Auteur Sujet: Nq 11 - La mutinerie de Shae  (Lu 579 fois)

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Nq 11 - La mutinerie de Shae
« le: 20 décembre 2020 à 21:01:13 »
LA MUTINERIE DE SHAE

Par Doug Seacat

Il doit être traqué comme un chien sauvage. Sa respiration est un affront à notre grande entreprise et une insulte personnelle à chacun d’entre nous.

-Chef Alderman Baron Ethan Starke lors d’une réunion de l’Alliance Commercial Mercarienne

601 AR, le 22 Rowan, à bord de l’Exeter naviguant sur le Meredius.

Le grand galion à trois mâts Exeter coupait vers le sud à travers les eaux calmes de la Baie de Pierre. Ses voiles pendaient apathiques, les vents peu coopératifs les obligeants à compter sur leur moteur à vapeur additionnel. Bientôt, ils entreraient dans des courants plus violents et ils feraient leurs adieux aux côtes d’Ord et se retrouveraient dans les eaux agitées du nord du Cygnar. L’Exeter, le plus grand navire de commerce de la Ligue Mercarienne était un navire massif, avec deux ponts de lourds canon et beaucoup le prenaient pour un vaisseau de guerre.

Dans sa grande cabine, le warcaster Phinneus Shae se tenait debout, observant par le hublot et dégustant dans grande tasse le vin destiné à un grog, une expression sombre sur ses traits émaciés. Certains l’avaient déjà décrit comme étant beau, mais rares étaient les personnes qui emploieraient encore ce terme. Tout comme sa silhouette, son visage maigre et acéré étaient bronzés par le soleil et durci par le temps et affichait son lot de cicatrice. Ses yeux possédaient la noirceur particulière d’un homme qui avait assez souvent tué pour ne plus peser la valeur de la vie sur la même balance que les personnes à l’abri des actes sanglants. Sur la table derrière lui se trouvait une bouteille de vin avec une impressionnante étiquette, ainsi qu’une autre grande tasse vide.

Le nain était en retard, ce qui aigri l’humeur de Phinneus. Il n’aimait pas qu’on lui mente. Lorsqu’un homme – ou un nain – lui disait une chose, il s’attendait à ce qu’elle se réalise. C’était un manque de respect. Il trouvait aussi cela déroutant. Fait inhabituel, le financier rhulique avait déclaré à plusieurs reprises qu’il se réjouissait de pouvoir déguster ce millésime acquis à grands frais à Port Vladovar. Eux deux seuls à bord de l’Exeter comprenaient de telles choses et connaissaient la valeur du vin. Ils avaient prévu de briser son sceau avant d’enter dans des eaux plus agitées et le temps incertain des voies du sud, mais Shae ne voyait aucun signe de Joln Rockbottom, financier de l’expédition, trésorier et commissaire de bord de l’Exeter.

Phinneus comptait peu d’hommes comme amis. L’équipage le tenait en haute estime, mais se taisait à chaque fois qu’il s’approchait. Ils hochaient la tête et se tournaient vers lui comme un officier plutôt comme prostituée engagée. Il trouvait le capitaine particulièrement désagréable et évitait sa compagnie au moindre prétexte. Phinneus se jugeait chanceux que l’homme semblait également désintéressé d’inclure le warcaster à sa table. Pourtant, le nain le divertissait ; il appréciait ces moments de complaisance partagée. Il se demanda s’il lui avait dit ou fait quelque chose pour offenser Rockbottom la dernière fois qu’ils avaient discuté et réalisa que quelques jours s’étaient écoulés depuis qu’il avait même vu le trésorier sur le pont.

Il y eut un coup sec sur sa porte. Phinneus grogna : « Tu es en retard », en l’ouvrant. Le personnage, avec un chapeau à la main, n’était pas le petit Rockbottom. Au lieu de cela ; Shae reconnut la corpulente silhouette et l’attitude effrayante du maître de quart chef, Monsieur Walls. Phinneus connaissait Walls, avec un cache-oeil et l’habitude de s’équiper d’autant d’armes à feu qu’il pouvait harnacher à son large torse, comme l’un des combattants les plus robustes et plus dangereux du navire. Pourtant, maintenant, il avait l’air humble et embarrassé. Sa dignité, quelle qu’elle soit, était gâchée par son compagnon de tous les instants, le singe criant perché sur son épaule.

« Je vous demande pardon, Maître Shae, je suis désolé de vous déranger comme ça, à cette heure. Mais j’aimerais vous parler, si vous le permettez. »

« Pas de problèmes. Vous voulez un peu de vin ? » Shae ferma la porte derrière Walls et tira une chaise à la table. Le maître de quart déclina les deux offres.

« Pas de vin pour moi, monsieur. Ca ne me convient pas, de peur que ce ne soit pas du rhum. Bien sûr, si vous voulez partager un déoigt avec mon ami, je vous en serais reconnaissant. » Shae pensa que Walls plaisantait, jusqu’à ce que l’intendant lui tende une petite tasse en métal apparemment gardée dans la poche de sa veste à cet effet. Shae n’avait pas d’autre que choix que de remplir la tasse avec une quantité de ce cher millésime et de regarder douloureusement le singe la soulever des deux mains et l’engloutir d’un seul coup en une seule lampée gourmande. Il tendit la tasse pour plus avec un cri exigeant, mais Shae l’ignora.

« Que puis-je pour vous, Monsieur Walls ? » Shae n’avait pas fréquemment interagi avec le maître de quart, sauf pour confirmer le ravitaillement de ses warjacks et pour une anecdote après la bataille. L’homme était un redoutable combattant, l’un des membres de l’équipage que Shae respectait le plus dans une bagarre, mais sinon, ils n’avaient pas grand-chose en commun.

« Eh bien, monsieur, je me sens étrange de venir ici, mais je ne savais pas vers qui d’autres me tourner. » Walls s’exprimait à voix basse, et son seul bon œil se dirigeait vers la porte. « Il y a un problème en préparation. »

« Vous savez que je n’interviens pas dans les affaires avec l’équipage. »

« Oui monsieur, je le sais. Je ne sais à qui d’autre me tourner. C’est à propos de Rockbottom. J’ai peur pour sa vie, et encore plus pour ce qui pourrait arriver à l’équipage s’il lui arrivait quelque chose. L’humeur des hommes est aussi mauvaise que jamais, je l’ai vu. »

« Qu’est-il arrivé à Rockbottom. »

« L’oeil du maître de quart s’écarquilla de surprise. « Vous ne savez pas, monsieur ? Le capitaine la choppé et l’a mis aux fers ; il est enchaîné dans la cellule comme un gorax. »

« Quand est-ce arrivé ? »

« Il y a quatre jours. J’ai pensé que c’était une sorte de plaisanterie, on que le capitaine ait le sens de l’humour. Je pensais que Rockbottom le relâcherait au bout d’une nuit ou deux, mais il est toujours là et maltraité. Plusieurs officiers sont allés le voir. La rumeur voir qu’il soir pendu demain ! »

Shae réalisa qu’il était encore plus déconnecté qu’il ne le pensait. « Ça n’a aucun sens. »
Walls acquiesça avec enthousiasme : « Ça n’a aucun sens, monsieur. Mais le capitaine est de mauvaise humeur. Il a annulé notre escale à Ceryl, réduits les rations de rhum, et certains disent que nous ne serons pas tous payés. C’est bien connu que c’est Rockbottom qui assure la sécurité de la paie du navire. »

« Vous devez avoir une idée de ce dont il s’agit. »

Walls serra son chapeau plus fort. « Le capitaine a accusé Rockbottom d’avoir volé. D’après la façon dont Walls le prononçait, Shae soupçonnait qu’il en savait plus qu’il n’en disait. Sur un vaisseau comme celui-ci, un petit pot-de-vin était à prévoir, et Rockbottom appréciait certainement son luxe. En fin de compte, ce sont les maîtres de quart qui s’occupaient du ravitaillement, donc si quelqu’un connaissait la vérité d’une telle accusation, c’était bien Monsieur Walls.

« Vous aimeriez que j’aille parler au capitaine, »

« Je vous serais redevable si vous le vouliez, Maître Shae. Voyez si vous pouvez lui faire entendre raison. Il vous écoutera. »

« Je ne vois pas pourquoi il le ferait. Il n’a pas l’habitude de me demander conseil. » Voir Walls normalement stoïques et impitoyables réduits à cela, venir le supplier avec le chapeau à la main, eut un impact, tout comme la pensée du nain enfermé dans la cale. « D’accord. Je ne m’attends à rien, mais je lui parlerai. »

Monsieur Walls recula vers la porte. « Merci monsieur, les hommes vous sont redevables. »

* * *

Phinneus Shea décida de porter son armure de warcaster comme la chose la plus proche d’un uniforme et un rappel de sa valeur. La ligue l’avait embauché – à peu de frais – depuis que l’Exeter faisait une tentante juteuse cible pour de nombreux voyous en mer. Si ce n’était pas des pirates cryxiens, des corsaires ordiques de la Maison Mateu ou d’autres compagnies marchandes concurrentes cherchaient à envoyer le vaisseau par le fond. Le navire aurait coulé à plusieurs reprises sans sa présence et les warjacks se tenant prêts dans la cale arrière.

Compte tenu les limites du capitaine, il maintint la turbine arcanique de son armure au ralenti et ne produisait pas plus de fumée qu’un cigare. En traversant les ponts supérieurs, il ne vit aucunes plaisanteries habituelles, d’insultes ou de rires bruyants habituels parmi l’équipage parmi l’équipage qui montait la garde du soir. Plus révélatrice était la paire de fusiliers marins tendus avec des fusils et des uniformes impeccables devant la porte du capitaine. La Ligue avait engagé ces anciens soldats comme mercenaires dévoués pour aider à repousser les abordeurs et à protéger le navire au port. Ils recevaient de meilleurs quartiers que le gros de l’équipage, restaient avec les officiers et servaient de rappel à qui l’équipage du navire finalement répondait. Compétents et disciplinés, bien plus redoutables que même des matelots chevronnés, ils étaient clairement postés devant la cabine du capitaine en ce moment comme un avertissement. Ils ne l’ont laissé passer qu’après que l’un deux eut vérifié à l’intérieur.

En contraste frappant avec les quartiers de l’équipage, et même la petite cabine privée de Shae, le capitaine disposait d’une grande et somptueuse suite qui occupait la majeure partie du pont arrière. Avec son mobilier en bois du poli, ses tapisseries coûteuses qui ornent les murs et ses nombreuses décorations en laitons, elle était l’équivalent de n’importe quelle cabine d’amiral dans la marine cygnaréenne ou ordique. Beaucoup de membres de l’équipage avaient pris l’habitude d’appeler sarcastiquement le Capitaine Laross Fargen « le Commodore » dans son dos, en raison de ses manières arrogantes et de sa posture militaire. Il agissait certainement comme si le flotte commerciale de la Ligue était une marine et l’Exeter son navire amiral.

Le Capitaine Fargen l’attendait aux côtés de son second-capitaine, un vieux loup de mer dépourvu d’humour chauve et cicatrisé et avec des traits du visage aplati nommé Rask Materly. Il avait toujours une expression qui suggérait qu’il avait essayé d’avaler quelque chose de trop gros. Le capitaine n’avait pas non plus l’air agréable. Il était devenu gras à cause d’une alimentation riche et son menton disparaissait dans son large cou en une séquence de plus charnus. Il s’habillait en couches de soie mais dégageait toujours un fumet désagréable d’ail et de veille sueur qu’aucune quantité de parfum llaelais ne pouvait masquer. Les deux se tenaient au fond de la pièce, près des portes ouvertes menant à un balcon de poupe et le regardaient avec méfiance.

« Maître… Shae, une visite inattendue. Il y a une heure, j’aurais pu vous offrir une certaine hospitalité.

« Puis-je vous parler en privé, Capitaine ? »

« Bien sûr, tout pour notre intrépide warcaster. » Il n’y avait aucun sarcasme dans sa voix, mais son sourire n’était absolument pas sincère. « Rejoignez-moi sur balustrade. » Il fit un signe de la min pour indiquer le balcon à l’arrière du navire où il préférait parler aux invités. Rask demeura derrière, mais à quelques verges seulement, de sorte que tout sentiment d’intimité était une illusion d’espoir.

Shae n’avait aucune envie de feindre des plaisanteries, alors il alla droit au but. « Je voudrais m’enquérir de Rockbottom, monsieur. »

« Oui, j’ai bien pensé que c’était peut-être votre but. Je sais que Monsieur Walls est venu vous voir. L’homme semble avoir besoin d’une leçon de loyauté et de chaîne de commandement. »

Shea ignora ce trait d’esprit. « J’ai cru comprendre que Rockbottom est en cellule. Puis m’enquérir sur la cause ? »

« En quoi cela vous concerne-t-il ? C’est une affaire interne. » Son ton était saccadé et son visage rouge.

« Rockbottom est un de mes amis. Je me renseigne sur son bien-être. »

« Son bien-être, maître Shae, est gravement menacé. Cet homme est un escroc, un voleur et un traître. Je veux l’utiliser comme exemple pour montrer aux hommes que je tolérerai pas de telles conspirations. Vosu dites que c’est un ami. Est-il possible que vous aussi, vous ayez profité de ses indiscrétions ? »

Les yeux de Shae se plissèrent dangereusement. « Que dites-vous exactement, capitaine ? »

« Je sais qu’il m’a volé pour mettre de l’argent dans les poches de mes hommes, en achetant leur soutien et leur amitié. J’ai reçu un courrier de notre quartier général disant qu’il a dénaturé les objectifs de plusieurs de nos expéditions et trahit la confiance qu’ils lui accordent en tant qu’officier de leurs finances. Ce navire n’est pas à son service. Rockbottom a mis mon statut en péril, et cela ne sera pas toléré. » Ses yeux avaient pris une lueur particulièrement suspecte. « Un warcaster serait sûrement utile à Rockbottom. Peut-être vous a-t-il donné certains « cadeaux » en signe de bonne volonté, pour s’assurer votre soutien ? »

« Je ne suis pas ici pour contester votre autorité, capitaine. Je vous suggère de surveiller votre ton. »

« Surveiller mon ton ? C’est mon vaisseau, monsieur. Sur ce navire, je suis l’autorité suprême. La seule autorité. Je ne tolérerai pas qu’un nain fourbe trempe ses doigts visqueux dans ma poche et emploie ensuite mon argent pour semer l’insurrection. Joln Rockbottom sera exécuté, mais uniquement après qu’il eut souffert. Quiconque a conspiré avec lui gagnera le même sort. »

Shae fixa le capitaine durant plusieurs secondes. Alors qu’ils ne s’étaient jamais entendus, cette paranoïa glaciale était autre chose. Cela suggérait que l’homme avait perdu sa raison. « Comment l’exécuter peut-il aider votre position ? Les hommes savent que Rockbottom a arrangé les finances de ce voyage. Le punir est une chose, mais l’exécuter… »

Les yeux du capitaine étaient devenus vides. Son seul signe d’émotion était un tremblement dans ses bajoues charnues. « Les hommes peuvent endurer un peu de privation comme leçon. Mais vous avez clairement indiqué votre loyauté. Il est bon de savoir où nous en sommes. »

L’unique avertissement que Shae eut fut le regard furtif du capitaine. Il se retourna, laissant sa main tomber sur le manche de son coutelas juste au moment où la silhouette robuste de Rask Materly lui rentrait dedans. Le vieil homme s’était déplacé plus silencieusement que Shae ne l’avait prévu. La force de l’impact le projeta contre la rambarde arrière qui se brisa et le fit sombrer dans les vagues sombres et froides qui tourillonnaient dans le sillage du navire.

* * *

L’Exeter avait un équipage assez important pour exiger un cachot ; le Capitaine Fargen ne tolérait guère l’inconduite ou l’insubordination et utilisait généreusement ses six cellules. Elles étaient disposées en carré dans un renfoncement humide et sombre de la cale inférieure, chacune étant une cage aux dimensions inconfortables, même pour un nain, avec de l’humidité suintant des parois. L’air ne circulait pas. Il était épais et nauséabond, avec les odeurs fétides des prisonniers jetés ici pour récupérer des beuveries. Une seule nuit dans ces cellules corrigeait la plupart des comportements, et le souvenir de leurs tailles suffisait à garder un équipier capricieux droit avant que les vieilles habitudes ne réapparaissent.

Joln Rockbottom s’était assis le dos contre la coque, essayant de maintenir son équilibre malgré ce qui semblait une éternité sans nourriture, presque rien à boire, et assis fans l’obscurité avec une entrave rouillée attaché à sa jambe gauche. Cette jambe avait cessé de palpiter, mais il ne pouvait plus rien sentir à cet endroit maintenant, sauf une démangeaison persistante. L’entrave n’était pas dimensionnée pour un nain, était beaucoup trop grande pour sa cheville, et coupait cruellement dans son mollet. Son agonie lancinante l’avait auparavant distrait des nombreuses autres marques et ecchymoses sur ses bras, son torse et son visage.

Une agitation à l’extérieur de sa cellule interrompit ses ruminations. Gaverne, le ruffian qui surveillait les cellules se disputait avec quelqu’un puis poussa un cri inhabituel. Des pas traînants de bottes suivirent alors que Garvern s’exprimait d’un ton blessé : « Vous n’aviez pas besoin de me cogner. J’voulais juste savoir ce que c’était. L’ cap’ a dit : pas de visiteurs. »

L’épaisse porte s’ouvrit. Rockbottom leva la main pour cligner des yeux contre l’éblouissement de la torche. Il fallut un moment à ses yeux pour s’ajuster et il ne vit qu’une imposante silhouette affalée. Un homme se pencha et fourra quelque chose de rond et de dur entre ses mains. Rockbottom réalisa que c’était un bol, et l’odeur qui s’en dégageait – lui retourna l’estomac – fit que ses doigts tremblants trouvèrent la cuillère et il commença à enfourner le ragoût tiède dans sa bouche. « C’est du rat ? Le goût est merveilleux. »

Lorsque le sentiment de normalité revint, il reconnut son visiteur comme étant Creb « Doc » Killingsworth, le cuisinier, barbier et chirurgien du navire. C’est un grand homme à la peau sombre, bien musclé, et d’ordinaire quelqu’un que Rockbottom évitait en traversant le pont. Quelque chose de malveillant se cachait dans les yeux de Killingsworthn quelles que soient l’heure et les circonstances. L’homme avait l’habitude de mâcher son cigare et de regarder tout le monde autour de lui comme s’il cherchait une excuse pour employer l’un des nombreux instruments tranchants qu’il gardait accrochés à sa tenue. Doc demanda à Gavern : « La clé. Maintenant. »

Le geôlier du navire hésita, évalua ses chances de rester en vie s’il protestait, puis se retourna pour obéir. « Pas sur ma tête », marmonna-t-il en passant une grande clé à Doc.

Le cuisinier du navire enleva la pince métallique et demanda à Gavern de rapprocher la torche pour qu’il puisse examiner la blessure. Rockbottom faillit s’évanouir au retrait de l’entrave. Il refusa même de regarder son pied. Doc fourra une volumineuse bouteille dans les mains du nain, et il reconnut l’odeur du rhum bon marché. « Bois. » Commanda Doc d’une voie semblable à du gravier s’écoulant.

Rockbottom engloutit une longue gorgée au goulot de la cruche sale et en avala tellement qu’il faillit s’étouffer avec le fort liquide. Il pleura des larmes en voyant Doc tirer un de ses plus gros hachoirs d’une boucle à sa hanche. « Je suppose que vous n’êtes pas ici en votre qualité de cuisinier du navire. Vous auriez dû venir me voir il y a quelques jours. »

« Grangrène. La jambe doit partir. » Ses yeux restaient étrangement mélancoliques alors qu’il prononçait ce sinistre verdict.

« Je vous donne vingt couronnes pour utiliser un couteau plus propre. » Rockbottom ne put retenir un gloussement presque hystérique. « Je me sens bien ! Laissez-la respirer un peu sans l’entrave pendant une journée. Essayez demain. » Ses protestations furent infructueuses. « Le capitaine ne va-t-il pas m’exécuter ? Quel est le problème ? » Doc l’ignora et mâchonna son cigare en serrant une corde autour du genou du nain et le stabilisant d’une main épaisse. Doc leva le hachoir et il attrapa la torche.

* * *

En heurtant les eaux froides et avides du Merdius, la plupart des individus en tenues complète et en armure de warcaster auraient coulé, auraient été engloutis et oubliés. Phinneus Shae, cependant, était un homme prévoyant qui avait réfléchi aux dangers de combattre sur un navire. Après avoir accepté de servir la Ligue Mercarienne en tant que warcaster, il avait investi dans un processus coûteux pour permettre à son armure de supporter une courte immersion et d’améliorer ses qualités de compensation de poids pour une flottabilité additionnelle.

Cela fournit peu de confort immédiat lorsque l’on est projeté de nuit au milieu d’un océan avec rien d’autre que des morceaux de rambarde cassée pour compagnie. Shae s’était accroché à l’une de ces stabilités additionnelles et réfléchi à ses options. Il avait peu de temps ; les lanternes arrières du navire s’effaçaient dans le brouillard nocturne. Il rassembla son pouvoir arcanique pour animer le vent et les courants et se pousser en direction du navire. Il nagea de toutes ses forces et utilisa la puissance de son armure et de sa magie pour l’aider. Il pouvait sentir les cortex de ses warjacks à bord du navire, à la limite de sa conscience, mais ils étaient hors tension et inutiles pour lui maintenant. Il se concentra sur eux comme une balise pour l’inciter à plus d’efforts. Il sembla tenir bon durant un moment mais le navire commençait à s’éloigner.

Une lumière clignota vers l’arrière du navire, plus près de la ligne de flottaison, suivie d’un bruit de claquement à peine perceptible. Shae pensa que quelqu’un avait décidé de l’achever à coups de fusil jusqu’à ce qu’il remarque quelque chose barboter dans l’eau à proximité. Il aperçut une lueur d’acier qui devait être un harpon rattaché à une longueur de corde. Un sursaut de force lui permit d’attraper la corde avant qu’elle ne coule davantage. C’était tout ce qu’il pouvait faire dans on était d’épuisement pour s’accrocher à la corde. Il vit une imposante ombre tirer la ligne depuis un sabord dans la section arrière du pont inférieur.

Il tapa lourdement et leva les yeux pour voir le Bosco Balasar Grogspar. Le trollkin avait l’air particulièrement massif ici, sur le pont-batterie inférieur avec son plafond bas. Son lance-harpon reposait contre la coque près du sabord. « Un peu tard pour une baignade. »

Toute réplique spirituelle que Shae aurait pu lâcher fut gâchée par une longue quinte de toux. Le bosco était grincheux, mais toujours juste. Quand Shae retrouva sa voix, il se sentit obligé de l’avertir. « Le capitaine m’a jeté par-dessus bord. Il ne sera pas content que tu m’aies repêché. »

Grogspar digéra cette information et haussa les épaules. « S’il voulait que je vous laisse vous noyer, il aurait dû me le dire. Un homme passe par-dessus bord, je le remonte, aussi simple que cela. »

Ce n’était pas une approbation retentissante, mais il faudrait faire avec. Shae dit d’une voix rauque : « Allez chercher Monsieur Walls. S’il vous plaît. » Il ajouta ce dernier après que le regard furieux du trollkin d’être commandé. Le bosco tuta sa pipe avant de se détourner, secouant la tête et murmurant quelque chose d’incompréhensible sur l’ascendance de Shae. La plupart des hommes dans sa position auraient probablement été inquiets pour leur survie, mais Phinneus Shae constata que ses pensées se tournaient naturellement vers la vengeance. Le désir lui brûlait comme un tison chaud dans ses entrailles alors qu’il frissonnait contre l’humidité et le froid et imaginait diverses façons de tuer le capitaine.

* * *

Épuisé et endolori après sa baignade, Phinneus Shae s’assoupit brièvement. Il se réveilla au bruit d’une dispute et se trouva appuyé contre le canon le plus proche, une énorme bête de calibre « canon royal », 9000 livre et trois mètres soixante de long. Le Bosco Grogspar et le maître de quart Walls débattant à voix basse, se rapprochèrent. Grogspar grogna : « Ce dont vous parlez, c’est d’une mutinerie. Pure et simple. »

« Putain que oui. Quel autre choix avons-nous ? Ce fils de pute de capitaine a promis qu’il pendrait Rockbottom au grand mât à l’aube et a jeté Shae à la baille sans raison. Je te garantis qu’il viendra me chercher et toi après. Cet homme a perdu la raison. »

« Il n’a aucune raison de venir me chercher. Je fais mon travail. » Le trollkin croisa les bras avec entêtement.

« Que se passe-t-il entre vous deux ? » Ils se calmèrent à l’approche de Shae, toujours trempé et ressemblant à un chat noyé. La dure et sinistre lueur dans ses yeux démentait son apparence. La fumée des cheminées sur son dos montait jusqu’au plafond bas.

Monsieur Walls fronça les sourcils avec une expression troublée, et même son singe semblait inhabituellement calme. « Désolé, maître Shae, tout ce désordre est de ma faute. Je n’aurais pas dû vous impliquer dans tout ça. »

Shae écarta les excuses : « Un seul homme doit répondre de ce qui m’a été fait. »

Monsieur Walls hocha la tête : « C’est de cela que Grog et moi parlions. Nous ferions mieux de faire vite pour que les gars nous soutiennent avant que la nouvelle de votre retour ne se répande. Bien sûr, il préfère argumenter avec moi plutôt que de faire quoi que ce soit. » Il jeta un coup d’oeil au maître d’équipage.

Grogspar le fixa, ses lèvres compressant la tige de sa pipe. « Bande d’irresponsables idiots. Et après ? Vous serez tous tués ou chassés pour le reste de votre vie. »

Shae hésita. En vérité, son désir de vengeance avait chassé toutes les autres pensées et il n’avait pas envisagé la suite. « C’est ma bataille. Pas la vôtre. Je vais m’assurer que cela soit fait, et vous deux vous pouvez rester en dehors de ça. Je ne soufflerai pas un mot de l’aide qui m’a été apportée. »

Le visage de Walls se marbra et il sembla en colère pour la première fois. « Les dents de Thamar ! » Il pointa un doigt vers Shae comme pour discipliner un enfant. « Que pensez-vous que les hommes feront une fois que vous aurez tué le capitaine. Une fois que vous serez sur le pont avec la lame à la main, ils décideront de vous soutenir ou de vous stopper. Nous avons besoin d’un plan avant que vous ne fassiez couler le sang sur le pont. » Le maître d’équipage marmonna dans sa barbe. Il n’aimait clairement pas ce scénario.

Le tempérament de Shae ne se calma pas précisément, mais les paroles eurent un effet. Les pensées de ce qui pourrait arriver après son acte lui vinrent. Il allait devenir un hors-la-loi plutôt qu’un warcaster très respecté. Un avenir sombre, mais que pouvait-il faire d’autre ? Accepté d’être tué comme un mouton ? Le warcaster croisa les bras et regarda le maître d’équipage borgne. « Qu’est-ce que vous suggérez ? »

Une lueur s’illumina dans l’oeil de l’homme comme s’il avait espéré la question : « Les hommes détestent le cap’, tous, mais le risque peut les effrayer. Nous avons besoin de leur aide, de pas nous planter. Vous êtes une terreur au combat, mais vous ne pouvez pas mener les officiers et les fusiliers marins seuls. Vos ‘jacks sont aussi au mauvais endroit. Si nous voulons survivre, nous devons avoir Hawk à nos côtés. Ralliez-la, l’équipage suit. Sinon, on est bon pour la planche. »

« Cela semble beaucoup plus compliqué que de s’occuper du capitaine. » Il vit le visage de Walls se marbrer à nouveau et leva la main pour prévenir une réplique. « Très bien, comment rallie-t-on Hawk ? » Il n’avait toujours pas envie de mener une mutinerie, mais décida qu’il valait mieux faire une chose après l’autre.

Walls suggéra : « Primo on sort Rockbottom de là. On traîne pas ! Une souris pourrait déjà être en train de couiner si on vous avait entendu entrer ! »

Les deux hommes se retournèrent et faillirent tomber sur le Bosco Grogspar, debout telle une muraille, les bras croisés et fronçant les sourcils par-dessus sa pipe. « Et toi, Bosco ? » lui demanda Shae, espérant qu’il n’aurait pas à tuer le trollkin qui venait de lui sauver la vie.

« Je vais aider pour le nain, mais pas plus. » Walls frappa le trollkin sur le bras, gagnant un regard noir en retour, et les trois se précipitèrent vers la prison.

* * *

L’un des hommes à l’extérieur de la prison frappa Monsieur Walls avec un couteau et gagna une balle de pistolet pour sa peine. Il mourut instantanément et glissa le long du mur du fond. Le son alerta Gavern la clé en main à l’intérieur, qui ouvrit la porte, le gourdin à la main. Shae trancha le bois à la base d’un rapide coup de son coutelas, puis passa devant l’homme qui se vautra sur le plancher. En entrant dans la salle de garde principale, qui relie les cellules, ils s’arrêtèrent brusquement.

Doc Killingsworth était à l’intérieur, les regardant avec son regard sombre habituel, son tablier et ses mains couvertes de sang. Il avait un tranchoir maculé de sang dans une main et une sorte de trophée macabre dans l’autre. Cette vision les fit tous s’arrêter. Personne ne s’embrouillait avec Doc. Shae loucha sur la masse sanglante que l’homme tenait ; « C’est un pied ? » Demanda-t-il, incrédule.

Doc le regarda comme s’il avait oublié qu’elle était là et la jeta avec un mépris désinvolte par-dessus son épaule dans un pot de chambre dans un coin. Sha garda son coutelas mékanique prêt mais sa pointe se rabaissa, et il laissa le chirurgien du navire faire le premier pas. Plutôt que de s’avancer pour attaque, l’homme tira son cigare. « Rabattre le caquet du cap ? »

« De manière définitive à ce salaud. » Répondit Walls, ignorant la protestation de Grogspar.

« Bonne idée. » La grimace de Doc se transforma en sourire. « J’en suis. » Sur ce, il lança une clé scintillante dans les airs, que Shae attrapa sans effort. Doc indiqua la cage appropriée d’un signe de tête. « Je pense qu’il sera heureux de vous voir. »

* * *

Grâce à une grande quantité de rhum, Rockbottom était de meilleure humeur que prévu. Ivre et délirant ne le rendait pas non plus très utile. Il parut assez surpris de voir Shae. « Vous ! Je ne vous ai même pas filer un petit quelque chose. Que faites-vous ici ? » Shae se dit avec amertume que cela signifiait probablement que le financier rhulique était coupable de tout ce que le capitaine estimait, mais cela ne méritait pas d’être exécuter. « L’expression de Rockbottom devint plus sérieuse : « Je suis désolé d’avoir manqué votre vin. »

Shae secoua la tête. « Il y aura d’autres bouteilles. »

Ils n’eurent pas le temps de converser plus longtemps, car un bruit de pas lourd et soudain retentit à l’extérieur de la salle. Ils entendirent le lâche Gavern les balancer sans hésitation à voix basse. « C’est l’un des lieutenants fusiliers marins, Barrows », grommela Shae. Il s’était battu aux côtés de l’homme à plusieurs reprises mais ne se faisait aucune illusion sur la fidélité du mercenaire à autre chose que l’argent. Walls dégaina ses pistolets et Phinneus fit de même, mais il ressentit un sentiment désagréable. Ils pourraient tirer quelques coups, mais ils étaient coincés comme des rats.

L’instinct le poussa à repousser les autres loin de la porte au moment même où des coups de feu faisaient des trous dans le bois et les aspergeaient d’éclats. Les fusiliers marins donnèrent un coup de pied à la porte, mais les deux premiers moururent sous les tirs de pistolet. Sachant que Walls était un rapide de la gâchette, Shae retint son tir pour la prochaine chose en mouvement dans le couloir, au-delà de la fumée. Il y eut des cris et de la consternation alors que Grogspar et Doc retournaient la table à carte voisine pour se planquer derrière elle, sachant que cela n’arrêterait pas les balles mais pourraient au moins un peu les dissimuler. Rockbottom gloussa sans le soudain silence, trouvant apparemment l’idée d’être abattu, après avoir été sauvé et perdu son pied, hilarante.

La voix du Lieutenant Barrows leur parvient. « Phinneus Shae et qui se soit avec vous, vous avez trois secondes pour vous rendre ou l’on vous enfume ! »

« Étouffer à mort, encore mieux … » constata Rockbottom, avant que Grogspar ne le fasse taire avec une main charnue sur sa bouche.

Shae essaya de trouver quelque chose pour gagner du temps quand il entendit des cris et le bruit de nouveaux combats à l’extérieur. Après avoir rechargé son arme, il tint calme, Walls, tendus, à côté de lui. Ils entendirent le bruit des lames tranchant les chairs. Une silhouette mince, indistincte la fumée, apparut dans l’embrasure de la porte. Ils tirent leur pistolet droit jusqu’à ce qu’ils entendent une voix féminine familière. « Vous feriez mieux de me tuer ou tirer sera la dernière chose que vous ferez. »

Walls rengaina ses pistolets et sourit joyeusement : « Hawk ! T’es une vision heureuse, gamine. »

Shae relâcha sa propre gâchette un peu plus lentement et rangea son pistolet dans son étui. La femme dévisageait et tenait sa paire de coutelas ensanglantés prête. Elle s’approcha de lui, l’une de ses armes dansant inconfortablement près de sa aine, et examina l’hétéroclite groupe rassemblé derrière lui. Derrière elle, ils virent un certain nombre de membres d’équipage expérimentés ayant accompagné Hawk et combattu à ses côtés. Elle parla à Monsieur Walls comme si Shae n’était pas là. « Tout le navire sera en armes dans quelques minutes. »

Walls lui fit signe de la tête avec un sourire comme si elle ne pointait pas un coutelas menaçant vers le warcaster. « Content de te voir, Hawk. On est dans la merde, on a besoin de ton aide. »

Hawk est une femme grande et élancée de carrure athlétique, le visage aussi marqué que n’importe lequel des hommes du navire ; le seul petit défaut de sa beauté, bien que pour la majorité des personnes cela ajoute à son attrait exotique. Elle semblait prendre plaisir à narguer les hommes à bord en s’habillant de façon provocante, mais personne n’avait jamais commis deux fois l’erreur de pousser ses affections. Pour autant que Shae le sache, elle n’avait emmené un homme dans sa couchette, bien que plusieurs soient morts en essayant. Il ne respectait aucun autre combattant à bord. Il l’avait vue tuer une douzaine de pirates sans plus d’égard que de flâner sur le pont. Elle était rémunérée au titre de « maître d’armes », chargée de former l’équipage et d’aider les fusiliers marins à repousser les abordages, et pas quelqu’un que Shae s’attendait à venir combattre ces mêmes fusiliers marins pour sauver sa peau.

Shae et Hawk n’avait jamais beaucoup parlé. En fait, elle avait souvent semblé faire tout son possible pour l’éviter, et il ne savait pas pourquoi. Enfin, elle se retourna et s’adressa à lui franchement. « Vous m’avez forcé la main. J’avais un plan moins compliqué pour sauver Rockbottom. » Son expression suggérait qu’elle tenait Shae pour responsable d’avoir gâché sa mission. « Maintenant, ça va être sanglant. »

* * *

Quand Shae demanda à Hawk pourquoi elle était venue, elle répondit de façon abrupte. « Rockbottom me doit bien ça. Plus que tout autre, il me le doit. Même la mort ne l’empêchera pas de me payer. » Elle ne donna pas de détails, et Rockbottom semblait plus sobre, voir carrément effarouché, à sa vue. Le fait qu’il se soit attardé auprès de Doc donna plutôt une claire indication de son état d’esprit. Shae ne pouvait imaginer l’ampleur de ce dans quoi Rockbottom avait pu s’embarquer alors que d’autres angles de ce problème apparaissaient. Tout cela lui donnait l’impression de chevaucher une tempête hors de contrôle. Il n’aima pas la sensation. En même temps ; une excitation familière, la tension de la bataille, commença à couler dans ses veines.

Ils n’eurent pas beaucoup de temps pour parler. Un bon nombre des membres d’équipages les plus expérimentés accompagnaient Hawk, et ils se rassemblèrent davantage alors qu’ils se dirigeaient vers la cale inférieure. Déjà, ils entendirent la cloche d’une alarme tinter en haut. Combiné avec les cris qui s’élevaient ici entre les hommes, ce fut une cacophonie totale. Même Walls ne parvint pas à les calmer.

Malgré l’intervention de Hawk, personne ne semblait prêt à se mutiner. Walls se disputait bruyamment avec l’artilleur le plus chevronné tandis que plusieurs autres criaient par-dessus eux. La plupart des jeunes membres de l’équipage semblaient prêts à paniquer alors qu’ils poussaient, avec des visages crispés et inquiets, pour écouter. Ils ne ressemblaient pas à un groupe sur le point de prendre le contrôle d’un navire.

Shae finalement fit feu de son canon à main pour attirer leur attention. « Nous n’avons pas le temps pour cela. Les fusiliers marins se préparent à pénétrer ici avec des armes à feu. Chaque homme doit faire ce que sa conscience exige. Le Capitaine Laross Fargen a tenté de m’assassiner sans provocation. Il mourra de ma main, et quiconque le soutiendra mourra aussi. »

Malgré tout ce qui s’était passé, c’était un équipage endurci, pas comme ceux que l’on trouvait sur les navires marchands ordinaires, et ils n’aimaient pas les menaces. Le même compagnon artilleur qui s’était disputé avec Walls se fraya un chemin et demanda : « Tu penses que tu pourrais tous nous tuer ? »

L’autre main de Shae reposait déjà sur sa lame, et il lança à l’homme un regard qui le priva d’une partie de son panache. « S’il le faut, je le ferai. »

Monsieur Walls vit que la conversation prenait une mauvaise direction et s’éclaircit la gorge. « Regardez-moi les gars, vous me connaissez tous. Vous connaissez tous Rockbottom ici et comment il a été bon avec vous, a veillé sur vous, a veillé à ce que vous ayez votre part. Il n’y a rien de sacré dans la fonction du cap’. Il a des devoirs envers ses hommes tout comme ses hommes ont des devoirs envers lui. Ce petit fils de pute a trahi son devoir. Son autorité ne vaut pas le seau à pisse dans le coin, ni ce qu’il y a dedans. Viens un moment où un type doit décider s’il doit se faire cracher dessus sans se plaindre, ou se lever comme un homme et se battre. C’est le moment de le faire. »

Ses paroles eurent un impact sur un certain nombre d’entre eux, en particuliers les vieux loups de mer. Quelqu’un cria : « Tu es dans quel camp, Hawk ? »

Ils se calmèrent tous pour entendre ce qu’elle avait à dire. Elle regarda Shae, et un pendant une seconde son coeur se serra. Il était certain qu’elle le lâcherait et retournerait l’équipage contre lui. Elle se pencha près de lui et lui dit tout bas : « Tu es prêt pour ça ? Tu es prête à assumer la responsabilité de ce que tu as débuté ? »

Shae imagina un certain nombre de protestation, la première était que ce n’était pas son choix de se faire jeter par-dessus bord. Il vit la tension apparaître sur sa mâchoire. Il fit un signe de tête. « Je nous tirerai de ce foutoir qui arrive. » Il n’était pas tout à fait sûr de ce qu’il acceptait, mais cela sembla la satisfaire.

Hawk se retourna et cria aux hommes : « Pourquoi j’ai pas encore appelé à la mutinerie ! Mais vous imaginer le casse-tête de faire face à un warcaster et ses potos. Maintenant que l’idiot a essayé de tuer le seul qui aurait pu se dresser contre nosu, il est temps pour nous de le faire. Il est temps d’avoir un nouveau capitaine. »

Sa confiance avait plus de pouvoir que la magie, et Shae fut étonné de voir comment l’équipage changea. Ils restaient plus effrayés et anxieux que confiants, mais pour le moment il semblait prêt à intervenir.

Le Maître de Quart Walls se tourna vers Shae. « Que devons-nous faire en premier Maître Shae ? » Soudainement, ils se tournèrent vers lui pour savoir comment s’y prendre. Peut-être naturellement, étant donné qu’il avait mené le combat lorsque le navire avait été attaqué par des outsiders. Shae retrouva son calme tout spontanément.

« Nous devons prendre l’armurerie. Si nous ne mettons pas la main sur de véritables armes, ce sera vite fini. Monsieur Walls, prenez vos meilleurs hommes et suivez-moi. » Il se tourna vers le bosco trollkin, que se tenait avec sa pipe en bouche, l’air encore incertain de ce qu’il faisait là. « Grogspar, vous pouvez rejoindre mes ‘jacks et les allumer ? Cela prendra du temps, mais nous en aurons besoin. Vous êtes le seul en qui j’ai confiance pour le faire. »

Grogspar hésita un instant, puis acquiesça ombrageux. Le seul signe qu’il n’était pas toujours pas satisfait fut la façon dont il repoussa plusieurs membres d’équipages lent dans un mur lointain alors qu’iils ne s’écartaient pas assez rapidement de son chemin.

Shae se tourna vers le compagnon de l’artilleur qui l’avait confronté. « Pensez-vous pouvoir charger un des royaux sur monte-charge ? Si on peut le hisser, ça pourrait être utile. » Le compagnon eut l’air surpris d’être appelé et se tint plus droit alors que le défi quittait son visage. Il convint que cela pouvait être fait, s’ils pouvaient atteindre le cabestan sur le pont principal pour actionner la plate-forme.

« On ne peut pas être acculés en bas. Prenez tous les hommes sur lesquels vous pouvez compter et dirigez-vous vers le pont supérieur. Pas de temps à perdre, bougez ! »

* * *

Lorsqu’ils se rendirent à l’armurerie, sur le pont-batterie supérieur, ils purent entendre les bruits de batailles et de la fuite dans de nombreuses directions. L’agitation confuse rendait impossible de déterminer quel côté faisait quoi. L’expression de Shae était sinistre et, craignant les aléas de la loyauté de l’équipage, ils se hâtèrent. Il s’attendait à ce que beaucoup perdent leur détermination une fois qu’ils se retrouveront face à face avec des officiers bien armés sur le pont supérieur.

Doc portait Rockbottom sur son épaule malgré les protestations du nain. Son moignon avait été cautérisé et enveloppé et Doc lui avait promis un bon pilon quand ils pourraient coincer un charpentier. Ils ne trouvèrent aucun endroit particulièrement bon où sûr pour mettre le commissaire de bord, alors ils le traînaient avec eux. Il n’arrêtait pas d’exiger de se rendre dans ses quartiers pour pouvoir récupérer son arme de poing crache feu, mais Shae décida que Rockbottom décida que Rockbottom pouvait attendre jusqu’à ce qu’il ait dessoûlé.

Plusieurs sous-officiers avaient pris des positions d’abri derrière des caisses dans la pièce à l’extérieur de l’armurerie, et une balle siffla à l’oreille de Shae avant qu’il ne se replie. L’air s’épaissît d’une brume et d’une pluie battante alors que Shae invoquait une tempête contre nature. Il ordonna aux hommes d’avancer derrière et de se tenir bas alors que les balles volaient. Ils rejoignirent les caisses et sautèrent par-dessus pour taillader et empaler les hommes qui gardaient la porte.

Alors qu’ils achevaient leur sanglante œuvre, ils entendirent des bottes et des bruits de pistolets armées provenant d’une autre direction mais ce n’étaient que des membres d’équipages fidèles venus se joindre au combat. Plusieurs boitaient et au moins un en avait en avait prise une dans son flanc. Cet homme blêmi à la vue de Doc, et essaya de lui faire signe de s’éloigner, mais l’implacable chirurgien plaqua Rockbottom contre le mur pendant qu’il vérifiait d’autres blessures. Doc sortit un cruel outil qu’il employa, Shae le savait par expérience personnelle, dans la douloureuse procédure d’extraction des balles.

Shae et Walls défoncèrent la porte, forcèrent l’homme à se rendre et commencèrent à distribuer des armes à feu et des lames. En abandonnant leurs gaffes et leurs gourdins pour de vraies armes, cela améliora le mental des hommes.

Quelque part au milieu de tout cela, Shae ressentit le picotement bienvenu des connexions du cortex lorsque les chaudières des warjacks s’allumèrent. Il pouvait les sentir, toujours sous la cale arrière, à mi-navire. Bien qu’encore plus légers que les ‘jacks militaires de même qualité, leur taille et leurs poids réduisaient considérablement leur mobilité sur le navire. Les planches du pont supérieur, renforcées et blindées, pouvaient les soutenir, mais aucun des espaces internes n’était assez solide.

Laissant la livraison d’armes à d’autres, Shae, Doc, Hawk et Walls quittèrent Rockbottom en bas et grimpèrent les escaliers en passant des membres d’équipages fraîchement armés. Shae reconnu les bruits habituels des tirs de fusil des fusiliers marins, tenant probablement une position sécurisée autour de la plage arrière du capitaine. Avec des fusils et une couverture, ils seraient presque impossibles à déloger.

* * *
« Modifié: 19 janvier 2021 à 12:04:32 par elric »
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Re : Nq 11 - La mutinerie de Shae
« Réponse #1 le: 09 janvier 2021 à 23:39:47 »

L’espoir de la victoire semblait mince lorsqu’ils montèrent sur le pont et ne trouvèrent qu’un petit groupe d’hommes à eux à l’abri alors que le bois se brisait sous les tirs de fusils. Un certain nombre de corps gisait en sang sur le pont à l’air libre. Un mauvais présage était la détonation soudaine de petits canons. Une section entière du bastingage, à gauche de Shae, explosa en un nuage d’éclats fumants. Monsieur Walls l’attrapa et le poussa derrière le lourd cabestan avant, un énorme mécanisme permettant au monte-charge le plus proche de monter et descendre. « Ils ont des pierriers ! »

Les canons sur ce pont étaient relativement petits mais suffisamment grand pour poser un gros problème. Les officiers n’avaient manifestement aucun scrupule à faire sauter le pont avant si cela impliquait de tuer des mutins. Shae put voir que les hommes à proximité perdaient leur sang-froid, en particulier lorsque le message se répandit qu’un autre groupe d’hommes fidèle au capitaine se frayait un chemin dans leur direction à travers le pont canon supérieur.

Hawk apparut soudainement à ses côtés, ignorant les éclats d’un tir proche. Elle offrit à Shae ce qui aurait pu être un doux sourire par une autre femme. « Où me veux-tu ? »

Il ignora délibérément tout soupçon d’insinuation. « On a besoin des cabestans. On va prendre celui-ci, mais le plus dur est à l’arrière. » Son warjack devait être sur l’élévateur arrière avec le Bosco Grogspat, alors que l’énorme royal avait été poussé sur le monte-charge avant. « Prenez vos hommes et frayez-vous un chemin en bas. Occupez—vous de ceux qui flanquent depuis le pont supérieur. Emparez-vous du cabestan quel que soit le prix où qui doit mourir. » Il ajouta : « Sauf vous, bien sûr. »

« Bien sûr », lui fit un sourire narquois et partit rassembler des hommes telle des feuilles dans une tempête avant de se diriger vers les escaliers.

Shae se retourna pour crier sur les hommes. « Au boulot, chiens de mer galeux. Descendez de cet escalier et venez ici ! » Déplacez ce cabestan, maintenant ! Si un homme tombe, un autre prend sa place. »

Shae sortit de son abri, le canon à main prêt et le champ d’énergie bourdonnant à pleine puissance, et ouvrit la voie. Des balles de fusils sifflèrent et Shae sourit au goût familier du risque et de la mort. Plusieurs munitions passèrent à proximité avec le bruit d’abeilles en colère. Il vit l’éclair alors que le pierrier tirait à nouveau et brisait le bastingage du pont intermédiaire à sa gauche. Walls était à ses côtés, un pistolet dans chaque main, bien que le maître de quart borgne ne risquait pas de toucher un putain de truc à cette distance. Shae s’assurait de choisis avec ses propres tirs avec soin.

Il tua un homme soulevant une charge de poudre pour le petit canon. L’homme retomba en arrière avec un jet de sang lorsque la balle lui transperça le cou. Shae tendit la main et concentra sa puissance, faisant scintiller et déformer l’air telle la chaleur sur les sables du désert. Pour ceux qui se trouvaient en face de leur position, il serait difficile de voir où se trouve une personne et les forcerait à tirer à l’aveuglette.

Il se rendit lui-même au cabestan, heureux que les hommes l’aient écouté ; trois autres s’emparèrent chacun d’un des anspects surdimensionnés chacun alors qu’ils s’élançaient ensemble pour actionner le mécanisme. Ils pouvaient entendre les chaînes claquer dans les engrenages et bientôt le monte-charge s’éleva. La plate-forme s’élevant lentement portait un spectacle qui fit sourire : un canon royal de 12 pieds de long avec son équipage prêt. Le compagnon de l’artilleur, une torche enflammée à la main, fit un signe de tête à Shae. « Pointer ce truc vers le pont arrière », ordonna Shae. Les hommes s’élancèrent et plusieurs autres se précipitèrent pour aider à aligner correctement l’énorme engin.

Plus d’hommes émergeaient, enhardis par la vue, et tirèrent à l’aveuglette. Ils ne firent que déchiqueter du bois, mais les fusiliers marins plongèrent. « Avancez après les tirs de canons, mais attendez-les ! » Hurla Shae.

Ses derniers mots furent noyés par le rugissement assourdissant du canon royal alors qu’il reculait pour s’écraser sur le cabestan et basculer avec un bruit sourd. Ils n’avaient pas eu le temps de la sécuriser correctement et il était chanceux que personne n’ait été tué. De toute évidence, ils ne tiraient pas un autre coup. Shae se dit qu’il était ridicule qu’un navire marchand ait des canons de cette taille, mais en ce moment il remercia le « Commodore » pour sa particulière folie arrogante. Lorsque la fumée du tir se dissipa, ils virent que le pont arrière était réduit à un tas de bois et de planches fumants. « Chargez ! » Cria Shae en ouvrant la voie. Il plomba la tête d’un marin costaud puis tira son sabre mékanique pour trancher dans un petit groupe d’officier avançant sur leur position.

Ils ne purent faire que la moitié du trajet avant de devoir se remettre à l’abri. L’explosion avait secoué les fusiliers marins, mais s’étaient des professionnelles. Ils récupèrent rapidement et firent pleuvoir des balles sur les membres d’équipage des deux côtés de Shae. L’équipage du pierrier étaient à terre, mais la plupart des fusiliers marins avaient échappé à la mort. Shae entendit un grognement et vit Walls trébucher, une tâche cramoisie se répandant sur le côté de sa tunique. Le maître de quart fit une grimace mais continua à tirer aussi vite qu’il le pouvait. Doc était toujours avec eux, accroupi, quelques pas derrière eux, son expression revêche et agacée, comme toujours, semblait être le cas quand il était coincé dans une fusillade. Son hachoir et ses mains étaient ensanglantés après avoir déchiré plusieurs officiers du pont inférieur en chemin. Il observa la blessure de Walls d’un air renfrogné, comme s’il s’agissait d’un affront personnel, mais n’eu pas l’occasion de s’en occuper.

« Allez, Hawk », marmonna Shae dans sa barbe. Ils avaient perdu l’initiative. Il réfléchit aux chances que le capitaine été soufflé avec le pont arrière, mais en regardant dans cette direction, il aperçut le profil distinct de l’homme, accroupi derrière les fusiliers marins et criant des ordres.

* * *
« Modifié: 19 janvier 2021 à 12:05:04 par elric »
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Re : Nq 11 - La mutinerie de Shae
« Réponse #2 le: 10 janvier 2021 à 00:01:17 »
Super. Merci. Ça donne presque envie de faire les pirates maintenant qu’ils s’humanisent un peu plus grâce au texte.  :D

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Re : Re : Nq 11 - La mutinerie de Shae
« Réponse #3 le: 14 janvier 2021 à 23:39:02 »
Màj

Super. Merci. Ça donne presque envie de faire les pirates maintenant qu’ils s’humanisent un peu plus grâce au texte.  :D
Merci. Je pouvais pas espérer meilleur compliment  :D
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Re : Nq 11 - La mutinerie de Shae
« Réponse #4 le: 19 janvier 2021 à 12:05:15 »
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Re : Nq 11 - La mutinerie de Shae
« Réponse #5 le: 19 janvier 2021 à 22:41:23 »
Cool. Merci.