Auteur Sujet: PP Insider - Un amical rappel  (Lu 626 fois)

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PP Insider - Un amical rappel
« le: 03 avril 2019 à 10:19:43 »
Histoires des Royaumes d’Acier

Un Amical Rappel

par Matt Goetz

Les traqueuses sanguinaires [bloodtrackers] hurlèrent, soulevant leurs javelines en direction de la comète sanglante brûlant au-dessus de leur tête. La crinière blanche [whitemane] aboya, tournoyant le fer de sa hache à travers les flammes du feu de joie. Autour d’eux, une assemblée de tharn maculé de sueur se tortillaient dans un rituel charnel ou déchiquetaient provenant de membres tranchés, tournant sur des tournebroches.

En ce qui concerne les fêtes, cela se présentait bien.

Brighid souleva une outre de vin et dirigea un flot de miel fermenté dans sa bouche, laissant la boisson réchauffer son estomac et ramper dans sa tête. À la lumière d’un petit feu de camp, elle vit son frère Caul se curer les dents avec la côte d’un homme. Il s’était allongé sur un gros rocher pendant que deux chasseresses épouillaient sa crinière. Il portait la pelure du Ver ce soir et sa gueule frémissait de plaisir lorsque les griffes des femmes ratissaient ses cheveux.

« Ma sœur », murmura Caul alors qu’elle s’approchait, « l’œil du Ver est sur toi ». Sa bouche métamorphosée fit de la salutation un demi-grognement, mais elle le comprit suffisamment.

« Le sang du Ver en toi », répondit-elle. D’un regard désobligeant, les deux chasseresses s’éloignèrent de son frère et se retirèrent dans l’ombre. Elles n’avaient pas besoin d’une démonstration de la patience limitée de Brighid – ni de son habilité au combat.

Caul renifla alors que les femmes partaient. « Tu gâches toutes mes nuits de festin ».

« Si tu comptais copuler, fallait le faire plus tôt », dit-elle. « Je t’ai accordé plus de temps que je n’aurais dû ».

Son frère s’empara de l’outre de vin et versa les dernières gouttes dans sa gueule. Une partie du liquide coula entre ses dents et trempa sa poitrine cicatrisée. « Qu’est-ce qu’elle veut maintenant ? »

« Un rappel ». Le Terth Cearban chasse dans ses eaux », déclara-t-elle.

« Shagul-Kahl. Quel idiot », dit Caul en utilisant sa surdimensionnée hache pour se remettre sur ses pieds.

« Sa première-née vient d’atteindre sa majorité. Il voulait une belle chasse sous l’Oeil du Ver », dit-elle. « Et rien de moins qu’une grande gueule ferait l’affaire.

« Quand partons-nous ? »

Brighid regarda par-delà la lumière du feu. Entre deux arbres noueux, une cape noire errant [blackclad wayfarer] se tenait immobile comme une sentinelle, sa robe noire tachetée de la lueur rouge de la comète.

« Maintenant ».

***

Parcourir les torrents de sang du Ver [Wurm] à travers la terre par le pouvoir des capes noires a toujours retourné l’estomac de Caul. Brighid montait la garde alors qu’il régurgitait plusieurs kilos de viande et de vin mousseux dans les vagues.

Elle détestait les îles, mais celle-ci plus que les autres. La puanteur du dragon empestait sur chaque rocher, mais une odeur plus profonde et plus fétide persistait dans les ruines. Garlghast n’était pas un endroit pour une chasseuse, les morts-vivants étaient plus nombreux que les vivants et même la viande fraîche était rendue amère par la corruption. Même les tharn ici présent n’avait pas échappé à son contact. Ils avaient toujours été étranges, avec leurs manières de requins. Mais la souillure de la corruption à part, elle n’avait pas toujours pas faim de leurs cœurs au goût de poisson.

« Quelle distance ? » Demanda Caul, en essuyant le vomi et la salive de sa gueule du revers de la main.

« Cent lances. Le tuath du Terth Cearban se trouve dans une crique. Je vais donner l’allure ». Elle se retourna vers l’errant [wayfarer]. « Tu me comprends ? Reste caché et loin de l’eau. Les parents de Shagul-Kahl peuvent te sentir à une île de distance si tu touches les vagues.

Le druide hocha la tête et s’éloigna du rivage. S’il ne comprenait pas le Molgur, sa posture avait quand même rendu le message assez clair.

Elle se dirigea de l’avant, le long du rivage, une flèche barbelée encochée. Se déplaçant parmi les ombres des roches incrustées e bernaches, ses dons, accordés par le Ver, lui ont permis de se fondre dans l’obscurité. Caul gardait ses distances derrière elle, traquant à une allure délibérée.

Elle n’a pas eu à se déplacer longtemps avant que le ciel nocturne, éclairée du dessous par un ardent feu de joie. Les chants et les grommellements du tuath se propageaient à travers l’île, en rythme avec le clapotis des vagues sur le rivage.
Brighid s’accroupit s’avança à l’intérieur des terres, gravissant la pente d’une colline. Alors qu’elle s’approchait de sa crête, elle se mit à quatre pattes, jusqu’à ce qu’elle puisse voir la crique en contrebas.

Au milieu des huttes faites de bois flotté et de peaux de requins, toute la tribu était réunie autour du feu. Il y avait près de cent tharn, tous présentant l’étrange peau de Ver [Wurm] du Terth Cearban. Les hommes avaient la peau lisse et grise, des nageoires rudimentaires saillant entre les épaules. Les branches sur les côtés de leur cou pulsaient alors qu’ils hurlaient et chantaient, révélant des multiples rangées de dents en formes de têtes de flèches. Il était parfois difficile de se rappeler qu’ils étaient aussi tharn, aussi étranges qu’ils soient. C’est ainsi que le Ver s’était manifesté en eux.

À un chevalet en bois flotté, y était suspendu et sanglé le corps d’une grande gueule. Le cadavre d’un requin marqué de dizaines de blessures d'harpons. Un chaman avait ouvert le ventre du requin et marquait de son sang le front d’une demi-douzaine d’adolescent, peignant des runes avec une main au doigts noueux.

Brighid pressa sa langue contre ses dents et émit un petit chant d’oiseau à destination de Caul. C’était l’un des parmi des centaines de signaux qu’ils avaient développés, presque un nouveau langage que les jumeaux partageaient. Il répondit avec un hululement de hibou pour signaler qu’il avait compris. Elle jeta un coup d’œil vers son imposante silhouette et le vit se glisser dans l’eau.

Dans le village, Shagul-Kahl se déplaça à l’avant de la foule. Ses yeux noirs brillaient d’orgueil alors qu’il agrippait le bras d’une jeune et lui levait la main.

« Aujourd’hui, ma fille Arach-Kahl a remporté sa première grande chasse. C’est son harpon qui a mis fin à la grande gueule. Sous l’Oeil du Ver [Eye of the Wurm], elle dévorera son cœur et prendra sa place d’héritière ».

La foule hurlait et tapait du pied sur le sable, faisant craquer les coquillages et les os des goélands, alors que Shagul-Kahl plongeait la main dans le cadavre du requin pour lui arracher le cœur ? Triomphant, il tint le cœur en l’air, se retournant pour que tout le monde puisse le voir.

Brighid secoua la tête. Les roitelets se livraient si souvent à de grandioses démonstrations.

Elle attendit qu’il se détourne d’elle, se leva de sa cachette et tira une flèche barbelée dans sa branchie.

La flèche déchira la gorge de Shagul-Kahl, transformant son jacassement triomphant en un hurlement humide. Une écume rouge s’échappait de ses branchies alors qu’il basculait, le cœur de la grande gueule écrasé par les derniers tremblements de ses doigts.

Les autres crièrent de rage. Beaucoup se retournèrent à sa recherche, les yeux reflétant la lumière des flammes avec des scintillements d’ambre. S’emparant de leurs armes, une douzaine de ravageurs de Terth Cearban se ruèrent.

Les jumeaux tharn, Brighid et Caul, ont fondé leur réputation sur une pile d’innombrables cadavres. Nés de la première génération de tharn après la levée de la Malédiction des Dix Maux [Curse of the Ten Ills] et ayant sauvé leur race de l’extinction, ces jumeaux en sont venus à incarner un nouvel espoir. Brighid, une chasseresse expérimentée, a maîtrisé l’emploi du lourd arc tharn ; lorsqu’elle chasse un plus gros gibier, elle utilise l’arc pour estropier et mutiler l’ennemi avant de permettre à son brutal frère, Caul, de finir la proie avec sa lourde hache. Ils compensent les compétences d’une chasseresse avec la brutalité et la sauvagerie des plus grands prédateurs.

Brighid pinça les lèvres et laissa s’échapper un sifflement perçant. Ce fut assez fort pour survoler les glapissements des tharn alors qu’il résonnait au-dessus de la crique. Avec un rugissement, son frère creva les vagues. Des longueurs d’algues pendaient à son énorme corps et à sa hache au long manche.

Tandis que l’ennemi tharn se retournait pour faire face à cette nouvelle menace, Brighid tira flèche après flèche dans les cœurs et les yeux des guerriers les plus impressionnants. Elle transperça le crâne du shaman et épingla son corps au tréteau de la grande gueule. Un haruspice essayant d’évoquer un sort prit un flèche dans les tripes et tomba face la première dans le feu.

Pendant ce temps, Caul traversa les ravageurs, fendant les crânes et tranchant les membres. Sa hache luisait de sang et la fourrure de son museau était hérissée et dégoulinait tandis qu’il mordait massivement ses adversaires.

Les jumeaux ont massacré plus d’une douzaine de personnes avant que le Terth Cearban ne se rende. Comme des chiens miséreux, ils inclinèrent la tête et jetèrent leurs armes. Brighid descendit de la crête et se déplaça parmi les prosternés.

Haletant, Caul attrapa une crinière blanche [whitemane] par ses cheveux poisseux et le traîna à ses pieds. « L’Ombre de l’Aurore [The Dawnshadow] nous a envoyé », cracha-t-il.

La crinière blanche [whitemane] gémit. Le bruit était pathétique, alors quand Caul enfonça son talon dans la gorge de l’ancien, Brighid le remercia.

Une voix nouvelle retentit, claire et nette, sur le gémissement des blessés et des mourants. « Dites à la Toute Submergeante [the Drowner of All], la Mère des Tempêtes [the Mother of Storms], l’Ombre de l’Aurore [the Dawnshadow], que son message a été entendu ».

Brighid se tourna vers la voix. Arach-Kahl, le visage peint du sang de la grande gueule et de celui de son père, se dressait fièrement au-dessus de la horde s’inclinant. Brighid ne connaissait pas tous les titres de l’Ombre de l’Aurore [the Dawnshadow] avait employé, mais en les énumérant, Arach-Kahl offrait le plus grand respect à sa maîtresse.

« Aucun Terth Cearban ne nagera dans les eaux de l’île de l’Ombre de l’Aurore [the Dawnshadow] à compter de ce jour », déclara Brighid. « Faites-le, et moi frère et moi viendrons terminer ce que nous avons débuté ».

« Je le jure sous l’Oeil du Ver [Eye of the Wurm] », répondit la jeune femme, mon tuath obéira à ses ordres. Et si quelqu’un essaie de désobéir, j’offrirai son cœur aux vagues.

Brighid s’approcha d’Arach-Kahl. Elle était mince et jeune, mais elle se tenait avec fierté, la force d’une personne bien plus âgée. Brighid attrapa le torque du père décédé et le dégagea et l’offrit à Arach-Kahl.

« Vielle à le faire ».

La fille prit le torque offert et le plaça autour de son cou. « L’œil du Ver soit sur toi ».

« Non, petite. Sur toi. Et pas seulement le sien ». Brighid pointa la mer sombre en direction de l’île isolée de Morvahna l’Ombre de l’Aurore [the Dawnshadow]. « Mais le sien aussi ».

La jeune reine ne répondit pas, mais la vivacité de ses yeux démontrait qu’elle avait compris le sens de Brighid.

Elle quitta la nouvelle reine debout avec sa tribu vaincue. Prenant son frère par le bras, elle se dirigea vers les pierres levées.

« Et maintenant ? » grogna Caul.

« Le sommeil est toujours couché. Retourner festoyer à la maison ».


Source VO
« Modifié: 22 avril 2019 à 17:22:43 par elric »
Citation de: Maître Yoda
Trop gentil tu seras, dans le côté obscur tu l'auras.

Si vous constatez des fautes d'orthographe et/ou de conjugaison, des phrases à remanier pour une meilleur compréhension.
Hop, -> Mp  ;)

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Re : PP Insider - Un amical rappel
« Réponse #1 le: 22 avril 2019 à 17:23:41 »
Texte en entier.
Bonne lecture :)
Citation de: Maître Yoda
Trop gentil tu seras, dans le côté obscur tu l'auras.

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