Auteur Sujet: PP Insider - La Corruption émerge aussi 3  (Lu 744 fois)

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PP Insider - La Corruption émerge aussi 3
« le: 22 février 2019 à 11:12:58 »
LE FEU ET LA FORGE

LA CORRUPTION ÉMERGE AUSSI

VOL. 3 : LIÉS PAR LES TÉNÈBRES

par Douglas Seacat

Le Feu et la Forge est une série d’article sur des moments clés de l’histoire récente de l’Immoren et de ses groupes luttant pour la suprématie ou la survie. Il vise à permettre aux nouveaux lecteurs de se familiariser avec ce qui s’est passé et de servir de rappel attirant pour les lecteurs plus âgés.

Dans « La Corruption Émerge Aussi », nous explorons les événements cruciaux ayant entouré l’émergence inattendue du dragon Everblight en tant qu’acteur majeur dans les conflits d’Immoren occidental. Dès le début, le dragon ayant réussi à se libérer de sa prison, il a défié toutes les attentes et les prédictions et a rapidement été perçu comme une menace unique pour la région.

MESURES DÉSESPÉRÉES

L’émergence de la Légion d’Everblight et la dévastation des tribus nyss traditionnelles qui s’ensuivit produisirent en même temps que d’autres bouleversements majeurs affectant les populations des régions sauvages de l’Immoren occidentale. Parmi les groupes les plus durement touchés en dehors des Pics des Éclats [Shard Spires], il y avait les nombreux et divers kriels trollkin de la Forêt du Bois d’Épines [Thornwood Forest] au nord du Cygnar.

Ces kriels vivaient dans la forêt depuis des siècles, se créant un difficile abri au milieu d’une région sauvage et dangereuse, également peuplée par un certain nombres de violents rivaux. À côté des trollkin, se trouvaient plusieurs puissantes et prospères tribus tharn. Celles-ci ont été soutenues et revigorées au cours des dernières décennies grâce au soutien de leurs formidables alliés, les capes noires du Cercle Orboros. Dans l’est du Bois d’Épines [Thornwood] se cachaient la plus puissante et de plus en plus active Congrégation d’Eaux-Aveugles [Blindwater Congregation] d’hommes-gator, même si au moins ces tribus semblaient se contenter de rester sur les territoires marécageux autours du Marais Bloodsmeath [Bloodsmeath Marsh] et du Lac d’Eaux-Aveugles [Blindwater Lake]. Un certain équilibre avait été atteint entre ces groupes, ainsi qu’entre les villes et villages peu peuplés de l’humanité.

Mais la Guerre Llaelaise [Llaelese War] et ses conséquences ont rapidement transporté la guerre directement sur les territoires trollkin, en particulier ceux qui habitent dans le nord de la forêt. Les grands rivaux, Khador et Cygnar, ont poursuivi leurs conflits en lisière du Bois d’Épines [Thornwood] ; ces affrontements se sont étendus bien au-delà des champs de bataille entre Nordgarde [Northguard] et Corbelgarde [Ravensguard]. De plus en plus, les territoires trollkin ont été envahis ou sont devenues des dommages collatéraux à la suite de déplacement de pelotons des armées rouges et bleue. Déjà pourrie, la situation a encore empiré après l’arrivée des cryxiens dans la région, entraînés tel des charognards sur les vieux champs de bataille.

Au fur et à mesure que les villages étaient attaqués et ravagés, les kriels se sont tournés vers le plus grand leader du Bois d’Épines [Thornwood], Madrak Cuirdefer [Ironhide]. Ses conseils en période de trouble se sont révélés inestimables et ses prouesses sur le champ de bataille se sont avérées incomparables. Pourtant, malgré ses efforts, les kriels ont découvert qu’ils menaient un lutte d’usure éreintante et de plus en plus vaine. En désespoir de cause, le Chef Cuirdefer [Chief Ironhide] décida de revendiquer une arme assez puissante pour lui conférer un avantage sur ses adversaires, une arme écartée dans des temps anciens et que l’on croyait porteuse d’une puissante malédiction.

KUAR DE CELLE QUI MÈNE LE MONDE À SA FIN

Montagnes du Mur du Dragon Septentrional, Fin 605 AR

Haletant de fatigue et se sentant étourdi par la perte de sang, Madrak rassembla l’énergie nécessaire pour faire trébucher son dernier attaquant, puis se baissa pour trancher profondément dans la chair de la cuisse gauche de l’autre trollkin. S’il avait frappé plus bas, il aurait probablement sectionné le membre au genou, mais il avait volontairement dirigé son élan plus haut. Le champion qu’il combattait ne méritait pas d’être mutilé et ses jambes nécessiteraient un peu de temps pour repousser. Madrak inspira profondément plusieurs fois et vit des taches devant ses yeux. C’était l’une des luttes les plus épuisantes et les plus longues qu’il ait disputées de mémoire récente, ce qui n’était pas peu dire.

Un choc à l’arrière de sa jambe le fit chanceler. Il avait baissé sa garde trop tôt. Il se retourna pour voir un autre champion qu’il pensait vaincu, ayant trouvé l’énergie nécessaire pour récupérer son gourdin et se relever. Il se dirigea vers Madrak dans une charge maladroite, entraînant le chef de clan au sol. Il saignait de profondes entailles et ses yeux étaient vitreux, mais il était clair que feu en lui n’était pas éteint. Madrak repoussa le champion et bascula sur le côté pour frapper, du bout de sa hache en forme de marteau, le crâne de son adversaire, le soufflant comme une bougie. La fissure de son crâne avait été bruyante et Madrak envisagea une fracture de l’os. Pourtant, rien que le temps ne puisse guérir.

Serrant les dents, il se releva et scruta la scène autour de lui. Il était entouré de guerriers gémissants et blessés, tous des vétérans expérimentés qui avaient tout donné. Retrouvant son souffle, il estima avoir correctement satisfait aux exigences qui lui avaient été imposées pour pouvoir entrer dans le village en ruine. Un combat juste, tel qu’il était.

À présent, il se sentait obligé de joindre par l’esprit Jor et Bron, ses deux trolls. Il puisa dans leur vitalité, ce qu’il s’était abstenu de faire durant le long duel. Sa respiration s’apaisa et les coupures et douleurs de son corps disparurent. Les deux trolls lui étant liés se tenaient en lisière de la clairière, clairement agités, le regard furibond, visiblement offensés d’avoir été empêchés de se joindre au combat. Ils étaient surprotecteurs et ne lui en voulaient pas de l’emprunt de leur force.

Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas combattu sans les avantages que lui procurait son lien avec les trolls pur-sang. La lutte n’ait été gagnée de justesse. S’il y avait encore eu un champion debout, Madrak savait qu’il aurait perdu. Qu’aurait-il fait ? Se faufiler dans l’obscurité et volé l’antique hache, tel un voyou ? Son besoin était impérieux. Il ne pouvait pas rentrer les mains vide.

Le kithkar supérieur des champions repris ses esprits, et Madrak lui serra la main pour l’aider à se relever. Ils ont partagé un regard de respect mutuel. L’armure du kithkar était cabossée et imprégnée de sang frais, bien que ses saignements aient déjà ralenti. Les parents ne sont pas restés longtemps à terre, et plusieurs se relevaient déjà.

Madrak demanda formellement : « Hodos d’Urdonar, es-tu satisfait ? »

« Oui, Chef Cuirdefer [Chief Ironhide] », répondit Hodos d’une voix peinée. « Tu nous as battu selon les termes. Tu peux passer et parler au gardien du kuar. » Il sourit légèrement. « Attends-toi à ce qu’il soit un plus grand obstacle que nous. »

« Vous vous êtes bien battu et avez rendu ton kriel fier », déclara Madrak en inclinant profondément la tête. Le kithkar accepta les éloges et se tourna vers s’est frère blessés.

Madrak a rajusté son armure et ses armes, essuyant la plus grande partie du sang, puis s’est assuré que ses écharpes quitari étaient dans le meilleur état possible, compte tenu de la lutte qu’il y avait eu. Il regarda sa hache dans sa main, étant donné le temps qu’il possédait cette efficace mais simple arme. Il pensa une nombre d’ennemis qu’il avait éliminé grâce au fil tranchant soigneusement entretenu. Son père lui avait transmis lorsqu’il avait gagné son nom, elle était gravée des runes de son kriel. Une belle hache, à tous les niveaux. Mais pas suffisante pour garder leurs ennemis à distance.

Sachant que leur accorder plus d’attention leur ferait honte, Madrak tourna le dos aux champions et traversa l’ancienne porte de l’enceinte extérieure, effondrée, pour entrer dans la grande cour principale de l’ancien village en ruine. C’était un endroit où la parenté ne vivaient plus, n’avaient plus vécue depuis des siècles, mais où elles avaient gardée une prudente présence. Le kriel d’Urdonar habitait tout près et considérait qu’il était de leur devoir de surveiller cet endroit, de le protéger des intrus. Peu de personnes même savaient où se trouvait cet endroit – il était dissimulé au milieu d’innombrables vallées et de petites collines entre les imposantes Montagnes du Mur du Dragon [Wyrmwall Mountains]. Un site sacré pour la parenté, mais pas consacré, du moins ouvertement, à Dhunia. Ceux qui le protégeaient étaient des fidèles dhuniens, mais ils savaient que les murs élevés ici avaient été érigés par ceux qui vénéraient le Dévoreur [Wurm]. À l’époque où leur divin sauvage et destructeur père avait plus d’influence que la Grande Mère [Great Mother].

Les pierres de kriel [krielstones] ici étaient vieilles, plus vieilles que tout ce que Madrak avait pu voir auparavant, même selon l’âge de certaines de celles ayant été préservée parmi les villages les plus anciens de Bois d’Épines [Thornwood]. Même leurs runes semblaient étranges ; certaines d’entre elles étaient de forme et de gravures oubliées ou délibérément évitées. Près du mur d’enceinte, se trouvaient les ruines d’anciennes demeures ayant autrefois servi aux kriels vivant ici. La plupart n’étaient plus que des amas de pierres effondrées, bien que certains aient conservés leur forme, recouverts de mousse et de plantes grimpantes. Il avait remarqué de traces de vie uniquement dans une petite hutte adjacente à l’allée qu’il parcourait : la lueur d’un feu et a fumée qui s’élevait d’un trou dans son toit. Elle semblait avoir été reconstruite et réparée mais avait toujours l’air vieille, ses murs étaient précaires.

La porte de cette hutte s’ouvrit en craquant pour révéler un doyen, buriné et voûté, un ancien porteur de runes d’après son look. Il ne parut pas surpris de voir le chef du clan du Bois d’Épines [Thornwood]. Il lui fit un signe de tête en guise de salutation, comme si Madrak était arrivé juste à temps. Le doyen avait probablement entendu les combats au-delà de l’enceinte et savait exactement ce que cela voulait dire.

« Vous êtes le gardien du kuar ? » Demanda Madrak.

« Bienvenue, Chef de Clan Madrak Cuirdefer. » La voix du doyen était grave et rocailleuse. « Ton arrivée était attendue ». Il n’a pas révélé son nom et Madrak a senti que sa position ne faisait plus qu’une avec son identité.

Que le porteur de runes, isolé, connaisse le nom de Madrak était surprenant, bien que Madrak ait supposé que ses efforts pour unifier les kriels du Bois d’Épines [Thornwood] auraient pu s’étendre jusqu’ici. Il devait se demander combien de fois le nombre de fois une personne comme lui était venu ici. Peu de gens connaissaient cet endroit, et sa sinistre réputation aurait suffi à éloigner la plupart d’entre eux. Aussi sacré que puisse être ce motif, il était encore évité, et ceux qui le gardaient étaient méprisés par ricochet. Respectés pour leurs obligations héréditaires, mais rarement bien accueillis. Pourtant, Madrak était convaincu que par le passé, certains devaient être venus chercher la légendaire hache d’Horfar Grimmr. Tous avaient été écartés, sinon chassés.

« Si vous me connaissez », dit-il, « vous savez pourquoi je suis ici. »

« Tu viens pour Rathrok, Celle qui Mène le Monde à sa Fin [World Ender] ». La voix du doyen semblait fatiguée, comme si le fait de prononcer la phrase l’avait épuisé. « Ceux qui l’ont déposée ici ont juré qu’elle ne devait pas être reprise. Son pouvoir est noir et dangereux. »

Après une pause respectueuse, Madrak a froncé les sourcils et dit doucement mais fermement : « Ce que je sais est un peu différent. C’est une arme formidable qui a été utilisée à une époque où la parenté faisait face à une destruction qu’elle n’aurait pu éviter autrement. C’est la situation actuelle de mon peuple. »

« C’est peut-être comme tu le dis, mais ton peuple n’est pas toute la parenté. Les choses ne sont pas aussi grave qu’elle pourrait l’être. »

Madrak secoua la tête. « Elles ne peuvent qu’empirer. Mon peuple est chassé de ses terres. Bientôt, il n’y aura plus de parenté dans le Bois d’Épines [Thornwood], et les racines des arbres seront abreuvées de notre sang. Le moment est venu pour la hache. J’ai rêvé de la hache. J’ai ressenti l’esprit de mes ancêtres dans ce processus. Les guerres humaines ont ravagé la forêt, nous rendant vulnérables, et maintenant les morts se relèvent pour nous attaquer. Chaque jour, nous sommes de moins en moins nombreux à faire face à eux et leur nombre ne cesse de croître. »

C’était maintenant au tout du doyen de secouer la tête. « Tu ne sais pas ce que tu cherches. Ce n’est pas une arme que l’on emploie pendant plusieurs batailles puis qu’on raccroche. Elle va s’unir à toi, à ton âme. Sa malédiction et son fardeau seront tiens jusqu’à ta mort. Fais demi-tour et cherche une autre arme, une autre solution. »

Le chef de clan du Bois d’Épines [Thornwood] regarda au-delà du doyen, jusqu’au cœur de l’ancien village en ruines, où se dressait toujours une grande plate-forme surélevée, bien que ses pierres s’effondraient aussi. Sous cette ancienne plate-forme de duel, où les guerriers révérant le Ver [Wurm] résolvaient leurs conflits en de sanglant combat, se trouvait Rathrok. Il pouvait presque la sentir là, l’attendant. Il pouvait la voir dans son esprit, comme il l’avait vue dans ses rêves. Ressentant le manche, les runes de sa lame dans sa main.

Il prit sa vieille hache, sur son dos, d’où elle pendait. Elle l’avait servi habilement lors du dernier combat et des nombreux autres avant. Il la retint un moment, se rappelant son histoire et le moment où on lui avait offert. Le doyen le regardait sans faire de commentaire, ne montrant aucune peur, uniquement un regard résigné. Puis Madrak jeta la hache sur le côté, la laissant claquer sur la terre et les cailloux le long du sentier. Il avait eu l’intention de la donner à son propre fils un jour, mais des sacrifices étaient nécessaires et il ressentait le besoin de faire preuve de détermination.

« Je ne reculerai pas », dit-il en levant la tête pour croiser le regard du doyen.

Le gardien du kuar soupira lourdement. « Viens vers moi et montre-moi ton esprit. »

Madrak hésité, pris de court par la requête. Le plus souvent entrepris pour sceller des accords entre ennemis de longue date ou pour formaliser une alliance, le Tohmaak Mahkheiri était un rite que l’on n’utilisait pas avec un étranger. Les doyens et les chamanes à la volonté forte pouvaient utiliser la transe comme une arme, pour forcer la soumission sous la forme d’un duel mental. Mais il ne pensait pas que ce vieux porteur de runes était du genre à utiliser une telle sournoise tromperie.

Il s’est avancé. Tous les deux face à face, leurs têtes se touchant presque alors qu’ils se fixaient l’un l’autre. Il ne pouvait y avoir aucune hésitation dans le Tohmaak Mahkheiri, pas de tromperies ou de mensonges. L’esprit de Madrak se tourna vers les troubles que son peuple avait traversés, l’effusion de sang et le carnage, les sentiments de chagrin et de pertes causés par l’abandon des foyers, l’enterrement des proches et leur retour auprès de Dhunia. Les kriels ont été anéantis et les survivants ont été pris en charge par d’autres groupes hétéroclites unies par le chagrin. Puis le Cryx a surgi du sol pour les assaillir à nouveau, apportant avec eux de nouvelles horreurs. Bonejacks et nécroserfs enveloppés d’ombres. Il laissa le doyen ressentir la résolution qui lui était venue, la certitude que son destin était lié à Rathrok.

En retour, il ressentit de la part du doyen la crainte et le respect qu’il avait pour cette arme et son legs de la part d’Horfar Grimmr, l’antique grand chef s’étant battu et étant mort devant le prêtre-roi Golivant. D’une manière ou d’une autre, bien que le doyen n’ait pas été présent, il vit et senti les derniers instants de Grimmr, mourant sous le supplice, hurlant au mépris de menites. Le porteur des runes avait si longuement étudié les vieilles légendes, vécu avec elles, si bien qu’elles avaient pris corps dans son esprit, aussi vives que ses propres souvenirs.

Alors qu’ils se séparaient et qu’il reprenait ses esprits, Madrak considéra toute la rage et les ténèbres liées à la hache qu’il cherchait. Il ne croyait pas à la malédiction. De telles choses étaient que superstitions, un vestige de terreur lié à d’antiques conflits et une période de souffrance presque oubliées. Néanmoins, il était difficile de rejeter les sentiments transmit parle doyen alors que leurs esprits étaient verrouillés.

Le gardien du kuar déclara : « je ressens ton engagement envers ton peuple et je crois en la sincérité de ton besoin. Je ne me mettrai pas en travers de ton chemin. C’est probablement l’heure de Rathrok. Je suis terrifié pour l’avenir s’il en est ainsi. Tu peux pénétrer dans le kuar, si tu le dois ». Il s’exprima comme s’il invitait un membre de sa famille à ses propres funérailles.

Madrak inclina profondément la tête en signe de respect et passa à côté, n’éprouvant aucun soulagement à l’idée que ce test ait été accompli. Après le sanglant affrontement avec les gardiens extérieurs, il s’était endurci. Il semblait que l’épreuve ait été plus mentale que physique et qu’elle ait fait ses propres ravages.

L’atmosphère était pesante ici et les paroles du porteur de runes, il ne pouvait le nier. Une senteur dans l’air le frappa comme une odeur d’avant tempête. Il pouvait sentir une tension électrique dans l’air. Jamais auparavant il n’avait parcouru un sol sanctifié semblant si hostile à son égard. C’était comme si Dhunia et ses prières ne pouvaient exister ici. Levant les yeux vers l’imposant Kuar, ressemblant à une pyramide à gradins, il remarqua des formes serpentines et d’autres bêtes gravées sur ses faces, se griffant et se déchiquetant.

Le chemin qu’il empruntait se prolongeait directement jusqu’au bord de la plate-forme de duel, mais ce kuar était différent de la plupart des autres qu’il avait vus : il y avait une étroite ouverture sur son côté, avec des marches menant à un espace situé à l’intérieur. C’était devenu un sanctuaire et une crypte … ou une tombe.

Son humeur introspective fut brisée par un coup de tonnerre soudain et un éclair de lumière, comme si le sol devant lui était frappé par la foudre. Il leva la main, trop tardivement, pour se protéger les yeux et, alors qu’il clignait des yeux, il vit une silhouette à capuche noire se tenir devant lui. Instinctivement, sa main se tendit vers l’endroit où sa hache avait été mais ne trouva rien. Le temps qu’il fallut pour réaliser cela, il reconnut l’humain se tenant devant lui appuyer sur un bâton ferré.

“Omnipotent Ergonus,” dit Madrak avec méfiance.

Ordinairement, il pourrait être enclin à s’adresser à cette personne avec politesse, comme Ergonus le méritait en tant qu’un des trois plus puissants membres de son énigmatique ordre. Madrak avait rencontré Ergonus par le passé, mais seulement brièvement, et cette rencontre l’avait perturbé. En général, les relations de Madrak avec les druides l’avaient rendu méfiant, même si de nombreux autres parents étaient en bons termes avec eux et appréciaient leur aide ou leur sagesse. La parenté des Noueux [Gnarls], en particulier, semblait les tenir en haute estime, mais dans le Bois d’Épines [Thornwood], ils n’avaient guère donné de raisons à Madrak de bien les accueillir.

« Chef Madrak Cuirdefer [Ironhide] », réciproqua le druide. Il parlait très bien le Molgur-Trul pour un humain.

Ergonus ôta sa capuche pour révéler ses traits ridés et ses cheveux effilés, un visage évoquant l’âge des humains ayant vécu. Madrak savait que les druides ne subissaient pas les ravages du temps, contrairement aux autres de leur espèce, ce qui donc qu’il était très vieux, bien qu’il ne soit apparemment pas l’aîné des trois personnes gouvernant son ordre. Son apparence était très sobre – un homme d’apparence frêle portant le noir que tant de druides affectaient, orné à quelques endroits d’ornements en bronze, son bâton était simple et commun. Mais il flottait autour de lui une aura de pouvoir. Le sentiment qu’une tempête était sur le point de se déchaîner devint plus prégnant. Une lueur, pas naturelle, brillait dans ses yeux, des petits éclairs crépitaient dans ses cheveux, et la peau de ses bras semblaient luire d’un orange pâle, comme si de la lave en fusion au lieu du sang coulait dans ses veines. Derrière lui, les moellons rectangulaires composant le kuar vibraient et miroitaient en sa présence, comme si l’envie de s’assembler en sylve [wold] spontanée les animaient.

Sa présence en ce lieu semblaient profondément fausse. Il s’introduisait dans cet endroit sacré sans avoir subi les épreuves que Madrak avaient passées. Le simple fait d’être puissant n’excusait pas qu’il soit ici sans y être invité. Madrak maîtrisa son humeur et dit : Vous arrivez à un mauvais moment. Nous pourrons parler plus tard, quand j’aurai fini ma tâche. Écartez-vous, s’il vous plaît ».

« Ce n’est pas une coïncidence », déclara Ergonus, sans bouger. « Nous surveillions cet endroit depuis des siècles. Avant que vous ne poursuiviez sur cette voie, je viens vous proposez une alternative. Nos intérêts s’alignent et nous pouvons en tirer profit l’un et l’autre ».

Les yeux de Madrak se plissèrent alors qu’il étudiait ces paroles. « Je vais écouter, mais parler franchement et sans détour. Si vous pensiez que je serais intimidé par votre position ou votre réputation, vous vous trompez.

Le druide se redressa, un petit spasme des lèvres trahissant son indignation de ne pas avoir été traité avec plus d’attention. Madrak savait qu’il tentait sa chance, mais sa fierté ne lui permettait pas de se dévaloriser. Pourtant, dans l’état actuel des choses, s’il provoquait la fureur chez Ergonus, sa propre mort semblait certaine. Madrak n’était pas armé, Jor et Bron étaient trop loin pour qu’il puisse les appeler rapidement ou puiser dans leur robustesse, et sa propre sorcellerie ne pouvait rivaliser avec la magie d’un omnipotent.

« Je suis au courant des graves problèmes qui affectent les kriels du Bois d’Épines [Thornwood] », déclara Ergonus. « Et je suis ici pour proposer une solution qui ne nécessitera pas le recours à la Malédiction de Grimmr [Grimmrs Bane] ».

« Nous ne sommes pas en position de refuser l’aide’, dit Madrak prudemment, mais la dernière fois que j’ai parlé à vos sbires dans la forêt, ils ont prétendu être impuissants à intervenir. Qu’est-ce qui a changé ? »

« De nombreuses choses, mais une en particulier. Une menace terrible et sans précédent est apparue dans le grand nord, nous menaçant tous et qui, a terme, éclipsera entièrement vos ennemis actuels. Je cherche des alliés avec lesquels nous pouvons éliminer cette menace avant qu’elle gagne en force. Si les guerriers que vous avez rassemblés sous votre bannière sont prêts à se joindre à cette cause, nous pouvons les aider à garantir de nouveaux territoires dans les Cicatrices [Scarsfell] et ses environs ». Le ton d’Ergonus suggéra qu’il trouvait ses conditions extrêmement généreuses.

Madrak se renfrogna, retrouvant son sang-froid. « Alors, vous échangeriez un ennemi pour un autre ? Une terrible bataille pour entrer dans une plus longue et plus difficile campagne ? Quel intérêt ai-je dans les Cicatrices [Scarsfell] ? Il y a des parents nordique, beaucoup, avec leurs propres kriels. Dites-moi – en quoi cela m’aide-t-il à récupérer notre place légitime dans le Bois d’Épines ? Nos terres ancestrales ? »

L’humeur ‘Ergonus s’enflamma – il s’emporta. « Le Bois d’Épines [Thornwood] est condamné. Il n’y a rien qui sauvera vos villages là-bas. Vous devez veiller au bien de votre peuple. Tous. Les parents des Cicatrices [Scarsfell], des Noueux [Gnarls], et oui ceux qui seront bientôt chassés du Bois d’Épines [Thornwood], comme vous. Tous doivent faire face à l’ultime destruction si notre véritable ennemi gagne ce qu’il recherche. »

« Et qui est ce véritable ennemi ? Je me lasse de tes mystères. »

Les yeux du druide se dilatèrent. « C’est un dragon, tel que le monde n’a jamais vu, car il est sans immatériel et son esprit est partagé. Sa corruption lui offre cela. Et cela crée une abondance de rejeton, rassemblant pour lui d’innombrables guerriers et armes vivantes. Laissé à lui-même, ce dragon dévorera tout, mettant en scène un carnage et une horreur qui feraient envie au Ver Dévoreur [Devourer Wurm].

« Nous combattons déjà les armées du Père des Dragons [Dragonfather] », répondit Madrak. « Pourtant, tu nous refourguerais un autre dragon ? Non, c’est inacceptable. Tu nous offres des terres ailleurs, qu’il ne t’appartient pas de donner. J’ai déjà un allié qui offrira un abri, quand nous en aurons besoin ».

En cela, il pensait au Roi Leto, son frère de sang adoptif, qu’il envisageait de rechercher si Rathrok était insuffisante pour renverser la situation.

« Mon ordre et ta parenté sont amis et alliés depuis longtemps », insista Ergonus. « C’est le prolongement de cette amitié. Luttons à nouveau ensemble. Les autres chefs remarqueront ton exemple et suivront. Les batailles seront difficiles, mais ensemble nous pouvons triompher. »

Madrak balayé cela. « Nous ne servirons plus de chair à canon. Je sais ô combien cela a été le cas par le passé. Nous sommes au milieu d’une terrible lutte. J’aurais volontiers apprécié ton aide, mais comme cela semble toujours être le cas, tu ne proposes pas d’amitiés. Les amis ne posent pas de condition à leur aide ni ne négocient de futures promesses qu’ils sont impuissants à tenir. Non, ton combat n’est pas le nôtre. »

Ergonus le fixa pendant un moment, la colère rougeoyant dans ses yeux. Puis il dit : « Toute la parenté ne croit pas comme toi. Certains accepteraient notre amitié. Volontiers, même. »

« Alors va les trouver », répondit Madrak. « Maintenant, bouge-toi. »

Un instant il pensa que l’omnipotent appeler libérer la foudre sur lui et l’en submerger. Il sentit son cœur s’emballer lorsque le tonnerre retentit à nouveau, mais lorsqu’il cligna des yeux, le druide avait disparu. La sombre ouverture conduisant à Rathrok, Celle qui Mène le Monde à sa Fin [World Ender], l’attendait. Avant que sa résolution ne faiblisse, il se dirigea vers l’obscurité, où l’attendait la hache qui avait été offerte à Horfar Grimmr par la Carogne [Crone].

Conséquences : Semer la Trahison

Lorsque Madrak Cuirdefer [Ironhide] a rejeté l’Omnipotent Ergonus, il a immédiatement élaboré un plan pour le remplacer. C’était là une tactique typique du Cercle Orboros, qui a vu défiler d’innombrables grands chefs parmi les différents kriels trollkin. Ceux avec qui les druides pouvaient travailler prospérait, tandis que ceux qu’ils n’aimaient pas se retrouveraient inévitablement discrédités et trahis. Pour la plupart des druides de rang supérieur, il importait peu de savoir qui dirigeait un village donné de tharn, de trollkin, de farrow ou tout autre peuple de la nature qu’ils considéraient comme poins utile.

En cela, on pourrait dire qu’Ergonus a largement sous-estimé ce que Madrak Cuirdefer [Ironhide] représentait, car l’alliance qu’il avait commencée à former serait quelque chose de nouveau pour les trollkin et sans précédent depuis l’époque du Molgur. Et tandis qu’Ergonus trouverait toujours des personnes réceptives à ses pots-de-vin et à ses persuasions, y compris des personnes très proches de Madrak, il créerait sans le savoir un ennemi encore plus grand. La grande erreur de l’omnipotent aura été de mal juger la volonté d’un trollkin en particulier – le grand Chaman des Noueux [Shaman of the Gnarls], Hoarluk le Modeleur de Destin [Doomshaper].


Source VO
« Modifié: 25 mars 2019 à 17:02:05 par elric »
Citation de: Maître Yoda
Trop gentil tu seras, dans le côté obscur tu l'auras.

Si vous constatez des fautes d'orthographe et/ou de conjugaison, des phrases à remanier pour une meilleur compréhension.
Hop, -> Mp  ;)

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Re : PP Insider - La Corruption émerge aussi 3
« Réponse #1 le: 25 mars 2019 à 17:03:46 »
Texte en entier
Bonne lecture  :)
Citation de: Maître Yoda
Trop gentil tu seras, dans le côté obscur tu l'auras.

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Re : PP Insider - La Corruption émerge aussi 3
« Réponse #2 le: 27 mars 2019 à 00:21:25 »
Je ne viens ici que (trop) rarement mais merci ;)

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Re : PP Insider - La Corruption émerge aussi 3
« Réponse #3 le: 29 mars 2019 à 15:59:24 »
Je ne viens ici que (trop) rarement mais merci ;)
Je te remercie  :)
Citation de: Maître Yoda
Trop gentil tu seras, dans le côté obscur tu l'auras.

Si vous constatez des fautes d'orthographe et/ou de conjugaison, des phrases à remanier pour une meilleur compréhension.
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