joie. Sa coquille était percée de pores de la taille d’une tête humaine qui projetaient une lueur verte maladive en contrepoint malsain aux ombres qu’elle déversait dans le monde.

L’objet de l’attention du conclave était un grand cadavre émacié. Sa peau desséchée était noircie comme si elle avait été consommée dans un brasier, mais en fait cette décoloration provenait de milliers et de milliers de minuscules runes gravées dans sa peau et ses os saillants. Les orbites vides de ses yeux brillaient d’un vert semblable à celui de l’orbe qui planait à proximité. La chose semblait ignorer qu’elle était observée alors qu’elle appliquait un cruellement pointu pour couper la chemise de l’homme inconscient allongé sur un rocher plat devant elle.

« Hieronymos », a appelé l’une des sorcières. Le corps noirci a détourné le regard du captif.

« Oui, ma Dame ? »

La femme pâle s’est déplacée vers l’avant. « Que voyez-vous quand vous regardez la chair de ce mortel ? »

Hieronymos s’est arrêté comme s’il examinait la question. « Un potentiel infini », a-t-il prononcé d’une voix grinçante. « Comme il est étrange qu’une telle faiblesse puisse être transformé en force par la libération de la mort. »

Les sorcières échangèrent un regard approbateur et la première s’exprima à nouveau. « Vous êtes peut-être la plus grande de nos créations. Pas un simple acolyte ; certaine liches de fer pourraient vous regarder avec envie.

« Pourtant, il servira tout le monde à notre guise, Selene. » Morgaen a posé une main oisive sur la carapace mobile de l’Egregore. « Hieronymos, Érudit du Pic du Dragon et commandant des nécroserfs. La Reine Pirate s’en tient-elle à notre ordre? »

L’étrange appellation de Morgean n’a pas marqué de pause. « Ravenman est obéissante. Elle laisse les khadoréennes sans mari. »

L’Egregore a commencé à émettre un bourdonnement grave, plus ressenti qu’entendu, et les trois sorcières se sont déplacées pour le caresser. Selene a appuyé le côté de son visage contre sa carapace et a doucement roucoulé de façon incompréhensible, comme pour apaiser un nourrisson.

Quelques instants se sont écoulés et le bourdonnement de l’Egregore s’est calmé. Les sorcières sont restées proches de lui mais ont tourné leur attention vers Hieronymos, qui employait du charbon de bois pour dessiner des glyphes et des runes sur le torse de l’humain inconscient.

« Helleana », dit Selene, « Comment va la sorcière khadoréenne ? »

Selene a désigné Hieronymos. « L’attaque de notre servante la lus parfaite l’a incitée à se déplacer plus rapidement. Elle craint d’être découverte, mais son désir pour le Vayrg Krotunn éclipse son inquiétude. Regardez vers le nord-ouest et vous pourrez voir les âmes qui suivent ses babioles orgoth. »

Les sorcières se sont tournées comme une seule pour observer. De leur point d’observation, elles pouvaient remarquer une vague d’énergie se rassembler autour de la côte nord-ouest de l’Île Garlghast. Elle semblait se déplacer vers l’est, vers la cicatrice noircie qui avait consumé le centre l’île.

« Il est bon qu’elle soit bientôt à Drer Drakkerung ; le Seigneur Liche Terminus a besoin de nous une fois de plus dans le Bois d’Épines. » Morgean passa une main caressante dans un courant d’ombres tombant de l’Egregore. « Le Vayrg Krotunn est à elle, mais elle ne doit pas partir avec ses compagnons. Le destin exige la mort de ceux qui emporteraient nos trophées. »

Selene a marqué une pause. « Peut-être que Zerkova peut-être incité à rester. Ses prouesses simplifieraient les choses dans d’autres parties de notre foyer. »

« Peut-être », est intervenu Helleana. « Sinon, elle peut certainement aider à éliminer le Terth Cearban. Leur nombre augmente, et ils ne sont pas encore entièrement les enfants du Père des Dragons. » Les sorcières ont regardé Garlghast une fois de plus avant de prononcer ensemble : « Ne nous tenons pas au bord du précipice mais allons-y. » Les trois femmes se sont levées et ont commencé à descendre la montagne, l’Egregore au milieu d’elles.

Hieronymos a commencé à graver les runes qu’il avait tracées sur son captif avec des doigts tranchants et osseux. L’homme s’est réveillé en criant, alors qu’il mourait, le feu de joie s’est éteint, victime de la pluie et du vent alors que la nuit tombait sur Garlghast.

Source

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FORCES D’EXCEPTION XI

DETTES DUES

Par Will Shick

Bois d’Épines, 608 AR

Le champ de bataille était jonché de morts, le sol tellement imprégné de sang et de flotte que le sol de la forêt était devenu un marais cramoisi. Au milieu du calme mortel de l’après bataille se dressaient trois agiles silhouettes, leurs corps vêtus de robes armurées, leurs visages cachés sous de démoniaque heaumes En leur centre, l’Egregore flottait silencieusement sur les vrilles de minuit. « Notre dette envers la sorcière-fantôme est remboursée », dit Helleana.

« Il est temps de réclamer notre dû et retourner auprès de notre maître », convenu Selene, et Morgean acquiesça. L’Egregore pulsait d’un vert maladif et les vrilles noires enroulées autour de lui s’étendaient et s’enroulaient langoureusement autour de son Cénacle, les enveloppant dans son obscurité huileuse. Le groupe chemina rapidement à travers le champ de bataille, ne s’arrêtant même pas pour apprécier le macabre spectacle de tant de morts khadoréens et cygnaréens.

Elles passèrent par l’entrée du nécrofactorium et descendirent les rampes en acier noir qui menaient aux vastes boyaux du complexe souterrain, où l’odeur maladivement douce de la nécrotite brûlante se mêlait à l’odeur de la graisse et des feux de forge fumants. La majesté pure du complexe du massif complexe industriel était impressionnante. Quoi que leur maître ait dit à propos d’Asphyxious, la réalisation du perfide seigneur liche ne pouvait être niée. Elles passaient fonderie après fonderie, chacune d’elles résonnants des bruits des nécrotechs engagés dans leur sombre œuvre : martelant de fer noir d’un helljack, fabricant des cortexes avec des mains étonnamment délicates et assemblant les pièces en quelque chose de bien plus grand que la somme de ses parties. C’est ici que le Cénacle de Sorcières de Garlghast trouva ce qu’il cherchait. Des rangées de heljacks et de bonejacks en fer noir attendant les ordres d’un maître. Autour des constructs flottaient plusieurs surveillants à trois têtes, effectuant les derniers soins sur les mortelles armes de l’Empire du Cauchemar.

En inspectant la salle, Selene déclara : « Les Massacreurs et les Enragés serviront au mieux les objectifs de notre maître »

Sur ses mots, l’Egregore se mit à pulser et les sœurs s’arrêtèrent comme si elles écoutaient une voix qu’elles seules pouvaient entendre.

Morgean se tourna vers Helleana, en fronçant les sourcils. « Mais comment pouvons-nous espérer en contrôler autant ? »

Helleana hocha la tête, partageant la préoccupation de sa sœur. « Oui, même pour nous trois, c’est peut-être trop. »

L’Egregore flottait silencieusement, mais ces vrilles noires s’épaississaient et se tordaient sous lui alors qu’elles rampaient lentement le long du sol en fer noir, serpentant entre les lourds pieds des helljacks et sur les carapaces trapues des bonejacks. Les sorcières regardaient attentivement, leurs visages en extase. Chaque vrille trouva à son tour la forme d’un des surveillants et s’enroula sur le corps de la créature, l’enveloppant dans l’obscurité durant un court instant avant disparaître dans sa chair métallique froide. Bientôt, tous avaient ressenti la caresse de l’Egregore.

Les liches de fer flottèrent toutes ensemble vers le cénacle. Alors qu’ils s’immobilisaient devant le trio, ils s’inclinèrent en signe de soumission. Leur triple voix grinçante grognèrent à l’unisson parfait : « Nous attendons vos ordres, maîtresses. »

Les sœurs regardèrent d’abord leurs nouveaux vassaux, puis les rangs des helljacks au-delà, des sourires sinistres traversant leurs visages.

La puanteur humide du nécrofactorium fit place à un parfum d’une mort fraîche lorsque le Conclave de Sorcières de Garlghast émergea de nouveau sur le champ de bataille. Derrière eux, des helljacks et des bonjacks se déplaçaient de façon tonitruante. Ce n’était une surprise pour aucune des sœurs lorsque la forme fantomatique de sorcière-fantôme Deneghra, vassale favorite d’asphyxious, prit forme devant elles.

La meurtrière warcaster se tenait silencieusement devant le trio pendant un moment, ses pointes-lames dépassant de son dos et s’agitant. Finalement, elle prit la parole. « Je vous ai promis des ressources à rapporter à votre maître, mais vous avez largement dépassé prétention.

L’Egregore pulsait d’une lumière verte maladive, et ses vrilles huileuses devenaient plus épaisses et plus substantielles en se tortillant autour des pieds du cénacle. Bien que soutenues par leurs constructs, les sœurs savaient que l’issue d’une confrontation avec personne aussi puissante que Deneghra n’était nullement assurée.

« Souvenez-vous de notre accord », déclara Helleana. « Nous avons pris que ce dont nous avons besoin pour la volonté du Père des Dragons se réaliser. »

Selene pris la suite de sa sœur. « Bien que vous contrôliez ce nécrofactorium, vos œuvres ne sont destinées qu’à servir ces desseins. »

« Nous nier équivaut à le nier lui », termina Morgean.

Elles observèrent Deneghra de près. La sorcière-fantôme se tenait silencieuse, mais les points de suture autour de son abdomen se tendirent tandis que son corps se crispait, ses doigts pâles se resserrant autour de la hampe de sa hallebarde Éclipse. Bien qu’elles aient conservée leur apparence sans émotion, les sœurs se préparaient déjà à la violence.

Deneghra s’exprima froidement. « Votre maître est Terminus, pas Toruk. Ne prétendez pas la contraire. » Après une pause tendue, la raideur quitta son corps et elle fit un pas de côté. « Ma dette est entièrement payée. »

Le cénacle poussa un soupir de soulagement intérieur et se prépara à partie. Avant qu’elles n’aient fait deux pas, un grand bruit s’éleva de la forêt à gauche et à droite et deux massifs Krakens émergèrent, leurs tentacules de fer s’agitant dangereusement devant le cénacle. En un clin d’oeil, Deneghra était parmi les sœurs. Bien que la sorcière-fantôme soit toujours à l’aise, la menace était plus que claire.

« Maintenant, c’est vous qui m’êtes redevable », dit Deneghra, la voix basse mais intense. Puis sa forme s’estompa dans l’éther. Les tentacules des Krakens se stoppèrent. Alors que les sœurs franchissaient les frontières du nécrofactorium, chacune regarda les autres, souriant légèrement.

« Notre maître sera très content », déclara Morgean.

L’Egregore pulsa faiblement alors qu’il tournait lentement sur ses vrilles de ténèbres.

« Oui », dirent les deux autres sœurs. « Cela s’est passé comme nous l’avions prévu. »

7
LES RENCONTRES DE PENDRAKE

Les Secrets des Druides

Par Edrea Lloryrr (transcrit par Nathan Letsinger)

Cher professeur, j’ai le regret de vous informer que tout ne s’est pas déroulé selon le plan prévu. L’expédition étudiante dans les Bois Scintillants visant à observer les réfugiés trollkin dans leur milieu naturel a échoué d’une manière des plus sanglantes. Plusieurs étudiants sont morts ou disparus, mais j’ai découvert leur funeste sort. J’espère que cette lettre vous trouvera sain et sauf à Corvis, car les étendues sauvages sont désormais infestée de danger épouvantables.

   Tout à commencer lorsque nous avons quitté le Bois du Veuf nimbé de brume et la route du Commerce du Nord pour traverser les territoires du Bois Scintillant. À des lieux de la vie confortable de l’université, les étudiants s’en sont remis à moi afin que je les guide au travers de ces frondaisons étroites et encombrés, jusqu’aux camps des trollkin que nous espérions observer.

   Si je puis me permettre, monsieur, je trouve typique de votre race cette idée que les iosiens seraient des maîtres de la survie en milieu sauvage. Cette suggestion que je partagerais certaines connaissances du simple fait de ma race et non pas de mon expérience est répugnante. Au lieu de les conforter dans cette idée, je leur aie rappelé vos leçons, et, prenant soin d’avoir toujours le soleil dans le dos, nous avons gardé le lointain Mont Shyleth Breen dans notre champ de vision, afin de mieux nous guider vers le Nord-Est, en direction des camps.

   Ce qui s’est produit ensuite m’a complètement pris au dépourvu. L’un des étudiants faisait office d’éclaireur : il s’agissait d’un jeune homme motivé d’à peine dix-huit ans, répondant au nom pittoresque de « Fiersoleil ». Il est revenu vers nous pour nous dire qu’il avait découvert une clairière entourée d’étranges obélisques de pierre : visiblement anciens, ils étaient couverts de runes à l’aspect déconcertant. Les étudiants dépassèrent Fiersoleil témérairement, chacun se précipitant pour contempler cette découverte. Vos mots me revinrent à l’esprit : « Méfiez-vous de tout ce qui paraît ancien, car il y a toujours une raison pour laquelle on ne l’a pas dérangé ». Je me suis également rappelé vos nombreux récits traitant des idiots qui n’avaient prêté attention à ce détail et vos admonestations : « on ne les appelle pas des bornes d’avertissement pour rien ! ».

   J’ai hâté le pas pour les rejoindre, mais il était déjà trop tard : ils s’étaient déjà rassemblés au pied du plus grand obélisque : couvert de mousse, ce dernier surgissait du sol tel un doigt crochu, pointant vers le ciel, accusateur. Soudainement, le piège se déclencha :les frondaisons environnant la clairière se mirent à pousser à une vitesse incroyable : l’herbe s’est mis comme à onduler, formant bientôt un mur impénétrable. Il devenait manifeste que quelque puissante force de la nature venait de nous cloîtrer dans la clairière, tels de poissons dragons dans un tonneau.

   Ce qui s’est produit ensuite à provoquer la panique de tous, moi exceptée, bien entendu. Le Jeune Fiersoleil s’est précipité vers la lisère de la clairière, sans doute désireux d’éprouver ses pouvoirs de sorcier. Avant qu’il n’soit fini son incantation, un éclair acéré de lumière verte explosa à ses pieds, cherchant à rejoindre le ciel. Complètement dénuée d’horreur, je l’observais avec le regard scientifique que vous avez cultivé : j’ai vu l’éclair traverser son corps : il le fit bouillir comme un poisson dans une marmite, sa force le déchiquetant littéralement en mille morceaux. Là où son sang souilla le sol, la végétation forestière explosa de vie, grandissant à vue d’œil. Nous avons d’abord cru que son incantation avait en quelque sorte connue un retour de flamme, mais quelques secondes plus tard, un second étudiant fut frappé par la même lueur diabolique, ce qui suffit à dissiper nos doutes.

   Cela va sans dire, la situation devenait assez alarmante, et j’étais persuadé que nous allions tous mourir. Inexplicablement, les éclairs cessèrent et deux créatures imposantes se frayèrent un chemin vers nous à travers bois. Je les ai reconnus immédiatement grâce à vos descriptions : des Sylves Gardiens. Je n’ai eu que le temps de crier « arrête ! » alors qu’ils se saisissaient des deux étudiants survivants, pour de se précipiter sous le couvert des arbres. Je n’avais d’autres choix que de les suivre, usant de mon don inné pour éviter d’être découverte.

   Leur longues enjambées m’ont rapidement distancée, et je n’ai vu aucune trace de leur passage, en dépit de leur taille et de leur poids. Après un instant de réflexion, je fus en mesure d’utiliser une de mes incantations afin de suivre à la trace le vêtement particulier de l’un des étudiants : j’ai réussi à les pister grâce à ce stratagème. Je survins au beau milieu du plus étrange et déstabilisant des tableaux.

   Assemblées devant moi, se tenaient un certain nombre de silhouettes vêtues de capes noires. Je réalisais alors que je me trouvais en présence de druide, les seuls êtres capables de construire de si puissants gardiens de pierre. Sur le sol, entre eux, reposaient des pierres minutieusement gravées, similaires à celles dont la Sylve Gardien qui se tenait à l’opposé de moi était composé. Des piles de bois élagué, liés entre elles, étaient disposées entre ces pierres. J’aillais être le témoin de la préparation de la cérémonie présidant à la conception d’un gardien. L’un des étudiants capturés avait été relâché ici : emporté par les druides, on l’avait emmené au centre du cercle, tandis que l’un des leur tirait une lame. J’ai réalisé qu’ils avaient l’intention de le sacrifier : son sang était nécessaire pour accomplir le rite.

   Alors que j’en appelais à mes pouvoirs, dans l’intention de les distraire à l’aide de n’importe quelle magie dont je pourrais me servir, d’autres créatures vinrent à mon aide, de manière inespérée. Des formes massives surgirent de sous les arbres et il y eut une série d’explosions assourdissantes, causées par l’utilisation de poudre.

   Il s’agissait d’un groupe de trollkin bien armés, semblable à ceux que nous avions été envoyés observer, et, visiblement, ils avaient leurs propres griefs envers les druides. Je n’ai aucune idée de la manière dont mon étudiant a survécu au choc. De véritables trolls se battaient au côté des trollkin, en une terrifiante vision, mais ils furent envoyés contre les g Sylves Gardiens : pour ma part, j’ai réussi à rester invisible. J’ai réussi à me glisser jusqu’à mon étudiant et à m’emparer de lui, sans me faire remarquer : nous avons alors trouvé un abri derrière un arbre. Les trollkin furent finalement victorieux, et, malgré leur perte, ils avaient poussé les druides survivants à fuir dans la forêt.

   Avec précaution, je me suis fait connaître, et, bien qu’il y eût quelques tensions, je fus en mesure de les convaincre que nous étions des amis : j’ai appris ainsi la situation de la région. Je vous fournirais le détail de cette conversation plus tard, mais les faits pertinents se résument à ceux-ci : les trollkin ont été à plusieurs reprises agressés par les druides et ils ont eu à souffrir de plusieurs enlèvements. Je n’ai réussi à récupérer qu’un seul de mes étudiants. J’ai envoyé le survivant avec ce message, y incluant les notes prises aux cours de mes études.

   J’écris ceci depuis un camp trollkin situé dans le Bois Scintillant mais rien de ce que je vois aussi ne correspond à ce à quoi je m’attendais. En peu de mot, ces bois sont désormais ravagés par les combats. Les natifs du Bois d’Épines et des Landes Noueuses se sont retranchés afin de faire face aux invasions skorne venues de l’est. Plus grave encore, les druides attaquent leur flanc de manière sporadiques mais dévastatrices. Ce n’est pas un endroit pour les freluquets, et je dois admettre éprouver une certaine admiration pour ces trollkin en dépit de leur mode de vie primitif.

   J’espère que vous ne trouverez pas indélicat de ma part d’avoir accepté cette tâche parce qu’elle me rapprochait de mon foyer. Beaucoup de choses ont changé en ce monde depuis que j’ai passé les Portes de Brume vers les royaumes humains. J’ai désiré de plus en plus y retourner afin de rendre visite aux proches et aux amis que j’ai laissé derrière moi. Je n’ai pas l’intention de rester en Ios, et je ne suis pas certaine de l’accueil que je vais y recevoir. Bien que je n’aie pas été exilé, ils n’approuvent pas ceux qui s’aventurent dans les cités des humains et il est bien possible que je sois confronté à une réception glaciale. Je vous écrirai de nouveau quand je le pourrais.

Meilleurs sentiments,

Professeur Agrégé Edrea Lloryr

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FORCES D’EXCEPTION XIII

ÉLÉMENTS D’ÉQUILIBRE

Par Will Shick

Calandra fredonnait doucement, écoutant le bruit apaisant de la cascade voisine et laissant le pouvoir de ce lieu saint l’emplir. Elle secoua les petites runes de pierres dans ses mains en coupe, les pierres bien usées s’entrechoquant ensemble doucement. Elle les relâcha et les regarda attentivement s’entrechoquer sur un morceau d’ardoise saillant du sol. Les pierres runiques s’immobilisèrent, mais avant qu’elle ne puisse interpréter leurs positions, le sol trembla. Les puissantes vibrations parcoururent la table de fortune, faisant rebondir les runes et les réorientant dans un schéma plus chaotique.

La voix de Petra, chef de ses défenseurs, gronda derrière elle. « Ce maudit roi des montagnes. Ne peut-il pas rester tranquille un instant ? »

Elle ramassa les pierres et les rangea dans la poche à sa taille, puis se leva et se tourna pour faire face à Petra. Elle considéra le visage fortement marqué du défenseur. Là où se tenait autrefois un innocent, se tenait un trollkin marqué par la guerre. Calandra ressentit une pointe de tristesse alors que sa vision de chamane lui fit entrevoir ce qui aurait pu arriver à Petra si la violence ne s’était pas abattue sur son kriel – le vie d’une mère prolifique et aimante plutôt que celle d’une sinistre vétéran de guerre.

Calandra regarda la forme massive et allongée du roi des montagnes enchaîné contre terre pour le maintenir en place le temps du rituel qu’elle allait accomplir. La puissante bête se pencha et tira sur ses énormes chaînes, un grognement guttural émanant de sa redoutable gueule.

« Les rois des montagnes ne sont pas des êtres qui traversent calmement la toile du destin, Petra », déclara Calandra en souriant au défenseur renfrogné. « De plus, il est enfermé depuis des millénaires sous la terre. Je suis sûr qu’il n’est pas content d’être enchaîné une fois de plus. »

Petra grogna et haussa les épaules. Calandra conserva son sourire, mais son esprit était en ébullition. Depuis que Madrak et le Modeleur de Destin avaient libéré les rois des montagnes de leur antique prison, Calandra avait essayé d’employer son don pour observer l’avenir. Mais peu importe ce qu’elle tenait, runes, cartes ou entrailles, le résultat final était toujours le même. Tous les signes indiquaient le chaos, la mort et l’incertitude. Elle était plus sûre que jamais que la cérémonie pour équilibrer les rois des montagnes était nécessaire.

Les rois des montagnes étaient une force antique et primitive, née d’une époque où le monde était chaotique. Ils furent ensevelis avant que la main de Dhunia ne puisse les équilibrer. La prophétie indiquait qu’ils consommeraient le monde par leur faim insatiable. Maintenait que Calandra avait vu ces légendaires créatures de ses propres yeux, elle croyait que la dramatique prophétie était presque assurée si elle ne trouvait pas un moyen d’aligner les rois des montagnes avec la déesse.

Elle avait donc convaincu Madrak de lui confier l’intendance de l’une des gigantesques créatures et avait ensuite réuni quelques-uns des plus grands façonneurs de runes des kriels unis et une foule de trolls élémentaux venus de tout l’Immoren. Calandra prévoyait d’employer la connexion des trolls avec les interactions élémentaires du monde pour renforcer le rite de purification et d’équilibrage qu’elle cherchait à appliquer au roi des montagnes.

S’appuyant sur la puissance des trolls élémentaux autour d’elle, Calandra avança lentement vers l’énorme tête du troll gargantuesque. Ses yeux suivaient son approche et son grognement s’intensifia. Calandra s’acharna. Bien que confiante dans son contrôle de la grande warbeast, elle suscitait une peur antique et primitive en elle. Enchaînée, comme elle était sur ventre, ses yeux étaient au niveau des siens alors qu’elle tendait la main et la posait sur son front.

Calandra haleta tandis que le poids de l’esprit de l’esprit de l’antique roi des montagnes envahissait le sien. Rage et faim s’abattirent sur elle avec une telle force qu’elle craignit que sa conscience ne soit écrasée par sa fureur. Par un effort suprême, elle affirma son commandement sur l’esprit tempétueux de la bête. S’appuyant sur la puissance de Dhunia, Calandra commença le rituel d’équilibrage et de restauration. Elle sentit la chaleur de la déesse l’emplir, amplifiée par les incantations des façonneurs de runes et des trolls élémentaux qui l’entouraient elle et a la Montagne Qui Marche.

Calandra entama la prière pour transférer le toucher de Dhunia au roi des montagnes et sentit la colère noire en elle commencer à s’apaiser. Enhardie par l’apparent succès, Calandra se prépara à invoquer plus de pouvoir et relâcha bêtement sot emprise sur l’esprit de l’immense bête. Avec un rugissement assourdissant soudain qui fit reculer Calandra, le roi des montagnes arracha les chaînes retenant son bras droit. Il se déchaîna, chopant un pyrotroll proche avec son massif poing. Il engloutit son petit parent et se mit à le mâchonner.

Momentanément hébétée, Calandra ne put empêcher le puissant troll de totalement se libérer. Elle regarda avec horreur le troll s’emparer de deux autres trolls – un troll mâchefer et un troll des tempêtes – et les engloutit dans sa gueule, le craquement humide d’os et de tendons résonnant sur le grondement sourd de la cascade. Des cris se firent entendre parmi les trolls les plus proches alors qu’ils fuyaient la poigne de la bête.

Le roi des montagnes semblait sur le point de chercher plus de victimes, mais soudain rota avec un son presque aussi puissant que son terrifiant rugissement. Son expression s’assombrit lorsqu’il toucha son ventre, l’air confus et troublé.

Calandra récupéra et réaffirma sa domination sur l’esprit de la créature. Invoquant sa réserve personnelle de volonté pour chasser la rage primal du gargantuesque troll, elle fut surprise de constater que le processus était beaucoup plus facile qu’auparavant. Sa faim était partiellement apaisée, mais il y avait quelque chose de plus, un changement plus profond dans son esprit. Elle pouvait sentir le moindre signe de l’influence de Dhunia en elle, peut-être à cause du festin imprévu.

Le roi des montagnes se rapprocha de la chute d’eau et se pencha pour s’abreuver dans l’étendue à sa base, prenant une longue lampée, peut-être pour étouffer les flammes et la tempête dans son estomac gargouillant. Ce faisant, il s’ouvrit encore plus à la main apaisante de Dhunia. Calandra accepté que la déesse ait trouvé un moyen de s’enraciner dans l’antique vorace bête.

L’espoir, elle le savait, demeurait.

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FORCES D’EXCEPTION XIII

SECONDE VISION

Par Michael Sanbeg

Ses poumons étaient remplis de fumée. Sa gorge brûlait. Son masque, chaud contre son visage, n’offrait aucune protection. Il s’étouffait avec les cendres brûlantes, cherchant de l’air frais et n’en trouvant pas.

Les cieux scintillaient de flammes contre nature tandis que son armée brûlait. Le Vaisseau du Jugement avait disparu et ses hommes étaient rôtis dans leurs armures. Il retira son masque et le mit de côté, puis prit une grande inspiration. Elle avait l’odeur de la mort.

Le Testament de Menoth ferma les yeux, se souvenant de la vision. Il savait que la terre qu’il parcourait actuellement était le lieu ou ces flammes allaient jaillir et se croître. Le Vaisseau du Jugement, se déplaçant lentement parmi sa petite force, serait consumé, mais seulement s’il laissait cette destinée particulière suivre son cours.

Tracté par le seul préposé dont la force consacrée lui permettait de tirer le grand reliquaire, le Vaisseau grondait le long de l’accidenté sentier à travers le Bois Scintillant. À côté de lui, il y avait un trio de paladins de l’Ordre du Mur. Parmi ces guerriers saints se trouvait le Haut Paladin Dartan Vilmon. Le reste des forces du Testament était composé de dix chevaliers Exemplaires qui marchaient derrière le Vaisseau, d’une demi-douzaine de vengeurs servant d’éclaireurs et d’escortes, et d’un petit contingent de chœur de Menoth. De plus, le Testament commandait deux warjacks : un Templier et un Rédempteur.

Un vengeur émergea des épais vois à l’ouest et s’approcha. L’homme parla, mais le Testament ne pouvait entendre ce qui n’était pas dit. Il leva les yeux et vit le vengeur enveloppé de fumée.

De sa position à côté du Vaisseau, près de l’arrière de la colonne, Dartan Vilmon écouta le vengeur donner son rapport au Testament. Même d’où il se tenait, à une vingtaine de verges, il pouvait voir que le cavalier était mal à l’aise de s’adresser au silencieux warcaster. En effet, beaucoup trouvaient le Testament troublant. Le vœu de silence du warcaster le rendait incapable de donner tout sauf les ordres les plus simples, lui donnant un air de mystère insondable.

Le grondement révélateur de la chaudière d’un warjack attira l’attention de Vilmon sur le front de la colonne. Le Rédempteur du Testament s’approchait de lui, et lui ordonna inexplicablement de se déplacer vers l’arrière de la colonne. Des membres du chœur de Menoth suivaient le warjack. Vilmon se demanda e qui avait provoqué ce déplacement, et comme si en réponse, le calme de la forêt fut dissipé par le bruit écœurant des carreaux d’arbalètes frappant la chair. Trois des chevaliers Exemplaires s’effondrèrent au sol, des hampes à plumes noires dépassant de la jonction entre l’épaulière et la cuirasse ou des étroites visières de leurs casques.

La confusion se répandit le long de la colonne, et le Rédempteur bondi en avant tandis que d’autres carreaux jaillissaient des arbres, trouvant infailliblement les pistons vitaux dans ses bras et ses jambes. Encouragés par la mort de leurs camarades, les chevaliers se précipitèrent derrière le ‘jack. Le chœur suivit, exaltant un Hymne de Passage pour s’assurer que le Rédempteur ne puisse plus être frappé à distance.

« Bougez ! » Hurla Vilmon sur le soudain chaos de la bataille, et lui et ses frères se frayèrent un passage à travers les chevaliers toujours groupés autour du Vaisseau. Plusieurs autres tombèrent, des carreaux émergeant de leurs corps amurés. Le Rédempteur arrêta sa charge pour lancer une volée de fusée marteau céleste dans les arbres.

Le Rédempteur avait-il touché quelque chose, ce n’était pas clair, mais quelques secondes après son attaque, plusieurs douzaines d’iosiens encapuchonnés émergèrent de la forêt. Brandissant de longs et vicieux sabres, les assaillants submergèrent le warjack, semblant frapper partout à la fois. Aucun mouvement ne fut gaspillé, car ils trouvèrent toutes les faiblesses de la machine. Il fouetta avec sa masse, frappant un iosien avec suffisamment de force pour renvoyer son corps brisé dans les arbres. Alors que les premiers rangs de chevaliers se rapprochaient, le Rédempteur s’éloigna pitoyablement de l’ennemi, boitant et tressaillant violemment tandis que de la fumée s’échappait de son châssis.

Les iosiens atteindraient sans aucun doute sous peu le Vaisseau. Vilmon jeta un coup d’œil en arrière et vit les vengeurs se préparer à charger, mais le Testament stoppa leur mouvement, saisissant les rênes du chef et le maintenant en place.
Vilmon fonça, tranchant presque en deux l’iosien le plus proche avec une frappe en oblique. Il dégagea la lame et écrasa la poignée de la grande épée sur le visage d’un deuxième ennemi, lui brisant les dents, et le projetant en arrière plus loin, un iosien armé d’une lame incurvée attachée à une longue chaîne était enfermé au combat avec un autre chevalier. Vilmon se précipita entre eux et frappa vers le haut, sa lame mordant profondément dans le crâne de l’iosien. Il ressentit un mouvement derrière lui et se retourna pour parer un coup, puis riposta et ouvrit le ventre de l’agresseur d’un unique coup rapide.

Il jeta un coup d’oeil à la tête de la colonne et fut surpris de la trouver encore plus lourdement engagée que l’arrière. Pire encore, le Testament en personne se battait seul contre un autre attaquant brandissant lame à chaîne. Trois des vengeurs vivaient toujours et se battaient pour retenir un groupe d’iosiens encapuchonnés avec des épées dans chaque main. Le Templier était très endommagé, un de ses bras pendait piètrement à ses côtés, mais il combattait quand même.

   Vilmon se maudit silencieusement de ne pas avoir vu la ruse des iosiens. L’attaque contre l’arrière avait été une feinte, et assez évidente. L’ennemi ne s’intéressait pas au Vaisseau ; sa cible était le Testament de Menoth lui-même. La prise de conscience se fit rapidement, et les chevaliers les plus éloignés du conflit initial se retournèrent brusquement et coururent soutenir le warcaster. Le Testament semblait être blessé mais pas gravement, et Vilmon l’observa dévier chaque coup de chaîne de son adversaire avec sa grande hache.

   Les elfes à l’arrière de la colonne, voyant la victoire s’éloigner, disparurent à nouveau dans les arbres. Vilmon craignit qu’ils se regroupent simplement pour attaquer le front, mais le nombre d’iosien y avait également été violemment réduit, et ceux qui vivaient se retiraient déjà. La clameur du combat cessa lorsque le dernier des maraudeurs se fondit dans la forêt.

   Malgré leur triomphe, près d’un tiers des hommes du Testament avaient été tués. Dartan Vilmon rejoignît le warcaster en tête de colonne. Il surveillait le champ de bataille, son expression ne révélant ni déception ni satisfaction.

   « Vous saviez que nous triompherions », dit Vilmon.

   Le Testament de Menoth ne dit rien, mais sa main glissa pour se poser sur le Menofix à ses côtés.

10
LES RENCONTRES DE PENDRAKE

Par Edrea Lloryrr ( transcrit par F. Wesley Schneider)

FANTÔMES DU PASSÉ

   Cher Professeur,

De la même manière que certaines bêtes naissent boiteuses, je me suis rendu compte que certains humains naissent courageux. Je pourrais imaginer que vous revendiquez vous-même cette distinction suspecte, et je ne veux pas vous offenser, car j’ai remarqué cent fois votre ténacité tempérée par la sagesse et la détermination. L’audace dont je parle est plutôt l’incarnation d’un homme qui, jusqu’à récemment, refusait d’être envoyé au loin, le seul survivant de mon excursion dans le Bois Scintillant : Alton Halstead.

   J’ai déjà admis mon intention de retourner dans mon pays natal et, après avoir renvoyé mon seul étudiant survivant avec mon précédent message, je me suis séparé des trollkin du Bois Scintillant. Moins d’une demi-journée après mon départ, j’ai trouvé mon élève-messager gambader, attiré par des pensées d’aventure. L’argument qui en a résulté s’est avéré inutile, tout comme mes assurances d’une mort criblée de flèches en entrant sur la terre de mon peuple. Ainsi, je me suis retrouvé en compagnie d’un admirateur berné qui s’accrochait à chacun de mes mots tout en ignorant le sens le plus élémentaire de chacun.

   Comme les humains pourraient reconnaître une ville spécifique par son architecture particulière, ce matin, le bruit familier du vent, le balancement des arbres et le parfum de l’air démentaient notre entrée en Ios. En haut d’une colline boisée, nous sommes tombés sur une dépression peu profonde, un ruisseau paresseux serpentant dans un ravin encombré par des plantes grimpantes. Encore une fois, j’ai tenté en vain de dissuader Halstead de me suivre, un choix probablement suicidaire. J’étais à mi-pente avant de remarquer la qualité flétrie et sans vie de la végétation qui m’entourait.

   M’arrêtant net, je me suis tourné pour faire taire Halstead sans sa démarche maladroite, mais j’ai remarqué une sinistre apparition noire se profiler derrière. Ma mâchoire s’est relâchée pendant un instant, Halstead eut un sourire et sembla sur le point de faire une boutade, quand la chose spectrale fondit sur lui telle une marée nocturne. Son corps tressaillit, comme frappé par une charge électrique, convulsant comme une marionnette. En un instant, il revint à lui, mais ses yeux n’étaient plus les siens – sans pitié et mort. Soupçonneuse et à moitié prêt à fuir, je m’assurai du poids de mes dagues sous mon manteau.

   Lorsqu’Halstead s’exprima ensuite, c’était étrange et contre nature, sa bouche bougeant dans des contorsions délibérées et maladroites. Plus troublants, les paroles qu’il a prononcés étaient en iosien. « Les étrangers sont interdits, petite », siffla Halstead d’une voix qui résonna autant dans ma tête que dans mes oreilles.

   Passant à ma langue maternelle, j’ai cherché à en apprendre plus de l’état de l’apprenti érudit. « C’est toi qui m’as suivi. Rappelle-toi ? »

   Halstead fut pris d’un rire épouvantablement, une respiration haletante – un son produit pas quelque chose qui avait depuis longtemps oublié comment utiliser les facultés d’un corps. « Oh, mais pour te suivre. Il n’y a que la mort ici », gémit la chose qui n’était pas Halstead.

   « Qui es-tu ? » Ai-je risqué, un souvenir glacial de sombres rumeurs s’élevant dans mon esprit.

   « Je ne suis qu’un souvenir de péchés – parjuré. » Ses paroles devinrent tristes. « N’entends-tu pas les cris de tous ces orphelins. Ne vois-tu pas les flammes dans les yeux ? Ils sont tout autour de moi – pour toujours ! »

   Je connaissais la chose et sympathisais vraiment pour mon compagnon. C’était un esprit sinistre du passé de mon peuple, un ancien prêtre iosien, déchu de sa foi et rendu fou par la trahison. Nous les connaissons sous le nom de « déchiré. »

Je suis aussi pieux que n’importe quel elfe, mais loin d’être un guerrier-saint. À ce moment, ma pitié et ma peur ne faisaient qu’un. « Je connais ton espèce, apparition. Libère le garçon et passe à autre chose ! »

   « Passe à autre chose ! » a-t-il ri. « Passez à quoi ?! « Lyoss à l’abandon ? Il n’y a rien là-bas si même je pouvais m’aventurer au-delà de l’enclos ! » En criant, il dégaina un couteau de la taille d’Halstead avec sa propre main. « Mais tu es passée. Passée dans le monde de ces animaux ? » En parlant, il fit courir le plat de la lame le long du visage d’Alton, en menace. « Emmenez-moi là-bas. »

   « Pourquoi ? » Ai-je demandé, pas impatient de conclure des accords avec les damnés. En réponse, il a tordu la lame et avec un sifflement faux, à fait courir son bord sur le côté du visage du garçon sans défense avant que je puisse crier : « Bien ! Bien ! Je vais te guider ! »

   L’unique réponse de la chose, un sourire trempé de sang, était épouvantable à voir.

   J’ai mené le déchiré jusqu’à une petite clairière, anonyme, mais que je savais être la frontière de ma patrie. La chose chuchotait en même temps, quelque chose qui ressemblait à une prière, répétée et sans signification, n’ayant rien de l’engagement de la foi. Je me suis arrêtée quand j’ai entendu la chose haleter, tombant en arrière comme brûlée.

   « C’est la porte », murmura-t-il, plus pour lui que pour moi. C’est en se concentrant sur moi, à quelques pas de franchir une barrière qu’il ne pouvait percevoir, qu’il fit sa demande, « Permets-moi de traverser. Donne-moi accès au royaume des sauvages et je te rendrai ton animal. »

   Comme en témoigne la demande du déchiré, je me suis rappelé que ces créatures ne peuvent franchir certaines barrières sans invitation, en particulier les frontières de notre pays. Il m’a hurlé : « Libère-moi ! Pardonne mes transgressions ! Parle pour ton peuple et fais taire les jérémiades d’un passé révolu ! »

   Quelque chose en moi était écœuré Plus que le dégoût instinctif que je ressentais envers une créature aussi peu naturelle, cette demande ressemblait à une hérésie, comme une trahison de mes ancêtres dont la vertu affligeait au déchiré sa malédiction.

   J’ai hésité et la chose a fait un pas menaçant vers moi mais a de nouveau été repoussé, le visage d’Alton se tordant de douleur. En repoussant ma répulsion, je sentais que je ne pouvais pas permettre à cette aberration de réclamer une autre vie – même celle d’un imbécile téméraire – simplement sur ma terreur confuse.

   « Traverse donc. » J’ai craqué, un goût amer en bouche. « Sois absous de tes crimes et ne trouble plus cette terre. »

   Aussitôt un bruit semblable aux sanglots d’une douzaine d’âmes tourmentées emplit mes oreilles, mais ces cris surnaturels furent noyés par un rire pitoyable. Libre, la chose traîtresse vint, son couteau étincelant dans la main qui n’était pas sienne, son visage recouvert du sang d’Alton Halstead.

   « Ton animal de compagnie, exilée », railla le déchiré, le couteau d’Halstead tranchant sauvagement. « Que son sang sans valeur soit sur ta conscience pour le reste de tes illusoires jours ! »

   J’ai dégainé mes propres poignards, supposant devoir parer le fou. J’ai réalisé son intention trop tard ; le perfide esprit se précipita sur mes lames, enfonçant l’une d’elles dans les entrailles d’Halstead. Son visage près du mien, il m’a éclaboussé d’une suffocation ensanglantée montant dans son corps, un regard de victoire cruelle brillant dans ses yeux captifs.

   Épouvanté, j’ai crié : « Scyrah te maudisse ! »

   Je ne sais pas quel pouvoir nos divinités détiennent encore sur ces âmes maudites, mais pour la seconde fois, j’ai vu le visage d’Hastead être secoué par la foudre. Une étrange bataille, entre la lumière vivante et une grisaille mortelle, faisait rage dans ses yeux avant que le corps du garçon ne devienne mou et glisse au sol.

   La présence sinistre au sein du jeune homme s’éleva comme la fumée d’une offrande brûlée. Il ressemblait à un prêtre pris au piège dans des vêtements spectraux, la dépression peu profonde des yeux et une bouche gémissante à peine visible. À sa poitrine fantomatique pendait une lourde amulette, marqué du symbole d’Ayisla, Suzeraine des défunts.

   « Garde ton animal de compagnie », s’exclama l’immortel fantôme. « Cette âme est trop faible pour m’amener au Veld, mais j’en trouverai une mieux adaptée. » Suivant un murmure de cris, le déchiré s’éloigna, plus profondément dans le Bois Scintillant, fusionnant avec les ombres des arbres anciens, et disparut.

   Pardonnez-moi professeur, car je ne sais quelle horreur j’ai libérée sur les terres de votre peuple.

   Je me suis occupé d’Halstead, je l’ai bandé du mieux que j’ai pu. Je considère comme une petite bénédiction que ses blessures ne soient pas aussi graves que je l’avais imaginé. Nous ne sommes qu’à une courte distance de l’endroit où le déchiré a disparu. J’espère sincèrement que cette rencontre convaincra Alton de retourner vers des terres plus civilisées, avec mes lettres. Témérairement, mes pensées reviennent en Iso, espèrent que cette rencontre ne se soit pas un présage prophétisant ma réception. Une fois sur place, cher professeur, je communiquerai lorsque le temps et l’entremise le permettront.

Professeur Agrégé Edrea Lloryr

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Iron Kingdoms - RPG / Nq 52 - Codex de Corvis
« le: 06 juin 2020 à 23:34:29 »
CODEX DE CORVIS

PESTE & PESTILENCE

Par Brian R. James

LA FRATERNITÉ DU LINCEUL SANGLANT

Vers la fin du premier siècle AR, une terrible pestilence s’est répandue comme un feu de forêt dans l’Immoren occidental, semant la peu et la mort. Des citoyens malades ont afflué dans les sanctuaires et les temples, mais la prière et les connaissances médicales ont été tout aussi inefficaces face à ce terrible fléau.

L’impact du poumon de feu – telle qu’elle a été nommée – a été catastrophique. Bien que la maladie ait été partiellement responsable de l’éradication de l’occupation orgoth, elle a tué sans discrimination. Même dans les régions les moins touchées, 20 à 30 % de la population est décédée des suites de la maladie, et de nombreuses villes ont subi des pertes approchant les 70 %. Avec des milliers de morts dans les rues, certaines municipalités ont incendié des quartiers entiers plutôt que de tenter d’enterrer l’incroyable volume de cadavres.

Heureusement pour les immoréens assaillis, un jeune pieux arcaniste nommé Corben a mis au point un remède contre cette maladie mortelle. En quelques mois, le traitement spécialisé pour le poumon de feu a été rapidement et efficacement diffusé, stoppant largement l’épidémie à la fin de l’année 93 AR.

Après l’ascension de Corben en 102 AR, une secte monastique d’alchimistes morrowéens a été créée pour se consacrer exclusivement aux sciences biologiques, en particulier à l’étude de la pathologie, suivant le brillant exemple de Corben. Connue sous le nom de Fraternité du Linceul Sanglant, ce petit ordre peu connu perdure à ce jour, offrant ses services à travers les Royaumes d’Acier dans l’espoir de lutter contre la propagation des maladies.

REJOINDRE LE LINCEUL

Avec l’accord du Maître de Jeux, votre groupe peut rejoindre la Fraternité du Linceul Sanglant. L’adhésion à l’ordre suit les mêmes règles que celle d’adhésion à une compagnie d’aventuriers. (voir Iron Kingdoms Full Metal Fantasy Roleplaying Game : Core Rules, p. 151). Tous les personnages joueurs du groupe doivent accepter de devenir membres et satisfaire aux conditions d’adhésion détaillées ci-dessous.

Conditions : Tout personnage peut appartenir à l’ordre. Le groupe doit comprendre au moins un personnage ayant une carrière d’Alchimiste ou de Prêtre de Morrow. Seul un Alchimiste ou un Prêtre peut diriger une secte de la Confrérie. Les personnages ayant d’autre carrières sont supposés être des gardiens ou des experts qualifiés au service de l’ordre

Avantages : Chaque membre de la Fraternité commence le jeu avec des cuirs d’alchimiste (voir IKRPG : Core Rules, p. 251) et la capacité Alchimiste de Terrain (voir IKRPG : Core Rules, p. 162), qu’ils remplissent ou non les conditions préalables. Un personnage créé dans la cadre de la compagnie d’aventure ajoute Alchimie 1 et Médecine 1 à sa liste de compétences professionnelles Potentielle. De plus, chaque membre de la Fraternité ne doit réussir qu’un seul jet de progression pour combattre une infection au lieu des trois standards (voir « Progression » ci-dessous).

La Fraternité a adopté son nom à la suite du poumon de feu, lorsque la liquéfaction des tissus pulmonaires de la victime entraînait de graves quintes de toux qui se traduisaient par des expectorations sanglantes. À la mort, les draps tachés de sang de la victime étaient souvent posés sur le corps en vue de la crémation. L’emblème du Linceul Sanglant provient de ce rituel macabre.

Les membres de la Fraternité ont tendances à être réservés, voire moroses. Nombre d’entre eux viennent à l’ordre après avoir perdu des êtres chers à cause d’une maladie. Ceux qui sont enveloppés – comme les membres de la Fraternité s’appellent – sont de vigilants et infatigables croisés contre tous ceux qui emploieraient la maladie comme une arme.

Ceux qui sont enveloppés s’habillent généralement de vêtements épais et stériles, de couleur albâtre, et portent des masques à gaz pour les protéger contre les contagions inhalées. Nombre d’entre eux portent également un vaste ensemble d’équipements alchimiques conçus pour traiter des affections spécifiques.

ANATOMIE DE LA MALADIE

Les règles suivantes sont fournies pour les Maîtres de Jeux qui souhaitent élaborer leurs propres pestes et pestilences pour les déchaîner sur les malheureux habitants de l’Immoren occidental.

Pour créer une affection unique, attribuez simplement une valeur à chaque attribut répertorié ci-dessous, donnez à la maladie un nom intéressant (comme ceux créés avec l’article Disease Name Generator dans le No Quarter #19), puis déchaînez-la sur vos joueurs.

Les attributs suivants définissent différentes maladies dans le jeu.

DESCRIPTION : Une brève description de la maladie.

TAXONOMIE : La Fraternité du Linceul Sanglant utilise deux facteurs pour catégoriser la maladie : la classification et le type. Par exemple, le descripteur taxonomique de la langue noire est « peste parasitaire. »

TYPE : Bactérienne, fongique, parasitaire ou toxique.

CLASSIFICATION : Fièvre, peste ou miasme.

MÉTHODE DE CONTRACTION : Inhalation, cutanée ou ingestion. Pour en savoir plus, voir ci-dessous.

RÉSISTANCE : Lorsqu’un personnage est exposé à une maladie infectieuse, il doit faire un jet de résistance pour combattre la maladie. La stat utilisée pour modifier le jet est déterminée par la classification de la maladie : fièvres (PHY), pestes ( AGL) et miasmes (INT). Chaque maladie a un nombre cible représentant la gravité de la maladie, de modérée (nombre cible de 10) à extrêmement virulente ( nombre cible de 16+).

PROGRESSION : Si le joueur échoue au jet initial pour résister à la maladie, la cible contracte la maladie mais ne présente aucun symptôme, et un nouveau jet de résistance sera requis à l’intervalle indiqué. Si le personnage réussi trois de ces jets, la maladie est terminée. Après le premier échec d’un jet de progression, les premiers symptômes se manifestent.

L’intervalle détermine la fréquence à laquelle un personnage doit faire un jet de résistance pour résister à la progression d’une maladie. Une maladie pour avoir un intervalle de plusieurs semaines, jours ou seulement quelques heures. Un personne qui reste au repos durant toute la durée de l’intervalle de la maladie acquière un bonus de +2 sur les jets de résistances.

SYMPTÔMES : Manifestation de la maladie chez les personnes atteintes. Un échantillon des symptômes courants et de leurs effets est fourni dans cet article.

STADE AVANCÉ : Après trois échecs aux jets de résistance, la maladie passe au stade avancé et les symptômes deviennent graves. Au stade avancé, un personnage affecté ne peut plus retrouver sa vitalité par quelque moyen que ce soit et commence à souffrir des symptômes avancés.

TRAITEMENT SPÉCIAL : Certaines maladies ont des remèdes qui accordent des bonus aux jets de progressions, atténuent ls symptômes ou guérissent carrément l’affection.


INTRODUIRE DES MALADIES DANS VOTRE CAMPAGNE

Une bonne motivation pour introduire une maladie est d’augmenter la tension émotionnelle de votre campagne. Ne pensez pas aux maladies comme un moyen alternatif pour affliger un personnage joueur. Au lieu de cela, voyez ces contagions comme une opportunité d’ajouter un élément de drame, idéal pour interrompre une série de routines de combat. Les maladies servent de sinistre catalyseur pour encourager la pensée critique et l’action rapide. De nombreuses maladies nécessitent qu’une période d’incubation limitée avant que symptômes ne deviennent graves ou ne mettent la vie en péril. Et bien sûr, c’est un défi qui ne peut-être surmonté en chargeant avec des épées au clair ou des pistolets tonnants.

Type de Maladie

Les quatre types d’origines des maladies infectieuses sont bactériennes, fongiques, parasitaires et toxiques.

Bactérienne

Organisme unicellulaire vivant, la bactérie subsiste grâce aux nutriments produits par une vie plus complexe. De nombreuses bactéries excrètent des toxines en tant que déchets, mais le plus souvent, les symptômes d’une infection bactériennes sont causées par le propre système immunitaire du corps dans le but d’éradiquer les cellules envahissantes. Les affections bactériennes peuvent être transmises par voie cutanée, par ingestion ou par exposition à des fluides infectés.

Fongique

Les champignons se reproduisent généralement en libérant de minuscules spores dans l’air. Les infections fongiques sont causées par la libération de toxines par les champignons dans l’hôte sous forme de déchets. La plupart des maladies fongiques sont transmises par inhalation. De nombreuses maladies fongiques ne sont pas infectieuses et dépendent de l’exposition individuelle aux spores fongiques.

Parasitaire

Organismes aberrants vivant à l’intérieur et se nourrissant d’hôtes vivants, les parasites sont pour beaucoup le type de maladie le plus rible, car l’organisme est souvent répugnant et visible à l’oeil nu. La plupart des maladies parasitaires sont transmises par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés.

Toxique

Moins connue que les autres types de maladies, la toxie est une maladie résultant de l’intoxication des tissus corporels due à une exposition directe à des éléments toxiques. Les exemples incluent l’hydragyrie (empoisonnement au mercure), l’empoisonnement à l’arsenic et la pneumoconiose dont souffrent les mineurs de charbons. Les maladies toxiques sont souvent causées par l’exposition à de l’eau ou des aliments contaminés, bien que certaines soient causées par l’inhalation de particules. Les maladies toxiques ne sont généralement pas contagieuses, car elles dépendent de l’exposition individuelle à une substance toxique.

Classification des Maladies

Les maladies, qu’elles soient infectieuses ou non, sont subdivisées en trois catégories : fièvres, peste ou miasme. La classification de la maladie détermine quelle statistique est utilisée pour le jet de résistance et la progression de la maladie.

FIÈVRE (PHY) – Maladie de Dépérissement

Les fièvres sont un type de maladie de dépérissement, attaquant principalement le système immunitaire de la victime tout en sapant ses forces. Contrairement aux pestes, les fièvres ne présentent généralement aucun signe sur la peau. Les symptômes comprennent généralement une élévation de la température corporelle (connue sous le nom de pyrexie), des frissons, des nausées, des douleurs musculaires et, dans des cas extrêmes, une perte de contrôle musculaire.

Peste (AGL) – Mal Défigurant

La peste est une maladie caractérisée par des marques de la peste, des lésions, des grosseurs ou d’autres défigurations de la peau. Si elle n’est pas traitée, la peste peut causer des dommages permanents à la peau, aux nerfs et aux membres. Tout comme les cicatrices de combats (voir Injury Table, IKRPG : Core Rules, p. 217), les personnages qui subissent un stade avancé de la peste subissent une pénalité de -1 sur les jets de compétences sociales dans lesquels les marques de la peste effraient ou dégoûtent le sujet de la tentative de compétence. Inversement, le personnage gagne un +1 aux jets de compétence Intimidation contre quiconque peut voir sa défiguration. Dans de nombreux cas, cette peur est justifiée, car une victime de la peste peut-être très contagieuse en raison de l’accumulation de la maladie dans les vésicules de la peau.

Miasme (INT) – Maladie Mentale

Les miasmes sont causés par un traumatisme au cerveau et sons responsables de toutes sortes de troubles neurologiques, notamment la schizophrénie, la manie et de nombreuses phobies. D’autres symptômes incluent des maux de tête, de la confusion, des hallucinations et une perte de mémoire.

Méthode de Contraction

Les trois méthodes généralement acceptées par lesquelles un individu peut contracter une maladie sont l’inhalation, la voie cutanée et l’ingestion.

INHALATION : De nombreuses infections, principalement bactériennes et fongiques, peuvent survivre en flottant dans l’air. L’infection survient lorsque l’infections est respirée dans les poumons. Les infections inhalées sont traitées comme un effet gazeux. Les personnages portant un masque à gaz (voir IKRPG : Core Rules, p. 274) un une protection similaire sont immunisés contre les infections contractées par inhalation.

CUTANÉE : Se produit lorsque du sang ou un autre fluide corporel infecté pénètre dans le corps par une coupure ou une rupture de la peau. De nombreuses infections cutanées sont transmises par la vermine. Un personnage doit subir des dommages directs d’un animal infecté ou d’un objet contaminé pour contracter une maladie cutanée.

INGESTION : Contagion généralement introduite par la consommation d’aliments cru ou mal cuits, d’eau contaminée, etc. Un personnage doit consommer du tissu contaminé pour contracter une infection d’ingestion.

INFECTIONS VIRALES

Invisibles pour la Fraternité du Linceul Sanglant, même avec leurs microscopes sophistiqués, les infections virales sont inconnues de la science médicale dans les Royaumes d’Acier. Ceux qui sont enveloppés et d’autres ordres de leur acabit attribueraient sans aucun doute une infection virale à l’un des quatre autres types. Contrairement aux bactéries, les virus ne sont pas des organismes vivants. Les virus ont besoin d’un hôte pour survivre, en transmettant leur contagion par l’infections de cellules vivantes (y compris les bactéries !). Les cellules infectées mutent ensuite et finissent par se rompre, libérant davantage de virus dans l’hôte.


Symptômes

Chaque infection est unique et possède ses propres indicateurs et symptômes spécifiques. Au cours des premiers stades d’une maladie, ces symptômes peuvent être relativement mineurs, comme une température élevée ou un léger inconfort. À mesure que la maladie progresse dans son stade avancé, des symptômes plus graves commencent à se manifester.
Vous trouverez ici un échantillon des symptômes utiles à l’élaboration d’une maladie personnalisée pour votre campagne. Les symptômes incluent des effets de jeu spécifiques notés après la description.

CÉCITÉ

Description : La cécité est la perte partielle ou totale de la vue. De nombreux cas débutent par une vision floue, une perte de la vision périphérique et une perte de la perception de la profondeur et/ ou des couleurs.

Effet : Un personnage atteint subit un -4 ACC (MAT) et -4 DEF, ne peut ni courir ni charger, ne peut pas effectuer d’attaques à distances et doit renoncer à son mouvement ou son action durant son tour.

AGRESSION IMPULSIVE

Description : Une augmentation soudaine de l’hostilité ou de l’agressivité. Cela ne nécessite pas de stimulant externe. L’individu ne peut être calmé par des moyens normaux.

Effet : Le personnage subit une pénalité de -2 aux jets sociaux autres que l’intimidation en raison d’une colère incontrôlée.

APHASIE

Description : Discours confus. Souvent due à des traumatismes crâniens ou cérébraux, elle peut entraîner à la fois l’incapacité à former certains (ou n’importe quels) mots et de comprendre le langage parlé par d’autres.

Effet : Un personnage souffrant d’aphasie subit une pénalité de -2 aux aptitudes sociales autres que l’intimidation.

FURONCLE

Description : Zones douloureuses et enflées de la peau accompagnées d’une accumulation de pus et de tissus nécrotique.

Effet : Le personnage devient une source d’infection de la maladie. Le chiffre cible des jets de résistance augmente de +1

CATALEPSIE

Description : Rigidité du corps et des membres, incapacités de bouger, perte de contrôle musculaire et ralentissement des fonctions corporelles (respiration, rythme cardiaque, etc.). Provient d’un trouble nerveux ou peut être provoqué par un grand choc émotionnel.

Effet : Le personnage subit une pénalité de -1 aux jets d’attaques et aux jets nécessitant une motricité fine.

DÉLIRE

Description : État de confusion mentale ou désorientation. Peut également entraîner des hallucinations et du délire, peut avoir un impact radical sur les cycles de sommeil et peut augmenter l’agitation et l’agressivité.

Effet : Le personnage affecté par le délire subit une pénalité de -1 aux jets d’INT.

DYSPNÉE

Description : Essoufflement. Peut devenir disproportionné par la prise de conscience de la personne affectée du symptôme, entraînant des étourdissements, des vertiges et même des évanouissements.

Effet : Le personnage affecté par la dyspnée doit dépenser un d’exploit pour courir ou charger.

DYSTAXIE

Description : Manque de coordination musculaire entraînant un manque de coordination des mouvements volontaires.

Effet : Le personnage subit une pénalité de -1 aux jets d’attaques et aux jets nécessitant une motricité fine.

ÉPISTAXIS

Description : Saignement de nez sévère. Dans les cas extrêmes, le saignement peut s’accumuler et sortir des orbites de l’individu.

Effet : Un personnage souffrant d’épistaxis perd 1 point de vitalité au cours de chacune de ses phases de maintenance en raison de saignements à moins qu’il ne consacre une action rapide pour arrêter l’écoulement du sang.

GANGRÈNE

Description : Nécrose des tissus à la suite de l’interruption de l’irrigation sanguine dans une partie particulière du corps, le plus souvent les extrémités. La partie affectée du corps ressemble à de la chair momifiée. S’il n’est pas traité, le tissu infecté finira par putréfier.

Effet : Le personnage affecté par la gangrène subit une pénalité de -2 aux jets PHY. Chaque fois que le personnage subit des dégâts, le total des dégâts subis augmente de 1 point.

HALLUCINATION

Description : Assister à des événements ne s’étant pas produits dû à une perception altérée ou erronée. Dans certains cas, les hallucinations peuvent affecter l’odorat, l’ouïe ou le toucher en plus de la vue.

Effet : Le Maître de Jeu détermine l’effet des hallucinations sur un personnage infecté.

INSOMNIE

Description : Incapacité de s’endormir ou de rester endormi pendant de longues périodes. L’insomnie prolongée peut provoquer des problèmes de mémoire, une fatigue mentale et un épuisement physique.

Effet : Le personnage subit une pénalité de -1 sur les jets d’INT en raison de la fatigue mentale.

LÉSION

Description : Plaies accompagnées d’une décoloration de la peau. Les lésions ont souvent pour conséquence que l’individu infect é propage la maladie.

Effet : Le personnage devient une source d’infection pour la maladie. Le nombre cible des jets de résistance augmente de 1.

SENSIBILITÉ À LA LUMIÈRE

Description : Une forte intolérance à la lumière souvent accompagnée de maux de tête. Ce symptôme peut conduire la personne infectée à rester dans l’ombre et dans d’autres endroits plus sombres.

Effet : Le personnage affecté par la sensibilité à la lumière subit une pénalité de -1 aux jets de PER lorsqu’il se trouve dans une zone de lumière vive.

TRISMUS

Description : État dans lequel les mâchoires sont maintenues fermées en raison d’un spasme des muscles de la mâchoire. Empêche de parler, de manger et peut altérer la respiration.

Effet : La portée de commandement d’un personnage affecté par le trismus devient 0, et il échoue automatiquement à tous les jets sociaux non-intimidant. Le contraire de la mélancolie.

MANIE

Description : État d’euphorie anormalement élevée. Peut conduire à un comportement trop ambitieux et imprudent et à une moindre reconnaissance du risque.

Effet : Le personnage souffrant de manie gagne un dé supplémentaire lors des jets pour résister aux effets de la Terreur. Défaussez le plus petit dé à chaque jet.

MÉLANCOLIE

Description : Dépression sévère. Influence négativement les états mentaux et physiques en réduisant l’enthousiasme ou l’autosubsistance. La mélancolie n’a pas besoin d’un motivateur externe.

Effet : Le personnage affecté par la mélancolie subit une pénalité de -1 à tous les tests de compétence et tous les jets d’attaques.

NAUSÉE ET VOMISSEMENT

Description : Gêne de l’estomac qui se traduit souvent par une vidange gastrique involontaire. Certaine maladies entraînent des vomissements de sang en raison des ulcères qui tapissent l’estomac.

Effet : Le personnage souffrant de nausée et de vomissement subit une pénalité de -1 aux jets d’AGL et de PHY.

PARÉSIE

Description : Maladie caractérisée par une faiblesse musculaire et un raidissement des membres pouvant évoluer vers une paralysie complète.

Effet : Le personnage affecté par la parésie subit une pénalité de -2 aux jets de FOR et AGL.

PAROXYSME

Description : Crises d’épilepsie (tremblement incontrôlables des membres) ou tremblements (tremblements incontrôlables des mains).

Effet : Le personnage souffrant de paroxysme subit une pénalité de -2 aux jets d’attaques à distance et aux jets d’AGL.

MARQUE DE LA PESTE

Description : Toute cicatrice de la peau résultant d’une maladie, les marques de la peste sont un symptôme commun à toutes les pestes. Extrêmement difficiles à dissimuler pu à enlever.

Effet : Traiter un personnage affecté par des marques de la peste comme ayant des Battle Scars (voir Injury Table, IKRPG : Core Rules, p. 217).

UVÉITE

Description : Vision déformée. Se distingue par des yeux extrêmement injectés de sang, bien qu’elle puisse ne toucher qu’un seul œil.

Effet : Le personnage affecté par une uvéite subit une pénalité de -1 aux jets de PER et aux jets d’attaque à distance.

Maladies de la Ménagerie

D’innombrables maladies ont balayé les Royaumes d’Acier au cours des siècles. Nous décrivons ici un petit échantillon des maladies qui affligent aujourd’hui l’Immoren occidental.

FLÉAU BOGRIN

Faussement attribuée aux vilipendés cousins des gobbers, la corruption bogrin est une infection virulente répandue le plus souvent parmi les tribus désertiques des Marches Sanglantes.

Taxonomie : Peste Bactérienne

Méthode de Contraction : Cutanée. La corruption bogrin est contagieuse mais n’est pas facilement transmissible. L’infection est élevée parmi certains cultes du Dévoreur en raison de pratique de l’auto-cicatrisation ritualisée à l’aide d’instruments non désinfectés.

Résistance : 13 AGL

Progression : Toutes les douze heures (16 AGL)

Symptômes : Larges plaies et grosseurs décolorées, lésions (précoces) ; lésions nerveuses, marques de la peste et faiblesse musculaire (avancé).

Stade avancé : Le personnage ne peut en aucun cas retrouver sa vitalité par quelque moyen que ce soit. Toutes les trois heures, le personnage doit faire un nouveau jet de progression. Si le personnage échoue à trois de ces jets, il souffre d’une Agilité altérée (-2 aux jets d’attaque). Si le personnage réussi trois jets, il combat la maladie.

Traitement Spécial : Les lugubres gens de la commune Mine de Pierson, sont connus pour fabriquer un cataplasme à base de malachite broyée qui peut aider à traiter la corruption bogrin.

LANGUE NOIRE

La langue noire est une maladie parasitaire observée pour la première fois parmi les habitants des Îles Scharde. La maladie est répandue parmi les kriels trollkin corrompus de la région, mais certains cas ont été signalés dans les villages côtiers du continent.

Taxonomie : Peste Parasitaire

Méthode de Contraction : Ingestion. Principalement contractée par la consommation d’eau contaminée par le parasite.

Résistance : 11 AGL

Progression : Toutes les huit heures (14 AGL)

Symptômes : Engourdissement de la langue, perte du goût (précoce) ; noircissement et gonflement de la langue empêchant la parole et rendant la déglutition difficile.

Stade Avancé : Le personnage ne peut en aucun cas retrouver sa vitalité par quelque moyen que ce soit. Toutes les trois heures, le personnage doit faire un nouveau jet de progression. Si le personnage échoue, il subit d3 points de dégâts. Si le personnage est incapacité, il meurt. Si le personnage réussit trois de ces jets, il combat la maladie.

Traitement Spécial : Le whisky serpent, une puissante liqueur distillée avec le sang des constricteurs des marais trouvés dans le Bois du Veuf, peut aider à traiter la langue noire (accorde un bonus de +2 aux jets de compétence Médecine pour traiter la maladie).

MAL DE LA PIERRE

Contagion rare dont souffrent les mineurs, le mal de la pierre affecte le système nerveux des personnes infectées, endommageant les tissus nerveux et musculaires.

Taxonomie : Fièvre Fongique Infectieuse

Méthode de Contraction : Inhalation. Contracté par l’inhalation de spores toxiques libérées par les champignons cidyne qui poussent dans certaines chambres.

Résistance : 14 PHY

Progression : Toutes les vingt-quatre heures (17 PHY)

Symptômes : Convulsion, courtes catalepsie (précoce) ; parésie (avancée).

Stade Avancé : Le personnage ne peut en aucun cas retrouver sa vitalité par quelque moyen que ce soit et souffre des symptômes avancés de la maladie. Toutes les trois heures, le personnage doit faire un nouveau jet de progression. Si le personnage réussit trois jets, il combat la maladie.

Traitement Spécial : Aucun.

DÉMENCE MÉKANIQUE

Une menace pour tous ceux qui manipulent régulièrement du mercure, la démence mékanique a été diagnostiquée pour la première fois après que le Magus Julian Montfort ait été frappé par la maladie lors de la création d’un prototype d’une armure de warcaster moderne.

Taxonomie : Miasme Toxique

Méthode de Contraction : Inhalation. Fréquemment provoquée de la fabrication des armures de warcaster, les vapeurs de mercure peuvent être inhalées par les armuriers pendant le processus de fabrication, à moins que soient des mesures pour se protéger.

Résistance : 12 INT

Progression : Toutes les six heures (15 INT)

Symptômes : Aphasie et uvéite (précoce) ; délire et hallucinations (avancé).

Stade Avancé : Le personnage ne peut en aucun cas retrouver sa vitalité par quelque moyen que ce soit et souffre des symptômes avancés de la maladie. Toutes les trois heures, le personnage doit faire un nouveau jet de progression. Si le personnage réussit trois jets, il combat la maladie.

Traitement Spécial : Un thé fait à partir du tubercule de feuille rouge trouvé dans le Bois d’Épines, même s’il est légèrement toxique, peut aider à traiter la démence mékanique (accorde un bonus de +2 aux jets de compétence Médecine pour traiter la maladie).

RAGE DU MAWG

la frénésie meurtrière des guerriers du Molgur était redoutée dans tout l’Immoren occidental. Pour certains Molgur, cette furie sanguinaire était plus qu’un simple désir de bataille, et d’une férocité induite par l’adrénaline, c’était le résultat de la rage du mawg. Une maladie parasitaire attaquant le cerveau et le système nerveux central, provoquant la manie et la soif de sang.

Taxonomie : Miasme Parasitaire

Méthode de Contraction : Cutanée/ Ingestion. Initialement contractée en consommant les glandes surrénales du mawg-fouisseur, la rage du mawg peut également être transmise par la morsure d’une créature infectée.

Résistance : 14 INT

Progression : Toutes les quatre heures (17 INT)

Symptômes : Paranoïa, trismus et sensibilité à la lumière (précoce), agression impulsive et dystaxie (avancé).

Stade Avancé : Le personnage ne peut en aucun cas retrouver sa vitalité par quelque moyen que ce soit et souffre des symptômes avancés de la maladie. Toutes les trois heures, par la suite, le personnage doit effectuer un autre jet de progression Si le personnage échoue, il subit d3 point de dégâts. Si le personnage est incapacité, il meurt. Si le personnage réussit trois jets, il combat la maladie, mais chute dans un choc commotionnel (voir IKRPG : Core Rules, p. 216 pour état sous le choc).

Traitement Spécial : Un reconstituant alchimique brassé avec un distillat de la glande surrénale d’un mawg-fouisseur (accorde un bonus de +4 aux jets de compétence Médecine pour traiter la maladie).

12
LES RENCONTRES DE PENDRAKE

Par Viktor Pendrake (Transcrit par Doug Seacat)

LA MORT DANS LES MARCHES, 3ème PARTIE

Il ne fait aucun doute que les skorne sont une espèce remarquable. J’ai ouvert les yeux : il y a beaucoup à apprendre de ces gens et nous devons les accueillir et nous devons les accueillir sans résistance. Ce n’est qu’en acceptant Vinter Raelthorne, roi légitime de Cygnar que nous embrasserons notre destin. Ce point a été mis en évidence lorsqu’on m’a montré une créature apprivoisée par des skorne, aussi déconcertante que puissante, plus petite et moins puissante que le titan, certainement moins intelligente que le cyclope, mais dotée d’un extraordinaire pouvoir surnaturel. Le terme skorne pour elle n’a pas de sens pour moi, mais je me suis mis à les appeler « basilics », adaptée d’un mot du caspien ancien signifiant « roi des reptiles ». C’est l’espèce la plus impressionnante de cette classification que j’ai rencontrée, se vantant de pouvoir focaliser une terrible vague d’énergie depuis leurs yeux, tuant facilement des créatures de deux fois leur taille et même faisant fondre du métal et brisant pierre ! Les dresseurs skorne ont transformé ces monstres en armes, et je comprends maintenant que nous ne pourrons jamais nous opposer à eux…

J’espère que ce message sera transmis à l’un de mes protégés, Lynus Wesselbaum ou Edrea lloryrr, et que quelqu’un pourra déchiffrer l’ancien code militaire par lequel j’ai intégré ce message dans la longue et obséquieuse lettre d’ineptie que j’ai été obligée de composer. Autant cela me fait mal que ce radotage soit mon dernier héritage, j’ai dû prendre le risque de pouvoir relater ce qui s’est passé.

   Après ma capture par les skorne, j’étais convaincu que la mort suivrait. J’ai perdu la notions des jours alors que nous nous enfoncions dans le désert balayé par le vent des Marches. J’ai enfin pu observer les Terres des Tempêtes, un phénomène que je ne peux pas accepter comme étant naturel. Les cieux étant fendus par d’incessants éclairs tandis que les nuages tourbillonnaient et bouillonnaient tel un être vivant.

   De l’intérieur de ma cage, j’ai observé des hautes tiges métalliques portées par des cyclopes à intervalles tout au long de notre caravane, chacun traînant une fine chaîne À de nombreuses reprises, j’ai vu le foudre s’écraser dans un éclair aveuglant et une explosion sonore pour frapper l’une de ces tiges et se disperser de manière inoffensive.

   Je suis gêné de constater que je dormais lorsque nous avons réussi à arriver au refuge, je n’ai donc pas observé l’apparence extérieure de cette fortification. L’étrange météo et ma condition de blessé ont comploté pour me faire délirer, tombant parfois dans une profonde inconscience. Je me suis réveillé pour me retrouver dans une petite cellule de pierre sèche, mes blessures habilement bandées.

   Une silhouette entra bientôt dans ma cellule, vêtue d’une étrange tenue et ne ressemblant pas à celles des idriens nomades, portant de longues pèlerines de tissu léger en couches pour couvrir toute la chair, y compris son visage. Jusqu’à ce qu’il enlève ses lourdes lunettes et découvre son visage, je ne pouvais rien juger de lui. À ce stade, j’ai vu un robuste et coriace visage, bronzé par une longue exposition au soleil. J’étais confus de faire face à un humain, pas à un skorne, et je l’ai pas reconnu avant d’avoir entendu sa voix.

   « Tiens, tiens, si ce n’est pas mon ancien élève. Vous pensiez peut-être devenu le maître, mais il est clair que nos rôles respectifs sont rétablis. » C’était saxon Orrik, nul autre que le condamnable ranger, autrefois mon supérieur dans l’Armée Cygnaréenne. Un homme que j’avais présumé mort après avoir entendu dire qu’il s’était aventuré vers l’orient, dans les Marches, pour suivre Vinter.

   « Je vois que vous avez enfin trouvé un peuple prêt à supporter vos macabres habitudes. Bravo saxon. » Je ne gaspillerai pas une place précieuse dans ce message crypté pour relater l’histoire d’Orrik, celle-ci est bien retracée parmi les documents du tribunal militaire, ni les plaisanteries insultantes que nous avons échangées. Cela ne m’a apporté aucune satisfaction, et pourtant Saxon a manifestement apprécié mon sort.

   Il ne pouvait pas résister à l’envie de se réjouir de sa survie dans les Marches, de se vanter de la façon dont il était devenu le singulier maître du terrain désertique, le seul homme ou skorne qui avait cartographié avec précision les étendues des Terres des Tempêtes, et autres vantardises du même genre. Il semblait avoir gagné l’estime des skorne pour cela et pour sa relation avec Vinter Raelthorne, qu’ils ont appelé le Conquérant.

   Je ne pouvais pas résister à la harceler sur un sujet en particulier : « J’ai remarqué votre évidente absence lors de l’assaut de Corvis, saxon. Peut-être étiez-vous perdu dans une tempête de sable ? »

   Durant un instant, j’ai cru qu’il allait me tuer, ce qui avait, franchement, un attrait morbide. Saxon Orrik avait été expulsé de l’Armée Cygnaréenne pour un certain nombre d’atrocités, dont le traitement cruel des prisonniers capturés. J’avais peu d’espoir de sortir indemne de cette rencontre.

   Après avoir repris son sang-froid, Saxon a rétorqué qu’il avait manqué l’attaque de Corvis que parce qu’il avait été chargé de rester à la forteresse et de « s’assurer ce que des renforts avaient traversé. » D’autres cajoleries ont mis à jour le fait que l’attaque de Vinter contre Corvis, il y a trois ans, a échoué parque qu’une seconde armée destinée à renforcer la première n’est jamais arrivée. Le résultat d’une trahison depuis punie. Cela a conduit à d’inquiétantes conclusions sur la taille de l’armée skorne, ce qui est clairement l’intention de Saxon.

   Une fois qu’il en eut assez, il m’a sorti de ma cellule pour que je puisse supporter une diatribe pendant que nous inspections un énorme centre d’entraînement de la forteresse, et que l’on me montrait plusieurs inquiétantes créatures que les skorne asservissait et conditionnait à leurs services. Je vais annexer des notes abrégées de ces derniers et de ce que j’ai observé, bien que je n’aie jamais pu avoir une idée complète de l’installation, clairement énorme. Plus inquiétante encore était l’impression que l’armée principale avait déjà été envoyée. Si Saxon avait espéré m’impressionner, je dois admettre qu’il a réussi.

   Même pour Saxon, cette démonstration semblait une indulgence, et lorsque je lui ai demandé pourquoi il s’était donné la peine, il m’a traîné dans une grande salle. Je pouvais voir un sourire déformé familier sur ses lèvres alors qu’il me jetait aux pieds d’un grand trône. J’ai levé les yeux vers un visage, que j’ai immédiatement reconnu, malgré les rides, les cheveux plus gris et une particulière armure étrangère : Vinter Raelthorne IV, ex-roi de Cygnar, maintenant Conquérant de l’Empire Skorne. Saxon m’a saisi le cou et m’a forcé à me prosterner. Je n’étais pas en état de résister et j’ai beaucoup souffert avant qu’on me permette de me lever, haletant, en position assise.
   « Tuez-moi s’il le faut », ai-je dit, avec plus de fatigue que de bravade, « mais j’ai entendu suffisamment de discours aujourd’hui. »

   Vinter est décrit comme un tyran sans humour, et je savais qu’il avait tué beaucoup d’hommes pour moins. Il s’est plutôt adressé à Saxon. « Il n’a pas l’air de grand-chose. Par sa réputation, j’attendais quelqu’un … de plus grand. »

   Saxon ricana. « Sa réputation a toujours dépassé son talent. C’est un espion, et il devrait être exécuté. »

   Vinter fit un signe de tête. « Oui, mais il a peut-être son utilité. Il est rare que nous soyons honorés d’une éducation aussi approfondie. » Son ton traduisait le mépris et le rejet. « Toi, esclave ! »

   Il m’a dit cela, mais le terme était si offensant que j’ai été frappé de stupeur, clignant stupidement des yeux. Il a continué comme si c’était la bonne réponse. « Tu es choisi pour être gratifiés d’une grave responsabilité et d’un grand honneur. Je te demande d’immortaliser mes œuvres, de décrire et détailler mon empire. Tu iras à l’est et tu feras la chronique de ce qu’aucun autre homme n’a vu. »

   J’ai réfléchi à ces mots, et l’impact de cette déclaration m’est tombé dessus. Pourtant, je ne pouvais pas la digérer, car elle me semblait trop absurde. « Pourquoi ferais-je cette chose ? » J’ai osé demander.

   « Tu feras ce que je t’ordonne, ou tu mourras. Pas rapidement, ni sans douleur. » Cela a été prononcé sans malice, comme si ma vie ne comptait pas plus pour lui qu’un poisson accroché à un hameçon.

   Je ne pus m’empêcher de jeter un coup d’oeil à Saxon, et vis son visage rouge et mécontent ; il ne s’attendait manifestement pas à ce qu’on me donne une autre chance d’échapper à la mort. Une chance que je pourrais encore regretter d’avoir saisi.

   Mon audience pris fin, Vinter a proposé à Saxon de me ramener dans ma cellule, là pour écrire la lettre de pablum dans laquelle j’ai codé ce message. Saxon verra sans doute ma lettre perfide délivrée, car il aime l’idée de dévaloriser ma réputation de cette façon.

   Je m’aventure maintenant dans l’Immoren oriental. Mon rêve d’explorer un continent inconnu a été réalisé par le patronage forcé de ce qui pourrait être le plus grand ennemi de notre royaume. J’ai peur de ne jamais revenir ; Vinter finira par m’exécuter. D’autres devront continuer mon travail, car mon destin n’est pas mien. Souvenez-vous de moi.

~VP

13
LES RENCONTRES DE PENDRAKE

Par Viktor Pendrake (Transcrit par Doug Seacat)

LA MORT DANS LES MARCHES, 2ème PARTIE

Quelle que soit la bonne fortune que j’ai reçue à la naissance, elle a pris fin telle les derniers grains de sable percolant à travers un sablier. Si jamais ce journal voyait la lumière de la civilisation, que celui-ci soit un avertissement pour ceux qui viendront après moi. Ne prenez pas le risque de suivre une armée étrangère et hostile au fin fond d’un territoire inexploré – en particulier, n’essayez jamais seul.

   Avant d’arriver à cette conclusion logique, j’ai quitté le village trollkin où Quimut se remettait de sa blessure infligée par les cyclopes. – je me suis enfui sans lui parler. Je me suis dirigé vers le sud-est, au-delà du Château des Clés et j’ai retrouvé les traces. Le soleil était impitoyable alors j’ai limité mon voyage au crépuscule et à la nuit, cherchant l’abri qui me permettrait de dormir tout la journée. Le temps était exceptionnellement cale, laissant les traces intactes.

   Alors que j’escaladais une colline escarpée, j’ai soudainement rencontré un soldat solitaire sur mon chemin. Je luttais face à cent, un tissu enroulé autour de mon visage, ne regardant que quelques mètres devant moi et marchant presque sur ses pieds avant que je ne remarque ses étranges bottes en cuir et ses jambières en acier ornés. En levant les yeux, j’ai ressenti un frisson d’étonnement de voir un unique guerrier skorne se tenant à une dizaine de verges de moi au sommet d’une colline. Nos yeux se croisèrent et sa bouche cruelle s’élargit d’un regard moqueur.

   Sans même mettre souvenu de les avoir dégainées, mes lames étaient dans mes mains. J’aurais dû tirer mon arc à la place ou battre en retraite, mais mon esprit se rappelait de l’invasion de Corvis, les nombreux innocents massacrés dans leur sillage. Je me suis souvenu du visage angoissé du bon Père Pandore Dumas qui me racontait l’histoire de sa torture aux mains des skorne. Je n’avais pas réalisé à quel point la colère patientait submergée dans les profondeurs de mon esprit jusqu’à ce que je voie ce sourire moqueur. J’ai avancé avec mes épées dénudées, irrationnellement emporté par la violence.

   Il n’avait tiré aucune de ses propres lames, même si j’en remarquais deux gainées à sa taille, chaque poignée et pommeau brillant dans le soleil couchant. J’ai compris pourquoi dans l’instant qui suivi, alors qu’une énorme ombre se projetait derrière lui. Une créature géante s’avança au sommet de la colline pour s’occuper de moi.

   Il n’y avait pas d’autres mots que « titan » pour capturer le sens de la masse et de la puissance alors que je regardais cette créature et que je voyais ses yeux injectés de sang se concentrer sur moi. Je n’ai pas eu le luxe de pouvoir consigner mes impressions, mais j’ai depuis examiné chaque souvenir de cette courte rencontre avec des détails atroces. Cette énorme monstruosité bipède ouvrit sa gueule béante entre ses défenses à pointe métallique pour émettre un bruit assourdissant, puis s’est mise en branle. J’ai essayé de m’écarter de son chemin, mais elle était trop rapide et trop proche.

   J’ai vu avec étonnement qu’il s’agissait d’une créature à six membres – ayant quatre bras dont la plus grande paire se terminait chacun par trois doigts, suffisante pour serrer comme des bandes de fer. La grande créature à la peau épaisse et grise-bleue semblait, au moins superficiellement, semblable au Kaelram que j’avais observé dans les franges nord du Protectorat. Ses ongles kératinisés et ses pattes épaisses était également similaire, ce qui me fait croire qu’il doit s’agir d’un type de pachyderme particulièrement intelligent et peut-être même utilisant des outils. Il portait des plaques d’armure sur ses avant-bras, chacune mortellement cloutées ; celles-ci auraient pu m’empaler sans grand effort, mais il avait choisi de me saisir à la place. Avant que je ne puisse m’étonner de cette petite miséricorde, ses bras inférieurs m’attrapèrent et me firent voler à travers la dune et sur un rocher voisin.

   Je me suis réveillé un peu plus tard pour me retrouver en cage et blessé – toussant du sang et ma poitrine enflammées par des côtes cassées. J’ai eu l’occasion de mieux observer les titans alors que nous nous rendions dans un camp d’armée skorne à proximité. J’ai eu la liberté de faire des croquis et d’écrire dans mon journal, tout en essayant d’ignorer la douleur. Je ne sais pas quel destin m’attend ; peut-être que les skorne considèrent les humains comme un mets délicieux. J’ai observé une ombre derrière cortège et je me demande su Quimut a réussi à me retrouver. J’ai l’intention d’abandonner ces pages pour qu’il les retrouve et j’espère qu’il se rendra dans l’ouest et qu’il m’oubliera. Je ne veux pas que sa mort soit sur mes mains. Je crains que mes expéditions n’aient connu une fin prématurée, et j’espère que la postérité sera bienveillante envers mon héritage.

14
LES RENCONTRES DE PENDRAKE

PENDRAKE DANS LES LANDES DE BLANCRISTAL

Je n’ai jamais été aussi heureux de me retrouver en la compagnie d’un trollkin aussi bruyant et aux mœurs aussi discutables que Rathlok et, si j’ose dire, je ne le serais jamais davantage après ce qui s’est produit dans les Châles de Givre suite à ce que nous y avons vu.

   Rathlok et moi avions péniblement parcouru le permafrost de ces collines vallonnées pendant presque une semaine, à la recherche de son kriel ancestral ainsi que des derniers membres de sa famille encore de ce monde.

   -Je ne m’étais pas rendu aussi loin au nord depuis des années, et j’avais oublié à quel point cela pouvait être difficile. Comme Rathlok le pensait, nous n’eûmes eu pas beaucoup de rencontres fâcheuses avant d’atteindre les plateaux, car nombre de créatures étaient effrayés par les chantonnements de mon Hurlemort d’ami.

   Bien que je trouvais ces vocalises agréables, j’avais bien peur qu’elles n’incitent les prédateurs rodant à des lieux à la ronde à venir inspecter d’un peu trop près la carcasse en lente voie de congélation en laquelle ce voyage était en train de me changer…

   Mon sang se réchauffa soudainement alors que nous venions juste de traverser un bosquet de sapin. Mes yeux s’emplirent alors de la vision d’une des créatures parmi les plus dangereuses que l’on puisse rencontrer dans les Royaumes : un troll sanguinaire.

   Fort heureusement, la bête était déjà occupée. Un groupe de femmes et d’enfants Nyss, visiblement hagards, se massaient derrière trois rôdeurs montés, dont les claymores scintillaient en  formant une véritable danse d’acier gelé, qui tenait la gigantesque bête à distance à l’aide de petites estocades bien senties. Le troll avait déjà déchiqueté un des Ulks dressés ainsi que son cavalier , et la neige fumait encore sous l’action du sang chaud fraîchement répandu…

   Quoique les Nyss montés sur leurs Ulks dressés affichaient toujours une détermination majestueuse, je pouvais voir une lueur de crainte dans leurs regards. Ils fuyaient visiblement quelque chose et ils n’étaient pas préparés à faire face à un tel adversaire.

   Le troll serra les poings, du sang s’en écoula alors à grosses gouttes : ses plaies cicatrisaient déjà, tandis que ses muscles se bandaient, leurs masses proéminentes semblant bien à l’étroit sous la peau de la créature… Il poussa un rugissement si assourdissant que le son aurait pu provoquer une avalanche, si nous nous étions trouvé un peu plus loin, dans les montagnes…

   Tout ceci ne pouvait connaître qu’une issue funeste pour tout le monde. Les trolls sanguinaires n’abandonnent pas leurs proies facilement (ils massacrent parfois des villages entiers rien que pour assouvir leurs faims) et ces guerriers ne céderaient pas un pouce de terrain en défendant leurs familles. D’un autre côté, Rathlok et moi n’allions probablement pas rallier le Kriel des Bragmaws sans combattre. Que Morrow me châtie, car j’ai souhaité à cet instant que les deux parties s’entre-tuent afin que nous n’ayons pas à nous frayer un passage en force.

   Mais une telle pensée s’avéra superflue, car Rathlok émit alors une sorte d’appel primal que je ne lui avais jamais entendu au cours de nos voyages épisodiques. Il usait d’un dialecte de Molgur-trul issu des anciens kriels, un appel surgi des tréfonds de lui-même qui fit marquer une pause au troll géant tandis que mon compagnon émergeait à découvert, les mains vides bien en vue des elfes afin qu’ils ne puissent pas le considérer comme un ennemi.

   Le troll sanguinaire fit un pas en arrière, baissa sa garde, et il grogna doucement à l’attention du vieux barde. Il paraissait apaisé, après seulement quelques secondes de l’appel bestial de Rathlok.

   J’aurais bien aimé demander aux Nyss les raisons pour lesquelles ils se trouvaient si loin au Sud et en si grand nombre, mais, saisissant l’occasion, les monteurs d’Ulks firent un preste signe à l’attention de des femmes et des enfants, qui se mirent à courir au-devant d’eux. Avant que je ne tourne la tête, ils étaient tous partis. Je les aurais bien suivis, si je n’avais été convaincu qu’ils n’auraient pas hésité à me tuer dans l’instant… Ils ne faisaient pas partie de l’éclat que j’avais rencontré auparavant et après une telle bataille, ils n’auraient certainement pas toléré la présence d’un étranger curieux…

   Le troll sanguinaire se saisit brusquement d’une seule main de la carcasse de l’ulk mort gisant à ses pieds, puis il émit un reniflement méprisant. Enfin, il partit à pas lourd sous le couvert des arbres. Rathlok continu à émettre son appel primal pendant quelques instants encore, ne s’arrêtant qu’une fois persuadé que la bête était désormais trop loin ou qu’elle s’était complètement désintéressée de nous. Grâce aux dieux, car je ne m’étais jamais trouvé aussi près d’un troll sanguinaire sans me sentir aussi mal à l’aise.

   Je me suis dirigé vers le Nyss blessé qui gisait à terre, mais il était trop tard pour lui. Il portait bien plus d’équipement et de vivre que ce qu’on serait en droit d’attendre d’un groupe nomade, comme si l’éclat lui-même émigrait. Nous étions bien trop tôt dans le printemps pour qu’ils n’entreprennent leurs cycles de migration annuels, ce qui signifiait que quelque chose avait dû les y pousser.

   Mais quoi ? Les Nyss ne sont pas enclin à laisser les cadavres des leurs ou des vivres derrières eux, même au beau milieu d’un champ de bataille, et cela me perturbait.

   Quelques minutes plus tard, j’ai manqué m’évanouir quand le Kriel de Rathlok à surgi de sous les arbres Ils avaient entendus son appel depuis leur départ du village. Après quelques étreintes entre vieux proches, Rathlok et les membres du kriel Bragmow étaient enfin réunis, et nous nous réchauffions bientôt tous auprès d’un bon feu, une fois de retour au village.

   Après le long récit des lointaines aventures vécues par mon compagnon (le tout arrosé d’une généreuse quantité de boisson) il disparut bien vite dans l’une des huttes, en compagnie d’une poignée de femelle encore vierges, me laissant seul avec le chef des Bragmows. Nous avons eu une longue conversation à propos des nyss et de la manière dont des familles entières de ces « elfes gelés » quittaient le Nord. Les trollkin tenaient une seule chose pour sûre : seul un grand mal pouvait pousser les Nyss à s’arracher à leurs foyers, mais eux, ils n’étaient plus effrayés depuis que leur hurlemort de fils prodige était de retour au bercail.

   J’ai été promu membre adoptif du kriel pour avoir ramené Rathlok chez lui et on m’a convié à demeurer surplace aussi longtemps qu’il me serait nécessaire. Je m’étais résolu à m’en retourner vers le Sud et à suivre la piste des Nyss que nous avions rencontré.

   Ce qui avait débuté comme la réunion de famille d’un vieil ami évoluait en une énigme que je n’ai pas l’intention de laisser sans réponse. Pour quelle raison ces Nyss quittaient-ils leurs terres ancestrales ? Où allaient-ils et que fuyaient-ils ? Pourquoi n’ai-je jamais demandé ce qui entre dans la composition de cette bière blonde à l’odeur de vieille mule que les trollkin ingurgitent et serai-je un jour débarrassé de son odeur ?

   Il se passe décidément bien plus de choses dans le Nord gelé que nous n’en avons connaissance. Les dieux m’en soient témoin, qu’il ne s’agisse que d’un seul problème isolé qui ne portera pas à conséquence pour nous comme tous les autres phénomènes particuliers qui s’y déroule.

   Si seulement nous avions pu être aussi chanceux…

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Minions / Malvin & Mayhem
« le: 28 mai 2020 à 12:18:59 »

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LES RENCONTRES DE PENDRAKE

par Alten Ashley (Racontée par Nathan Letsinger et Doug Seacat)

LE VIEIL HOMME ET LE DÉSERT

Nous aurions aussi bien pu poursuivre un ribleur des dunes à travers les sables mouvants brûlés par le soleil si ce n’était l’obstination de l’idrien. Le souvenir que Quimut se faisait du chemin la dernière fois qu’il avait vu le vieil home était remarquable, et de là, nous avons suivi la piste vers un petit campement fortifié skorne plus à l’est que je ne m’étais aventuré dans les terres sauvages des Marches Sanglantes.

Les défenses extérieures faisaient montre de signe d’un combat récent – elles avaient clairement repoussé un assaut trolls. Une énorme statue skorne en basalte orné de bijoux, se dressait bizarrement sur les carcasses de nombreux trolls et trollkin, le sol étant imprégné de sang récent. Un peu de surveillance révéla qu’il ne restait qu’une douzaine de skorne et un titan. J’aurais pu prendre le camp seul, mais Quimut insista pour que nous prenions toutes les précautions au cas où les ravisseurs de Pendrake le menaceraient en nous repérant.

Quimut roda dans le périmètre sombre tel un loup crépusculaire, tranchant la gorge des skorne en patrouille pendant que je pointais attentivement mon fusil sur la massive bête à la peau de cuir. Rien de ce qui respire ne peut survivre à la vieille jenny. Le premier coup de feu l’a fi bondir en mugissant pour me charger. J’ai tenu bon et j’ai tiré deux autres coups de feu avant qu’elle ne s’effondre et se stoppe à quelques centimètres de ma botte. Les skorne se précipitèrent hors de leurs tentes, mais Quimut et moi nous en sommes rapidement occupés.

Pendrake ne fut pas retrouvé – s’il avait jamais été là, il avait clairement été emmené plus profondément dans le territoire skorne, hors de notre portée.

Alors que nous arrivions à cette conclusion, l’enfer s’est déchaîné. Plus rapide qu’une vipère ver-tatzyl, la statue de basalte, immobile jusqu’à présent, nous a attaqué avec sa hallebarde. Mes réflexes félins nous ont sauvés tous les deux. J’ai tiré Quimut au sol et j’ai empêché que sa tête roule sur le sable. Poussé par une force surnaturelle, le gardien de pierre nous a attaqué encore et encore alors que nous fuyions à travers le campement.

Une averse soudaine éclata des nuages au-dessus de nous, de telles tempêtes anormales sont courantes dans les Marches orientales. Je maudissais alors que nous nous battions pour sortir du camp avec la statue à nos trousses. J’ai chargé une balle imprégnée dans Jenny sachant qu’elle ne détonerait probablement jamais. L’idrien nous a conduits dans un ravin alors que le gardien s’approchait à la vitesse d’un bison raevhen. Quand il a lancé son grappin sur la falaise, j’ai cru que l’idiot avait la tête. Puis j’ai entendu le bruit. Un rugissement d’est fait entendre lorsqu’un mur d’eau a rempli le ravin et qu’une crue soudaine nous a engloutis.

En enlaçant la corde, nous nous sommes remontés pendant que le gardien était emporté par le torrent. Ce fut la dernière fois que nous avons vu ce diabolique skorne. Nous sommes retournés au campement et nous avons fouillé. J’ai alors trouvé un colis adressé au Colonel Eli Brocket de la Garnison de Corvis dans la main d’un vieil homme. En lisant la lettre, il me semblait que le Professeur avait changé de camp et s’était accoquiné avec ce foutu vieux Vinter. Note de l’éditeur : voir NQM#5].

Quimut a refusé de croire à toute trahison. Nous nous sommes disputés durant des heures concernant cette lettre. Le maudit idrien voulait qu’elle soit déchirée et dispersée, mais j’ai refusé de détruire notre seul indice. Après des paroles dures, nous nous séparâmes – Quimut se dirigea vers les Terres des Tempêtes tel un idiot têtu pendant que je portais à l’ouest.

Après réflexion Pendrake a probablement été forcé d’écrire cette chose honteuse. Je ne peux pas imaginer le vieil homme rejoindre les skorne. J’espérais trouver un de ces types pédants que Pendrake garde comme assistants à l’Université de Corvis, mais il n’y avait aucun signe d’eux. Je n’ai pas eu d’autre choix que de remettre la lettre à l’armée locale, et sans aucun la liront-ils sous un jour sombre. En voyant la dévotion que Pendrake a instillée à Quimut, je me sens troublé Ce n’est pas dans mes habitudes de m’immiscer, mais je me sentirais mieux si je pouvais trouver quelqu’un d’assez fou pour aller vers l’orient, courir après la vieille buse. Mais tous les contres n’ont pas une fin. Parfois, un mystère reste mystère. C’est peut-être le bon moment pour moi de chercher le vieux Turgol et Grissel, et de voir si ces mercenaires trollkin pourraient employer un homme qui sait comment tirer au fusil. Quiconque veut s’occuper de Pendrake et Quimut devrait venir me payer un verre.

19
UN DEUXIÈME INCIDENT

Fiction par Simon Berman

La lumière du soleil déferlait d’un ciel bleu clair. En traversant la vallée de la montagne, la lumière rebondissait d’un sommet à l’autre couvert de givre, en traversant la petite garnison et le village avant d’arriver dans les yeux aveuglés par la neige du rhulfolk qui montait la garde au sommet d’un tour de guet en pierre.

Malgré l’éblouissement, le nain ressentait le froid brutal de l’air du printemps même à travers son armure isolée. Le froid s’abattait sur son visage exposé et buriné, provoquant une grimace. Même le feu vif de son armure de warcaster ne pouvait pas empêcher le froid de s’infiltrer par son col. Il frotta ses mains gantées l’une contre l’autre et regarda le maillet mékaniquement augmenté qu’il avait laissé appuyé contre le parapet de pierre. Il savait que l’arme serait douloureuse à ramasser et il soupira. Malgré tout, Gorten Grundback décida qu’il était heureux d’être de retour dans son pays.

Il regarda à nouveau le terrain ouvert et enneigé devant le mur de la garnison qui protégeait le village d’Heffgrun. Gorten soupira et se tourna vers son compagnon, un autre rhulfolk vêtu de soies noires recouvertes d’une lourde cape de laine blanche pour se protéger du froid mordant. « Pourquoi moi ? Si c’est comme vous le dites, le Conclave aurait dû mobiliser une véritable armée. »

Le jeune nain haussa un sourcil. « Vous devez vraiment le demander ? Peut-être que vous êtes parmi les humains depuis trop longtemps. » Son expression suggéra une lassitude que Gorten trouva surprenante chez un nain d’au moins dix ans son cadet. Il devait se rappeler que Bulin Jhord était le frère cadet du seigneur de pierre du Clan Jhord, qui était l’un des treize dirigeants descendant directement des Pères Originels. Jhord était le gardien des secrets des dieux nains, et son clan gérait la collecte de renseignement pour le Conclave. L’espionnage était trop sordide pour les parangons comme les seigneurs de pierre puissent la gérer personnellement, aussi traditionnellement, l’un des plus jeunes frères et sœurs de Jhord recevait le poignard cérémonial Corbelgriffe, une lame que Gorten avait remarqué à la ceinture de Bulin. Elle symbolisait le commandement du corps d’espion de Rhul. Bulin était donc au courant des secrets les plus sombres de l’état rhulique, un grand fardeau et une grande responsabilité pour quiconque, quel que soit son âge. La vue de ce poignard rendait Gorten mal à l’aise. On disait que c’était une relique détenue par le Père Originel Jhord en personne. Des questions de religion et de politiques troublait Gorten et lui rappelait pourquoi il préférait parcourir les royaumes humains et mener des batailles pour des étrangers.

Bulin s’exprima à nouveau : « Le Conclave est plus lent à se bouger maintenant qu’à tout autre moment depuis des siècles. Ils observent à l’ouest, vers Khador, et remarque l’impératrice affamée. Elle a déjà englouti le Llael, et même avec toutes ses autres préoccupations, je suis sûr qu’elle est tentée par nos minéraux. Le hiérarque du Protectorat s’est également invité à cette sauterie, et maintenant même les iosiens émergent de leur forêt. » D’un geste de la main, il ajouta : « Je ne sais pas pourquoi je vous dis cela vous avez mené la moitié de ces batailles pour bon nombre de clients. »

Gorten haussa les épaules. « Je suis là maintenant, non ? Tu paies bien, Bulin, mais j’ai renoncé à une nombreuse somme pour être ici aujourd’hui. Fais-moi plaisir et répond à ma question. Pourquoi le Conclave n’envoie-t-il pas la Garde du Conclave ou une force officielle depuis Fort-Horgen ? »

« Il y a un important débat, comme toujours au Conclave. Techniquement, la partie sud où se trouve Leffenworn est en dehors des limites de notre protection. Cela peut sembler sans-âme, mais certains seigneurs pensent qu’ils ont obtenu ce qu’ils méritaient, vivant si loin de nos patrouilles. »

« Personne ne mérite ce qui leur est arrivé - » se moqua Gorten.

« Bien sûr que non. Mais ces seigneurs de clan ont raison sur le plan juridique ; nous n’avons jamais prétendu pouvoir protéger la partie sud entre Fort-Horgen et Brunder. Ces gens ont déménagé là-bas attirés par des mines inexploitées, mais nous ne pouvons pas protéger toutes les montagnes. »

« Tu as des détails de ce qui s’est passé à Leffenworm ? » Demanda Gorten. « Cette lettre que tu m’as envoyée fait croire à un massacre. » Il fit la grimace.

Bulin acquiesça d’un signe de tête sinistre. « Lorsque j’ai reçu les rapports pour la première fois, je ne savais pas trop quoi penser. Vous savez que des choses étranges se produisent parfois dans des villages isolés ou dans les cols. Il y a eu cette affaire avec le gorgandur il y a quelques années. Pourtant, il y a généralement un ou deux survivants, et ce premier rapport m’a mis mal à l’aise. J’ai envoyé deux de mes hommes les plus fiables en reconnaissance et ils sont revenus ébranlés. Ce ne sont pas pieds tendre, vous comprenez, mais des vétérans qui ont vu leur part de fosses communes et de chirurgies sur le champ de bataille. Ils m’ont dit que l’endroit ressemblait à un abattoir après le massacre de la saison. Ils ont vu les feux de camps de ce qui semblait être une importante force peut-être campée dans la vallée voisine, mais ils étaient trop effrayés par ce qu’ils avaient vu dans ce village pour enquêter de plus près. Au moins un mois s’était écoulé depuis l’incident, et le sang était encore gelé sur les murs et visible sous formes de taches rouges sous la neige plus fraîche. Ils ont dit qu’ils pouvaient le voir scintiller comme des rubis », le nain s’arrêta une fois de plus. « Ce qui est vraiment étrange, c’est qu’à part les taches de sang, il n’y avait pas de cadavres. Pas de faune locale non plus, comme si tout ce qui était naturel avait fui. »

Gorten leva un sourcil et grogna une épithète. « Tu penses que cela signifie quoi ? Cryxiens ? »

Bulin secoua la tête. « C’était aussi ma premiere impression, mais nous les aurions déjà vus. Les morts-vivants ravagent certainement certaines parties de Llael, mais nous n’avons aucune preuve réelle de leur présence près de Rhul. J’ai été plus inquiet par quelques rapports que nous avons eus sur des nyss – nyss qui sont parfois vu en compagnie de créatures d’apparence non naturelle. Peut-être la corruption. » Il jeta un regard inquiet vers les montagnes qui bordaient leur vallée. « J’ai un lien avec le SRC qui a mentionné quelques, euh, incidents en Llael l’année dernière impliquant des elfes nyss et des choses corrompues. Il y avait des mentions de chaudrons remplis de sang et de la récolte des cadavres après la bataille. Tout cela m’a semblé familier. »

« Cela ressemble à ce que nous avons vu dans l’ouest l’année dernière lorsque j’étais avec le 33ème Corps d’Hammerfall. Des rejetons draconiques et d’autres saloperies », songea Gorten.

« Oui, je me souviens de ces rapports. Cela pourrait être lié. Je ne peux pas prétendre comprendre les détails, mais il semble y avoir une nouvelle menace en cours, une qui grignote les bords de Rhul. Elle bouleverse les clans, mais surtout ceux qui se trouvent en périphérie, et vous savez le peu d’influence qu’ils ont à Ghord. Les guerres croissantes des Royaumes d’Acier les ont troublés, et la découverte d’une menace réelle déjà présente à Rhul pourrait amener certain des membres les plus impatients du conseil à adopter un comportement alarmant. L’incident suscite naturellement un tollé croissant, mais question est de savoir s’il faut éliminer le cancer qui sévit dans cette région et dépenser nos énergies à consolider nos frontières aux points de passage défendables. Le Conclave décidera éventuellement d’agir, mais il n’est pas utile que deux clans ne puissent pas s’entendre sur le soutien qu’ils peuvent apporter. Peu de gens se soucient vraiment des clans pauvres des montagnes vivant en marge de la société. J’aimerais faire quelque chose, mais tant que le Conclave ne se sera pas exprimé, je ne peux pas agir officiellement. C’est pourquoi nous nous tournons vers vous. »

« Alors, comme d’habitude, Bulin ? » Gorten roula les yeux et sourit. « Beaucoup de mot pour me dire que vous comptez sur l’ vi Grundback pour sauver vos fesses à nouveau. »

Le jeune nain rit. « C’est à peu près ça, oui. » Son visage redevint sérieux, alors qu’il déplaçait son poids d’un pied sur l’autre, bougeant sans cesse dans le froid brutal. « Je dois vraiment vous remercier encore une fois d’avoir parcouru une si grande distance pour une récompense aussi modeste. »

Gorten secoua la tête avec tristesse. « Je dois être fou de venir jusqu’ici pour la petite somme que tu offres. Ces ‘jacks ne se nourrissent pas seul. » Il pointa un pouce par-dessus son épaule vers le petit groupe de ‘jacks rhulique ci-après, alimenté et préparé par une équipe d’ingénieurs. « Je suis ici depuis trois heures et nous bouffons déjà du charbon. Je n’ai même pas encore effectué de première patrouille. »

« Eh bien, j’apprécie. Cette garnison est éloignée, mais le village est assez grand pour mériter une protection. Heffgrun est vital pour le commerce du fer sortant des Pointes Blanches vers Laedry. Il y a au moins deux cents civils là-bas, et je ne veux pas voir un autre Leffenworn. » Prenant un moment pour assimiler tout ce qu’on lui avait dit, le warcaster laissa son regard passer de ses warjacks à travers la garnison fortifiée, puis à travers le sol plat et enneigé jusqu’à la limite des arbres. La lumière du soleil était encore aveuglante alors qu’elle scintillait sur le sol gelé, et Gorten loucha, pensant un instant qu’il avait vu quelque chose bouger rapidement parmi les arbres. Il l’ignora, pensant que l’histoire de Bulin ‘avat contaminé. Il était sur le point de s’exprimer lorsqu’une flèche à plumes noires frappa le parapet à quelques centimètres de son bras, dérapant dans un flou et ricochant contre son armure. Gorten se jeta sur le sol en pierre de la tour de guet. Alors que d’autres flèches voulaient au-dessus de lui, il saisit son maillet et actionna l’interrupteur qui poussa la fournaise de son armure à pleine puissance. L’adrénaline montant, il remarqua à peine à quel point le manche de Père des Forges était froid, même à travers ses gants armurés.

Gorten regarda où Bulin se tenait et ne vit qu’une petite mare de sang. Un peu plus loin, l’un des gardes de la garnison s’effondra sur le parapet avec trois flèches dans sa poitrine comme s’il avait été choppé au milieu de la chute. Gorten pris un instant pour regarder autour de lui, puis s’accroupit et se laissa tomber par-dessus et se laissa tomber par le rebord de la passerelle de la tour, chutant d’un étage, dans la cour enneigée en contrebas.

Il appuya sur l’interrupteur qui enclenchait les accumulateurs de son arme et réalisa que Bulin était là, nouant un morceau de tissu arraché à sa cape à l’entaille sur son bras. Le chiffon blanc était déjà trempé de sang. Il grogna en terminant d’attacher le pansement improvisé et sourit sardoniquement. « Je suppose que vous allez gagner votre croûte, Gorten. »

Le warcaster fit une grimace et ne prit pas la peine de répondre. Il était déjà en train d’étendre son esprit, ressentant les cortex de ses warjacks. Son esprit s’est immédiatement rempli de la connaissance de la quantité de carburant et de munitions que chacun des ‘jacks transportait, et il fit une prière silencieuse, reconnaissant que l’attaque ait lieu alors que son équipage se préparait à patrouiller. Il pouvait voir à travers les yeux de son groupe de combat que les mékaniciens terminaient leurs vérifications de combat et qui n’étaient pas nécessaire se précipitaient déjà au contrôle des warjacks de réserves de la garnison. Sans plus attendre, Gorten se mit à courir vers les portes principales de du fort, commandant à ses ‘jacks de le suivre. »

Les civils mineurs et leurs familles se précipitèrent vers le donjon intérieur de la garnison, et Gorten jura brutalement alors qu’il manoeuvrait ses warjacks autour d’eux. Des flèches commencèrent à joncher la cour, abattant les gardes de la garnison avec une précision inquiétante, étant donné que les assaillants ne pouvaient même pas voir leurs cibles de l’autre côté des murs. Une unité de carabiniers se rassemblaient derrière lui verrouillait leurs boucliers et se préparait à s’aventurer pour soutenir le warcaster mercenaire. Alors que Gorten s’approchait de la porte, un garde signala qu’il était encore temps de sortir, et les immenses portes en fer s’ouvrirent avec le bruit de grincement de machines.

Sa première pensée fut que cette victoire pourrait être facile à remporter. Une douzaine de personnages vêtus de noir que Gorten identifie rapidement comme des nyss s’approchaient de la garnison dans une ligne d’escarmouche. Ils avançaient en trottinant doucement sur la neige, tirant des flèches dans le fort au fur et à mesure de leur progression. Au moment où Gorten élabora un plan de contre-attaque, des dizaines d’autres nyss surgirent de sous la neige à une courte distance du fort. Alors que les flèches ricochaient sur le champ d’énergie fourni par son armure, le warcaster serra les dents et ordonna à son nouvellement acquis – et extrêmement cher – de riposter. Il y eut un bruit sourd et trois des archers disparurent dans une explosion de neige teintée de rouge.

Il jeta un coup d’oeil par-dessus son épaule pour voir les carabiniers entrer sur le champ de bataille et fit signe aux gardes de fermer les portes. Il se retourna vers le champ por remarquer de massives créatures émergeant de la lisière des bois, leur chair blanche et lisse entrecoupée par des rochers semblant émerger de leurs squelettes. De plus petites bêtes – des bouches aux crocs tranchant et des jambes sautillantes – couraient autour d’elles et se dirigeaient vers la forteresse. Gorten entendit les portes se refermer derrière lui et commença à se demander quelle somme supplémentaire il pourrait obtenir du Clan Jhord quand cette maudite journée serait enfin terminée.

20
ALLER SEUL

Récit par Douglas Seacat

Saxon Orrik regardait avec impatience les deux Cetrati qui lui barraient le chemin. Les skorne lourdement armuré refusait de bouger jusqu’à ce qu’un coursier émacié arrive de la salle derrière eux, se prosterne et soulève une fine tige enveloppée de tissu rouge. Voyant ce signal d’approbation, les Cataphractères ont levé leurs lances et se sont déplacés sur les côtés du portique. Ils reprirent leurs positions attentives. Juste derrière eux se tenait une paire de gardiens ancestrales dont l’attention silencieuse était ressentie par Saxon alors qu’il passait devant. Ses bottes ne faisaient aucun bruit sur les pierres posées avec précision de la Forteresse sur l’Abîme alors qu’il suivait le coursier esclave.

À intervalles réguliers, des soldats skorne occupaient des niches le long de la sale voûtée, mais moins que ne le pensait Saxon. Tous des vétérans grisonnants, ils lui lançaient un regard noir avec une hostilité qu’il s’était habitué à ressentir. Même le skorne qui avait bénéficié de ses conseils lors de la traversée du désert ne pouvait lui pardonner d’être humain. L’exemption qu’ils accordaient à leur Archdominar Suprême en tant que Réincarné ne s’appliquait pas à Saxon.

Le coursier l’a conduit non pas à la salle d’audience centrale mais à la promenade supérieure du mur de la cour intérieure. Saxon entendait clairement le hurlement des Terres des Tempêtes à travers les murs, s’élevant et s’abaissant avec une cadence familière. La fureur des Terres des Tempêtes empêchait la cour d’être à ciel ouvert, et son grand plafond en forme de dôme faisait de cette plus grande salle de la forteresse un triomphe de l’architecture skorne. Ses terrains de parades abrités pouvaient abriter une armée. Ils avaient accueilli la puissance rassemblée de l’Armée de l’Extrême Occident lorsque cette force s’était rassemblée pour entendre leur Conquérant les envoyer à la guerre un an plus tôt.

Cette silhouette particulière se tenait maintenant à la balustrade supérieure, portant une armure à plaques intégrales. Sa stature et son allure le rendaient imposant quelle que soit sa tenue vestimentaire, mais lorsqu’il était entièrement équipé pour la guerre, il ressemblait à un dieu. Même après cinquante-trois ans, ses cheveux longs, sa moustache, et sa barbe bien taillée demeuraient noir corbeau, sans un soupçon de gris. Saxon, lui-même âgé de sept ans de plus, était convaincu que les années l’avaient marqué plus sévèrement, bien qu’il soit toujours maigre et en forme après une décennie à tester ses limites dans le désert sans pitié. Le ranger s’était mis à se raser la tête sous son turban en tissu et l’exposition constante au soleil et au vent avait bronzé et altéré ses traits.

Vinter s’est tourné pour faire face à son visiteur avec un froncement de sourcils familiers et le regard troublant de son unique œil et le cache-oeil orné de bijoux couvrant la cavité de son jumeau perdu depuis longtemps. Son énorme épée, Régicide, une larme qu’il n’avait jamais rengainée, s’appuyant contre la rambarde à portée de main. Ils se tenaient tous les deux seuls, sans garde du corps. Le coursier s’était empressé de disparaître dans l’un des minces passages latéraux conçus pour permettre aux esclaves de passer invisibles de leurs supérieurs.

Saxon s’est profondément incliné et a baissé les yeux sur la pierre. « Votre Majesté ». Il préférait honorer Vinter comme son roi plutôt que d’employer des modes de discours skorne.

« Relève-toi. » Saxon a fait sa révérence et s’est tenu au garde-à-vous, les yeux baissés. Il pouvait sentir le regard de son seigneur, le jaugeant. Après une longue pause, Vinter a repris la parole, sa voix inhabituellement détachée. « Au moins, tu me sers toujours. Ou je me trompe ? »

« Vous ne vous trompez pas, mon seigneur. » Après un silence, il s’est senti obligé de demander : « Est-ce que tout va bien ? »

« Tout va bien ? » Vinter a répété cette phrase comme si elle l’amusait, et un petit sourire effleura ses lèvres. Dans l’instant suivant, son visage est devenu sévère. « J’ai soif. » Il a hoché la tête vers une flasque qui pendait à la ceinture de Saxon.

« Bien sûr, mon seigneur. » Saxon s’est immédiatement avancé et incliné en levant la flasque d’eau. « Vinter a pris une seule grande gorgée, comme s’il n’avait pas bu depuis des jours.

Cette affaire inhabituelle avec l’eau rappelait à l’esprit de Saxon un vieux souvenir. Il se souvenait avoir remis une flasque d’eau à son suzerain des années plus tôt alors qu’ils se tenaient tous les deux au milieu des dunes et planifiaient la première expédition qui n’avait pas réussi à s’emparer de Corvis. Cela a donné à Saxon un sentiment d’appréhension. Il avait appris à se présenter devant son seigneur l’esprit vide et à répondre à toutes les demandes sans hésitation Vinter était enclin à tester ceux qui le servaient, et il ne faisait rien sans but.

Vinter n’a pas fermé la flasque mais l’a retourné. Le liquide clair s’est déversé sur les pierres à ses pieds. « La loyauté est une ressource limitée en tout homme. Elle finit par s’épuiser et les laisse vaines. Tous trahissent, avec le temps » Il a lancé le récipient vide à Saxon.

Saxon Orrik ne croyait pas un instant que son seigneur parlait de sa propre loyauté. « Vous n’avez pas eu de nouvelle de l’Archdomina Makeda ? »

« J’ai eu des paroles. Une variété de rapports dénués de sens. Leur ton est manifestement neutre et ne me dit rien. Plus important encore, Morghoul est resté silencieux. Je lui ai confié une tâche et je n’ai d’autre choix que de conclure qu’il a échoué. D’autres sources le confirment vivant et en compagnie de Makeda. On doit supposer qu’il s’agit d’un complot. » Vinter s’était exprimé avec un calme absolu et ne faisait pas montre d’humeur ou d’inquiétude, ce qui a refroidi Saxon plus que si l’ancien roi cygnaréen avait hurlé de rage.

Saxon a attendu, mais lorsque Vinter ne s’est plus exprimé, le ranger a proposé : « Je voulais me renseigner sur le trafic inhabituel d’officiers que j’ai observés ces dernières semaines Des vétérans de l’Armée de l’Occident sont revenus ici pour demeurer inactifs pendant que des soldats moins expérimentés les remplacent. J’avais d’abord pensé que c’était votre volonté. »

« Non. C’est la main de Makeda. Je dois avouer qu’elle m’a surpris. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle ou Morghoul me renversent si tôt. Cela prouve ce que je pense de leur espèce depuis longtemps. Ils ressemblent plus à l’humain qu’ils ne le croient. » Le sourire de Vinter aurait pu refroidir la glace. « J’ai anticipé cela. Il est vital de ne pas devenir trop dépendant d’une seule arme. »

Cela a impressionné Saxon d’entendre Vinter parler de cette manière du possible dénouement de plus d’une décennie d’une œuvre difficile et sanglante. « Qu’attendez-vous de moi, mon seigneur ? Je pourrais mener une force pour appréhender le Maître Tourmenteur Morghoul et vous l’amener pour l’interroger.

« Non. Il est trop tard pour ça. Je respecte ton habilité, mais tu ne pourrais appréhender Morghoul. J’ai une utilisation différente en tête pour toi. Il est impératif que tu conserves et développe la niche que tu t’es forgé, même si tu dois avoir l’air de m’abandonner. Continue à guider les skorne et offre tes services à tous ceux qui te le demanderont. »

Saxon Orrik a hoché la tête, mais son visage ridé trahissait l’inquiétude. « Comme vous l’ordonnez, mon seigneur. Si je peux me permettre, qu’en pensez-vous ? Voulez-vous boucler la forteresse ? »

« la forteresse est perdue. » Vinter a prononcé ces mots sans aucun poids, comme s’il commentait la saveur de son dernier repas. « Je dois m’attendre à ce que Makeda ait compromis ma hiérarchie de commandement. Ne te méprends pas, ils ne s’empareront pas de cet endroit sans coût. Nombreux sont ceux qui sont impatients de mourir pour ma cause, et je leur en offrirai l’occasion. Halaak est théoriquement à toi, mais je m’attends à ce que les seigneurs des maisons trouvent des excuses pour me trahir assez tôt. Assurer leur obéissance nécessiterait une démonstration personnelle, et je ne perdrai pas ce temps. Ma voie va vers l’ouest, pas l’est. »

« Si la forteresse tombe, quel est votre plan, mon seigneur ? »

« Je me battrai et mes ennemis mourront. » Vinter haussa les épaules et sa main a effleuré le pommeau de son épée. « Makeda peut s’emparer de cette forteresse, mais elle apprendra à regretter ses choix. Des possibilités sont en cours. Il est préférable que tu ne connaisses pas les détails. Pour l’instant, fais-toi apprécier de Makeda. Trouve Asheth Magnus, s’il vit, et deviens précieux pour lui. Apprends ce que tu peux. Je te contacterai. »

Saxon Orrik s’est profondément incliné. « Cela sera fait. » En reculant, Saxon ressentait les effets d’une excitation plus profonde. Il savait que son ancien élève, Viktor Pendrake, s’était échappé pour retourner en Cygnar, échappant à la mort par un inexplicable caprice du destin. Saxon y a vu une opportunité – une chance de délivrer par sa propre lame une vengeance attendue depuis longtemps. Si l’occasion se présentait, il avait l’intention de la saisir.

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BATAILLES RÉCENTES

Par Simon Berman

La série « Batailles Récentes » présente des scénarios qui permettent aux joueurs de participer à des engagements clés au cours des dernières années de guerre dans l’Immoren occidental. Certains d’entre eux représentent de petites mais cruciales batailles où seul le warlock ou le warcaster a changé le cours de l’histoire. D’autres décrivent de grands affrontements impliquant des armées massives et de multiples warcasters ou warlocks.

MESURES DÉSESPÉRÉES

UNE COLLINE TROP LOIN : TROLLOÏDE CONTRE CYGNAR

Grissel soupira en essuyant le sang de Retentissant laissé par la dernière vague de pionniers. Les batailles de la matinée avaient été pires que ce que Calandra avait promis mais pas encore aussi terribles que Grissel l’avait craint La 4ème Armée Cygnaréenne avait lancé trois vague contre les trolloïdes défendant la Vallée Crael, mais les kriels tenaient toujours bon. Pour l’instant.

Grissel avait amené ses forces sur cette colline au début de la bataille. C’était le terrain le plus élevé à proximité des lignes ennemies et son peuple avait improvisé des barrières et des pièges pour rendre l’ascension encore plus difficile pour l’ennemi. Les pertes dans le groupe de combat de Grissel avaient été légères jusqu’à présent – une poignée de guerriers des kriels étaient morts lors de la première charge de pionniers et le pyrotroll Maks avait été anéanti par le tir dirigé des fusiliers. Il y avait un certain nombre de blessés, mais aucun n’était si gravement blessé qu’ils ne pouvaient pas continuer à se battre. Dans les quelques moments de calme, Grissel avait ressenti leur perte, mais elle savait qu’il y en aurait beaucoup d’autres à pleurer avant la fin de la journée. Ils étaient plus nombreux et se battaient en terrain découvert ; Grissel avait du mal à imaginer une situation qu’elle aimerait moins. Angus le Sombre et Calandra occupaient les positions des deux flancs. Le gros de ses propres troupes était concentré avec elle au centre.

Alors que la fumée du dernier assaut commençait à se dissiper, Grissel pouvait voir une grande partie du champ de bataille pour la première fois depuis des heures. À sa gauche, Calandra et son groupe hétéroclite tenaient les cygnaréens à distance tout en profitant de la couverture offerte par un muret à la lisière d’un champ. Grissel y vit un groupe de soudards s’éloigner du mur avec une vitesse surprenante, choper une bande de mercenaires hallebardiers non préparés et les déchiqueter avec un tir de barrage. Enragé, un autre groupe de Têtes d’Acier contre-chargea uniquement pour être mis en déroute par le feu nourri des pygs couvrant la retraite des soudards par-dessus le mur. Grissel acquiesça gravement. La force de Calandra était toujours en sécurité.

Grissel regarda attentivement le bas de la colline à sa droite. Elle pouvait voir Angus le Sombre et ses hommes tenir des positions d’escarmouche dans une cour de ferme en ruine. Alors qu’elle regardait, une ligne de pionniers bondit en avant pour attaquer un petit groupe de champions trollkin, tirant avec les fusils tandis qu’ils chargeaient. Malgré les blessures affreuses, les champions tirent bon et abattirent les pionniers à coup de hache. Les vétérans combattirent avec une coordination sans effort alors que chaque membre du kulgat se déplaçait inconsciemment pour compléter les attaques de ses frères de sang. Les pionniers furent réduits en un tas de cadavres en quelques secondes, mais alors même que les champions rugissaient de triomphe, des volées de tirs de fusiliers éloignés firent chuter au sol le kithkar.

Un tas de mercenaires armés de longues hallebardes se détacha de l’armée principale pour engager les champions couverts de sang au centre de la ligne d’Angus. Grissel regarda le Sombre avancer, engageant la majeure partie de ses forces pour soutenir les champions assiégés. Alors que ses guerriers et ses trolls se mettaient en position, Grissel pouvait voir un grand groupe de cygnaréens tapi dans les bois sur le flanc extrême droit d’Angus. En quelques instants, ces renforts cachés s’écrasèrent sur la ligne de trolloïde non défendue.

« Kithkar Loknor, emmenez vos Grands Cavaliers à travers ces soldats sur notre flanc droit ! » Beugla Grissel. De déplaçant à une vitesse contredite par sa grande taille, Loknor reforma les Grands Cavaliers en lignes orientées vers l’est alors même qu’il approuvait de la tête. Les énormes bisons reniflèrent et secouèrent la tête tandis que leurs cavaliers les poussaient sur une ligne de bataille. Les animaux, d’apparence disgracieuse, étaient trompeusement lents à prendre de la vitesse, mais en quelques instants, la ligne de la massive cavalerie fit trembler la terre alors qu’elle descendait la colline en tonitruant pour soutenir Angus et son groupe de combat.

Alors que le grondement s’estompait, Grissel commanda à plusieurs unités de guerriers des kriels de renforcer les Grands Cavaliers et les gens d’Angus. Un scribe de pierre doyen haussa un sourcil tandis que les combattants se déplacèrent rapidement vers l’est. « Chantesang, je ne veux pas remettre en cause votre jugement, mais nous sommes déjà isolés sur nos flancs. Envoyer tant de nos guerriers à Angus est presque certainement ce sur quoi les cygnaréens escomptent. »

Grissel acquiesça avec lassitude. « Je sais, doyen. Nous devons juste tenir le coup assez longtemps pour que le Sombre puisse récupérer son flanc. Cette colline est le meilleur terrain que nous ayons eu aujourd’hui et nous devons la conserver le plus longtemps possible. Une fois que le flanc du Sombre sera sécurisé, nous nous retirerons vers une position moins isolée.

Grissel se détourna du doyen à temps pour voir une grande force de cavalerie mercenaire se détacher et commencer à galoper vers la colline. « Dhunia veille sur nous. Ils arrivent. »

CONTEXTE DU SCÉNARIO

Au printemps 608 AR, la 4ème Armée de Cygnar a marché sur les trollkin tenant la Vallée Crael pour un certain nombre de raisons. La région avait été colonisée par des fermiers cygnaréens jusqu’à ce que les forces sous Madrak Cuirdefer s’en emparent par la force au début 607 AR. Bien qu’ils aient déplacé les agriculteurs sans violence notable, ces trollkin étaient toujours considérés comme des envahisseurs hostiles par les cygnaréens. Le 4ème Armée marcha sur la région de sa propre initiative, proposant d’aider les habitants qui se sentaient négligés par le Roi Leto.

Les attaquants cygnaréens n’avaient le soutient d’aucun des warcasters notables, mais ils possédaient un net avantage en nombre et avaient également embauché une importante force Tête d’Acier de Roc Ternon. Au cours de cet engagement, la 4ème Armée a combattu impitoyablement et imprudemment, ses commandants ne semblant pas intéressés à préserver la vie de leurs propres soldats. Ils ont lancé vague après vague de pionniers, de fusiliers et de mercenaires dans la mêlée. Bien qu’ils aient finalement forcé les trollkin à se retirer, leurs pertes étaient encore plus élevées que prévu.

Les trollkin défendant leur colonie récemment revendiquée étaient lourdement en infériorité numérique, cependant avec trois meneurs expérimentés ils se sont superbement comportés. À un moment crucial de la bataille, le noyau de la force dirigée par Grissel Chantesang s’est retrouvé sur le front des flancs de son armée tout en tenant une colline d’importance tactique. Obligée de détourner une partie de ses forces pour soulager le flanc assiégé d’Angus le Sombre, Grissel a été partiellement encerclée par des éléments de la 4ème Armée et des mercenaires Tête d’Acier. Elle s’est finalement retirée de cette position, mais elle l’a maintenue assez longtemps pour permettre à Angus de sécuriser son flanc et de préserver ainsi la ligne de trolloïde assez longtemps pour organiser une retraite ordonnée et minimiser les pertes humaines.

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BATAILLES RÉCENTES

Récit par Douglas Seacat

La série « Batailles Récentes » présente des scénarios qui permettent aux joueurs de participer à des engagements clés au cours des dernières années de guerre dans l’Immoren occidental. Certains d’entre eux représentent de petites mais cruciales batailles où seul le warlock ou le warcaster a changé le cours de l’histoire. D’autres décrivent de grands affrontements impliquant des armées massives et de multiples warcasters ou warlocks.

Ce qui suit décrit deux batailles liées entre elles, impliquant les forces de la forteresse khadoréenne de Corbelgarde et de la forteresse cygnaréenne de Nordgarde. Ces batailles ont eu lieu pendant les événements de WARMACHINE : Superiority et l’impact significatif des événements décrits dans WARMACHINE : Legends.

NOUS AVONS DES ORDRES

FIN 606 AR

Ils entendirent le son de sa voix en colère bien avant que le vieux warcaster n’entre dans l’immense atelier. Les portes latérales basses heurtèrent le mur avec fracas contre le mur alors que le Commandant-Adepte les ouvrait, un bruit perçu à travers l’énorme espace, même par-dessus du cliquetis du métal sur du métal, le grondement des feux de forge et le bourdonnement électrique des condensateurs incandescents faisant passer la foudre d’un long sceptre à un autre. Malgré son boitement évident et ses cheveux ébouriffés, le mékanicien avait suffisamment de présence pour faire reculer les ouvriers les plus proches. « Qui a le culot d’outrepasser mes ordres ? » Exigea-t-il de la salle au grand complet.

Le Capitaine Dominick Darius fit une pause au milieu de l’ouverture de l’écoutille de son armure à vapeur reconstruite et regarda Nemo avec une expression choquée. Malgré le fait que Nemo ait pratiquement pris le contrôle de cette installation – l’un des plus grands hangars de construction de l’Armurerie Cygnaréenne – pour l’assemblage et le prototypage de warjacks de priorité absolue ici. Les yeux de Darius se tournèrent vers les hommes bien habillés et zélés rassemblés devant lui, puis retournèrent vers Nemo.

Bien qu’il ne soit pas inhabituel que des généraux et des nobles visitent périodiquement l’Armurerie connue par beaucoup de ses ouvriers sous le nom de « Domaine de Nemo », il est rare qu’ils viennent en si grand nombre à la fois. La plupart des dignitaires rassemblés dans la chambre se tournèrent vers Nemo avec diverses expressions d’indignation ou de surprise. Un homme mince, cependant, affichait un sourire ébahi et uniforme formel orné d’un style qui avait disparu du service une décennie plus tôt. Bien qu’il n’ait pas de couronne, personne ne pouvait manger de reconnaître l’homme « Ce serait moi, mon vieil ami », répondit Leto, son ton à la fois amusé et légèrement désolé. « Je m’excuse de t’avoir alarmé. »

Bien qu’ébranlé un court instant de trouver le roi dans « sa » chambre, Sebastian Nemo ne s’arrêta qu’un court instant et son air renfrogné ne disparut pas. « Votre Majesté, cela ne suffira tout simplement pas. Je ne peux pas laisse le Capitaine Darius abandonner ce travail. Nous sommes à un moment crucial. » Plusieurs des hommes rassemblés se hérissèrent au ton du commandant, mais le roi ne s’en offusqua pas.

Le Commandant en Chef des Éclaireurs Bolden Rebald, aux traits sinistres, parlait à côté du roi. « Nous avons entendu parler d’une attaque imminente sur Nordgarde. La 1ère Légion Frontalière et la 4ème Légion d’Assaut d’Irusk se rassemblent, et l’ensemble de Corbelgarde pourrait être impliqué. Nous ne doutons pas de la fiabilité de ces informations ; nous ne pouvons pas nous le permettre. Nordgarde a immédiatement besoin d’un renfort de warcaster et de warjack lourd immédiatement, et nous n’avons pas le temps de faire des réaffectations majeures depuis Caspia ou d’autres garnisons méridionales. Port Bourne et Fort Falk disposent de certains moyens que nous pouvons utiliser si nous agissons immédiatement, mais il est peut-être déjà trop tard. »

Les yeux de Nemo s’élargirent alors même que sa colère retombait. « Le Major Haley se tient à Nordgarde. Elle a toute ma confiance. »

Le Commandant en Chef des Éclaireurs acquiesça. « D’accord. D’ordinaire, le Major Haley pourrait suffire. Certes, nous avons une puissante garnison à Nordgarde, mais le timing joue contre nous. » Il tendit à Nemo un épais rouleau de plusieurs cartes annotées avec notes gribouillées à la hâte. « Gurvaldt Irusk a soigneusement planifié, bien sûr. Il a organisé ses légions à Elsinberg. Dans l’espoir d’échapper à notre attention et a envoyé le Kommandeur Karchev pour diriger l’avant-garde. Nordgarde se remet toujours d’une attaque sonde plus tôt dans le mois. Il est clair maintenant qu’il s’agissait d’une frappe délibérée visant à paralyser le plus grand nombre de warjacks lourds. Nous n’avons pas de force de frappe suffisante et les lignes de pionniers sont mal soutenues. Ce sera un massacre.

Nemo pâlit en observant les notes, et son ton se radoucit. « J’irai, Votre Majesté. »

« Vous », dit le roi, coupant le warcaster, « avez l’ordre de vous reposer et de soigner les blessures que vous avez subies dans le Bois d’Épines. »

Nemo garda son ton et son expression respectueux mais ferme. « Ma part dans ce travail est terminé. J’ai présenté les plans et les diagrammes, mais je ne peux confier ce projet à personne d’autre que Darius. L’avenir de notre nation dépend du travail accompli ici. Croyez-moi, je l’enverrais sur le terrain si nous étions plus avancés mais pas à ce stade. »

Le roi soupira. « Je t’en préserverais, Sebastian. Je sais que tu n’es pas remis de tes blessures. Ce sera un combat dur, mieux adapté aux jeunes hommes. »

Le Capitaine Darius prit la parole, clairement mal à l’aise avec une telle auguste compagnie. Il choisit ses mots avec plus de soin qu’il ne le montrait habituellement. « Commandant, laissez-moi partir. Maître Lassiter Polk sait quoi faire. Vous êtes toujours blessé et vous avez besoin de repos. »

Nemo écarta cette suggestion « Je suis aussi rétabli que possible. Les vieux ne se rétablissent pas, ils boitent. Je respecte beaucoup Maître Polk, mais ce travail le dépasse. » Il se tourna vers le roi. « Cette usine doit débuter sa production sans délai, et cela ne se produira pas si le Capitaine Darius décède à Nordgarde. Non. Si Irusk veut se battre, je suis son homme. » Une flamme illumina ses yeux, affectant chaque homme présent. Le roi sourit à Nemo avec une admiration ouverte et hocha légèrement la tête.

« Très bien. Prépare-toi à partir immédiatement. Que Morrow veille sur toi. » Le roi fit un signe de tête à Nemo, le congédiant, et se tourna vers les généraux rassemblés. « Apportez une copie de la feuille de route et des ordres de mission dans les quartiers de Nemo. Envoyez des courriers rapides aux points d’escale pour qu’ils préparent les fournitures et les lieux de repos. Envoyez également à Port Bourne et Fort Falk afin qu’ils puissent avoir des warjacks et de la cavalerie prêts pour l’arrivée de l’adepte-commandant. En vitesse, mes seigneurs. »

Nemo s’attarda un instant, voyant le Capitaine Darius debout avec une main sur son armure à vapeur et une expression de regret. Le jeune homme dégrafa son casque de cuir, révélant un épais tissu cicatriciel à l’endroit où il avait perdu une oreille lors des derniers combats dans le Bois d’Épines, et se tourna vers son supérieur. Le Commandant Nemo frappa Darius sur l’épaule. « Tu auras ta chance assez tôt, fils. »

Le mékanicien hocha la tête, clairement triste, et serra les mains du vieux warcaster. « Bonne chance, monsieur. Faîtes leur bouffer du fer cygnaréen. »

CONTEXTE

Après avoir consolidé leurs gains llaelais, les forces khadoréennes ont rapidement tourné leur attention vers une épine majeure de leur flanc, Nordgarde. Alors que la forteresse la plus au nord de Cygnar résiste depuis des décennies aux attaques et escarmouches périodiques de son homologue khadoréenne, Corbelgarde, l’intensité a augmenté aux cours des batailles récentes. De petites attaques sondes ou des échanges de tirs de tireurs embusqués ont dégénéré en affrontements déterminés de compagnies et de bataillons entiers soutenus par des warjacks et de l’artillerie. Le Cygnar a résisté à ces attaques, mais non sans de coûteuses pertes. Dirigés par le Seigneur de Nordgarde, le Comte Earl Hagan Cathmore, les dizaines de milliers de soldats cygnaréens stationnés ici et dans les lignes de tranchées périphériques ont fini par croire, malgré les hostilités croissantes, que Khador ne risquerait jamais les pertes nécessaires pour détruire ce bastion septentrional. En cela, ils se trompèrent lourdement. L’Armée Khadoréenne démontrera bientôt la volonté de lancer la plus grande frappe sur la frontière septentrionale de Cygnar depuis la Guerre du Bois d’Épines.

Heureusement pour les défenseurs de Nordgarde, la nouvelle de l’attaque khadoréenne planifiée est parvenue au Service de Reconnaissance Cygnaréen. En réponse, l’Adepte-Commandant Nemo s’est précipité au nord depuis Caspia, rassemblent à la hâte des renforts et espérant atteindre Nordgarde à temps. Nombre de ses warjacks se sont déplacés en amont par bateau de Port Bourne et une force de cavalerie plus petites se sont directement précipités vers les tranchées avancées. Traverser le terrain difficile du Bois d’Épines et du Marais Bloodsmeath forcèrent Nemo à échapper à un certain nombre de patrouilles khadoréennes cherchent à couper les lignes d’approvisionnement de Nordgarde.

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FORCE D’EXCEPTION XIV

DIGNE

Par Aeryn Rudel

Sythya ferma les yeux et passa sa main sur le dos écaillé du vorace. Elle sentit le rejeton réagir à son contact, cambrant son dos et émettant un sifflement grave et sauvage. Ses pensées primitives déferlèrent dans sa conscience. Elle pouvait sentir la sueur et la peur des humains enfermés de l’autre côté du camp, et sa faim était une chose vivant dans son esprit, toute dévorante et inexorable.
Comme elle en avait reçu l’ordre, elle s’empara des pensées du vorace, employant sa propre volonté pour encercler et commander celles des rejetons draconiques. Cela demanda un certain effort, mais la bête à ses côtés se calma et sa faim retira au fond de son esprit. Dans le vide laissé par cette faim vorace, elle sentit sa présence, et elle se délecta de la faible lueur d’Everblight existant à l’intérieur du vorace.

« Toi ! » La voix de Vayl était tranchante et les yeux de Sythya s’ouvrirent brusquement. La Disciple d’Everblight se tenait devant elle – la mort, le pouvoir et la beauté taillés dans la glace. « Rejoins les autres », ordonna la warlock en désignant le petit groupe de tentes à côté d’une palissade rudimentaire de l’autre côté du camp. Là, trois autres nyss s’étaient rassemblés : Kyra, Lyssan et Ravyl. Un vorace se tenait à côté de chaque nyss. Deux des minuscules rejetons se tenaient tranquillement, mais le troisième, à côté de Ravyl, était une frénésie de mouvement. Il fouettait sa tête et sa queue et creusait des sillons dans le sol gelé avec ses longues serres. Ravyl s’efforçait manifestement de contrôler la bête son visage un masque rigide de tension et de peur.

Sythya ordonna à son vorace de la suivre alors qu’elle se dirigeait vers les autres. Elle n’était pas arrivée à mi-chemin lorsque le vorace de Ravyl échappe à son contrôle et charge la palissade, où une douzaine de soldats humains capturés avaient été parqués.

Elle entendit Vayl siffler de surprise et de colère, et se tourna pour remarquer la sorcière étirerun long bras vers le vorace sauvage. Des vives runes bleues se formèrent autour de la main de Vayl et Sythya senti la température chuter brusquement, piquant sa peau avec ses griffes de froid brutal. Le vorace était à quelques verges de la palissade lorsque le sort de Vayl, se manifestant par une intense rafale d’air glacial, frappa le rejeton draconique.

Le vorace se stoppa immédiatement, sa peau grisâtre se recouvra soudainement d’une couche de glace et bascula sur le sol. Le sort n’avait pas tué la bête, bien que Sythya n’ait aucun doute que Vayl aurait pu facilement tuer le vorace si telle avait été son intention.

« Maîtresse ! » Plaida Ravyl. « Je n’ai perdu le contrôle que pendant un instant ! Je dois- »

La rage s’épanouit au sein de Sythya. Ravyl n’était pas digne du grand don d’Everblight, un don qu’elle était manifestement incapable de contrôler. Sa faiblesse ne pouvait être tolérée.

Elle transmit sa colère à son vorace, emplissant son esprit de son dégoût et de son indignation, puis le libéra de son contrôle. Il fit exactement ce qu’elle attendait et se lança tel un missile écaillé vers Ravyl. Elle eut le temps de pousser un cri de consternation et de chercher sa claymore gainée à sa hanche avant que le vorace ne lui tombe dessus et ne l’entraîne au sol.

« Arrête ça ! » La voix de Vayl était tel un rasor de glace dans l’esprit de Sythya, et elle réaffirma son contrôle sur le vorace et ordonna a la bête de revenir à ses côtés. Ravyl était toujours vivante, mais le vorace l’avait horriblement blessé. Elle se mit debout, en tenant son bras gauche sur le côté. Il était mâché jusqu’à l’os et attaché à l’épaule avec seulement un fin tendon ensanglanté.

« Pourquoi as-tu fait ça ? Demanda Vayl en se plaçant devant Sythya.

« Elle n’était pas digne », répondit Sythya, incapable de contenir le dégoût de sa voix. Par-dessus l’épaule de Vayl, elle vit une paire de légionnaires éloigner Ravyl pour soigner ses blessures.

Vayl l’observa un instant, ses yeux bleus glacés illisibles. « Ce n’est pas à toi de juger qui est digne et qui ne l’est pas. » Déclara Vayl. « Mais tu ne te trompes pas. » La warlock pointa l’endroit où se tenaient les maîtresses des bêtes. « Rejoins les autres. Le Prophète sera bientôt là. »

. . .

Elle n’avait jamais ressenti une telle crainte auparavant, n’avait jamais été autant absorbée par la présence d’un autre. Le pouvoir d’Everblight émanait du Prophète par vague, et elle pouvait sentir le grand athanc pulser dans sa poitrine tel le rythme cardiaque d’un dieu.

Thagrosh se tenait à côté de Vayl, son corps massif un instrument d’une majestueuse colère. « Vous m’avez dit qu’il y en avait quatre, Vayl » dit Thagrosh, sa voix résonnant à travers le camp.

Sythya vit Vayl se raidir et ses yeux se rétrécir, mais sa voix était froide et mesurée lorsqu’elle s’exprima. « Il y en avait », dit-elle. « Comme je vous l’ai dit, même pari ceux qui ont le don, certains ne peuvent pas supporter les rigueurs d’un tel pouvoir. Un bon contrôle de la corruption nécessite un esprit vif et endurant. »

Thagrosh grogna et secoua la tête. « Alors, voyons si ces trois autres valent mieux. »

Vayl hocha la tête. « Je vais libérer les humains, et vous verrez. »

« Armez-les d’abord », dit Thagrosh, sa voix portant le ton commandement indubitable. « Voyons comme vos maîtresses des bêtes se montre juste face à une menace réelle. »

Vayl se renfrogna. « Apportez leurs armes ! » Aboya-t-elle à l’adresse d’un groupe de légionnaires corrompus rassemblés en garde d’honneur pour le prophète. Quatre d’entre eux disparurent derrière les tentes puis revinrent, les bras chargés de rudimentaires mais efficaces haches. Sythya remarqua qu’ils n’avaient pas apporté les lourds fusils dont les humains étaient également armés lors de leur capture. Les légionnaires jetèrent la collection de haches au sol devant la palissade.

« Libérez-les », déclara Vayl, et deux légionnaires ouvrirent les portes de la palissade.

Les humains portaient une armure de plaques de métal, peints en rouge vif, sur de lourdes fourrures. Ils étaient grands et robustes, typiques des humains qui habitaient dans ces climats nordiques.

Thagrosh s’éloigna de la palissade ; sa présence même était terrifiante pour ces êtres inférieurs. Les humains virent leur chance et la saisirent, sortant de l’enceinte et s’emparèrent des armes.

Sythya ressentait du respect à contre coeur pour les humains. Ils ne fuirent pas, reconnaissant la futilité de toute tentative d’évasion. Ils tirent bon, les armes prêtes.

Sythya et les autres maîtresses des bêtes n’avaient pas besoin de se presser. Elles dégainèrent leurs claymores et chargèrent, poussant leurs voraces à faire de même. Les moments qui suivirent furent un flou sauvage d’acier et de sang, où elle put à peine faire la différence entre son esprit et celui du vorace. Encore et encore, elle sentit ses crocs et ses serres déchiqueter un corps, tout comme elle dû ressentir le solide choc de sa claymore tandis qu’elle se frayait un chemin à travers l’armure et la chair.

Quand ce fut fini, Sythya se tenait avec Kyra et Lyssan, pratiquement indemnes au milieu des cadavres ravagés des quatorze humains.

Thagrosh se déplaça pour se tenir devant elles, regardant Sythya et les autres maîtresses des bêtes avec un regard froid. « Elles se battent bien », déclara-t-il. « Je les emmènerai au sud avec moi. »

Sythya sentit son pouls s’accélérer aux paroles de Thagrosh. Elle avait été choisie pour suivre le Prophète. Aucun mot ne pouvait exprimer sa joie de manière adéquate.

« Vous pouvez avoir ces deux-là », déclara Vayl, faisant signe à Kyra et Lyssant. Les yeux de Thagrosh se rétrécirent. Vayl inclina légèrement la tête et ajouta « avec votre permission, Sythya restera avec moi. »

L’exaltation qu’elle avait ressentie quelques secondes plus tôt s’évapora et Sythya fut presque submergée de désespoir. Elle garda son sang-froid, cependant. Faire preuve de mécontentement face à al décision de Vayl revenait à provoquer un désastre.

« Pourquoi celle-ci ? » Demanda Thagrosh, l’irritation s’ajoutant à sa voix.

« Ces deux-là peuvent mener vos bêtes assez bien », déclara Vayl à Thagrosh. Elle se tourna ensuite vers Sythya. Il y avait un léger sourire aux coins des fines lèvres de Vayl, et Sythya sentit soudainement l’écrasante présence d’Everblight. « Avec une formation. . . supplémentaire, celle-ci peut se révéler digne de plus grande choses. »

« Très bien », acquiesça Thagrosh avec un signe de la main de dédain alors qu’il commençait à partir. « Envoyez les autres au fur et à mesure que vous les trouverez »

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FORCE D’EXCEPTION VIII

Par Will Shick

Dicer’s Isle, Cinq-Doigts, Ord, Fin 608 AR

Le Seigneur Joln Rockbottom traversa effrontément la taverne Gueuse Saumâtre vêtu de ses plus beaux habits d’amirauté. Bien qu’il se démarque comme un paon parmi les corbeaux, il n’attirait pas particulièrement l’attention des clients de Gueuse, trop intéressé par le contenu de leurs chopes sales que pour se préoccuper de la pompe d’un seul nain. Le manque de fanfare, cependant, ne fit tien pour tempérer la prestance royale de Rockbottom lorsqu’il se fraya un chemin dans l’arrière-salle faiblement éclairée. En poussant la porte de bois brut, il scruta la pièce et vit une silhouette solitaire occupant une table proche du mur du fond. La silhouette était corpulente d’une manière similaire à la propre monture de Rockbottom, et la capuche de sa lourde cape grise masquait ses traits. La façon dont il appuyait sa chaise contre le mur montrait clairement qu’il n’était pas préoccupé par le danger implicite de son environnement. En levant les yeux, le nain encapuchonné laissa la chaise revenir sur ses quatre pieds d’un coup de poing avant de se lever pour saluer Rockbottom.

« Joln Rockbottom. Je suis heureux de constater que l’exil n’a pas fait grand-chose pour mettre un terme à votre sens impérieux de la mode. »

« Oui, bien que cela m’ait légèrement ralenti », Rockbottom tapa son appendice en bois avec sa canne en ébène et soupira. « Une punition que beaucoup en Rhul pensent probablement appropriée. »

« S’ils pouvaient voir les hauts lieux dans lesquels vous vous trouvez, ils pourraient croire que cette punition est suffisante. » Le nain faisait allusion à la pièce environnante, un soupçon d’humeur dans sa voix.

« Rockbottom fronça les sourcils, « La Gueuse peut sembler défraîchie, mais je trouve que les clients posent peu de questions et ne portent pas de jugement sur les affaires dont ils ne sont pas partis prenantes. »

« Tout à fait », répondit le nain encapuchonné et il fit signe à Rockbottom de s’asseoir à sa table. « Je comprends parfaitement la valeur de l’anonymat. »

Rockbottom se déplaça pour s’asseoir aussi gracieusement que possible malgré la jambe de bois qui constituait sa jambe gauche. « Alors, que désire un agent du Conclave à son fils rebelle ? »

« Le Conclave ne demande rien », déclara le nain, « moi en revanche, j’ai une offre appréciable à te faire. » Il s’affala sur sa propre chaise et repoussa sa capuche ; le mouvement provoqua l’ouverture de son manteau et Rockbottom aperçut le manche en acier noirci de la fameuse dague Corbelgriffe – le symbole de la fonction du maître-espion de Rhul. Il fallut toute la volonté, non négligeable, de Rockbottom pour réprimer la surprise qu’il ressentit en regardant dans les yeux l’un des nains les plus puissants de Rhul, Bulin Jhord. Bulin était le frère cadet de seigneur de pierre du Clan Jhord et, dans le cadre d’une longue tradition familiale, il avait été chargé de recueillir des informations pour les clans souverains de Rhul. Il se passait peu de choses à l’intérieur de cette nation à laquelle Bulin n’était pas au courant, et beaucoup, soupçonnait Rockbottom, dont lui seul était au courant.

« Et que peut bien vouloir le porteur de Corbelgriffe à un humble nain tel que moi ? » Demanda Rockbottom alors qu’il enlevait son chapeau d’amiral de sa tête avec un geste ample.

Bulin rit doucement. « Je sais que tu es beaucoup de choses, mais l’humilité est loin d’être l’une d’eux, Seigneur Rockbottom. Cependant, ta situation particulière te donne accès à des ressources dont j’ai grandement besoin. » Pendant qu’il parlait, toute trace d’humour quittait son visage : « La guerre continue de faire rage à travers le continent sans que rien ne l’arrête. Son vorace appétit a même commencé à s’aiguiser aux abords de Rhul. Les rejetons draconiques et leurs maîtres corrompus ont anéanti plusieurs villages. L’Empire Khadoréen ayant à peine digéré ses précédentes conquêtes, observe avidement les ressources de ses voisins. Le Cryx et la Croisade du Nord du Protectorat ont également été remarquées autour nos frontières. » Bulin soupira et Rockbottom vit des cernes autour des yeux du maître-espion. Le poids des responsabilités était gravé de façon indélébile sur son visage. « Maintenant, plus que jamais, j’ai besoin d’agents qui peut aller là où je ne peux pas. Ton Capitaine Shae est un warcaster très respecté et un criminel recherché. Un statut

« Tu ne t’attends pas à ce que je persuade Shae de devenir un espion rhulique ? » Ris Rockbottom. « Tu aurais plus de chance d’épouser l’Impératrice de Khador que de séparer Shae du Meredius. »

Bulin secoua la tête. « J’ai suffisamment d’agents près de chez moi, et mes contacts parmi les Hammerfall et les Horgenhold me permettent d’avoir un aperçu des guerres à l’étranger, du moins là où les mercenaires acceptent de l’argent. Ce dont j’ai besoin, c’est d’informations précises et fiables sur la situation le long de la Côte Brisée. » Bulin croisa les yeux de Rockbottom. « J’ai besoin que tu sois mes yeux et mes oreilles dans des endroits ou aucun autre fils de Rhul ne pourrait aller, et quand la situation l’exige, ma main clandestine. »

Rockbottom sourit à l’absurdité de l’offre. Lui, un agent du maître-espion du Clan Jhord, recherché spécifiquement pour le service du Conclave. « Bien sûr, je serais plus qu’heureux d’aider ma patrie dans ces moments difficiles. J’espère que mon service effacera toutes les prétendues indiscrétions des années passées, y compris les jugements douteux. »

Bulin leva une main : «  Tu te trompes, Joln. Je ne suis pas venu t’offrir un pardon ; de telles choses sont hors de mon pouvoir. Je suis venu pour louer tes services, ou plutôt ceux de ton capitaine. »

L’exubérance de Rockbottom faibli légèrement, mais étant toujours un homme d’affaires hors pair, il ne rata pas la chose. « Si tu cherches à passer des contrats, tu t’es adressé au bon nain. Cependant, garder un navire comme le Talion et son équipage sous contrat ne sera pas bon marché. Et à cela s’ajouterait mes honoraires personnels pour m’exposer à l’envoi de rapports dont tu as besoin. » Rockbottom sentit son enthousiasme revenir alors qu’ils entamaient des négociations.

« Je suis sûr que nous parviendrons à un accord acceptable. L’information n’est qu’une partie du contrat. J’ai aussi besoin de toi pour transporter des hommes et du matériel pour moi à l’occasion », déclara Bulin.
Rockbottom haussa un sourcil. « En commençant par … ? »

« Un détachement de Corps de Carabinier de la Forteresse d’Hammerfall » déclara Bulin. « Peut-être aussi une ou deux Unités d’Assaut Ogrun. »

Rockbottom fronça les sourcils et caressa son menton nu. Une telle mesure n’était pas inattendue de la part d’un homme aussi méfiant que Bulin Jhord. Il doutait que Bulin veuille seulement transporter ses hommes. Il était probablement que les troupes rhuliques à bord du Talion contiennent également des espions triés sur le volet pour s’assurer que le capitaine Shae respecte sa part du marché. « Le Capitaine Shae est un homme suspicieux. Embarquer des étrangers peut-être une tâche difficile s’il croit qu’ils sont employés par quelqu’un d’autre. »

« Alors dis-lui qu’ils font partie du contrat que tu as négocié étant donné l’étendue du travail que je vous fournis. Je suis sûr que tu as suffisamment impressionné les officiers du Talion avec ton sens des affaires. »

« C’est vrai », déclara Rockbottom. « De plus, le Capitaine Shae est un homme occupé. Je le dérange rarement avec les détails de mes arrangements commerciaux. Je pense que nous pouvons faire ce travail, tant que tu es prêt à payer les dépenses supplémentaires que nous engagerions en transportant tes hommes. Les Unités d’Assaut sont aussi réputées pour leur appétit que pour leurs capacités de combat. »

« Tu es un nain dangereux avec qui faire des affaires, Seigneur Rockbottom. » Bulin secoua la tête avec incrédulité. « Très bien, Je paierai l’entretien de mes hommes. »

« Oh, et encore une chose », dit Rockbottom. « Nous avons eu d’occasionnels accrochages avec le Cryx sur des eaux hostiles. Je suppose que vos hommes ne seraient pas opposés à ajouter leurs armes et leur acier à la défense du Talion si le besoin s’en faisait sentir. »

« Bien sûr que non », répondit Bulin. « Je vais demander à mes hommes de suivre les ordres de ton capitaine dans de telles circonstances. »

« Excellent ! » Rockbottom battit des mains. « Le capitaine voudra te rencontrer personnellement. Il aime prendre la mesure de ceux qui nous offrent de l’argent en échange de service. »

« Bien sûr. Mais il y a une dernière condition. Les détails de mon identité et notre arrangement doivent rester entre toi et moi. » Le chef des services secrets indiqua rapidement à Rockbottom son identité de couverture, puis ils se serrèrent la main.

Rockbottom se précipita hors de l’arrière-salle et trouva le Capitaine Shae et le Second-Capitaine Hawk dans la salle, tous les deux manifestement mal à l’aise d’avoir attendu si longtemps. Rockbottom leur assura que leur patience serait amplement récompensée et les fit entrer dans l’arrière-salle et vers la table du fond où se trouvait le chef des services secrets.

Rockbottom présenta chacun de ses compagnons humains alors qu’il s’exprimait. « Puis-je te présenter le Capitaine Phinneus Shae du Talion et sa seconde Hawk. Voici l’agent de liaison principal du Cartel Seaforge, Durek Blackheel. » Bulin fit poliment un signe de tête à chacun d’entre eux alors que Rockbottom poursuivait. « Maître Blackheel et moi, on se connaît depuis longtemps, et il cherche à s’occuper de certaines affaires le long de la côte qui requière de la discrétion. Nous avons élaboré des conditions qui, j’en suis sûr que vous en conviendrez, sont des plus équitables. »

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